ASSEMBLÉE NATIONALE.

_Considérations sur le décret du 22 Mai._

Depuis ceux qui ne voient le pouvoir exécutif que dans une armée de

cent mille hommes, jusqu'à ceux qui voudraient toujours statuer sur

la loi et jamais sur l'exécution, tout le monde applaudit au décret

rendu sur la délégation du droit de la paix et de la guerre. Est-ce

parce qu'on le croit très-populaire? Est-ce par ce qu'on le juge

très-monarchique? Ou bien est-ce parce qu'il est juste et raisonnable?

J'abandonne ces questions délicates et je préfère d'éclaircir ce décret

par quelques réflexions.

Les circonstances précipitent les opérations; une question décidée, on

passe à une autre, sans approfondir les motifs et les conséquences de

la loi, sans la confronter à toutes celles qui l'ont précédée: il est

pourtant utile d'examiner les rapports du nouveau ressort politique

avec la machine entière: il faut bien regarder quelquefois en arrière

pour s'assurer qu'on est toujours dans la bonne ou du moins dans la

même route.

Ce décret, comme je l'ai dit, est une sorte de nouveauté dans notre

système constitutionel. Il introduit, pour la loi qui décide la guerre,

des formes inconnues. Les pouvoirs y procèdent d'une façon singulière.

La législature et le roi y coopèrent chacun doublement et par deux

actes très-distincts; le roi propose de décréter, et ensuite sanctionne

le décret: la législature discute une proposition et ensuite propose un

décret: chacun d'eux paroît réunir tout à la fois une initiative, un

veto et une sanction, tous deux ont la force qui meut et la force qui

retient.

On va voir comment ces singularités sont sorties de la nature même des

choses, et par conséquent conformes aux principes.

Journal de la société de 1789 - Nº II · 第 4 / 15 题