Notre système de colonisation repose, comme on le voit, sur la
coopération de trois facteurs: 1º terre ayant pour agent le gouvernement
argentin qui la concède; 2º capital ou outillage du travail ayant pour
agent l'entrepreneur capitaliste; 3º le travail ayant pour agent le
colon, père de famille agricole, qui l'apporte. C'est donc une opération
coopérative, non pas dans le sens des utopistes socialistes qui
préconisent la coopération individuelle organisée, mais bien dans le
sens que la nature indique, celui de la coopération de trois forces
distinctes l'une de l'autre, de trois agents indépendants qui
s'associent librement pour l'exécution d'une oeuvre dont le produit doit
être partagé entre eux. Ce genre de coopération rentre dans le cercle
des principes économiques.
La loi argentine sur la colonisation est conçue aussi sur la coopération
de ces trois agents; seulement, ici, le gouvernement fournit les deux
facteurs _terre_ et _capital_ et le colon le travail; c'est-à-dire, que
le gouvernement prend à sa charge l'action des deux premiers agents,
gouvernement et entrepreneur capitaliste, pendant qu'il devrait rester
dans son vrai rôle d'agent gouvernemental. Ce système a été qualifié de
colonisation officielle, que condamnent des économistes éminents
argentins. Notre combinaison, en réduisant l'action gouvernementale à
son unique et véritable rôle, consiste donc dans l'application de la
formule suivante, établie par nous, comme axiome fondamental de la
science économique: Terre + travail + capital (^m) = production (^m).
C'est-à-dire, terre adjacente à un chemin de fer.--Travailleur agricole
choisi et réunissant les aptitudes nécessaires;--entrepreneur
capitaliste fournissant un outillage complet, plus le capital
Cheptel.--La résultante sera: production élevée.
Toutefois, il ne suffit pas au facteur _terre_ de comprendre une grande
extension de vingt lieues carrées pour l'entrepreneur, de cinquante
hectares pour le colon, et de posséder à son côté un chemin de fer pour
l'écoulement des denrées, il était essentiel qu'il offrît aussi les
conditions hygiéniques nécessaires pour protéger l'existence du colon.
Or, sous ce rapport, la République Argentine ne laisse rien à désirer.
Le territoire des Pampas situé entre les 34ème et 40ème degrés de
latitude Sud, jouissant d'un climat tempéré, pareil à celui du midi de
la France, de l'Espagne, de l'Italie... rafraîchi par les brises de
l'Océan Atlantique, protégé à l'Ouest par les Cordillières... offre au
point de vue de la salubrité du climat toutes les garanties hygiéniques
désirables. Les institutions politiques et administratives du pays se
rapprochent de celles des pays libres de l'Europe, la religion
catholique y est généralement pratiquée et toutes les autres y sont
libres.
Quant à la puissance du facteur _capital_, nous l'élevons en ajoutant au
capital agricole celui du cheptel en vue d'augmenter la production. Or,
tout le monde sait la richesse que produit l'élève du bétail dans la
République Argentine, où cette industrie est créée sur de vastes
étendues de domaines à pâturage sans frais de construction d'étables, ni
d'emmagasinage de fourrage, le bétail s'alimentant par le pacage et
vivant continuellement dehors[16].
Pour faciliter l'intelligence de notre combinaison, nous allons
l'exposer en quelques articles clairs et précis qui pourront servir pour
la rédaction des statuts aux entreprises particulières de colonisation
dans la République Argentine.