SONGECREUX[428].

[Note 428: Nom de haute folie consacré par le livre de Gringore,

_les Contreditz de Songecreux_; par un passage de Rabelais (liv.

1er, ch. 20), et aussi par _la Prenostication de maître Albert

Songecreux Biscain_ (1527), fameux almanach dont a parlé H.

Estienne au chapitre 39 de son _Apologie pour Hérodote_.]

_Advis de Guillaume de la Porte, hotteux ès halles de la ville de Paris._

Sans lieu ni date, in-8.

Le vaudeville des bouchers et le reglement faict pour la police

publié[429] m'a donné subject de tracer ces lignes, pour vous declarer

que, pensant apporter du remède, vous courés au mal. La raison en est

parceque vous voulez paroistre de grands oeconomes, et vous n'estes

qu'abecedaires de maisons. D'où vient que, voulant retrancher le mal,

vous le fomentés et le faictes pululler? Que si vous aviez consulté

toutes sortes de qualités de personnes, ne vous attachant tant au

pourpre[430], qui n'a le plus souvent que l'apparence ou l'appuy de

l'argent, sans doute vous auriés faict tout autre reglement. Qui est

celuy qui ne recognoisse le signalé defaut sur le prix du mouton, veu

que chacun sçait qu'il y a grande disproportion du moindre au meilleur?

A vostre compte, le plus gras mouton ne vaudroit que seize sols

davantage que le plus chetif[431], veu qu'il y, a mouton de neuf livres

et autres de trois livres. Pour le veau, pareille raison. Ma cousine

la Moignotte, que Dieu veulle conserver et luy restablir la santé!

estant fermière de la grande ferme de Paré, elle avoit douze vaches,

dont l'une avoit nom la Bourelière, laquelle faisoit des veaux aussi

puissants que des boeufs du Poitou. Je vous laisse à penser quelle

perte elle eust receu de les vendre à six livres, et le grand profit de

vendre des avortons à pareil prix de six livres. Ces considerations, et

autres que je veux deduire cy-après, font que je ne puis approuver ce

reglement. Et d'autant qu'estant bourgeois de Paris, je faicts partie

d'icelle, il me semble qu'au peril de la famine qui nous menace, je

doibs dire mon opinion, pour estre receue ainsi qu'on le verra bon

estre. Que si quelqu'un me debat mon droict de bourgeoisie, Pierre de

la Porte et Guillemette des Rosières, surnommée Dix-sept-demi-septiers,

mes père et mère, vous leveront ceste difficulté et vous diront qu'ils

ont porté les crochets et la hoste vingt ans, servants à porter viandes

et fruicts des halles. Je vous laisse à penser si j'ay quelque memoire

du vineux mestier qui fait dire la verité. Ma qualité prouvée, venons

au subject qui se presente. Toute ville, republique ou royaume se

maintient principalement de bled, vin, chair et bois: c'est pourquoy

les bien reglées ont donné toute liberté de trafiquer à toutes sortes

de personnes sans y imposer aucune dace[432] ny impost, afin que

l'affluence y apporte vilité de prix, ce qui est très certain par

l'abord des marchands, qui ne trafiquent que sur l'esperance du gain.

Je sçay que le malheur du temps a apporté des subsides sur lesdits

vivres; mais lesdits subsides ne sont suffisans pour faire telle cherté

qu'on s'en puisse plaindre, et je m'asseure que quelque jour nostre bon

prince et roy retranchera en partie lesdits subsides: car je m'asseure

que, Gondy et Jamet[433] à present estant morts, on ne verra plus tant

de partisans composés d'Italiens et d'Espagnols, que je desirerois les

uns estre placés au pol arctique, les autres au pol antarctique. _Dios

me libre de tal gente!_ Je ne parle des femmes desdits païs, car elles

passent en la famille des maris.

[Note 429: Nous ne savons quel est ce règlement de police

concernant la boucherie; peut-être est-ce celui du 30 mai 1618.

V. _Traité de la police_, t. 2, liv. 5.--Nous n'en trouvons pas

qui se rapproche davantage de la date de cette pièce.]

[Note 430: C'est-à-dire à la puissance.]

[Note 431: En 1600, le prix d'un beau mouton étoit de 4 livres.

(Dupré de Saint-Maur, _Essai sur les monnaies_, année 1600.)]

[Note 432: _Taxe._]

[Note 433: Partisans italiens qui alors accaparoient toutes les

affaires. V. la pièce précédente, _Rencontre de maître Gaillaume

et de Piedaigrette_. Jamet n'est autre que le fameux Zamet, mort

en 1614.]

Il est donc necessaire de donner liberté aux marchands forains de

vendre leurs troupeaux et marchandises le prix qu'ils pourront,

parceque, si vous leur faictes delivrer leur marchandise à perte, sans

doubte ils n'y retourneront pour la seconde fois: je m'en raporte à la

Verdure de Juvisi, s'il veut venir perdre sur chaque chartée de veaux

dix-neuf livres qu'il perdit vendredy dernier.

Il est utile de donner permission à tous maistres bouchers et

compagnons ou autres vendre viandes en destail, afin de n'estre subject

à un nombre[434].

[Note 434: On voit que l'idée de demander la liberté du commerce

de la boucherie n'est pas chose nouvelle.]

Il est à propos de vendre les viandes à la livre, et le prix d'icelles

en soit faict au rabais, ainsi qu'il se practique en Languedoc,

Gascogne et autres provinces.

Davantage (avec permission de MM. les bouchers), parceque je vois

plusieurs bonnes maisons où il faut quantité de moutons, d'autres

familles qui se peuvent passer d'un quartier, et qu'ils se pourroient

plaindre, soit de la maigreur des viandes, soit sur la difficulté

d'avoir un quartier de derrière, que l'on appelle, en Musarabie[435],

_trasero_, pour eviter à cet inconvenient, je voudrois faire dresser

des escorcheries au dessus et au dessoubs de nostre ville de

Paris[436], et près icelles quelques halles, où les marchands forains,

deux fois la sepmaine, pourroient venir vendre leur bestail, les

manants et habitans de nostre ville, ou leurs domestiques pour eux, se

joignant deux, trois, plus ou moins, se transporteroient ausdits lieux

et feroient achapt de leur necessité, et à l'instant feroient tuer leur

mouton ou plusieurs, moyennant trois ou quatre sols qu'ils donneroient

à des compagnons bouchers, qui seroient bien aises de faire ce profict.

En après, le mouton pesé, l'on regarderoit la montance de chaque livre,

et chacun puis après prendroit sa provision. C'est un mesnage qui se

faict en plusieurs endroits de l'Europe, sur lequel vous faictes le

tiers de profict. Je le sçay par experience. Ma mère Guillemette me

disoit bien qu'en voyant le monde on voit du pays, et qu'à ne voir que

des charbons on ne cognoist que des tisons.

[Note 435: C'est le nom qu'on donnoit à la partie de l'Espagne

chrétienne placée sous la domination des Arabes.]

[Note 436: L'établissement des tueries sur la rivière, au

dessous de Paris, avoit souvent été demandé. On l'avoit même

ordonné par arrêt du 7 septembre 1366 (_Traité de la police_,

t. 2, liv. 5); mais jamais l'ordonnance n'avoit pu avoir

d'exécution. (_Mélanges d'une grande bibliothèque_, Hh., p.

16-17.)]

Or, d'autant que l'abondance est la mère de vilité, je voudrois, pour y

parvenir, faire defences de tuer des aigneaux, sur peine du fouet[437],

despuis le premier jour de janvier jusques au dernier juillet. Vous

faictes, en ce faisant, profiter les troupeaux, accroistre les fumiers

des laboureurs, qui s'abonissent par la fiante de ces animauls, qui par

après multiplient les grains à foison par l'amendement que l'on faict

aux soles et jachères. Vous empeschés les bergers de vendre les dits

agneaux: vous retranchez la perte des troupeaux que l'on donne à moitié.

[Note 437: Charles IX en 1563, Henri III en 1577, avoient fait

défense de vendre la chair des agneaux; mais leurs ordonnances

ne furent pas exécutées, et il fallut les faire revivre en 1714,

après beaucoup de réclamations du genre de celle qu'on formule

ici.]

Pareil remède sur les veaux et autres espèces de vivres, lesquels ne

voyent a peine la lumière par la friandise de ce temps.

Je voudrois faire defenses aux marchands de bled residans à Paris de

serrer du grain dans Paris outre leur provision: car ils enlèvent le

bled de deux ou trois marchés à bas pris pour vous le vendre puis après

cherement. Je portois un jour à monsieur Criton du pain de la hale, et

il montroit une oraison grecque à ses escoliers, escripte contre des

marchands traficquans en bled, residans à Athènes[438], de la qualité

susdicte; et les dits escoliers, à cause que je portois du pain, ils me

prenoient pour l'un de ces monopolistes, et me vouloient lapider; et

si le dit sieur ne fut venu, leur donnant à entendre que je n'estois

marchand blatié grec[439], c'estoit faict de Guillaume de la Porte! Il

sera bien fin qui me fera vivre avec ces toques de malice!

[Note 438: Ce discours est celui de Lysias _contre les marchands

de blé_. V., sur cette très intéressante _oraison_, le livre

d'Auguste Boeckh, _Economie politique des Athéniens_, trad. par

Laligant, t. 1, p. 138-141.]

[Note 439: Les _blastiers_ étoient ces marchands qui alloient

acheter du blé dans les greniers de la campagne et qui le

revendoient aux marchés des villes. Il y avoit à Paris une

communauté de marchands _blastiers_ sous saint Louis, qui leur

donna des statuts. (_Traité de la police_, t. 2, liv. 5, ch.

2.) Plus tard, leur commerce déchut, et ils ne furent plus

considérés que comme simples _regrattiers_ et _grainiers_.

(_Id._, t. 6, liv. 5.) On agita même la question de l'utilité de

leur commerce, et l'on fut sur le point de le défendre. (_Id._,

_ibid._)]

Pour le bois, j'observerois les reglements anciens, à peine de

contravention de la perte de la marchandise contre les marchans, et de

privation et de confiscation des offices des officiers, qui, en leur

presence, voyent enfraindre la taxe de la ville; à quoy pour remedier,

il y auroit des poteaux dans lesquels il y auroit une table (ce que les

Arabes appellent _Arauzel_)[440] contenant la taxe de la ville, afin

qu'un chascun fut adverti du prix de la marchandise[441].

[Note 440: Chez les Chinois il y a une table pareille dressée

sur la place publique, et indiquant, en outre du prix des

vivres, celui des remèdes qui se vendent chez les apothicaires.]

[Note 441: On trouve le commencement d'exécution d'un projet

pareil dans l'ordonnance de mars 1577, par laquelle il étoit

ordonné à l'hôtelier d'écrire sur la principale porte de son

auberge le taux de tout ce qui se prenoit chez lui, le manger,

le boire et le coucher. Deux ans après, une ordonnance du 21

mars compléta la première en réglant le tarif de toutes les

denrées à consommer. C'est cette ordonnance qui se trouve

mise en chanson dans la _Fleur des chansons nouvelles_ (édit.

Techener, p. 6-11).]

Seroit fait defences d'acheter des bois, n'estoit pour estre

promptement coupés et vendus à la saison, afin d'eviter aux monopoles.

Il y a plusieurs bourses qui s'assemblent et enlèvent les bois, et les

gardent un, deux, trois ans, jusques à cherté, et n'en font venir qu'à

la derobée. Je vous donne advis qu'il y a un marchand d'Auxerre qui,

sous la bourse d'un nommé Giman, bourgeois de Paris, a enlevé tout

le marin[442] du pays de Morvan. Je vous laisse à penser s'il faudra

passer par ses mains si le bois tortu chemine droit[443]; mais je

m'asseure que monsieur le lieutenant general d'Auxerre y donnera bon

ordre. Le commencement de la santé est de cognoistre la maladie, _el

comienso de la salud, es conocer la dolencia del enfermo_.

[Note 442: Bois _merrain_, bon surtout pour les tonneliers, les

treillageurs et les menuisiers.]

[Note 443: Si la vigne donne.]

Messieurs les maistres des forests, vous ne serez negligens de faire

planter à la place des bois de haute futaye que l'on abat.

Je voudrois faire defendre aux cabaretiers d'asseoir en leurs tavernes

fors pain et vin[444], et ce à personnes estrangers seulement.

[Note 444: C'étoit le droit des cabaretiers et taverniers «de

vendre vin, donner à manger ou souffrir qu'on mange dans leur

maison.» Colbert lui-même n'osa l'enfreindre: V. sa lettre à M.

de Miromesnil du 16 octobre 1681, _Correspondance administrative

de Louis XIV_.]

Il y a un tas de gueules enfarinées qui n'ont pour leur dieu que la

Pomme de pin, la Croix blanche, le Petit saint Anthoine[445], le

cuisinié de monsieur de Bethune, que l'on dit à la Bastille, avec mille

autres de ce poil, sans comprendre les logis où l'on traicte à deux,

trois et quatre escus pour teste. Quelle abysme de despense! Et le vice

chatouille tellement les hommes qu'il n'y a fils de bonne mère qu'il

n'y porte sa chandelle. Si compère Gaultier arrive, il faut le recevoir

en un cabaret. Là, on trouve toute sorte de vins d'Orleans, de Beauce,

Gascogne, d'Espagne, de Ciudad Real, Perogomez, Frontignan; là, vous

ne pouvés desirer aucun genre de viande qu'il ne vous soit servi. La

colation ou dessert seconde l'entrée, tellement que vous estes servi

plus qu'en roy. Au partir de là, pour faire chère entière, il faut

aller voir les dames, ou plustost la verole.

[Note 445: On connoît la célébrité du cabaret de la

_Pomme-de-Pin_, situé dans la Cité, près de l'église de la

Madeleine et presqu'à l'entrée du pont Notre-Dame. Celui de la

_Croix blanche_ se trouvoit près du cimetière Saint-Jean, dans

la petite rue, aujourd'hui détruite, à laquelle il avoit donné

son nom. Le cabaret du _Petit-Saint-Antoine_ s'appeloit ainsi à

cause de la maison de chanoines près de laquelle, il étoit situé

dans la rue Saint-Antoine. V.; notre _Histoire des hôtelleries

et cabarets_, t. 2, p. 304, 333.]

Je me proposois vous toucher quelques remèdes, mais il m'est souvenu

que monseigneur de Verdun (que chascun ne sauroit assez admirer, pour

estre les louanges inferieures à ses vertus) est à present premier

president au parlement de Paris, premier parlement de France[446].

Ma plainte suffit; la paix qu'il a establie entre les mondains de

Toulouse, y rendant la justice en qualité de premier president, asseure

qu'il la donnera aux enfans de Paris, ou plustost à la confusion

du siècle corrompu. Nous estions perdus (mes concitoiens) si nous

n'eussions recouvert l'Hercule de nostre pays. Desjà j'avois faict

resolution de vendre ma hotte et ma bonne casaque de toille, ayant

perdu l'esperance de gagner ma vie aux halles pour tirer des coups

de pistolets aux portes en tirant pays pour aspirer la qualité de

gondolier à Venise. A Dieu, jusques _al veder_.

_L'an de grace 1611[447] le 2. jour de may, et de Guillaume de la

Porte[448], de nostre aage le 27._

[Note 446: Messire Nicolas de Verdun avoit succédé en 1616 à

M. Achille du Harlay dans la charge de premier président du

parlement de Paris, qu'il occupa jusqu'en 1627. V. Blanchard,

_Eloges de tous les premiers présidents_, 1645, in-8, p. 81.]

[Note 447: Il faut lire 1621.]

[Note 448: Je serois tenté de croire que pour cette pièce,

où il est tant question du commerce de la boucherie, le nom

de Guillaume de la Porte a été pris en souvenir de Guheri

de la Porte, qui au XIIIe siècle fit don aux religieux de

Saint-Martin de la maison où fut établie la grande boucherie de

l'Apport-Paris.]

_Les Misères de la Femme mariée, où se peuvent voir les peines et

tourmens qu'elle reçoit durant sa vie, mis en forme de stances par

Madame Liebault_[449].

_A Paris, chez Pierre Menier, demeurant à la Porte Sainct Victor._

In-8.

[Note 449: Cette madame Liébaut, dont les talents poétiques nous

sont ici révélés, est Nicole Estienne, fille de l'imprimeur

Charles Estienne, et femme du médecin Jean Liébaut, dont on a

plusieurs ouvrages importants pour l'agriculture et la médecine.

Elle étoit, dit-on, fort savante; ce qui suit prouve qu'elle

avoit aussi beaucoup de sens et d'esprit. M. Brunet, dans son

_Manuel_, t. 3, p. 131, parlant de cette pièce, dont il cite

une autre édition publiée à Rouen, donne à l'auteur le nom grec

d'Olympe, qui convenait assez à la fille d'un Estienne.]

_A Madame de Medine, religieuse aux Ammurez de Rouen._

Madame, les hommes, en general, sont si divers en leurs opinions, que,

par manière de dire, chacun veut maintenir la sienne particulière

avecques des raisons bien souvent qui sont du tout alienées de

raison. Les philosophes du temps passé nous ont laissé à la memoire

que la nature, qui est le Dieu supresme, avoit mis entre mains aux

hommes, pour s'en servir, certaine espèce de biens qu'ils appelloient

indifferens, c'est-à-dire qui n'apportoient ny bien ny mal aux hommes,

si non autant que les hommes les applicquoient à l'usage, fust à bien

ou à mal, comme l'on peut dire de l'or, l'argent, le fer et autres

metaux, et bref de toutes choses inanimées. Ainsi avons-nous en la

police, tant civile que mesme en l'ecclesiastique, certaines choses

qui sont indifferentes, et non pas necessaires du tout, comme, en

celle-cy, nous autres, qui sommes plus zelés, ne sommes tenus de croire

outre et pardessus ce qui est comprins dans les tables de la loy que

Dieu nous a données par le bon père Moyse, et ce que l'Eglise nous

commande de croire, le reste demeurant à la discretion d'un chacun.

Que si l'on nous propose quelque chose davantage, c'est plustost par

conseil que par ordonnance et commandement exprès. Tout de mesme en

la police civile, prenant pour exemple le subjet du present livret

que je vous ay adressé: car c'est bien une chose que le mariage, qui

demeure entierement à la disposition volontaire des hommes contre les

necessitez qu'y apportoient jadis les anciens ethniques et payens, ne

differans en beaucoup de choses des bestes bruttes que de la seule

parole. Et ce vaisseau d'election, monsieur sainct Paul, en parlant en

ses epistres, dit en ces termes, que qui se marie fait bien, mais qui

ne se marie pont fait encore mieux. Comme s'il vouloit entendre que

l'on s'en abstînt pour vouer à Dieu sa virginité, ce qui ne se peut

toutes fois maintenir aisement ny observer un tel voeu sans y apporter

pour aide et support la prière, le jeusne et la solitude, ainsi que

vous faites, Madame, qui est un genre de vie, à la verité, qui excelle

d'autant le mariage, que la contemplative a tousjours esté preferée à

l'active; ce que Dieu mesme confirme de sa propre bouche en son sainct

Evangile, parlant des deux soeurs qui avoient suivy divisement et l'une

et l'autre vie, quand il dit que celle qui avoit delaissé la cure des

choses terriennes pour vacquer à la prière avoit esleu la meilleure

part, sans le prendre au subjet qui est traicté dans ce livret, ny

pour les occasions qu'il rapporte concurer souvent avec le mariage,

ce que vous verrez plus amplement comme le permettra vostre loisir,

vous suppliant, au reste, de le prendre en bonne part, et que par la

souvenance que j'ay eue de vous, vous, en pareil, ayez souvenance de

moy en vos bonnes prieres, que Dieu vueille exaucer. Adieu.

_Votre très humble et très affectionné_,

Variétés Historiques et Littéraires (03/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 56 / 70 题