STANCES ÉNIGMATIQUES.

Vous qui par le nectar de vos doctes merveilles

Adoucissez le fiel des plus fascheux ennuis,

Prenez le passe-temps d'entendre qui je suis,

Et prestez à ces vers le coeur et les oreilles.

Je nais d'un fort brasier et d'un soufle traitable,

Et j'enfante sans peine un fruit qui tient du feu,

Qui par de vifs attraits s'acquiert un doux aveu,

Pour forcer le donjon de l'ame raisonnable.

J'ay fort peu de beauté, quoy qu'on me treuve belle,

N'ayant rien que le ventre, et la bouche, et le cou;

Toutesfois mon amour rend tant de monde fou,

Qu'aux plus paisibles lieux il sème la querelle.

Pour sauver des dangers le tresor que je porte,

Un art industrieux m'arme jusqu'au gosier;

Une belle tissure, ou de jonc ou d'osier,

Compose mes habits de différente sorte.

L'on me void jusqu'au coeur quand je suis toute nue,

Et l'oeil qui me regarde en moy-mesme se peint;

Mais, si dans cet estat quelque estourdy m'atteint,

Souvent du moindre choc il me brise et me tue.

Je me plais neantmoins où je suis harcelée,

M'y voyant à la fin tout le monde soumis.

Ceux que je mets à bas sont mes meilleurs amis,

Et parfois nous tombons ensemble en la meslée.

Chez eux souvent je meurs, souvent je ressuscite,

Perdant cent fois mon sang, le recouvrant cent fois;

En me caressant trop on se met aux abois,

Et plus je fais de mal, d'autant plus on m'excite.

Je sçay, comme Circé, l'art de metamorphose

Pour transformer l'esprit de tous mes courtisans,

Les rendant furieux, ou brutaux, ou plaisans,

Selon que le climat ou l'humeur les dispose.

J'anime l'eloquence, et n'en suis pas pourveue:

Si l'on m'entend parler, ce n'est qu'en vomissant;

Mes trop frequens baisers rendent l'homme impuissant,

Et font errer ses pas en egarant sa veue.

D'une humeur sans pareille un dieu m'emplit le ventre,

Le teignant tour à tour des aimables couleurs

De la rose et du lys, les plus belles des fleurs,

Et le rouge et le blanc sont chez moy dans leur centre.

Le pauvre, me tenant quand je suis ainsi pleine,

Ne porte point d'envie aux tresors de Croesus,

Et, traisnant des souliers et des bas descousus,

Il marche avec orgueil comme un grand capitaine.

Avec mon elixir le plus lasche courage

Triomphe quelquesfois des plus braves guerriers;

J'ay des foudres pour nuire aux plus dignes lauriers,

Et pour faire un affront à leur illustre ombrage.

Sans moy, ce dieu fougueux qui preside à la guerre

Verroit ses gens sans coeur errans à l'abandon,

Et ce doux assassin qu'on nomme Cupidon

Verroit ses traits sans moy plus fresles que du verre.

On void fort peu la joye aux lieux d'où je m'absente,

Et l'on void la sagesse où je n'excède pas;

Je preste à celle-cy quelquesfois des appas,

Animant ses raisons d'une emphase puissante.

Caton, à ce qu'on dit, recherchant quelque pointe

Pour attirer les coeurs à suivre ses discours,

La faisoit mieux paroistre et de mise et de cours

Quand ma bouche s'estoit à la sienne conjoincte[390].

Je me fais estimer la dixiesme des Muses,

Polissant les esprits sans beaucoup de façons;

Et les moindres bergers font admirer leurs sons

Quand mon enthousiasme enfle leurs cornemuses.

Je montre au plus grossiers une amitié prodigue;

M'admettant à leur table, ils joüissent de moy;

Là je leur fais mesler tout à la bonne foy

Aux gazettes du temps cent contes de la Ligue.

Je leur fais estaler d'une grace authentique

Les guerres du passé, les siéges du present,

Et leur fais penetrer, en les subtilisant,

Les desseins du futur par esprit prophetique.

Mais les ingrats pour moy n'ont qu'une amitié feinte,

Puis qu'ayant espuisé mon sang et mes espris

Ils ne me voyent plus qu'avecques du mespris

Tant que d'un nouveau fruict je redevienne enceinte.

En effect, sans ce fruict je serois peu de chose,

Et n'aurois pas sujet de beaucoup me vanter;

Mesmes il pourroit bien dans mes flancs se gaster

Si l'on ne m'ordonnoit d'avoir la bouche close.

Je ne suis que la gaine où ce glaive liquide

Recèle sa valeur et cache sa beauté[391]:

Tant qu'il loge chez moy, j'ay de la vanité;

Lors qu'il en sort, je pleure, et deviens toute aride.

Je porte en le portant poison et medecine,

Selon que l'abus regne ou la discretion;

Debitant le remède et la corruption,

J'offense et je gueris la teste et la poitrine.

C'est par luy qu'on me loue et que l'on me caresse

Luy seul fait que mon nom est par tout reveré,

Et que tant de mortels, d'un accent alteré,

M'invoquent au besoin comme quelque deesse.

Le voyageur lassé, l'artisan hors d'haleine,

Et le soldat recreu[392] s'empressent pour m'avoir,

Sçachans que mon genie a l'excellent pouvoir

De resveiller la force et d'adoucir la peine.

S'il faut faire un marché, l'on veut que je m'en mesle;

S'il s'agit d'un contrat, j'en conduis les ressors;

Si parmi les plaideurs il se fait des accors,

Pour les mieux affermir il faut que je les scèle.

Le malade en son lict, où la fievre le mate

Et le tient attaché d'un vigoureux lien,

Souvent pour m'aborder rebute Galien,

Et prise plus mon nom que celuy d'Hipocrate.

Plusieurs, pour m'accueillir, me font des sacrifices

De langues, de jambons, de fromages pourris,

Où l'on n'oit que mots gras entremeslez de ris,

Et les plus doux encens n'y sont que des espices.

Tout ce que la debauche a pris pour ses amorces,

Ces fusils de la soif, ces ragousts parfumez,

Par qui les intestins sont enfin consumez,

Donnent à mes attraits de merveilleuses forces.

J'ay par tout du renom, hormis chez les infames

Dont l'orgueil s'est armé des cornes du croissant,

Qui, pour me tesmoigner un coeur mesconnoissant,

Sont traistres à leurs corps aussi bien qu'à leurs ames.

Je triomphe en ces jours qui rameinent les festes

De ce folastre Dieu que l'on feint deux fois né,

Qui, ne portant qu'un dard de pampre environné,

Fit voir aux Indiens ses premières conquestes.

Je n'ay pas moins d'honneur lors que la canicule,

Respandant ses brasiers jusqu'aux lieux plus secrets,

Fait que Diane sue aux plus fraisches forests,

Et craint que Cupidon, s'y glissant, ne la brûle.

Alors mes bons amis prennent beaucoup de peines

Pour eloigner de moy les rayons du soleil,

Et, pensans m'obliger d'un plaisir nonpareil,

Ils me font un beau lict du cristal des fonteines.

Flotant autour de moy, cet element m'agrée,

Mais je souffre à regret qu'il penetre au dedans,

Parce qu'il rompt la pointe à mes bouillons ardans,

Dont un coeur abatu s'eveille et se recrée.

Sa froideur, me privant de chaleur naturelle,

Prive mes nourrissons de mes riches douceurs,

Qui ravissent la gloire au ruisseau des neuf soeurs

En eschauffant l'esprit d'une fureur plus belle.

Mais, quand les intestins, debiles ou malades,

Se sentent menacez de quelques maux sanglans,

Pour moderer le dieu que je porte en mes flancs,

On me contraint par fois d'admettre les nayades.

Je ne sçaurois pourtant treuver bon ce meslange,

Aimant mieux tenir seul ce dieu, qui me cherit

Et fait qu'en tant de lieux tout le monde me rit,

Que tous les flots dorez du Pactole et du Gange.

Son odeur, preferable au doux parfum des roses,

Sçait donner à ma bouche un baume precieux,

Pour qui les dieux d'Ovide abandonnent les cieux,

Et font de meilleurs tours qu'en ses Metamorphoses.

Ils quittent le nectar que verse Ganymède,

Pour celuy que l'on gouste en mes baisers charmans;

Mesmes ce Jupiter, le plus chaud des amans,

Contre le mal d'amour cherche en moy du remède.

Apollon, degousté des liqueurs du Parnasse,

Qui n'eurent qu'un cheval pour premier eschanson,

M'appelle quand il fait quelque bonne chanson,

Et pour bien entonner ardemment il m'embrasse.

Cette eau de Castalie où l'on devient poète

N'inspire à ses poumons qu'un accent enrumé;

Mais quand il me courtise il se sent animé

D'un air qui rend sa voix plus divine et plus nette.

Les mignons de ce dieu font par moy des miracles

Et me doivent l'honneur de leurs plus beaux desseins;

Ma feconde vertu les produit par esseins,

Et mon gazouillement leur dicte des oracles.

C'est erreur de penser que dans la poesie

L'on puisse reussir à moins que de m'aymer;

Tous ceux que mes appas ne peuvent enflammer

N'ont jamais qu'une veine infertile et moisie.

Ce lyrique excellent de la muse romaine

Que Mecène appelloit le Pindare latin,

Eust-il pourveu ses vers d'un si fameux destin

Si ma douce fureur n'eust enrichy sa veine?

Sitost que son esprit sentoit la pituite

Offusquer tant soit peu ses nobles fonctions,

J'accourois au secours de ses conceptions,

Dont il m'attribuoit la gloire et le merite.

Fuyant la medecine et ses plus sçavans maistres,

Qui m'esloignoient de luy pour conserver ses yeux[393],

Il jugeoit leurs avis sots et pernicieux,

De nuire au bastiment pour sauver les fenestres[394].

Le copieux Ronsard, l'industrieux Jodele,

Le grave du Bellay, l'agreable Baïf,

Le tragique Garnier, et Belleau le naïf,

Me consultoient souvent comme oracle fidele.

Desportes m'invitoit à ses mignards ouvrages;

J'entretenois Bertaud dans ses divins élans,

Et, pour faire des vers plus forts et plus coulans,

Du Perron me mandoit par quelqu'un de ses pages.

Pour louer un vainqueur tout couvert de trophées,

Pour descrire un amant nageant dans les plaisirs,

Et pour sonder un coeur jusqu'aux moindres desirs,

Mon odeur seulement les rendoit des Orphées.

Malherbe fut après des premiers de la liste

De ceux que j'ay placez parmy les demi-dieux,

Et si je ne poussois mon charme dans ses yeuz,

Il n'en voyoit aucun dans les yeux de Caliste[395].

Racan, Maynard, Gombault, Saint-Amant, Theophile,

Corneille, Scudery, Tristan, Metel[396], Rotrou,

Ont plus puisé chez moy de tresors par un trou

Qu'Ilion n'en perdit cessant d'estre une ville.

Par moy Faret, Beys[397], Colletet, Bensserade,

Desmarets, Mareschal[398], Sainct-Alexis, du Rier,

L'Estoile, Maistre Adam, Robinet[399], Pelletier[400],

Avoisinent les cieux d'un autre air qu'Encelade.

Ce malade plaisant, dont la folastre verve

Dispute le laurier aux plus sages autheurs,

Cet aimable Scaron est de mes amateurs[401],

Et pour me courtiser il quitteroit Minerve.

Lysis, quoyque prelat, et Carneau, quoyque moine[402],

Lorsque leur veine cède à quelque infirmité,

Cherchent plustost en moy la perle de santé,

Qu'aux bouëtes de sené, de casse et d'antimoine.

Tous ces heros du temps, dont les rares genies

Tiennent ce que les arts ont de riche et de beau,

Ne pourroient pas sauver leurs oeuvres du tombeau,

Si je ne gouvernois leurs doctes harmonies.

Je suis une des clefs du temple de Memoire;

Je l'ouvre aux bons esprits qui m'aiment sobrement,

Et le ferme aux bruteaux qui vivent salement,

Comblant ceux-cy de honte, et les autres de gloire.

Je declare la guerre à la melancolie,

Et fais lever le siege à ses illusions,

Pour remplir le cerveau de belles visions

Qui donnent de l'esclat à ma douce folie.

Que je suis obligée à cette illustre plante

Qui me fait renommer par son fruict savoureux,

Et que je veux de bien à ce pilote heureux

Qui logea tout le monde en sa maison flotante!

Ce vieillard fut prudent de le mettre en usage,

Descouvrant le secret d'en faire une liqueur,

Pour se vanger des maux d'un element vainqueur

Et dissiper l'ennuy d'un general naufrage.

Sans ce fruict, je serois ainsi qu'un corps sans ame,

Qu'une ame sans esprit, qu'un esprit sans raison,

Qu'un debile arbrisseau planté hors de saison,

Et qu'un fidele amant eloigné de sa dame.

C'est par luy que je règne et regis les puissances

De l'homme, qui se dit le roy des animaux;

Par luy je suis l'arbitre et des biens et des maux,

Des noises et des ris, des combats et des danses[403].

[Note 390:

Narratur et prisci Catonis

Sæpe mero caluisse virtus.

(HORAT.)

Ce que J.-B. Rousseau paraphrase ainsi, dans son ode à l'abbé

Courtin:

La vertu du vieux Caton,

Par les Romains tant prônée,

Etoit souvent, nous dit-on,

De salerne enluminée.]

[Note 391: Cette métaphore nous rappelle un amusant lazzi

d'Arlequin. «Mezetin vient sur le théâtre, portant quelque chose

sous son manteau. Arlequin lui demande: Que portes-tu?--Un

poignard, dit Mezetin. Arlequin cherche, et voit que c'est une

bouteille; il la boit, et la rend ensuite à Mezetin en lui

disant: Je te fais grâce du fourreau...» (_Biblioth. de cour_,

1746, in-8, t. 2, p. 177.)]

[Note 392: Pour _fatigué_, _harassé_. Ce mot commençoit à

vieillir. Racine l'a souligné comme suranné dans l'exemplaire du

_Quinte-Curce_ de Vaugelas (1653, in-4, p. 248) qu'il possédoit,

et qui est aujourd'hui à la Bibliothèque impériale.]

[Note 393: On sait qu'Horace avoit les yeux malades, _lippi

oculi_.]

[Note 394: Ce trait a peut-être été inspiré par cette jolie

épigramme de Marot:

Le vin, qui trop cher m'est vendu,

M'a la force des yeux ravie;

Pour autant il m'est défendu,

Dont tous les jours m'en croist l'envie;

Mais, puisque luy seul est ma vie,

Maugré des fortunes senestres!

Les yeux ne seront pas les maistres:

J'aime mieux perdre les fenêtres

Que perdre toute la maison.]

[Note 395: Plusieurs stances et sonnets de Malherbe sont

adressés à cette Caliste, qui n'étoit autre que la vicomtesse

d'Auchy. V. Tallemant, édit. in-12, t. 1er, p. 169; et notre t.

1er, p. 128.]

[Note 396: Le fameux Metel de Boisrobert, le poète et le bouffon

de Richelieu.]

[Note 397: Charles Beys, le poète ami de Molière.]

[Note 398: Antoine Maréchal, de qui l'on a un grand nombre

d'oeuvres dramatiques données de 1638 à 1645. V. _Catal. de la

bibliothèque de M. de Soleinne_, n{os} 1045-1048.]

[Note 399: Ch. Robinet, auteur de _Momus et le Nouvelliste_, et

continuateur de _la Muse historique_ de Loret.]

[Note 400: Pierre Le Pelletier, dont s'est tant moqué Boileau.]

[Note 401: Scarron buvoit bien, en effet. On trouve dans ses

oeuvres un grand nombre de vers de remercîments pour les vins

fins dont on lui faisoit envoi. Aucun présent ne lui agréoit

davantage. V., dans notre _Paris démoli_, le chapitre, _les

Maisons de Scarron_, p. 338-339.]

[Note 402: L'auteur, du moins, y met de la franchise. Il ne

dissimule rien, ni son goût bachique, ni son état. Plus loin il

médit de son cher antimoine, et dément sa _Stimmimachie_.]

[Note 403: Nous dirons, pour en finir avec ce livret, qu'il

a été mis en prose, sous le titre de la _Pièce charmante du

cabinet découverte_. (Moreau, _Bibliographie des Mazarinades_,

t. 1, p. 15.)]

* * * * *

_Sonnet sur le mesme sujet._

Quand, par un double effort d'adresse et de courage,

Promethée enleva du haut du firmament

Ce qu'avoit de plus pur le plus noble element

Afin de donner vie à sa nouvelle image,

Il vid proche d'un muid plein de fort bon breuvage

Bacchus, tout jeune encore, estendu plaisamment,

Assoupy de vapeurs, ronflant profondément,

Sans soucy des mortels et sans crainte d'outrage.

Luy, voyant qu'il pourroit, sans troubler son repos,

Le prendre adroitement, l'emporta sur son dos;

Et, pour luy preparer un sejour qui fust leste,

Il façonna mon corps comme un ciel portatif,

Clair, poly, transparent ainsi qu'un corps celeste,

Pour y garder chez luy cet illustre captif.

_Priviléges et Reglemens de l'Archiconfrerie vulgairement dicte des

Cervelles emouquées[404] ou des Ratiers._

Sans lieu ni date. In-8.

[Note 404: C'est-à-dire _émouchées_, d'où l'on a chassé les

_mouches_, les _idées noires_. Comme trace de l'existence de

cette confrérie, nous n'avons trouvé que cette seule pièce, qui

suffit du reste pour témoigner de l'esprit qui y présidoit.

Quant au nom de _ratiers_, que se donnoient les membres, il

est bon de dire qu'au XVIIe siècle ce mot s'entendoit pour un

homme de folle gaîté, d'imagination plaisamment extravagante.

L'expression avoir des _rats_, c'est-à-dire des idées folles,

est restée. Elle avoit été consacrée sous la Régence par une

chanson dont le refrain, encore connu, étoit:

Oui ce sont les rats

Qui font que vous ne dormez guères, etc...

et sur l'air de laquelle avoit été réglée la fameuse contredanse

nommée, à cause d'elle, _contredanse des Rats_.]

Les Capitouls, Consuls et Jurats[405] de l'archiconfrerie des Cervelles

emouquées, ou Ratiers, s'estant assemblez au son du timble[406],

suivant l'usage, le syndic d'icelle, surnommé Agoranome[407],

mareschal des logis dans la compagnie des porte-ferule, a remontré à

leurs seigneuries que le defaut de cognoissance des prerogatives et

statuts de l'archiconfrerie estoit cause que plusieurs personnages qui

ont toutes les dispositions requises pour y estre agregés, et mesmes

talens propres à luy attirer de plus en plus l'admiration des sages,

differoient de s'y enroler.

[Note 405: Ces mots de _Capitouls et Jurats_, qui

n'appartiennent qu'aux municipalités du midi, de Toulouse,

Bordeaux, etc., nous indiquent au moins, faute d'autres

indications locales, dans quelle partie de la France se tenoient

les assises de la folle confrérie.]

[Note 406: _Timbre_, _cloche_. L'auteur joue sur les mots

_timbre_, _timbré_, à cause de leur sens figuré, qui convenoit à

son sujet.]

[Note 407: Celui qui avoit le soin de la police des marchés.

Il y avoit dix magistrats de ce nom à Athènes; leurs fonctions

correspondoient, pour la plupart des attributions, à celles des

édiles curules chez les Romains.]

A quoy il importoit d'autant plus de pourvoir que, l'archiconfrerie

ayant resolu de publier un catalogue exact de tous et un chacun ses

suppots, avec des remarques en forme de glose ou commentaire sur

leurs caractère et exploits particuliers, les sujets en question ne

manqueroient point, à la vue du recueil des priviléges et reglements,

de donner au plustost leurs noms et qualités.

Ledit syndic ayant laissé ses conclusions sur le bureau de Dom Cyclope,

greffier en chef des Cervelles emouquées ou Ratiers, et la matière

mise en deliberation, tout considéré, iceux Capitouls, Syndics et

Jurats, après avoir applaudi au zèle dudit syndic Agoranome pour la

propagation de l'Archiconfrerie, ont unanimement ordonné et ordonnent

le recueil et publication desdits priviléges et reglements, à condition

de n'y inserer que ceux que l'on voit authorisés et maintenus par

l'exemple de quelqu'un des notables d'icelle archiconfrerie, et qu'au

préalable l'original d'iceux soit omologué dans la chancellerie du

père Aigremine, conservateur desdits priviléges, comme aussi que

copies d'yceluy original, duement timbrées, soient portées aux bureaux

ordinaires, et notamment rue des Agaches[408], des Gauguiers[409]

et des Baudets à Sainct Andru[410], à la place des jongleurs, à la

fontaine aux Moucrons[411], etc.

[Note 408: _Agaces_, _pies_.]

[Note 409: Lisez _goguier_, homme toujours de belle humeur, et

en ses _gogues_, comme on lit en la 29e des _Cent Nouvelles

nouvelles_, toujours _goguelu_, comme dit Rabelais, liv. 5,

chap. 13.]

[Note 410: Saint-André, petite ville du Bas-Languedoc, à peu de

distance de Clermont, entre Montpellier et Lodève.]

[Note 411: _Moucherons._]

S'ensuivent les priviléges, tant communs que speciaux, de tous et

un chacun des suppots de l'archiconfrerie des Cervelles emouquées

ou Ratiers, et tout ensemble les reglemens jugez necessaires pour

fortifier lesdites Cervelles contre tous abus, forfaitures et meschefs

par lesquels elles pourroient deroger aux hauteurs et preeminences de

l'archiconfrerie.

_Prime._--Toutes Cervelles emouquées ou Ratiers ont, par especial, le

privilege de la singularité du raisonnement, qui les garantit de la

contusion de se voir jamais ravalés jusqu'au sens commun.

_Item._--Icelle archiconfrerie a le droit de s'incorporer personnages

de toute espèce, figure et profession, tant laïquale qu'ecclesiastique

et monacale, ci: comme porte-robbes, porte-perucques, porte-estolle,

porte-aulmusse, porte-sabots, porte-sandales, porte-corde,

porte-capuce, porte-ferules et porte-barbe.

_Item._--Nuls postulans ne peuvent estre admis qu'ils n'aient souffert

toutes les eclipses de raison à ce suffisantes et pertinentes pour

meriter le susdit privilège fondamental, à savoir la singularité du

raisonnement.

_Item._--Nul acte ecrit, avertissement ou autre pièce quelconque,

ne sera approuvée par les superieurs et officiers majeurs de

l'archiconfrerie s'il n'est original[412] ou timbré.

[Note 412: Ce mot commençoit alors à s'employer pour désigner

un homme ayant dans l'esprit quelque chose de ridicule et

d'extravagant. (_Dict._ de Furetières.) V. aussi, sur cette

expression, un article philologique de l'académicien Arnault,

_Revue de Paris_, 1re série, t. 9, p. 187.]

_Item._--Tous suppots d'icelle ont privilége, ès jours de jeune et de

carême, d'avaler hors du repas toute sorte de liquide, pourveu que

toujours ils rejettent ce quy sera proposé de solide; et, advenant le

cas qu'aucun y veuille contredire ou pratiquer le contraire, iceluy

sera condamné au tribunal de l'archiconfrerie, comme fauteur d'une

morale rigoureuse pour lui-mesme.

_Item._--Indulgence en faveur de tout agregé ecclesiastique qui dit

precipitamment son breviaire, et mesme la messe, pourveu qu'il lise

gravement le _Mercure_ et la _Gazette_[413].

[Note 413: On eût pu trouver lecture plus attrayante, comme, par

exemple, ces contes de _haulte gresse_, dont certain prêtre du

XVIe siècle disoit en soupirant, après les avoir lus seulement

deux ou trois fois: _Que n'est-ce breviaire_?]

_Item._--Indulgence pour les maisons et communautés incorporées en

icelle archiconfrerie qui jugeront de l'importance de leur estat et de

la suffisance de leurs personnes par la grandeur de leurs robes, rabats

et perruques, et regarderont comme vraie bienseance et gravité ce qui

paroît à d'autres hauteur et pedenterie.

_Item._--Indulgence pour tous religieux ou autres qui le matin, en vue

de mieux passer la journée, seront attentifs à prendre l'eau bénite

de l'archiconfrerie, c'est à savoir eau-de-vie, fenouillette[414],

ratafiat, rossoly[415], etc.

[Note 414: Sorte d'eau-de-vie de fenouil, dont la meilleure se

faisoit avec du fenouil de Florence.]

[Note 415: Le _rossoli_ se faisoit avec de l'eau-de-vie brûlée,

du sucre et de la cannelle. Les Italiens de la cour de Marie

de Médicis l'avoient mis à la mode. Le meilleur est celui dont

le Dictionnaire de Trévoux donne la recette d'après Dionis. On

l'appeloit _rossoli du roy_, parceque Louis XIV en usa pendant

un temps considérable, et s'en trouva toujours fort bien.]

_Item._--Indulgence pour ceux et celles quy, à la place du Testament,

liront avec foy le supplement de la Gazette de Hollande, comme

l'evangile des archiconfrères.

_Item._--Est permis aux eclesiastiques agregés de publier et debiter

de faux brefs, sans crainte aucune de l'excommunication portée contre

les falsificateurs de lettres apostoliques.

_Item._--Droit de sauvegarde et protection en faveur d'iceux

quy seroient grevés de la meme peine pour avoir sçu, en matière

spirituelle, décliner les juges d'eglises nonobstant toutes bulles et

decrets à ce contraires.

_Item._--Droit de franchise pour tous ceux qui tiendront

estaminets[416] et academies de jeu, surtout les dimanches et festes et

pendant le service.

[Note 416: Ce mot étoit alors bien nouveau chez nous. Il y étoit

venu de la Flandre espagnole, où il désignoit une _réunion_,

un _cercle_, une _assemblée_, de même que le mot _estamiente_,

dont il étoit le dérivé. V. notre _Histoire des Hôtelleries et

Cabarets_, t. 2, p. 166.]

_Item._--Indulgence au religieux confesseur quy, pour avoir l'oeil sur

sa devote, la menera le soir sous le bras à la promenade.

_Item._--Indulgence pour tous ceux quy, n'estant en usage de chanter en

leur eglise les louanges du Seigneur, chanteront sur le theatre celles

de Bacchus ou autres divinités païennes, y feront sonner les violons et

batront la mesure.

_Item._--Indulgence en faveur des religieux quy, ne pouvant recevoir

les honoraires pour la celebration de leurs messes, auront volonté

respective de soy respecter et dedommager aux derniers sacrements, en

se faisant constituer heritiers et legataires universels par testamens

et codicilles, et mesme sans le secours d'icelles pièces, en emportant

bources, bagues et joyaux.

_Item._--Advenant qu'iceux religieux ne trouvent en icelles bources que

des jetons au lieu de louis, iceux gagneront les pardons de l'ordre, à

condition de ne plus se meprendre.

_Item._--Indulgence pour tous monastères et communautés dont les caves,

refectoires et maisons de campagne[417] seront fournis de vin en

abondance, à effect d'estre plus sobres ès maisons d'autruy.

[Note 417: Pour se faire une idée de l'abondance gastronomique

des _villæ_ monastiques, il faut lire ce que dit, dans ses

_Mémoires_, l'abbé Blache, des immenses provisions entassées

dans les caves de Montlouis, alors maison de campagne du P.

La Chaise, aujourd'hui le cimetière auquel le fameux jésuite

a donné son nom. V. _Revue rétrospect._, 1re série, t. 1, et

_Journal des Débats_, 8 juillet 1836.]

_Item._--Indulgence pour tous prieurs et autres suprieurs de couvents

quy supposent que leurs inferieurs sont en voyage, tandis qu'ils sont

encore dans la ville à boire, manger, jouer, ripailler, le jour et la

nuit.

_Item._--Indulgence pour le religieux quy, voyant demoiselle soy

retirer en abbaye pour y voiler et vouer sa virginité au Seigneur,

luy suggerera le retour au siècle[418] en vue de lui faire preferer

l'alliance d'un homme à celle d'un Dieu.

[Note 418: Ce mot, d'où dérive directement l'adjectif

_séculier_, se disoit pour monde en morale, par opposition

à _céleste_ et à _spirituel_. (_Dict._ de Trévoux.)--Cette

expression étoit déjà employée au XVe siècle. «Celle bonne

dame, lit-on au chapitre 25e du _Livre du chevalier de la

Tour-Landry_, estoit jeune et avoit bien le cuer au siècle, et

chantoist et dansoyt voulentiers.» (Edition elzevirienne, donnée

par M. de Montaiglon, Paris, 1854, p. 55.)]

_Item._--Indulgence en faveur des religieux lesquels, ayant droit

de dresser theatre pour le divertissement des archiconfrères, le

dresseront en temps de caresme, et mesme de la passion, pour y donner

farces avec dances et chansons bachiques[419].

[Note 419: On sait que, dans les colléges de jésuites, il étoit

d'usage de donner, à certaines occasions, des représentations

dramatiques, des tragédies, des comédies, même des opéras,

puisque celui de _Jonathas_ fut écrit par Carpentier pour le

collége des jésuites de Paris. C'étaient les élèves qui jouoient

et qui chantoient les rôles; à chaque distribution, il y avoit

un prix pour celui qui avoit le mieux fait son personnage. Le

livre donné en récompense portoit cette mention: _Alumnus... pro

bene actam personam... præmium feret_. Il en résulta que ces

colléges de jésuites furent ce qu'est à peu près aujourd'hui

notre Conservatoire. Une foule de bons chanteurs et de bons

comédiens en sortirent, notamment Molière, Dancourt, Tribou de

l'Opéra, et beaucoup d'autres dont les jésuites du collége de

Clermont, à Paris, préparèrent la vocation, sauf à les faire

excommunier lorsqu'ils prouvèrent trop bien qu'ils étoient leurs

dignes élèves.--Il est dit ici que les religieux avoient _droit

de dresser théâtre_, etc., et c'est à tort. La comédie n'étoit

permise chez eux que par tolérance, en depit même de l'article

80 d'une ordonnance rendue à Blois en 1579, par laquelle toute

espèce de comédies, même les petites représentations des

bucoliques et des églogues, leur étoient interdites. Il est vrai

que l'ordonnance ne fut jamais exécutée. On peut voir, sur ces

spectacles des colléges, les _Mémoires de Bassompierre_, sous

la date du lundi 7 septembre 1619; _les Aventures de Francion_,

liv. 4; Lémontey, _Hist. de la régence_, t. 2, p. 350.]

_Item._--Privilége à iceux religieux d'employer pour ceste bonne

oeuvre les couronnes d'argent à eux leguées pour la decoration des

autels et des images.

_Item._--Iceux pères qui n'auront faculté de confesser leurs devotes

dans les eglises les pourront confesser sous les moulins champestres.

_Item._--Iceux, nonobstant les bulles qui leur defendent de negocier,

sous peine d'excommunication, pourront s'engager dans quelque commerce

non repugnant à l'exterieur de leur institut, si comme avec marchand de

charbon, etc.

_Item._--Advenant que parmi les confrères se trouve un ecclesiastique

qui n'ose donner sa decision lorsqu'il sera consulté, iceluy sera

regardé comme l'oracle de l'archiconfrerie.

_Item._--Tous suppots d'icelle, tant ecclésiastiques et religieux,

se contenteront, et pour eux-mêmes et pour l'utilité du prochain, de

la science que les docteurs appellent science moyenne[420], hoire

et ayant-cause du feu P. Molina[421], guidon en la compagnie des

porteferules.

[Note 420: La science troisième ou moyenne, selon les

théologiens, celle, disent-ils, par laquelle Dieu connoît ce que

les anges et les hommes feroient en certains cas, en certaines

circonstances, s'il avoit résolu de les y mettre.]

[Note 421: le fameux jésuite espagnol Louis Molina, dont

le livre _De la concorde de la grâce et du libre arbitre_

(Lisbonne, 1588, in-4) suscita les fameuses disputes sur la

grâce et sur la prédestination. Molina, apôtre des _Molinistes_,

étoit mort à Madrid le 12 octobre 1600.]

_Item._--Tous clercs et coutres[422] ou beneficiers de paroisse et

autres eglises, sans distinction ny exception quelconque, pourront,

pendant le service divin, se rendre aux porteaux et sacristies

d'icelles pour y apprendre ou debiter nouvelles et y juger le prochain.

[Note 422: Le _coutre_ ou _coustre_ étoit celui qui avoit le

soin de sonner les cloches et qui étoit gardien (_custos_, d'où

son nom) des clefs de l'église. V. Ménage, _Hist. de Sablé_,

liv. 2, chap. 3.]

_Item._--Tout frère questeur et proviseur, de couvent qui soy

advancera de traicter des matières de doctrines les plus relevées

dans les boutiques, parloirs et autres lieux, sera escouté de tous

archiconfrères et consoeurs ni plus ni moins qu'un lecteur de jubilé.

_Item._--Pourront les dames et demoiselles agregées à l'archiconfrerie

aller à la messe poudrées et parées ainsy comme au bal, comme aussi

preferer les messes basses aux grandes, et surtout la dernière: le tout

pour le plus d'edification du prochain.

_Item._--Pourront lesdites archiconsoeurs se poster par humilité à

genoux, sur des bancs ou chaises, et prendre sur leurs eventails le

sujet de leurs meditations.

Tous ceux et celles qui, se trouvant ès eglises, y auront causé

de nouvelles et d'affaires en attendant le prédicateur, pourront

s'abandonner au sommeil pendant la predication.

_Item._--Y doit avoir en lieux competens inquisiteurs secrets et

censeurs des livres, pour interdire, suprimer, enlever et même

decacheter tous livres pernicieux à l'archiconfrerie et defendus par

icelle, si comme epitres, evangiles, ordinaires de la messe, etc.

_Item._--Est loisible à tous laïques agregés quy se meslent de corriger

ou reprendre ceux qui offencent le Seigneur d'appuier sa reprimande ou

correction de moult maledictions et imprecations.

_Item._--Es lieux de public instruction où les maistres comme les

disciples ne peuvent cacher aux clairvoyans l'insuffisance de leur

doctrine, on pourvoira à l'honneur des escoles dans l'esprit du

bourgeois et père de famille par l'appareil des thèses[423] et

tragedies, et par la beauté des bâtimens.

[Note 423: On déployoit une très grande pompe pour la réception

des docteurs en toutes sortes de sciences, médecine, théologie,

etc. On peut voir par le _Journal du voyage_ de Locke en France

(18 mars 1676) que l'appareil dont Molière entoure la réception

d'Argan comme docteur n'a rien d'exagéré. (_Revue de Paris_,

1re série, t. 14, p. 13-14.) La thèse si pompeusement soutenue

étoit elle-même illustrée d'une magnifique gravure. Elle étoit

toujours bonne à prendre pour l'image, comme dit Toinette du

_Malade imaginaire_.]

_Item._--L'inscription d'iceux bâtimens designera ceux quy ont receu

l'argent pour les construire, et nullement ceux qui l'ont donné.

_Item._--Tout ecclesiastique meditant l'erection de communauté nouvelle

ne prendra ailleurs qu'au bureau de l'archiconfrerie les bulles et

patentes que les autres vont demander au pape et au prince.

_Item._--Et ceux patriarches de nouvelle espèce pourront se faire

baiser les piés, ny plus ny moins que le pape.

_Item._--Advenant qu'aucuns catholiques se fourvoient jusqu'à manquer

de respect pour l'archiconfrérie, iceux catholiques seront, par le seul

faict, réputés chimatiques, et jansenistes, qui pis est; voire meme, si

metier est, pendus en effigie aux yeux des souffre-ferules.

_Item._--Au cas qu'iceux catholiques allèguent, pour soy justifier,

certains decrets des papes bien et dument approuvés ès saints conciles,

suivis et omologués en toutes provinces catholiques, apostoliques et

romaines, sera maintenu par les archiconfrères qu'iceux decrets ne sont

munis de lettre de placet à ce necessaire de par l'archiconfrerie.

_Item._--Tout confrère qui voudra montrer son courage envers iceux

catholiques redoutera leur presence et ne pourra signaler sa bravoure

que par la fuite.

_Item._--Pour lesdits cas d'esclipse et desertion, iceux archiconfrères

tiendront pour certain que le scandale peut être preferé au danger du

raisonnement et la faveur des ignorans l'emporter sur l'exemple des

sages.

_Item._--Attendu que la science, si elle n'est science moyenne[424],

est le poison le plus funeste, comme est dit cy-dessus, à

l'archiconfrerie, tous suppots et agregés d'icelle mettront en arrière

les saints pères de l'eglise, en leur substituant les saints pères de

la société, si comme abandonneront saint Augustin pour suivre Escobar

et debusqueront saint Thomas[425] pour subroger à ses droits le

porteferule Francolin.

[Note 424: V. une des notes précédentes.]

[Note 425: La lutte avoit d'abord eu lieu entre les dominicains

_Thomistes_ et les jésuites _Molinistes_, tant à cause du livre

de Molina cité tout à l'heure qu'au sujet de ses _Commentaires_

sur la première partie de la Somme de saint Thomas.]

_Item._--Nul archiconfrère ne manquera d'observer pour ses demarches et

entreprises les phases de la lune, comme estant l'astre tutelaire de

l'archiconfrerie, et feront eclater leur ferveur surtout au temps de

la première sève et du renouvellement d'icelle, comme faisant les deux

principales solemnitez des Cervelles emouquées ou Ratiers.

_Item._--A eux permis de raper, prendre et donner tabac[426] en leurs

prières, messes et offices, pour eviter plus seurement les distractions.

[Note 426: Les priseurs râpoient encore leur tabac à chaque

prise. M. du Sommerard possédoit une de ces _râpes-tabatières_,

sur laquelle le Sganarelle du _Festin de Pierre_ étoit

représenté frottant sur sa râpe la carotte de tabac, au moment

où il entre en scène sur ces vers:

Quoi qu'en dise Aristote et sa docte cabale

Le tabac est divin, il n'est rien qui l'égale.]

_Item._--Les directeurs et confesseurs agregés se proposeront

soigneusement le bien des familles dans leur ministère.

_Item._--Quiconque s'ingerera de blasmer iceux confesseurs, les

accusant d'avarice, ou qui censurera leur intention à employer pour

des visites les temps destinez à la prière, retraite et silence, sera

deferé à l'archiconfrerie comme coupable de violer la charité du

prochain.

_Item._--Tout archiconfrère qui debource pour soy divertir florins,

patacons[427] et ducats, en ne donnant aux pauvres que la plus basse

des espèces de monnoie, sera tenu pour aumonier.

[Note 427: Ou _patagon_, monnoie d'argent qui de 48 sols finit

par monter à 58. L'orthographe employée ici donneroit raison à

Ménage, qui pense que ce mot venoit de _patac_, ancienne petite

monnoie d'Avignon.]

_Item._--Les predicateurs religieux prescheront eux-mêmes dans leurs

eglises lorsqu'ils voudront critiquer les censeurs de leur morale; mais

ils choisiront des predicateurs estrangers pour en recevoir des eloges

devant le public.

_Item._--Tout religieux quy, se trouvant accompagné d'un sien frère

ou convers, rencontrera un ecclesiastique, iceluy aura soin que le

dit frère salue le premier l'ecclesiastique, afin que iceluy salue le

premier le religieux.

_Item._--Tout chasseur agregé prendra son mousquet pour tuer les

souris, mais doit espargner les rats, comme animaux privilégiés par

edits et patentes de l'archiconfrerie.

_Collationné à l'original par moi_,

Variétés Historiques et Littéraires (03/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 55 / 70 题