Ils aiment le bruit, le tintamarre, le charivari infernal. La plénitude
de la santé physique, le corps flatté par l’exercice et mille soins, une
sorte d’inconscience heureuse les reportent à leurs origines primitives,
et d’ingénieux Américains, pour fournir les rythmes musicaux qui
s’adaptent exactement aux civilisés d’aujourd’hui, n’ont eu qu’à les
emprunter aux nègres. Il y a du brutal, du sanguin, et une lubricité
animale dans ces secousses de torses et de sons; elles leur procurent un
plaisir réel, naturel, le plaisir même que réclamaient ces êtres
nouveaux en qui il semble qu’on ait lâché pour la première fois, depuis
dix-huit cents ans, la bête. Elle se porte bien!
En les écoutant, en les voyant tourbillonner comme un cyclone, ce soir,
par les fenêtres du salon illuminé, j’ai eu, dans l’ombre de la terrasse
et sous la voûte du ciel pur, l’illusion que j’aboutissais à l’extrême
fin des civilisations qui ont enseigné à l’homme tant de manières, de si
contenues, de si saugrenues et de si charmantes, et, qu’à côté de moi je
voyais le monde qui recommençait.
Je me suis en allé, sur la longue plage solitaire, le plus loin possible
essayer de goûter le délice de l’inertie et du silence.