«En effet, si ces arguments prévalaient, il faudrait étendre les mêmes

droits à toutes les femmes qui, pour des causes diverses, sont privées

de quelqu'un pouvant représenter leurs intérêts. La commission ne veut

pas s'appesantir sur les graves inconvénients qu'entraînerait une telle

innovation.»

Au Sénat M. de la Sicotière, rapporteur, dit: «Tout en imitant la

courtoisie dont l'autre chambre a toujours fait preuve à l'endroit de

la pétitionnaire, nous avons le regret de ne pouvoir vous proposer que

l'ordre du jour.

«Après les veuves et les célibataires, toutes les affranchies de la

tutelle maritale réclameraient l'exercice des droits civiques et par la

brèche ainsi ouverte, toutes les femmes finiraient par passer.»

Les journaux trouvèrent cette pétition très juste.--«On ne peut, dit le

_Figaro_, alléguer d'autres raisons que le préjugé contre le vote des

femmes célibataires et veuves qui ne sont pas mineures quant à leurs

biens personnels».

_Pétition réclamant le suffrage pour les filles majeures, les veuves,

les divorcées._

«Messieurs les Députés

«Nous vous prions de conférer le droit électoral aux millions de

Françaises célibataires:--les filles majeures, les veuves, les

divorcées--qui sont maîtresses de leur personne, de leur fortune, de

leurs gains afin qu'elles puissent en votant, sauvegarder, dans la

commune et dans l'Etat, leurs intérêts qui sont actuellement laissés

à l'abandon.»

Cette pétition circula avec succès dans les milieux les plus divers;

dans les cafés, les marchés, les halles en les galeries de l'exposition

de 1900, elle fut couverte de plus de trois mille signatures et déposée

par M. Clovis Hugues sur le bureau de la Chambre en 1901.

M. Gautret qui avait signé cette pétition et avait demandé à la

déposer; sournoisement, la transforma en projet de loi, comme il avait

déjà transformé en projet de loi notre pétition réclamant la loi des

sièges. Il nous écrivit «qu'en agissant ainsi, il avait eu la ferme

intention d'aboutir plus vite.» Ne nous plaignons pas, que l'on trouve

bonnes nos idées.

Notre pétition et la proposition de loi renvoyées à la commission du

suffrage universel, ne sont pas venues à l'ordre du jour.

_Pétition aux Conseillers généraux de la Seine._

«Messieurs les conseillers généraux,

«Vos efforts pour faire progresser les êtres et les choses m'excitent

à croire que plus encore que les conseillers qui vous ont précédés,

vous êtes résolus à pousser en avant l'humanité. C'est donc avec

confiance que je viens vous prier--comme j'ai prié il y a vingt-et-un

ans vos prédécesseurs--d'émettre un vœu pour que les femmes soient

appelées à exercer leurs droits électoraux.

«Ces droits, qui sont pour l'être humain les meilleurs instruments

d'émancipation, sont aussi la plus sûre garantie de n'être point

lésé, quand surviennent des changements dans l'ordre social et la

condition des individus.

«Veuillez, messieurs, considérer que la question de la propriété

est à l'ordre du jour. Or, si le capital et la propriété étaient

socialisés avant que les femmes soient électeurs, ces malheureuses

ne récupéreraient pas en la société nouvelle ce qui leur aurait été

pris, attendu que les fonctions, les emplois, le bon travail seraient

monopolisés par les électeurs-souverains; donc, plus encore que

maintenant, les déshéritées du droit seraient des êtres de peine, des

bêtes à plaisir.

«Sachant que les désirs que vous exprimez sont des ordres pour le

Parlement, vous ne voudrez pas vous soustraire au devoir de faire se

transformer la République de nom en République de fait, en aidant les

matrices de la nation à devenir citoyennes!

«Vous voterez en 1906 la proposition qui fut examinée par vos

prédécesseurs en 1885, ainsi que l'atteste le Bulletin municipal

officiel du 3 décembre 1885.

«Votre dévouement au bien public vous incitera à faire bénéficier le

pays de l'intégralité de l'intelligence de ses habitants de l'un et

de l'autre sexe; aussi, messieurs les conseillers généraux, j'espère

que vous accueillerez favorablement la requête que je vous adresse

au nom des Françaises, et je vous demande de vouloir bien agréer mes

remerciements anticipés.

«Hubertine AUCLERT.»

_Conseil Général de la Seine,

séance du 20 novembre 1907._

Vœu relatif à la participation des femmes aux droits électoraux.

M. d'Aulan rapporteur.--Messieurs, votre 4e commission m'a chargé de

rapporter favorablement un vœu présenté par Mme Hubertine Auclert en

faveur de la «participation des femmes aux droits électoraux.»

Mme Hubertine Auclert exprime son espoir de voir obtenir un meilleur

sort au même vœu qu'elle présenta il y a 21 ans--et nous devons louer

sa persévérance-au Conseil Général.

A cette époque que je n'ose dire lointaine--quelques-uns de nos

collègues déjà nubiles auraient pu apprécier la valeur de la requête

«en aidant les matrices de la nation à devenir citoyennes» selon

l'expression de Mme Hubertine Auclert.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

J'estime pour mon compte, messieurs, que le beau sexe ne doit pas se

mêler aux luttes politiques, ce serait trop souvent transformer son

sourire en grimace.

_M. Thomas._--Pourquoi les femmes ne seraient-elles pas aussi capables

que les hommes en cette matière? Elles sont tout aussi intelligentes

qu'eux.

_M. d'Aulan._--Mais j'estime aussi que les femmes qui gèrent des

intérêts de propriété, d'industrie ou de commerce ont droit à donner

leur opinion sur la façon dont nous gérons les intérêts de la ville ou

du département.

Cela changera-t-il la composition de notre assemblée? Je ne le crois

pas.

Dans le quartier qu'habite Mme Hubertine Auclert celui de la Roquette,

où l'on a quelquefois perdu la tête, notre collègue qui représente le

quartier récoltera le suffrage des dames, comme le feront de l'autre

côté du conseil, les conseillers de la rue Marbeuf ou de l'ex-rue Bréda.

Aussi, au nom de votre 4e commission, ai-je l'honneur de vous proposer

de voter le vœu suivant:

«Le Conseil Général.

«Emet le vœu,

«Que les femmes soient appelées à jouir du droit électoral pour les

élections au conseil général et au conseil municipal.

Adopté:

_M. Landrin._--J'ai voté le vœu présenté par la 4e commission, mais il

me semble que cette question était suffisamment importante pour être

traitée d'une façon plus sérieuse par M. le rapporteur.

Tous les journaux ont parlé du vœu émis par le conseil général de la

Seine.

Le _Temps_ dit: «Sur la demande de Mme Hubertine Auclert qui les

priait d'aider «les matrices de la nation à devenir citoyennes» les

conseillers généraux ont émis le vœu que les femmes soient appelées à

jouir du droit électoral.

Ce vœu présenté avec une grâce toute dix-huitième par M. le comte

d'Aulan a été voté à main levée. Le débat court et vif fut empreint

d'une certaine gaieté.»

Pour Le _Figaro_. «Le féminisme a remporté une petite victoire toute

platonique, d'ailleurs, mais flatteuse.

MM. les conseillers généraux ont beaucoup ri et comme la gaieté est

gentille conseillère, le vœu féministe fut adopté à la majorité des

suffrages.»

Le Petit _Journal_ pense que «Le conseil général a émis un vœu qui

marquera d'une pierre la route vers la conquête du droit de vote qu'ont

entreprise depuis longtemps déjà des groupes féministes...»

Suivant L'_Eclair_ «le vote du conseil général est par le succès qu'il

souligne un des feuillets intéressants du livre d'or du féminisme.»

L'_Echo de Paris_ fait remarquer que «c'est sans discussion que le

conseil général à mains levées a voté le vœu favorable au suffrage des

femmes. A la contre épreuve il n'y a même pas eu la moindre opposition.

«Evidemment, les féministes préféreraient qu'un tel vœu eût été émis

par le Parlement; mais il y a commencement à tout et puisque les cent

un membres du conseil général se déclarent partisans du droit de

suffrage pour les deux sexes, c'est que l'idée a fait du chemin.»

Parrhisia écrit dans La _Française_ «une journée qui sera marquée d'un

caillou blanc dans les annales du féminisme, car une grande victoire y

fut remportée, c'est celle où le conseil général adopta le vœu émanant

de Mme Hubertine Auclert et réclamant pour les femmes la participation

aux droits électoraux.»

_Pétition pour demander de rendre effectif le vœu émis par les

conseillers généraux de la Seine._

«Messieurs les députés,

«Messieurs les sénateurs,

«Dans sa séance du 20 novembre, le Conseil général de la Seine, a,

sur ma demande, émis le vœu que les femmes soient appelées à jouir du

droit électoral pour les élections au conseil général et au conseil

municipal.

«Je vous prie de rendre effectif ce vœu, en étendant aux femmes

françaises les droits électoraux, que beaucoup d'Européennes

possèdent.

«Veuillez, messieurs, considérer que les femmes qui sont à leur

grand préjudice, privées des droits électoraux, ont des facultés

d'épargne, sont aptes à s'ingénier, à prévoir, et vous voudrez, dans

l'intérêt général, utiliser leurs qualités.

«HUBERTINE AUCLERT.»

La commission des pétitions de la chambre, n'a pas même voulu examiner

la proposition de ratifier le vœu émis par le Conseil général de la

Seine et a passé à l'ordre du jour.

Ne pouvant donner notre suffrage aux conseillers qui ont tenté de

soustraire les femmes à l'exclusion électorale, nous avons fait apposer

des affiches sur lesquelles on lit:

_Le Suffrage des Femmes, 151, rue de la Roquette._

«_Votez_, faites _voter_, pour les _Conseillers_ qui ont émis

un _vœu_ pour que les _Femmes_ soient _électeurs_. Les _Femmes

électeurs_ seront plus _considérées_, mieux _rétribuées_, leurs

facultés d'épargne rendront possibles toutes les _réformes_.»

UN SEXE EST-IL SUPÉRIEUR A L'AUTRE?

Le docteur Paul Topinard, dans _La Revue de la science politique_, dit:

«que la différence de volume du cerveau était moindre entre les sexes

aux âges préhistoriques et est moindre chez les sauvages, qu'elle n'est

dans les races civilisées. Le progrès fait s'accentuer l'inégalité

cérébrale. Le genre d'occupation de chacun crée des inégalités

physiques dans le cerveau et dans ses manifestations.

«Il faut, conclut l'anthropologiste Paul Topinard, se préoccuper de la

femme, lui faire partager nos travaux, notre responsabilité, fournir un

aliment non futile à son activité cérébrale.»

Selon le docteur Louis Büchner:

«La prétendue infériorité de la femme, quant au volume cérébral, est

une notion tout à fait erronée. Ce n'est pas dans ses dimensions

absolues, mais dans ses dimensions relatives qu'il faut chercher la

valeur réelle du cerveau; c'est-à-dire dans sa masse comparée à la

masse totale du corps, et la qualité de la matière cérébrale. S'il

n'en était ainsi, l'homme occuperait alors dans l'échelle des êtres un

rang bien inférieur à celui de l'éléphant ou de la baleine, qui ont un

cerveau bien plus volumineux que le sien.

«Si l'on observe que le développement matériel du corps de la femme,

reste en général de beaucoup au-dessous de celui de l'homme, on

trouvera (d'après plusieurs savants) que la grosseur relative du

cerveau de la femme, loin d'être inférieure à celle qu'offre l'homme,

lui serait plutôt sensiblement supérieure.»

_Broca_, le fondateur de l'_Anthropologie en France_, écrivait en 1882:

«La campagne dirigée contre la femme au point de vue anthropologique

ne trouve pas d'appui dans la crâniométrie. La diminution moyenne de

capacité crânienne chez la femme est en majeure partie due à sa taille.

«Je crois avoir démontré qu'il y a égalité entre les sexes pour le

développement cérébral et même _on pourrait soutenir_, fait en rapport

avec ce que l'anatomie comparée indique comme constituant un véritable

progrès morphologique cérébral, _que la femme est plus avancée en

évolution que l'homme_.»

M. Louis Lapique a fait cette communication à l'académie des sciences:

«Le poids du cerveau par rapport à l'intelligence, n'a pas plus

d'importance que le poids d'une horloge par rapport à la justesse des

heures qu'elle marque.»

Des savants européens de l'un et de l'autre sexe, prétendent

pouvoir prouver scientifiquement que la femme est en raison de sa

sexualité, supérieure à l'homme; cependant, que des savants américains

prétendent que dans l'avenir: il y aura alternativement une période de

prédominance masculine et une période de prédominance féminine.

En attendant que les hommes et les femmes l'emportent tour à tour,

les uns sur les autres, il se peut fort bien que le sexe féminin,

infériorisé aujourd'hui, soit durant un temps, considéré comme le sexe

supérieur.

D'abord, le droit qui partout élève ceux qui le possèdent, fera

s'élargir la mentalité des Françaises, et il les rendra aptes à appeler

à la vie des êtres supérieurs.

Pourtant, sous leur aspect différent, les deux parties du tout humain,

sont et resteront toujours équivalentes, comme la gauche et la droite

d'un même corps.

Mais, quand une erreur a été longtemps accréditée, on ne réagit contre

elle qu'en tombant dans l'excès contraire. Pour établir l'égalité des

sexes, il est donc bien possible que l'on dépasse le but proposé, que

l'on exalte celle que l'on a tant dépréciée et rabaissée, en la voyant

prime-sautière, faire pour ascensionner dépense d'énergie.

En France, il y a près d'un million de femmes de plus que d'hommes,

cependant, il naît beaucoup plus de garçons que de filles.

Le sexe féminin naît mieux équipé que le sexe masculin d'après M.

Henry de Varigny. «Les reins, le foie, le cœur sont plus lourds chez

l'embryon féminin. La femelle est mieux pourvue que le mâle; elle est

physiologiquement plus parfaite que lui. Si la femelle n'a pas la

vigueur du mâle, elle a une force de résistance supérieure à la sienne.

«La femme a plus de ténacité de vie que l'homme, elle supporte mieux

l'abstinence, elle mange moins, mais profite mieux de ce qu'elle mange.

«La mortalité masculine l'emporte sur la mortalité féminine. Le sexe

fort, c'est le sexe féminin!»

Mieux organisées que les hommes, les femmes meurent beaucoup moins

facilement qu'eux.

«Dès la plus tendre enfance, dit le docteur Perron, sur 1.000 décès de

petits garçons, on n'en compte pas 750 de petites filles.

«Dira-t-on que les petits garçons ont été victimes de leurs passions,

de leurs fatigues, de leur intempérance?--Non: _La supériorité

organique du sexe féminin est native, physiologique_.

«Cette supériorité est surtout manifeste pendant la vie embryonnaire;

sur huit avortements naturels, cinq sont d'enfants mâles.»

Avant que ne soient faites ces observations scientifiques, ce

dicton:--«Le chagrin fait vivre la femme,» établissait, en même temps

que la longévité, la douloureuse destinée des femmes.

Ce sont les femmes soustraites à l'oppression masculine: les veuves et

les célibataires, qui ont l'existence la plus longue.

Ce sont les femmes mariées qui ont la vie la plus courte.

Le cerveau de la femme restant inerte s'atrophie, tandis que le cerveau

de l'homme travaillant s'hypertrophie. On peut donc penser que si les

femmes étaient en la société dans les mêmes conditions que les hommes,

elles seraient loin d'être inférieures à ceux-ci.

Mme CURIE ET SA DÉCOUVERTE

Quand Mlle Sklodowska fut reçue docteur es-sciences physiques, sa thèse

avait pour objet, la recherche des substances radio-actives. Après

son mariage avec M. Curie, la fille du savant Sklodowski continua ses

recherches sur les substances radio-actives, trouva le radium; et,

cette manifestation du génie féminin embarrassa le sexe masculin.

Le syndicat de la presse parisienne ayant décidé de répartir les cent

mille francs du prix Osiris entre les deux inventions qui avaient fait

à l'époque le plus d'honneur à la science française; 60,000 francs

furent donnés à Mme Curie pour le radium, 40.000 francs à M. Branly

pour la télégraphie sans fil.

En dépit du prix Osiris, récompense sonnante décernée à Mme Curie pour

sa découverte, les hommes mirent la main sur la victoire scientifique

obtenue par elle.

A ceux qui reprochent au sexe féminin de manquer de génie, de ne rien

inventer, il est à présent démontré que les découvertes faites par les

femmes sont mises à l'actif des hommes.

M. Curie, qui fut associé à Mme Curie pour partager avec M. Becquerel

les cent mille couronnes du prix Nobel, n'était pas complice des gens

déterminés à déposséder sa compagne du résultat de son labeur pour le

gratifier de son mérite. En une conférence à la Sorbonne, il déclara

que le radium avait été découvert par son épouse; qu'il n'avait

abandonné ses travaux en cours pour se joindre à elle, qu'après qu'elle

fut parvenue à isoler le corps nouveau.

Lorsque les roues d'une lourde voiture eurent enlevé à la vie M. Curie,

il fallut bien avouer la vérité, en nommant professeur à la Sorbonne

et en faisant monter dans la chaire créée en l'honneur du radium, la

savante jusque-là tenue dans l'ombre dissimulée derrière un homme.

Seulement, n'est-ce pas une anomalie de charger la femme d'enseigner

les sciences et de lui interdire de faire les lois?

LA RÉFORME PRIMORDIALE

Proclamer égaux devant le droit l'homme et la femme, est une réforme

qui facilitera toutes les autres.

Le progrès résulte surtout de l'aptitude des humains à l'accélérer;

or, pour obtenir des êtres propres à activer le progrès, la première

condition est de perfectionner le moule d'où ils sortent, de donner à

ce moule la possibilité de les produire. Ce ne sera qu'en faisant les

matrices de la nation citoyennes, qu'on les rendra capables de créer

des citoyens.

L'usage, qui dans la vie sociale tend de plus en plus à assimiler

les femmes aux hommes, à laisser celles-ci exercer la profession de

ceux-là, incite à considérer comme d'un autre âge, le préjugé faisant

exclure des affaires publiques le sexe qui s'entend particulièrement à

gérer ses affaires privées.

On est bien plus habitué aujourd'hui à l'idée de voir voter les femmes,

qu'on ne l'était en 1847 à celle de voir voter les non-censitaires.

Chacun, se rend tellement compte que l'exploitation du sexe majorité

est due à son exclusion politique, qu'à toutes injustices commises

envers les femmes, des hommes maintenant s'écrient: «Si les Françaises

votaient, on ne les traiterait pas de la sorte» et les journaux de

toutes opinions tiennent à l'occasion, ce même langage féministe.

Cette unanimité à convenir que tant de maux découlent pour les

femmes de leur annihilement, forcera bientôt le bon sens français à

reconnaître que c'est à toute la nation, que l'exclusion politique des

génératrices préjudicie.

L'affiche illustrée, la carte postale, le timbre, représentant un

homme et une femme qui se rencontrent devant l'urne électorale, pour

sauvegarder leurs intérêts publics, comme ils se rencontrent dans une

étude de notaire, pour sauvegarder leurs intérêts privés, obligent à

penser, que le droit de voter, est aussi indispensable au sexe féminin

qu'au sexe masculin.

Si l'on demandait aux hommes pourquoi ils s'opposent à ce que les

femmes aient leur part des prérogatives conquises par nos aïeux; ils ne

parviendraient pas à donner d'explications valables, sachant bien que

les privilèges qu'ils s'arrogent sans les faire partager aux femmes,

ne sont pas plus légitimes, que ceux dont la noblesse et le clergé

jouissaient au détriment du peuple avant 1789.

_Un Précédent._

Autrefois, on avait pour la condition sociale, le mépris que l'on a

actuellement pour le sexe féminin. Avant 1848 les hommes des basses

classes et les bourgeois instruits mais non fortunés, ne pouvaient

pas plus que les femmes aujourd'hui, opiner sur les lois qu'ils

subissaient. Il a fallu que les ouvriers s'insurgent, fassent des

barricades en demandant la réforme, pour que le bulletin de vote fut

octroyé à de savants professeurs, à des membres de l'Institut qui

ne payaient point les deux cents francs d'impôts exigés pour être

électeurs.

C'est encore avec une apparence de raison, que les monarchistes, imbus

du principe d'autorité, maintiennent la femme dans une condition

inférieure à celle de l'homme; mais, les républicains qui écrivent sur

les murs: Liberté! Egalité! se mettent en contradiction avec eux-mêmes,

en laissant le sexe masculin spolier le sexe féminin de ses droits.

Les députés, voient sans déplaisir les électeurs s'amoindrir en

compagnie de serves, alors, que ceux-ci ont au contraire intérêt à

s'augmenter au contact de citoyennes, afin d'être à même de contrôler

les actes de leurs mandataires, de les nommer pour une période plus

courte, jusqu'à ce qu'ils puissent exercer directement le gouvernement.

Quand tout le monde convient que hommes et femmes sont équivalents,

ont chacun des qualités propres, que les deux intelligences, les deux

énergies, masculine et féminine, sont aussi absolument indispensable

l'une que l'autre pour réaliser le mieux être souhaité; n'est-il point

temps pour l'homme, de renoncer au stupide préjugé qui fait de sa mère

qu'il aime tant, son inférieure?

Si les Français comprenaient leurs véritables intérêts, la première

question résolue serait cette question motrice: l'universalisation du

suffrage aux femmes.

LES FEMMES SONT LES NÈGRES

Alors que les nègres votent, pourquoi les blanches ne votent-elles pas?

Alors que des nègres siègent à la Chambre, pourquoi des femmes ne

peuvent-elles pas sauvegarder au Parlement les intérêts de leur sexe?

Certes, nous applaudissons à l'assimilation des nègres aux blancs;

mais, on nous permettra de demander:--Qu'attend-on pour assimiler à

leur tour les femmes aux hommes blancs et noirs?

En nos possessions lointaines, on fait voter un grand nombre de noirs,

qui ne sont intéressés ni à nos idées, ni à nos affaires; cependant que

l'on refuse aux femmes éclairées de la métropole le bulletin de vote,

qui les empêcherait d'être broyées dans l'engrenage social.

Au Sénégal, en le corps électoral, il y a huit mille nègres, dont la

majeure partie ne comprend même pas la langue française.

Les électeurs sont des moutons conduits aux urnes par ce berger: le

chef de village, qui opine pour eux.

Aux Indes, soixante-douze mille électeurs indigènes ne parlent pas

notre langue, ne subissent pas nos lois, ne sont pas contribuables,

cependant ils votent, alors que les Françaises, qui fournissent

la moitié des budgets et facilitent aux hommes, par leur habileté

économique, le moyen d'apporter dans les caisses publiques leur

quote-part, sont exclues de l'électorat.

Le pas donné aux nègres sauvages, sur les blanches cultivées de la

métropole, est une injure faite à la race blanche.

Les hommes de couleur sont chez nous bien plus favorisés que les femmes.

Pour les Français, les vrais nègres ne sont pas les noirs, ce sont les

femmes qui, partout, peinent et souffrent à leur place.

Comme pour jouer le rôle de nègre, il ne faut pas avoir qualité pour

demander le remaniement du pacte social faisant une si anormale

répartition des droits et des devoirs, la femme, naturellement, est

privée du bulletin de vote.

Les hommes qui se sont préoccupés de faire en nos possessions

lointaines, du suffrage une réalité pour les nègres, se sont

contentés, en France, de changer la signification des mots, d'appeler:

souveraineté du pays, la souveraineté des hommes, qui sont le

sexe-minorité, en ce pays.

Cette mise en parallèle de nègres à moitié sauvages, sans charges ni

obligations, votant, et de femmes civilisées, contribuables et point

électeurs, démontre surabondamment, que les hommes ne conservent leur

omnipotence en face des femmes, qu'afin d'exploiter ces déshéritées.

Pour empêcher les Français de traiter en nègres les Françaises, il est

indispensable d'octroyer aux femmes les privilèges dont jouissent les

hommes blancs et noirs.

LES FRUSTRÉES DU BULLETIN SONT PRIVÉES DES EMPLOIS, DU REPOS, DES

HONNEURS ET DES LEGS.

Parce qu'elles ne votent point, les femmes n'ont pas droit au droit

commun. On leur mesure le labeur payé, on les frustre des emplois, du

bon travail, du repos hebdomadaire, des honneurs et des héritages.

Les Françaises non électrices sont à ce point des parias, qu'elles ne

peuvent jouir des réformes accomplies.

Tout le monde, en France, se repose le dimanche: hormis les femmes.

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