D'après le système actuel de l'éducation des jeunes filles, tous les

génies qui naissent femmes sont perdus pour le public.

Quel est l'homme, dans l'amour ou dans le mariage, qui ait le bonheur de

communiquer ses pensées, telles qu'elles se présentent à lui, à la femme

avec laquelle il passe sa vie? Il trouve un bon coeur qui partage

ses peines, mais toujours il est obligé de mettre ses pensées en petite

monnaie s'il veut être entendu, et il serait ridicule d'attendre des

conseils raisonnables d'un esprit qui a besoin d'un tel régime pour

saisir les objets. La femme la plus parfaite, suivant les idées de

l'éducation actuelle, laisse son partner isolé dans les dangers de la

vie, heureux lorsqu'elle ne finit pas par l'accabler d'ennui.

Quel excellent conseiller un homme ne trouverait-il pas dans sa femme,

si elle savait penser! un conseiller dont, après tout, hors un seul

objet qui ne dure que le matin de la vie, les intérêts sont exactement

identiques avec les siens.

Une des plus belles prérogatives de l'esprit, c'est qu'il donne de la

considération à la vieillesse. L'arrivée de Voltaire à Paris fait pâlir

la majesté royale. Mais quant aux pauvres femmes, dès qu'elles n'ont

plus le brillant de la jeunesse, leur unique et triste bonheur est de

pouvoir se faire illusion sur le rôle qu'elles jouent dans le monde. Les

débris des talens de la jeunesse ne sont plus qu'un ridicule, et ce

serait un bonheur pour nos femmes actuelles de mourir à cinquante

ans[12].

[12] M. de Stendhal.

Mais me voilà bien loin de Jean-Jacques, dont je voulais à toute force

faire un précepteur d'amour. Sur les pas d'un non moins bon modèle, je

me suis laissé entraîner à un sujet non moins intéressant, et force

m'est de revenir sur mes pas.

C'est un art difficile que de plaire à une veuve. Habile à profiter de

ses avantages, elle se tient toujours sur un _qui vive_ que justifie sa

hasardeuse position; placée au milieu d'ennemis cruels et charmans,

une veuve a toujours un grand empire sur elle-même et sur les autres;

son expérience la sert bien mieux que ne pourrait faire l'innocente

ignorance; et cette remarque vient encore à l'appui de notre opinion.

Au reste, il n'existe pas de femme capable de résister toujours aux

occasions, à la persévérance, aux séductions de l'esprit et de la

tendresse. Montaigne dit avec grande raison: «Oh! le furieux advantage

que l'opportunité!» C'est, en effet, le meilleur allié de l'amour. Jeune

ou vieille, belle ou laide, toute femme est charmée qu'on lui adresse

de délicats hommages; si l'orgueilleuse résiste quelquefois plus

long-temps qu'une chaste, elle est encore flattée dans sa vanité; elle

ne se courrouce pas toujours si on lui désobéit par un excès d'amour; ce

sentiment se justifie de lui-même; et, pardonné une fois, l'amant peut

tout oser: les femmes s'attachent par les faveurs.

[Cul-de-lampe]

THÉORIES PHYSIOGNOMONIQUES.

«On nie la physionomie, et, en dépit de soi, on se trouve porté

à croire qu'il y a quelque mérite sous un joli visage.»

(BOISTE, Dict.)

«Toi dont le coeur est fait pour la tendresse,

Connais tout l'art du choix d'une maîtresse:

Il veut des soins ingénieux, constans;

Cherche, étudie et les lieux et les temps,

Compare, oppose, et voit d'un oeil austère

L'âge, les goûts, l'ame, le caractère....»

(BERNARD.)

C'est une déplaisante chose que les grands mots, et il faut en vérité

compter un peu sur l'indulgence des lecteurs pour oser leur parler

_physionomie_ et _sympathie_; et cependant il n'est aucun de ceux à qui

ce petit ouvrage puisse tomber dans les mains, qui ne se livre chaque

jour, même à son insu, à des observations du genre de celles que nous

consignons ici. La jeune personne que l'on voit à la promenade, que l'on

admire de prime-abord, dont on remarque la tournure et la grace,

n'attire-t-elle pas par un charme sympathique? Et si, plus tard, on se

retrouve au spectacle placé près d'elle, l'attention que l'on met à

chercher son regard, à observer son geste, à écouter sa voix, à étudier

son sourire, cette attention mélangée d'espérance et de curiosité,

n'est-elle pas elle-même une étude physiognomonique?

Du moment où les hommes ont commencé de vivre en société réglée;

aussitôt que, dans le choix d'une compagne, la douceur et le calcul ont

chez eux remplacé la violence, un besoin nouveau a dû se faire sentir à

leur esprit: c'était celui de connaître et d'apprécier les femmes, de

deviner leur âge, leur caractère, leurs goûts, leurs qualités, leurs

passions, leurs faiblesses; de savoir enfin si une conformité d'idées,

d'habitudes et de moeurs pouvait assurer le bonheur d'une union

durable.

Pour y parvenir, il leur a fallu d'abord étudier avec soin l'ensemble de

la tournure et des traits, puis épier ensuite certains momens d'abandon,

l'effet des impressions imprévues, quelques gestes et les mouvemens

imprévus des affections diverses qui se retracent si vivement sur le

visage de la femme, miroir mobile et fidèle de son ame. De là est née

sans doute cette science, conjecturale d'abord, devenue certaine depuis,

à l'aide de laquelle l'homme, initié en quelque sorte au mécanisme des

passions, parvient à les combattre, à les démasquer, et souvent même

les fait tourner à son avantage.

Notre but ici n'est pas de faire un traité de science aride ou de sévère

morale: nous tracerons seulement quelques indications utiles et d'une

application de tous les instans, en réunissant la plus grande partie des

inductions à l'aide desquelles on peut se familiariser avec l'art si

difficile de connaître les femmes. L'application et l'expérience

modifieront sans doute pour chaque lecteur quelques unes de nos

opinions: mais y a-t-il rien de général? Les graves professeurs

disent que les règles se confirment par l'exception.

On tire des inductions physiognomoniques presque certaines des femmes

d'après leur tournure, leur mise, les couleurs qu'elles préfèrent, leur

marche, leurs mouvemens, les traits de leur visage, la texture des

chairs, la voix, les gestes, les goûts dominans, d'après l'ensemble et

enfin l'aspect de leur personne.

Les signes d'une seule partie du corps pris isolément n'ont beaucoup

d'importance qu'autant qu'ils sont en convenance avec ceux des autres

parties: en effet, tout le corps humain est un, et chaque symétrie a

sa propre nature et ses dispositions particulières; on est frappé du

rapport constant entre les divers membres, et la conformation d'un seul

peut faire préjuger à coup sûr de celle de plusieurs autres.

Les divers organes doubles chez la femme, correspondent entre eux d'une

manière frappante et exacte: ainsi, un joli pied dénote inévitablement

une main petite et délicate; une jambe bien faite est un indice presque

certain d'un joli bras, elle indique même l'élégance et l'harmonie de

toutes les parties du corps. Quant aux organes intermédiaires et

uniques, tels que le nez, la bouche, etc., il existe entre eux des

relations sympathiques dont l'expérience démontre la justesse et dont

les révélations piquantes ne sont pas un des moindres attraits de la

science physiognomonique.

Le plus précieux avantage dont la femme puisse être favorisée, celui qui

agit le plus puissamment sur l'imagination de l'homme, c'est la grace:

elle l'emporte même sur la beauté. Une femme qui n'est que belle et bien

faite excite l'admiration: le sentiment qu'inspire une gracieuse

élégance a bien plus de vivacité et de douceur. Parmi les inductions

physiognomoniques à l'étude desquelles il est bon de se livrer, nous

placerons donc au premier rang _la tournure_.

DE LA TOURNURE, DES MOUVEMENS DU CORPS, ET DE LA MARCHE.

La tournure et les divers mouvemens du corps chez les femmes,

lorsqu'elles marchent, présentent des signalemens certains pour la

double connaissance du physique et du moral.

Les jeunes femmes qui se courbent habituellement en marchant, et dont

les mouvemens sont contraints et ramassés, unissent à un caractère

dissimulé un fond d'égoïsme; celles, au contraire, qui marchent

franchement, dont les mouvemens sont larges et faciles, sont naturelles,

généreuses et sincères.

La femme modeste marche les yeux baissés; la femme à forte passion a le

pas délibéré, la tête haute. Les caractères tracassiers _trottent-menu_;

une marche nonchalante, des mouvemens alourdis révèlent un caractère

trompeur, un tempérament paresseux.

Des mouvemens brusques et fréquens sont le signe d'un caractère

inconstant, inquiet et soupçonneux; la constance, la bonne foi, la

discrétion, se trahissent par des mouvemens réguliers et posés, sans

nonchalance. En général, une marche prompte et des mouvemens vifs

annoncent chez une femme des passions fougueuses, de l'emportement dans

l'esprit. Les naturels modérés ont des mouvemens réfléchis et pleins

d'accord.

DE LA MISE ET DU CHOIX DES COULEURS.

On reconnaît encore au choix des vêtemens certaines parties du caractère

chez les femmes. Les jeunes personnes, il est vrai, préfèrent le blanc

et les nuances claires, tandis que les femmes d'un âge mûr

choisissent des teintes foncées: rien de plus naturel, la jeunesse,

au caractère gai, vif, sémillant, aime tout ce qui est brillant comme

son humeur, tandis que la froide vieillesse recherche les nuances

sombres et semble porter le deuil de l'énergie et du plaisir qui l'ont

fuie; mais d'autres raisons déterminent la coupe des vêtemens, la

manière de les porter, et ces raisons, on les trouve dans la tournure de

l'esprit et dans la nature du caractère.

Ainsi, les femmes du Midi, plus actives que celles du Nord, aiment les

vêtemens étroits et courts. Celles des départemens de l'Ouest, plus

graves, plus réfléchies, portent des vêtemens amples et longs; celles

de l'Est, qui pour la plupart mènent un genre de vie inactif et

sédentaire, ont un costume très long et d'une coupe toute particulière.

Cette différence notable de l'habillement des femmes dans les diverses

parties de la France prend nécessairement sa source dans la diversité

des caractères et des moeurs. En appliquant cette observation avec

discernement, on doit tirer des inductions précises, et quoique la

variété des costumes dans chaque ville soit bien légère, elle se trouve

encore assez sensible pour révéler quelque qualité, quelque travers.

Parmi vingt femmes on n'en voit jamais deux mises exactement de la même

manière, et lorsqu'on veut étudier un caractère aussi léger que celui de

la femme, il importe de ne rien négliger. La couleur d'une écharpe, la

forme d'une collerette, la manière de draper un châle, tout doit

préoccuper et fournir matière à observation dans la personne que l'on

veut deviner avant de chercher à lui plaire.

DU RANG ET DE LA FORTUNE.

A voir passer une pension de jeunes demoiselles, l'observateur doit

deviner le rang et la fortune de la famille à laquelle chaque jeune

fille appartient. Il y a dans la marche, dans le regard, dans la manière

quelque chose qui trahit la position sociale, indépendamment de la mise

et de la beauté.

Dès la plus tendre enfance, la vanité et la richesse contractent une

habitude de raideur, de protection qui demeure indélébile; la modeste

aisance, l'honorable médiocrité, impriment un cachet de bienveillance,

une allure d'honnêteté; la pauvreté, en rétrécissant les idées et les

sensations, donne une timidité, une réserve méticuleuse, que ne peuvent

effacer ni l'éducation ni le changement de situation. Il suffit d'une

bien légère dose d'observation pour distinguer à la tournure la fille du

banquier de celle du duc et pair, la femme du commis de celle de

l'artiste.

DE LA VOIX.

Une voix haute et grave dénote une certaine ardeur amoureuse; une voix

grêle et aiguë indique la froideur et l'égoïsme; une voix faible et

criarde annonce une humeur irascible; une voix molle caractérise un

naturel doux et sensible; la voix nasillarde, une mauvaise constitution;

enfin la voix cassée témoigne chez les femmes qu'elles sont privées

de la plus belle de leurs prérogatives, celle de devenir mères.

Un langage naturellement humble et tremblant, ou le parler arrogant et

haut, sont des signes également caractéristiques.

Une parole prompte, mais bégayante, est le propre des esprits étourdis,

précipités; l'excessive lenteur dans l'articulation des mots est une

conséquence de la pesanteur de l'esprit.

Une élocution simple annonce chez une femme la pureté de caractère;

celles qui grasseient sont ordinairement composées et mignardes;

celles qui prononcent fortement les sons âpres et gutturaux sont

égoïstes et intéressées.

On a dit avec esprit: «Parle afin que je te connaisse,» et Plutarque

trouvait plus d'indications du caractère moral dans quelques mots lâchés

sans réflexion, que dans les traits de la physionomie. Ces signes sont

en effet rarement trompeurs, et l'on doit d'ailleurs remarquer que le

sens des paroles d'une femme se trouve presque toujours en rapport avec

la voix dont elle les prononce.

DU CHANT.

Rien n'indique mieux la disposition intérieure de la femme et son

plus ou moins de penchant à la sensibilité que le genre de chant et le

rhythme musical auxquels elle accorde la préférence. Ainsi, celles

qui aiment les airs simples et graves annoncent un esprit réfléchi et

ont dans l'imagination quelque chose de fin et d'élevé.

Les airs compliqués, chromatiques, à rhythme vif et bigarré, décèlent,

dans la femme qui les chante de préférence un naturel ardent,

inconséquent, étourdi. Quelque grave censeur citera peut-être à l'appui

de cette observation la préférence que les grandes dames du noble

faubourg accordent à l'Académie Royale-de-Musique, et l'ardeur dont les

élégantes de la Chaussée-d'Antin et du quartier de la Bourse suivent les

représentations des Bouffes. Les premières, en effet, admirent Gluck,

vénèrent Sacchini; les autres raffolent de Rossini et de Weber.

Les femmes qui mettent le mode harmonique au-dessus de la mélodie

annoncent moins de sensibilité que celles qui préfèrent cette dernière;

au reste, il existe mille nuances révélatrices dans la manière dont

plusieurs femmes disent le même air: chacune l'embellit et l'empreint

de ses sensations et de ses sentimens.

La respiration, cette partie si importante de l'art du chant, mérite

aussi l'attention sérieuse de l'observateur. On juge à une respiration

faible, lente ou rare qu'une femme est délicate, timide ou froide; au

contraire, une respiration pleine, prompte, sonore est le signe d'un

tempérament sain et robuste.

DES GOUTS DIVERS.

Dans leurs affections, dans leurs préférences, dans leurs inimitiés, les

femmes décèlent également leur caractère et leur naturel. Les coeurs

simples aiment les enfans, tandis que les esprits sérieux se plaisent

avec les vieillards.

L'esprit léger, la délicatesse de sentiment, se montrent dans le goût de

la peinture et des fleurs.

Un vif amour pour de brillans spectacles, pour les ornemens de luxe, les

décorations futiles, appartient à un naturel vain et entiché de

préjugés.

Un esprit mâle s'annoncera dès l'enfance en préférant des jeux et des

occupations propres à développer la force et les passions; un esprit

faible ne fera jamais que des poupées.

De même que le diagnostic d'une complexion vigoureuse est d'aimer les

alimens âpres, secs et grossiers, la recherche des friandises est

l'indice d'un caractère tendre et d'une santé délicate. La femme qui

préfère une nourriture succulente doit avoir l'esprit lourd; celle qui

sera sensible et apte aux travaux de l'esprit recherchera les alimens

maigres et végétaux.

Le goût pour des substances épicées, piquantes, pour les liqueurs

spiritueuses, dénote un tempérament vif et violent; les alimens

farineux, les boissons douces, sont préférés des caractères lents et des

passions tendres.

L'usage des odeurs suaves annonce chez les femmes un penchant prononcé

vers la volupté.

On a remarqué chez les femmes dont le goût est prononcé pour les

liqueurs spiritueuses et les vins pétillans une grande franchise, de la

générosité, une sorte de témérité; l'extrême sobriété, au contraire, est

souvent le partage d'un caractère dissimulé et craintif. Les femmes qui,

dans les grandes villes, à Paris surtout, ne font en général usage que

d'eau pour boisson, fournissent rarement l'occasion de quelque remarque

de ce genre. Heureux toutefois celui qui peut les surprendre et les

juger dans ces momens où l'abandon fait percer le naturel et le

dégage de feinte et d'apprêts.

DU STYLE.

Buffon a dit avec esprit et justesse, «Le style est l'homme même.»[13]

On peut, en effet, se former une idée de ce qu'étaient nos grands

écrivains en lisant leurs pages immortelles. Pascal, mélancolique,

spirituel et profond, se peint dans ses écrits; à lire Fénélon, on

devine son ame douce, sa figure noble et bienveillante; l'héroïsme de

caractère, la sûreté du maintien, sont empreints dans P. Corneille et

dans Bossuet; en lisant la correspondance de Voltaire on voit à nu son

caractère, on saisit sa physionomie.

[13] Quintilien, avant lui, exprime ainsi la même idée: «César

écrivait du même style dont il combattait.»

On lit quelque part: «Une femme qui écrit une lettre envoie son

portrait.» Cela serait vrai si les femmes écrivaient toujours sans

prétention; mais la plupart s'étudient à mettre l'esprit à la place du

naturel: le sentiment ou l'abandon suffirait. Il faut être quelque peu

observateur pour reconnaître, au milieu des lieux communs des finesses,

des exagérations d'une lettre de femme, l'endroit où elle se trahit

et dévoile son caractère avec sa pensée.

DES MOEURS ET DES OCCUPATIONS FAMILIÈRES.

C'est surtout dans les actions ordinaires, dans les actions quotidiennes

de la vie que le naturel des femmes se décèle: alors, en effet, elles

n'ont pas le loisir de s'apprêter, de se contrefaire; observées à

l'improviste, elles se montrent vraies et telles qu'on voudrait toujours

les voir. La liberté d'un repas, quelque occupation de la vie

domestique, un élan subit d'obligeance ou de secours, témoignent les

goûts dominans; chaque soin, chaque geste alors fait reconnaître une

capacité.

La femme d'une humeur solitaire devient à la longue orgueilleuse ou

chagrine: elle se plaira dans les exercices de dévotion; celle, au

contraire, qui, fort jeune, aime déjà le monde, aimera plus tard la

dissipation.

Les moeurs, chez les femmes, déterminent trop rarement le choix des

études; leur éducation est soumise à trop de concessions, à trop de

convenances; mais, dès leur entrée dans le monde, les goûts, les

penchans qui ont été comprimés se développent. A ce moment, l'amour

des lettres et des beaux-arts annonce un esprit juste, noble et élevé;

celles qui préfèrent dans la musique l'harmonie à la mélodie; dans la

peinture, le coloris à la composition; dans la poésie, le style au

sujet, suivent plus l'impression de leurs sens que celle de leur ame.

Elles sont pour l'ordinaire vives, dissipées et inconstantes; elles ont

plus d'imagination que de jugement, plus d'esprit que d'instruction, car

les femmes dont les goûts sont diamétralement opposés sont tendres,

rangées, studieuses, naturellement réfléchies et concentrées en

elles-mêmes.

Celui qui n'a pas vu une jeune fille au milieu de sa famille ne peut

porter sur elle un jugement assuré; là seulement le naturel éclate sans

contrainte, les goûts et les penchans se montrent à découvert.

DU VISAGE ET DE SES DIVERS TRAITS.

La beauté du visage n'est pas chez les femmes tout-à-fait de convention,

ainsi qu'on le pense trop communément. Voltaire a dit: «Interrogez un

crapaud sur le beau, il vous répondra que c'est sa crapaude avec ses

gros yeux et sa peau gluante.» Le nègre doit faire son type de beauté

noir comme lui sans doute; mais n'y a-t-il pas un état positif de

perfection, de régularité, d'harmonie, d'organisation dans chaque

espèce? Chacune n'a-t-elle pas sa beauté propre, indépendante de nos

préférences et de nos préventions? La figure de la femme est le miroir

des affections de son ame, il y a long-temps qu'on l'a remarqué; mais on

n'a jamais assez insisté sur cette observation, que chacune des parties

du visage donne plus directement l'indication d'un genre particulier

d'affection.

Il serait utile de classer ces traits si révélateurs en trois régions,

savoir:

1º Les yeux et le front.

Ayant des rapports plus intimes avec le cerveau, ils expriment

principalement les sentimens de l'ame, de l'esprit et de la pensée.

2º Les joues et le nez.

Ils rendent les passions physiques et les émotions mimiques de la

douleur et de la volupté.

3º La bouche et le menton.

Ils correspondent spécialement aux affections les plus secrètes,

trahissent la pensée la plus déliée, le plus vague désir.

C'est par les yeux, ces lumières de l'ame, d'où jaillit l'éclair de la

pensée, que brillent l'intelligence et le feu du génie. C'est dans

l'expression des regards que se font lire les sentimens, que se

peignent les volontés, que se manifestent les sensations. Le plaisir

fait pétiller les yeux, le dépit les allume, la tristesse les abat,

l'étonnement les fixe, la crainte les agite, le respect les abaisse, la

tendresse les adoucit, la curiosité les ouvre, le courroux les enflamme

et l'ennui les appesantit. Chez les femmes surtout, les sourcils

ajoutent beaucoup à l'expression du caractère; on peut dire que la

tristesse, la jalousie et le dépit les habitent. Les rides du front,

heureusement si rares chez les femmes, marquent les agitations

auxquelles leur coeur est en proie.

Ce qu'on appelle ordinairement physionomie spirituelle ou sotte se peint

de préférence dans le haut du visage, les yeux, les sourcils et le

front.

Les douleurs du corps et les sensations physiques se peignent également,

quoique d'une manière bien diverse, par les mouvemens nerveux des joues

et des coins de la bouche.

Enfin, le coloris de la physionomie, la rougeur de la honte, l'animation

du désir, la pâleur de la crainte; le jeu des muscles gonflés dans la

colère, relâchés dans l'abattement, suspendus dans l'étonnement,

renversés dans le désespoir; le mouvement de la tête, penchée dans

l'amour, tombante dans la tristesse, tendue dans le désir, élevée dans

l'indignation: tout concourt, même par les traits les plus fugitifs, à

peindre au vif les affections de la femme.

Ainsi, une impression fréquente se change chez elles en une sorte de

nature, et les femmes qui sont souvent affectées par une passion vive

contractent dans leur tournure et leur physionomie certains traits

indicatifs de cette passion. Enclines qu'elles sont à quelque action

vertueuse ou vicieuse, elles en saisissent l'air sans y penser, et

cet air, en se modifiant dans toute leur personne, lui imprime un

caractère particulier. Pour reconnaître cette sorte d'indice, il faut

examiner les passions qui, le plus généralement, agitent le coeur

d'une femme, ainsi que la manière dont ces passions agissent

extérieurement sur elle.

Dans la joie ou le plaisir, le visage s'épanouit, la poitrine se

développe, s'élargit en quelque sorte, toutes les sensations sont

portées à l'extérieur.

Dans la tristesse ou le chagrin, tous les membres se retirent, le

visage se renfrogne et la poitrine semble se rétrécir.

Dans la colère ou même le mécontentement, l'ame s'échauffe, les membres

se raidissent, le sang bouillonne.

Dans la terreur ou la crainte, les membres semblent affaissés, le

coeur manque et se glace, les traits se décomposent entièrement.

Toutes les autres passions, chez les femmes, ne sont en quelque sorte

que des modifications ou des nuances de ces quatre primitives: l'amour

et l'aversion, n'étant, en effet, que des affections purement relatives

aux individus, ne peuvent être continuelles et sont inhérentes à

celles-ci.

Ainsi, chez les femmes, tout décèle le caractère, même les choses en soi

les plus indifférentes. Madame de Staël a dit: «Une sotte ne prend pas

son éventail et ne se tient pas debout comme une femme spirituelle.» De

là naissent les préférences involontaires, les sympathies imprévues.

Code galant, ou, Art de Conter fleurette · 第 2 / 4 段