Il faut ici l'avouer: non-seulement le décret ne prévient pas tous les
inconvéniens du côté du roi, mais il laisse encore à craindre, du côté
du corps législatif, tous ceux qui sont inséparables de l'exercice d'un
tel pouvoir.
L'impulsion populaire peut encore dominer et mouvoir dangereusement
l'Assemblée; l'antipathie nationale[1], au lieu de l'utilité nationale,
peuvent lui dicter une décision funeste.
[1] _Mon père sortirait du tombeau_, disoit un Espagnol,
_s'il prévoyoit une guerre avec la France_. Voilà l'antipathie
nationale que le machiavélisme des gouvernemens a toujours
soigneusement nourrie. Jusqu'à ce que les peuples soient également
libres et éclairés, le gouvernement qui voudra la guerre, aura des
moyens sûrs d'exciter ces préventions hostiles.
De plus, ce surcroît de pouvoir attribué à la législature ordinaire,
peut encore l'entraîner à étendre son influence, à envahir des
portions du pouvoir constituant.
Enfin, il n'est pas moins vrai que la législature peut facilement, dans
l'exercice de ce droit, devenir suspecte à la nation, et compromettre
la popularité qui fait sa force, le crédit de ses décrets et la
tranquillité de l'Etat. Quand il s'agira de conclure un traité de paix,
d'alliance, de commerce, même de décider une guerre auxiliaire, la
puissance contractante pourra par la corruption influencer en sa faveur
la délibération des représentans. On nous dénoncera dans l'Assemblée le
parti Anglois, le parti Espagnol[2], et ces dénonciations seront plus
vraisemblables que celles qu'on multiplie aujourd'hui si ridiculement.
[2] Ces considérations semblent s'opposer à la prolongation
des séances du corps législatif pendant la guerre, et décider
la question ajournée. La présence d'un corps si puissant, qui
recevroit et rendrait sans cesse les impulsions variables de
l'esprit populaire, pourroit inquiéter dangereusement les opérations
exécutives, gêner la conduite et nuire au succès de la guerre.