13 août.

Les moindres de mes pensées d’amour me semblent d’essence si supérieure

à tout ce que j’entends, que je suis sans cesse irascible, et indigné

des propos les plus innocents. Une certaine langue est chantée en moi,

par des voix pures, auprès de laquelle les conversations ordinaires

forment un bruit insupportable.--Est-ce là quelque chose d’analogue à

ces belles illusions du rêve, qui nous font croire que nous voyons des

paysages indicibles ou que nous avons d’ineffables conceptions, dont une

seule chose nous demeure au réveil, à savoir que nous les avons eues,

mais non pas un souvenir un peu net et qui se puisse exprimer?

Qu’est-ce donc que je touche par la seule habitude nouvelle de penser

toujours amoureusement? Quel ennoblissement ai-je reçu en élisant

simplement une femme entre toutes et en la jugeant digne d’accaparer

toutes mes facultés? Je me sens, en vérité, haussé dans la hiérarchie

des êtres. Est-ce par la vertu de cet acte si étonnant de l’esprit et du

cœur qu’on nomme _foi_? est-ce par la vertu de cet autre acte humain,

incompréhensible, qui est le _dévouement_?... En effet, je crois en une

femme, c’est-à-dire que j’ai la certitude absolue que cette femme est

incomparable à aucune autre, et je lui suis dévoué: je lui appartiens,

corps et biens.

Comme la plupart des religions, ce genre d’amour rend orgueilleux. On

est fier de croire; on plaint celui qui ne croit pas de même; on le

trouve bien petit.

Mon amour · 第 44 / 126 题