PREMIER FACTEUR

Terre à côté de chemins de fer, concédés par le

gouvernement, ayant pour agent le gouvernement.

La concession de la terre n'est pas une condition onéreuse pour le

gouvernement national qui a sous sa main 47,000 lieues carrées

appartenant à l'État: ni pour les gouvernements des provinces qui

possèdent d'immenses espaces de sol incultivé. Au contraire, les uns et

les autres ont un grand intérêt à livrer ce terrain au travail du

cultivateur pour lui faire acquérir de la valeur et accroître ainsi la

richesse du pays. Toutefois, une condition essentielle s'impose dans

toute oeuvre de colonisation, et qu'il est de toute nécessité de

remplir, si on veut les voir prospérer; c'est que les colonies aient des

rapports faciles avec de grandes cités commerciales et des ports de mer,

par où doivent s'écouler leurs produits agricoles; en conséquence, elles

doivent se fonder non loin des fleuves navigables, comme dans la

province de Santa-Fé, ou le long des chemins de fer. Or, les provinces

de l'ouest de la République Argentine, ni le territoire national des

Pampes qui leur est adjacent, ne possèdent pas de fleuve navigable. Il

sera donc indispensable d'y créer des chemins de fer, si l'on veut

fonder des colonies dans ces contrées[10]. En attendant la construction

des voies ferrées sur les territoires nationaux, le chemin de fer de

l'ouest de Villa-Nueva à Mendosa, qui est aujourd'hui en circulation,

pourrait permettre la fondation d'un certain nombre de colonies; car,

sur un parcours de cent trente lieues du Rio-Cuarto à Mendosa, on

rencontre à peine une dizaine de centres de population.

Mais le chemin de fer qui est appelé à jouer le plus grand rôle

économique et politique, pour la prospérité des provinces du centre et

de l'ouest de la République, c'est sans contre-dit le chemin de fer

central des Pampas, qui reliera ces dernières provinces aux deux plus

grands ports argentins sur l'Océan Atlantique, les ports de

Saint-Antoine et de Bahia-Blanca, mettant ainsi une population

industrieuse et commerçante de 400,000 âmes, en rapport direct et rapide

avec le commerce étranger. Le chemin de fer central de la Pampa aura un

autre grand avantage, celui de rendre possible et facile la colonisation

du vaste territoire des Pampas de dix mille lieux carrées de superficie,

de cette immense plaine herbacée qui fait suite à la Pampa de la

province de Buenos-Ayres, et s'étend jusqu'aux pieds des Cordillières;

que les Indiens avaient choisie pour résidence à cause de sa fertilité

et de son climat tempéré, et que le gouvernement national doit

s'empresser de livrer aujourd'hui au travail producteur du cultivateur

et de l'éleveur de bétail, en y créant des centres de population,

destinés à devenir prospères et à accroître la richesse du pays, centres

de population autour desquels viendront s'établir de nombreux éleveurs

de bétail.

La distance entre la ville de Mercedes (province de San-Luis) point de

départ du chemin de fer Pampéen et le port de Saint-Antoine où il devra

aboutir, peut être calculée à 170 lieues; celle de l'embranchement de

Poytagué à Bahia-Blanca à 40 lieues et celle du Port Saint-Antoine à la

vallée de Rio-Negro de 11 lieues[11], 80 milles (140 kilomètres) d'après

le capitaine anglais Fitz Roy. Il y a donc dans les Pampas un vaste

champ ouvert à la colonisation et à l'industrie si productive de l'élève

du bétail qui a enrichi et enrichira encore davantage à l'avenir les

nombreux éleveurs de la province de Buenos-Ayres. En mettant une

distance de dix lieues, d'axe à axe entre ces colonies, et en

intercalant celle du côté opposé, de manière à former des stations de

cinq lieues de distance, il reste un terrain intermédiaire de six lieues

sur chaque côté de la voie appartenant au gouvernement qui en disposera

comme il l'entendra.

L'article 104 de la loi sur la colonisation argentine suffirait au

besoin au gouvernement pour passer un contrat avec une entreprise.

Toutefois, pour mieux coordonner notre système de colonisation avec la

loi, nous préférerions qu'il fût ajouté à cette loi un chapitre VIII

spécial, avec le titre suivant: _Des colonies à établir le long des

chemins de fer_. Les quelques articles suivants suffiraient pour la

rédaction de ce chapitre.

Bases pour servir aux entreprises de colonisation dans les territoires nationaux de la Republique Argentine · 第 7 / 30 题