Je disais facilement mes peines et ma mélancolie; mon bonheur, je ne
sais pas l’exprimer. Pour lui, c’est un autre langage qui convient; je
n’y suis pas accoutumé. Et je sens une pudeur nouvelle: je n’ose pas
dire que je suis heureux!...
Quelqu’un, intérieurement, me souffle:
«C’est que, sincèrement, tu ne l’es pas!»
Je réponds:
«Comment! comment! Ne le serais-je pas?»
Et la voix me chuchote:
«Ta situation est telle, en effet, que tu ne peux pas croire que tu ne
sois pas heureux...»
Maudite voix!--mon mauvais génie qui, lorsqu’il faisait beau, m’a
toujours dit: «Pas tout à fait!» qui, lorsque j’allais m’enthousiasmer,
m’a averti: «Tu ne vois donc pas?...» et qui, lorsque j’avais accompli
quelque chose de bien, m’a grommelé invariablement: «Ce n’est que
cela!...»