On parle de vitesse: trains électriques, transatlantiques, automobiles:
mais la rapidité de la fuite des jours! «Hier...» «le mois dernier...»,
«l’an passé...», «il y a dix ans de cela, mon pauvre vieux!...» paroles
de voyageurs! Et nous attendons demain, la semaine prochaine et la
future année avec impatience. Nous ne vivons pas, nous sommes sans cesse
sur le point de vivre: «Quand la maison sera bâtie...» «Quand nous
serons tirés d’embarras...» «Quand ma santé sera meilleure...» ou bien:
«Quand les jours seront longs!...»--O amour de l’été prochain!
Et le moment présent? On n’a pas le temps de le saisir. C’est un éclair
qui éblouit. On dit: «J’y repenserai ce soir...» Mais ce serait du passé
déjà; et d’ailleurs le sommeil vous surprend. Il n’y a qu’espoir et
souvenir.
Cependant, j’attends mercredi prochain...
Je me fais une image de ma vie: c’est une personne qui marche, un bras
tendu, en tâtonnant, non sans un certain effroi, tandis qu’elle tourne
la tête en arrière avec un sourire attristé, avec la nostalgie du chemin
parcouru.