_Colonisation le long des chemins de fer dans les
territoires nationaux._
Art. 128.--Étant de toute nécessité de peupler les territoires
nationaux, surtout les lieux où doivent se construire les chemins de
fer, le Pouvoir Exécutif est autorisé à passer des contrats avec des
entrepreneurs de chemins de fer et de colonisation, les deux opérations
réunies ou séparées, aux conditions suivantes:
1º Les colonies seront établies le long des voies ferrées sur un seul,
ou sur les deux côtés de la voie;
2º Dans ce dernier cas, les colonies seront distantes l'une de l'autre
de dix lieues d'axe à axe du terrain colonial faisant face au chemin de
fer par son front de quatre lieues de largeur, de manière qu'une colonie
ayant quatre lieues de front, il reste un terrain de six lieues
d'intervalle appartenant à l'État. Même disposition pour le côté opposé,
à la condition d'intercaler les colonies en face du terrain d'État, et
permettre ainsi d'établir des stations à cinq lieues d'intervalle l'une
de l'autre. (Voir la disposition des colonies dans la carte.)
3º Dans le cas où les terrains ne seraient pas propres à la colonisation
à cause de leur infertilité ou insalubrité, on prolongera la distance
d'une colonie à l'autre, jusqu'à trouver un terrain favorable.
Art. 129.--Le Pouvoir Exécutif est autorisé à concéder des terrains aux
entrepreneurs de colonisation avec les conditions suivantes:
1º Vingt lieues carrées de terrain dont quatre faisant face au chemin de
fer et cinq de profondeur pour chaque groupe de quarante à quatre-vingts
familles, composées de cinq personnes, au moins, âgées de dix ans,
2º Dix lieues carrées pour chaque groupe de vingt à quarante familles,
3º Cinq lieues carrées pour chaque groupe de dix à vingt familles.
Art. 130.--Dans chaque terrain colonial concédé, le gouvernement réserve
une lieue carrée, adjacente à la voie ferrée, pour être affectée au
service du chemin de fer et à l'établissement d'une station. Ce terrain
devant être concédé à l'entreprise du chemin de fer.
Quant au chemin de fer central de la Pampa, de Mercedes (San-Luis),
ville de six mille âmes, au port de mer de Saint-Antoine, et de
Bahia-Blanca, chemin dont la prospérité, dans l'avenir, ne peut être
douteuse, il devrait se combiner avec l'entreprise de colonisation à
laquelle il prêtera un puissant concours. Les grands bénéfices, que
procurera celle-ci, pourraient compenser, durant les premières années,
les bénéfices moindres de celle-là. Dans tous les cas, on peut compter
sur une garantie de sept pour cent, pour le capital employé, qu'en
principe, le gouvernement argentin accorde à cette classe d'entreprises.
Si nous ajoutons à ce chiffre de garantie d'intérêt une lieue carrée par
colonie pour chaque station, soit environ cent trente-cinq lieues
carrées, sur toute la longueur du chemin de fer, terrain qui, vendu plus
tard en détail, acquerra une grande valeur, par le fait de sa situation,
on peut calculer qu'à ces conditions le produit de l'opération sera
grandement rémunérateur.
Art. 131.--Chaque terrain colonial sera divisé en son milieu, faisant
face au chemin de fer, par une ligne de deux cuadres de largeur (260
mètres), et de cinq lieues de profondeur. Une seconde ligne de cinquante
mètres de largeur coupera en travers dans son milieu le terrain concédé;
Art. 132.--L'arpentage du susdit terrain sera fait par deux géomètres,
un représentant l'entreprise de colonisation, l'autre le bureau central
des terres;
Art. 133.--Restent à la charge des entreprises de colonisation toutes
les obligations relatives aux colons, savoir:
1º Le passage d'Europe à un port argentin; le gouvernement argentin
prenant à sa charge le transport du port de débarquement à la
destination coloniale, conformément à l'article 99 de la loi;
2º Les avances à faire aux colons, savoir: maison d'habitation, vivres
pour une année, semences, instruments de travail, animaux de labour et
de production, conformément à l'article 98, dont la quantité et la
valeur seront déterminées dans les contrats passés avec les colons;
Art. 134.--Les entreprises de colonisation joindront à leur demande de
concession de terres une copie des contrats passés ou à passer avec les
colons, pour être approuvés par le gouvernement argentin; une copie de
leurs statuts pour les sociétés anonymes ou de leur constitution pour
les sociétés en commandite, ou autres. Art. 135.--Pour assurer
l'accomplissement de leurs obligations, les entreprises déposeront à une
banque de Buenos-Ayres la somme de 2,000 piastres fortes (10,000 francs)
ou bien une caution pour pareille somme, acceptée par le gouvernement
sans préjudice de la caducité du contrat, s'il y avait lieu;
Art. 136.--Les autorités civiles, de police et militaires, établies dans
les colonies, seront sous la dépendance du gouvernement national.
Art. 137.--Le gouvernement reste chargé de l'établissement des services
publics, religieux, judiciaires et d'instruction primaire dans les
colonies;
Art. 138.--Un sept pour cent de garantie du capital employé à la
construction des chemins de fer dans les territoires nationaux, sera
accordé par le gouvernement aux entrepreneurs, soit que la construction
se fasse séparément ou conjointement avec l'entreprise coloniale.
* * * * *
Les frais de construction du chemin de fer ne seront pas relativement
considérables, si l'on considère que cette construction se fera sur un
pays de plaine où le bois abonde, ce qui n'existe pas dans la Pampa, de
Buenos-Ayres. Les études préparatoires prouveront que l'entreprise est
de facile exécution et d'une grande importance par les résultats qu'elle
est appelée à produire. Je puis affirmer qu'une grande partie des
actions pourront se placer à Buenos-Ayres, où existent de grands
capitaux et que leur négociation à la Bourse de cette ville ouvrira un
vaste champ à la spéculation.
Nous terminons ici nos explications sur le facteur _terre_ et son
satellite le chemin de fer, qui élève sa puissance. C'est le premier
terme de notre formule. Nous allons passer à l'exposition du deuxième
facteur, le _capital_, élément qui, jusqu'à ce jour, a été négligé et
appliqué en grande disproportion dans les opérations de colonisation, et
qui, élevé à sa puissance dans notre système, est appelé à produire des
résultats incalculables, en permettant d'ajouter au produit agricole du
colon le produit si considérable de l'industrie de l'élève du bétail,
facile à faire sur une grande échelle dans ces plaines herbacées à
grands espaces, où les contenances des domaines s'expriment par lieues
carrées, et les têtes de bétail de production par milliers; où
l'industrie de l'élève du bétail se pratique sans frais de préparation
de fourrages, ni de construction d'étables, les animaux se nourissant et
vivant toujours dehors; industrie qui donne, en général, un produit net
de 33 %, les frais déduits; et qui, dans notre système, rapportera bien
davantage, le travailleur agricole, concourant à l'opération, étant
chargé de cette partie de travail et des soins à donner à cette
industrie.