Le travail, ayant pour agent, le colon chef
de la famille agricole.
Le troisième facteur dans l'oeuvre de colonisation des territoires
nationaux de la République argentine, c'est le travail du colon, chef de
famille agricole. C'est le cultivateur qui apporte à l'exécution de
l'oeuvre son plus puissant levier, le travail de la terre; c'est lui qui
fait surgir du sol les merveilles de la production et transforme les
déserts en centres de production, en foyer de richesse, de lumière et de
civilisation. Dans notre combinaison, c'est le travail du colon qui fait
la richesse du gouvernement, celle de l'entrepreneur capitaliste et la
sienne propre; le concours du gouvernement, celui de l'entrepreneur,
n'ayant d'autre objet que celui de préparer, de faciliter, les moyens
d'exécution, de favoriser le travail agricole et de lui permettre de se
développer avec toute sa puissance. Cet agent du travail agricole, le
colon, n'existe pas dans l'Amérique du Sud, où l'homme s'est livré à
l'industrie bien plus productive de l'élève du bétail. Il est donc de
toute nécessité d'aller le chercher là où il se trouve, c'est-à-dire en
Europe, où la population agricole est nombreuse, trop serrée, trop
compacte.
Mais le travailleur de la terre, si pauvre qu'il soit, n'émigre pas.
Ignorant s'il existe d'autres régions plus favorables à son industrie,
il continue à vivre pauvrement dans le village où il est né, où vivent à
côté de lui des parents, des amis. Et lorsqu'on voudra le faire sortir
de son engouement et de sa misère, pour l'élever à une situation
meilleure, il faudra aller à lui, l'instruire, l'éclairer, le
renseigner, lui faire connaître toutes les faces de l'entreprise qu'on
lui propose, et les conditions favorables qui lui sont accordées pour
améliorer sa position, et le placer sur la voie de la fortune. Il devra
être éclairé, non avec des tableaux exagérés et trompeurs et des
promesses illusoires, mais bien en lui exposant clairement, loyalement,
dans toute sa vérité, la nouvelle situation qui lui a été préparée, afin
qu'il puisse entreprendre avec connaissance et résolution, l'opération
qu'on lui propose, consigner, enfin, dans un contrat, les obligations
réciproques du cultivateur-colon et de l'entreprise, et les remplir
comme le feraient deux hommes sérieux et honnêtes, sans nécessité de
l'intervention des tribunaux.
De son côté, le travailleur agricole devant apporter à l'opération de
colonisation son travail élevé à une haute puissance, devra être choisi
parmi les cultivateurs des campagnes, connus par leurs habitudes
d'ordre, de travail et de moralité, et non pas le prendre au hasard,
comme cela se pratique dans la colonisation par l'émigration spontanée,
qui permet ainsi l'introduction dans les colonies d'éléments divers,
impropres à l'espèce de travail qu'elles comportent, sans activité, ni
intelligence, et, quelquefois, promoteurs de désordre dans les colonies.
Pour obtenir cet agent précieux de la colonisation, le bon, le laborieux
cultivateur, si pauvre qu'il soit, il sera nécessaire d'établir une
agence de recrutement sous la direction d'un homme intéressé au succès
de l'entreprise et chargé, sous sa responsabilité, de créer en Europe,
les sous-agences nécessaires. Le directeur du bureau de recrutement
devra, en outre, être chargé des opérations de transport d'Europe en
Amérique, opérations qui se lient, sous bien des rapports, avec celles
du recrutement. L'ordre et la plus grande exactitude devront être
apportés dans le mouvement de ces transports.
Un directeur des colonies devra également être établi dans la contrée où
se fonderont les colonies pour diriger sur les lieux et surveiller les
opérations coloniales, exécuter et faire exécuter les obligations
contractées. Un agent colonial, dans chaque colonie, sera chargé de la
direction du magasin commercial et de la surveillance de la colonie. Cet
agent sera placé sous la surveillance et le contrôle du directeur des
colonies.
Un agent général représentera l'entreprise dans la ville de
Buenos-Ayres, capitale de la République Argentine.