15 décembre.

Le bonheur a pour moi quelque chose d’effrayant. Je me méfiais de lui

avant qu’il m’abordât; il me touche, et je me crois la dupe de quelque

farce sinistre, qui va finir tantôt et dont je comprendrai le sens

tragique.

Est-ce orgueil de ma part? Croirais-je le bonheur chose vulgaire? Non,

pas le bonheur qui me touche! C’est sa qualité qui m’étonne: il est de

la trame de mon rêve, et, quand je viens à penser qu’il peut égaler mon

rêve, c’est alors que je tremble et me révolte, comme l’esprit positif

en face de l’apparence mystérieuse des choses.

J’étais fait pour désirer, regretter, désespérer. Au milieu de la joie

qui m’inonde, je me sens ahuri, maladroit, ridicule peut-être. On me dit

que j’ai des mots et des gestes d’enfant; je ris pour des niaiseries; et

il est vrai que, si je ne me retenais pas, je pleurerais pour un rien.

Elle-même ne me reconnaît plus, et je me dis:

«Celui qu’elle a aimé en moi, c’est l’homme douloureux: que va-t-elle

faire de moi content de la vie?...»

Mon amour · 第 92 / 126 题