15 août.

Un goût de néant, que je n’avais pas, m’est venu. Il y a des jours où je

me plais dans l’inaction même de mon amour inavoué. Tant que le mot n’a

pas été dit, mon imagination nourrit librement l’espérance. Mais je sens

toute la lâcheté que mon cas suppose; aussi, d’autres jours, je me

relève et je vais agir.

Tâchons de pénétrer jusqu’au fond de tout cela: un secret instinct me

murmure à l’oreille qu’un amour du genre de celui qui m’agite s’idéalise

par l’absence, se purifie par son contraste même avec la vie médiocre ou

bestiale qui m’environne, et que, de cet amour, c’est l’image que

j’aurai le plus embellie qui me vaudra le plus de joie.--Je puis

constater que ma pensée amoureuse est plus ardente et plus radieuse

depuis mon séjour en un endroit presque détesté: elle se nourrit de mes

colères. Mon amour progresse bien, si l’on veut admettre que l’amour

puisse être «subjectif», comme disent les philosophes; mais il n’avance

point du tout, si l’amour est en définitive un duo, comme disent les

musiciens, qui s’y entendent mieux que les philosophes.

Mon amour · 第 46 / 126 题