DEUXIÈME FACTEUR

Le Capital, ayant pour agent une Société anonyme ou en commandite.

Le travail de l'homme, appliqué à la culture du sol, réduit aux seuls

efforts de ses bras serait improductif, ou bien peu productif, s'il ne

s'aidait d'instruments, d'outils, de machines, propres à accroître la

production: ces instruments de travail sont surtout indispensables au

cultivateur-colon, à qui on livre un vaste domaine de cinquante hectares

à exploiter. Ces instruments, ces outils, ces machines, constituent ce

qu'on appelle _le matériel agricole_, autrement dit _l'outillage du

cultivateur_. Cet outillage représente une valeur que l'on désigne sous

le nom de _Capital mobilier_. Or, le cultivateur qui émigre, le

cultivateur pauvre surtout, celui au sort duquel nous nous intéressons,

n'emporte pas avec lui ce capital mobilier, ni même l'argent pour se le

procurer. Il est donc indispensable de le lui fournir. C'est ce que nous

faisons dans notre système de colonisation, sous le titre d'avances

remboursables à des époques déterminées assez éloignées.

À ce capital, représenté par l'outillage, nous ajoutons d'autres objets

de première nécessité, tels que l'abri ou habitation, les semences, la

subsistance, durant la première année en attendant la récolte...

L'ensemble de ces dépenses, nous en évaluons la valeur à 2,500 francs.

L'article 88, paragraphe 2 de la loi sur la colonisation, élève le

chiffre de ces avances à 5,000 francs (mille piastres fortes), mais il y

comprend le bétail de travail, que nous rapportons à une autre catégorie

d'avances, sous le titre de cheptel. Ces avances, nous les classons sous

la dénomination d'avances improductives, parce que, sauf l'intérêt de

dix pour cent prescrit par le paragraphe 5 de l'article 98, elles ne

produisent aucun bénéfice à l'entreprise de colonisation, et nous

classons, sous le titre d'avances productives, celles qui se rattachent

à l'industrie de l'élève du bétail, dont le produit est partagé entre le

colon et l'entreprise. Cette seconde catégorie d'avances, dite

productive, comprend 500 brebis, 20 vaches, 5 juments; elle est destinée

à augmenter la production au profit du colon et de l'entreprise, sous le

titre de cheptel.

C'est la première fois, à notre connaissance, que cette industrie est

ajoutée à l'industrie agricole du colon. Nous verrons, plus loin, dans

nos tableaux de calcul des produits, les grands bénéfices qu'elle

rapporte à l'entreprise; ce qui nous autorise à donner à notre système

de colonisation, celui de _système de colonisation organisée à

production élevée._ Nous évaluons le chiffre de la valeur des avances de

cette seconde catégorie à faire au colon à 5,500 francs, à 8,000 francs

pour chaque famille, y comprenant les 2,500 francs de la première

catégorie, et à 9,500 francs si nous ajoutons les 1,500 francs, montant

du passage des cinq membres de la famille du colon. Le transport du port

de débarquement à la colonie restant pour le compte du gouvernement

(article 104, paragraphe 4 de la loi sur la colonisation).--La somme des

avances s'élevant ainsi à 9,500 francs pour chaque famille, celle de

quarante familles, formant une colonie, s'élèverait à 380,000 francs, et

à 430,000 avec le magasin commercial à établir dans chaque colonie. Ce

capital 380,000 francs, remboursable après cinq ans, sera hypothéqué sur

les biens, meubles et immeubles du colon, et garanti, en outre, par les

vingt lieues carrées concédées par le gouvernement pour chaque colonie.

Quant au capital total à employer à l'entreprise de colonisation, nous

proposerons de l'élever à sept millions cinq cent mille francs pour

l'établissement de quinze colonies en cinq ans, trois chaque année, soit

1,500,000 francs pour chaque année. Les quinze colonies pourraient être

établies le long de la voie ferrée de l'ouest, entre le Rio-Quarto et la

ville de Mendosa, sur une étendue de cent dix lieues, ligne sur laquelle

on rencontre à peine dix centres de population.

Le capital de sept millions cinq cent mille francs pourrait être réalisé

par une société anonyme, moyennant une émission de 15,000 actions de 500

francs chacune, payable par annuités de cent francs, soit 1,500,000

francs, destinés à l'établissement de trois colonies par an, durant cinq

ans, et quinze colonies en cinq ans, avec le capital 7,500,000 fr.

Dans tous les cas, aucun appel de fonds ne serait fait qu'après

réalisation des contrats de concession de terres qui restent à notre

charge, et pour l'obtention desquels les dispositions nécessaires sont

déjà prises par nous, auprès du gouvernement national et provincial de

la République Argentine.

Construction de chemins de fer avec colonisation

dans les territoires nationaux

Cette classe d'opérations est bien plus importante que celle de la

simple colonisation dont nous venons de parler. Elle exige aussi

l'emploi d'un capital plus élevé. Mais comme, d'autre part, on ne peut

faire de la colonisation dans les vastes territoires de la République

Argentine sans chemins de fer, ni des chemins de fer sans colonisation

au travers de déserts, dépourvus de population, si fertiles, si beaux

qu'ils soient, la simultanéité de ces deux opérations s'impose. Aussi

est-ce sous ce point de vue que je vais les traiter.

Tout chemin de fer doit avoir pour objet l'utilité: autrement dit de

donner satisfaction aux intérêts économiques du pays qu'il relie ou

qu'il traverse: c'est-à-dire de développer son mouvement commercial,

industriel, agricole, et accroître ainsi sa richesse, sa prospérité, sa

puissance nationale; or, le chemin de fer qui est en première ligne

appelé à produire ces résultats, c'est, sans contre-dit, le chemin de

fer central du territoire de la Pampa, devant relier les deux grands

ports de mer de Saint-Antoine et de Bahia-Blanca aux provinces de

l'Ouest de la République. (Voir la carte ci-jointe à la fin de la

brochure.) Cette oeuvre, d'un haut intérêt, pour cette contrée, le

gouvernement argentin devrait, sans retard, mettre à l'étude cette

question et s'imposer tous les sacrifices nécessaires pour son

exécution. Le pays et les générations futures lui en seront

reconnaissants.

Le chemin de fer central de la Pampa comprend la ligne qui, partant de

Mercedes, ville de la province de Saint-Louis, se dirigerait vers le sud

pour aboutir au grand port de Saint-Antoine, sur l'Océan atlantique. Un

embranchement, partant de Poitagué, relierait ce chemin de fer au port

de Bahia-Blanca. Pris en totalité, ce chemin de fer aurait une étendue

de 175 lieues, entre Mercedes et le port Saint-Antoine, et de 215 en

ajoutant les 40 lieues de distance de Poitagué à Bahia-Blanca pour

l'embranchement. Ces 215 lieues à 300,000 francs la lieue[12]

porteraient la dépense à 64,500,000 fr., et à 72,000,000 de fr. en

ajoutant les 7,500,000 pour la colonisation.

Toutefois, cette grande ligne pourrait être entreprise partiellement,

par tronçons, de la manière suivante:

1º Ligne de Mercedes à Bahia-Blanca[13], longueur 110 lieues,

à 300,000 fr. la lieue....................... 33,000,000 fr.

Bases pour servir aux entreprises de colonisation dans les territoires nationaux de la Republique Argentine · 第 9 / 30 题