Songe-t-on que, maintenant, elle me parle de lui?... et qu’elle m’a dit
de combien «le malheureux» avait maigri en dix mois? et comme il est
devenu «doux»!...
Je l’écoute. Le supplice est très raffiné.
Et une ambiguïté atroce le complique... Je me demande si elle me dit
cela parce qu’elle ne sait pas qu’elle aime encore son mari, ou parce
que déjà elle a oublié qu’elle m’a aimé...
Et la vieille maman, qui soupçonne la cause de mon départ, m’accuse:
--Vous pouviez la sauver: il ne fallait pas l’abandonner au moment où
elle a le plus grand besoin d’un appui, d’un défenseur. Vous étiez le
seul...
Je ne peux pas lui répondre: «Je suis le seul qui ne puisse rien, car
elle m’a aimé et ne m’aime plus!... car elle ne m’a aimé que malgré la
révolte de sa conscience profonde, et, pour ainsi dire, pendant le
désarroi d’une bourrasque: l’ordre et le soleil revenus ont repris sur
elle leur empire... Votre fille, chère madame, est de celles qui sont
nées pour être femmes d’un seul homme, fût-ce de celui qu’elles n’ont
pas choisi.»
Mais la vieille maman, qui a donné le jour à une de ces femmes-là,
elle-même n’eût pas compris.
J’ai dit adieu à cette petite maison de la rue du Bouquet-d’Auteuil, à
la vue sur le jardin où est l’amorce de charmille, à ce corridor où, un
jour, madame de Pons et moi, sommes restés muets...