4 juillet.

Je crois... je ne sais sur quoi m’appuyer pour prétendre cela, mais je

crois que madame de Pons ne pense pas trop à son mari. Elle pense à la

situation un peu anormale que le départ de son mari lui a faite, mais il

est apparent--à quoi? grand Dieu!... à quoi?... peu importe!--il est

apparent que le règne d’Amédée, s’il continue, n’est pas pesant. Enfin,

elle n’a pas la figure d’une femme qui pleure l’homme aimé: voilà!... On

pouvait admettre, les premiers temps, qu’elle se composait une figure;

mais le masque, aujourd’hui, serait tombé: or il tient. C’est bien

d’elle-même, ce n’est pas par un effort de volonté qu’elle rit, qu’elle

cause, qu’elle reçoit, dans le salon de sa mère, avec plus de bonne

humeur qu’autrefois chez elle-même.

Beaucoup de gens se décident à la venir voir. J’admire la prudence du

monde. Ils ont pris le temps de la réflexion: on eût dit que le cas de

cette femme abandonnée et volée par un bandit était douteux!... Il faut

qu’ils se concertent; ils agissent en corps; ils condamnent ou

approuvent à la majorité des suffrages.

Elle est flattée qu’on la vienne voir. Je lui ai dit:

--Vous croyiez-vous donc coupable?

--Le monde, m’a-t-elle répondu, est une puissance aveugle, comme la mer:

il obéit on ne sait à quoi, au vent, à la lune, à combien d’influences

mêlées! S’il vous est favorable, on en est fier: non qu’on l’estime

précisément lui-même, mais parce qu’on se croit protégé du Dieu qui fait

marcher les éléments.

Presque tous, à propos d’elle, n’ont à la bouche que le mot «divorce».

Elle n’en veut pas entendre parler plus qu’au premier jour; elle dit

simplement:

--J’ai mes idées sur le mariage.

Elle ne laisse point devant elle attaquer son mari.

Cependant je maintiens qu’elle ne pense pas trop à son mari.

Mon amour · 第 28 / 126 题