_Pétition pour demander que ces mots: «Les Français,» qui comprennent

les deux sexes comme contribuables, comprennent les deux sexes comme

électeurs_,

«Messieurs les députés,

«Ce fait que la représentation nationale est exclusivement composée

d'hommes, et d'hommes exclusivement mandatés par des hommes, cause un

préjudice moral et matériel considérable aux femmes. L'absence des

femmes de la législature produit l'injustice de la législation.

«Dans la discussion et le vote des lois générales, les femmes n'ayant

personne pour prendre la défense de leurs intérêts, leurs intérêts

sont sacrifiés.

«Dans la discussion et le vote des lois qui visent particulièrement

les femmes, les projets qui leur seraient favorables sont écartés,

pour ce principal motif qu'ils gênent l'autocratie masculine, ou

prennent pour les femmes un peu des budgets que les hommes se sont

presque exclusivement attribués.

«Nous vous demandons, messieurs les députés, de décider que ces mots

«_Les Français_» soient interprétés dans la loi électorale comme ils

le sont dans la loi civile. Ces mots «_Les Français_» qui comprennent

les deux sexes comme contribuables doivent comprendre les deux sexes

comme électeurs, donc, leur conférer, au même titre, le droit au vote

municipal et politique, le droit à l'éligibilité.

«Les femmes ont autant d'intérêt que les hommes à la confection des

bonnes lois, à la répartition équitable des budgets. Or, l'exercice

des droits civiques est le seul moyen pour elles de contrôler ce qui

se fait, de garantir à la fois leurs intérêts et leur liberté.

Cette pétition couverte de plus de mille signatures fut rejetée par

l'ordre du jour.

M. Cavaignac dit dans son rapport: «Il n'est pas permis de parler

légèrement d'une thèse dont des hommes éminents et parmi eux Stuart

Mill, se sont faits les défenseurs éloquents. Mais l'opinion n'est pas

suffisamment préparée, à voir siéger sur les bancs de nos assemblées,

un élément étranger au sexe masculin. Les femmes ne sont pas préparées

au maniement des affaires publiques.»

Hé! ce ne sera qu'en votant et en légiférant que les femmes deviendront

d'habiles législatrices.

Tous les journaux parlèrent de cette pétition.

La _Presse_ trouva la réponse de la commission des pétitions

dangereuse. Elle semble, dit-elle, encourager Mlle Hubertine Auclert à

persévérer et à gagner l'opinion publique à une idée qui est fausse.

Le _Figaro_ appuya notre revendication.

«Comment, dit-il, n'être pas choqué à l'idée qu'une de ces femmes de

tête, comme on en compte par milliers dans le commerce ou l'industrie,

ou bien une de ces femmes de haut luxe, résumant en elle la culture

de vingt générations n'ait pas sur les affaires publiques, la part

d'influence que personne n'oserait contester aujourd'hui au charretier

de la marchande, ou au palefrenier de la grande dame.

Changeons de monde si vous voulez; comparez la ménagère laborieuse,

économe, martyre du mariage et de la maternité, qui vient chercher le

jour de paie, à l'atelier, son mari ivrogne et qui tâche de sauver des

cabarets le modeste pécule de la maisonnée! L'être maculé de vin et de

boue, dégradé, abruti, immonde, qui heurte les murailles et qui bat sa

femme--c'est l'électeur. C'est lui dont on défend les droits, c'est lui

qu'il est urgent de représenter.

La femme, la victime ne compte pas; elle n'est pas «suffisamment

préparée.»

Dans La _Bataille_ M. Lissagaray réfuta en ces termes le rapport

de M. Cavaignac: «Le vote des femmes est le corollaire fatal du

suffrage universel, comme la vie politique est le corollaire de

l'affranchissement des noirs; où il y a identité absolue d'intérêt, il

ne saurait exister de différence dans le droit.

_Pétition au Congrès de Versailles_

(_12 Août 1884_)

_A Messieurs les membres du Congrès_

Messieurs,

Nous venons rappeler à votre mémoire l'existence des femmes,

existence dont vous paraissez vouloir vous abstenir de tenir compte

en revisant la Constitution.

Veuillez vous souvenir que les femmes sont la moitié de la nation.

Responsables, contribuables, membres de la société, les femmes sont

au même titre que les hommes des ayants droit.

Pour que la France entière soit représentée aux Chambres, pour que le

suffrage soit véritablement universel, il faut que les femmes soient

électrices.

Vous voulez supprimer le suffrage restreint pour l'élection des

sénateurs, supprimez, en même temps, le suffrage restreint pour

l'élection des députés; appelez les femmes à voter comme les hommes.

Nous vous prions, messieurs, d'introduire dans la nouvelle

Constitution, un paragraphe qui autorise les femmes à exercer leurs

droits de Françaises et de citoyennes.

Vous ne feriez pas une Constitution républicaine, si vous conserviez

dans la loi, pour ces égaux devant les charges--les femmes et les

hommes--l'inégalité devant les droits.

Une Constitution qui diviserait toujours la nation en deux camps,

celui des rois--les hommes souverains--et celui des esclaves--les

femmes exploitées--serait une Constitution autocratique et mort-née.

Nous vous demandons, Messieurs, au nom des femmes de France, et dans

l'intérêt des hommes et des femmes, d'avoir le courage de faire une

Constitution qui donne à tous, Français et Françaises, avec les mêmes

devoirs, les mêmes droits.

Pour le Cercle du Suffrage des Femmes:

_La déléguée_

HUBERTINE AUCLERT.

Cette pétition est venue à l'ordre du jour de la huitième séance, et,

chose curieuse, c'est un nègre, c'est-à-dire un homme qui, en raison de

la couleur de sa peau a été victime des préjugés, qui est monté à la

tribune proposer de maintenir les préjugés de sexe.

Malgré le respect qu'elle professe pour les dames, a dit M.

Gerville-Réache (_rires_)[14], la commission ne croit pas nécessaire

de leur accorder des droits politiques et de leur imposer les devoirs

politiques qui appartiennent aux citoyens français. Elle ne croit

pas non plus que ce vœu soit celui de la majorité des Françaises. La

commission propose donc l'ordre du jour sur cette pétition.

[14] Avant 1848 on riait aussi quand on parlait de donner le vote à

tous les hommes.

Ce n'est pas galant s'écria un membre de la gauche.

M. Raoul Duval ne s'explique pas pourquoi de simples aspirantes à

l'électorat sont traitées plus favorablement que des membres de

l'assemblée nationale.

_Opinion de la presse sur notre pétition._

_Le Temps_

On ne saurait reprocher à l'Assemblée nationale d'avoir manqué de

courtoisie envers les dames, Mlle Hubertine Auclert, directrice du

journal la _Citoyenne_, organe des droits sociaux et politiques de

la femme, plus heureuse que M. Barodet et nombre d'autres membres

du sexe laid, n'a pas eu à subir l'affront de la question préalable

pour sa pétition relative à l'électorat des femmes. Cette pétition

a eu les honneurs d'un rapport à la tribune et on ne lui a opposé

que l'ordre du jour pur et simple, ce qui, en pareille matière, est

presque un succès, car Mlle Auclert, quelle que soit la ferveur de

son apostolat, ne pouvait s'être fait cette illusion que le Congrès,

quittant toutes autres préoccupations, allait consacrer une partie de

son temps à discuter sérieusement le point de savoir si les femmes

seraient mises, pour l'exercice des droits politiques, sur le même

pied que les hommes.

Mlle Hubertine Auclert doit donc se trouver très heureuse d'avoir

occupé, ne fût-ce que pendant quelques instants l'attention du

Congrès. Pareille fortune n'est pas advenue à tout le monde.

_Le XIXe siècle_

Mlle Hubertine Auclert ne cesse pas de revendiquer en faveur des

femmes. Sa pétition au Congrès demandait pour les femmes l'électorat

et l'éligibilité politiques. Elle était fort bien tournée, cette

pétition, et il est certain que si Mlle Hubertine Auclert triomphait,

les Congrès futurs offriraient un aspect plus agréable que les

Congrès d'aujourd'hui. Mais la pétition de Mlle Hubertine Auclert n'a

obtenu du Congrès que la question préalable, tout comme un amendement,

tempérée par un mot gracieux et galant du rapporteur. C'est à

recommencer et vous pouvez compter que la pétitionnaire recommencera.

Rien ne la lasse. Et elle tient à faire mentir les ennemis des

femmes qui prétendent que le sexe n'a pas l'esprit de suite dans ses

entreprises!

HENRI FOUQUIER

_Le Soleil_

Dans une tribune quelques femmes ont applaudi le nom de Mlle

Hubertine. Auclert. Cette manifestation a été très vite réprimée sur

les ordres de la questure.

_Le Moniteur universel_

Mlle _Hubertine Auclert_ rappelle avec raison que les femmes sont au

même titre que les hommes des ayants droit.

Voyez combien vous êtes injustes; vous inventez le suffrage

universel, et vous ne vous apercevez pas qu'il n'y a rien de moins

universel que ce suffrage.

Vous avez exclu les femmes; pourquoi cela?

Avez-vous donc peur qu'elles usent mal du droit de vote?

J'en appelle à toutes les mères de famille; que font-elles donc du

matin au soir, si ce n'est d'exercer, comme on disait autrefois, un

véritable sacerdoce?

Et quoi, une mère élève son enfant, et cet enfant lui doit tout ce

qu'il est; elle fait tout cela, et vous dites qu'elle est incapable

de nommer des députés?

Laissez-moi vous le dire, quand on crée des hommes, on a bien le

moyen de faire des députés.

On a même le moyen d'en faire de très bons; est-ce par hasard cela

qui vous fait peur?

La femme est un être essentiellement civilisé: prenez-la dans un

tel milieu que vous voudrez; si défectueuse que soit son éducation,

si incomplète que soit son instruction, ce n'est jamais en vain que

vous ferez appel en elle à tout ce qu'il y a de noble et d'élevé dans

l'humaine nature.

Ah! tenez, vous vous ôtez le plus clair de vos ressources et votre

arme la plus solide, quand vous vous privez du concours de la femme

dans vos luttes politiques.

ROBINSON.

_Le Rappel._

Je crois que c'est moi qui ai publié le premier la pétition de Mlle

Hubertine Auclert demandant à l'Assemblée nationale «d'avoir le

courage de faire une Constitution qui donnerait à tous les Français

et Françaises avec les mêmes devoirs les mêmes droits civils et

politiques.»

Mlle Hubertine Auclert a dit, entre autres, une chose à laquelle il

ne nous paraît pas très facile de trouver une réponse: c'est que nous

nous prétendons sous le régime du suffrage universel, et que c'est un

drôle de suffrage universel, que celui qui commence par destituer la

moitié du genre humain.

M. Gerville-Réache a cru répondre en disant qu'il ne croyait pas

que la pétition de Mlle Hubertine Auclert répondît au sentiment et

au désir de la majorité des Françaises. M. Gerville-Réache croit-il

que l'émancipation des noirs répondît au sentiment et au désir de

la majorité des esclaves? L'état de sujétion est un état mou et

lâche auquel on tient par habitude et par hébétude, et le premier

mouvement est de reculer devant la liberté, c'est-à-dire devant

la responsabilité. Mais ce n'est pas une raison pour perpétuer la

servitude, il faut affranchir les esclaves et les femmes, même de

force.

AUGUSTE VACQUERIE.

_Paris._

Quelques orateurs se sont couverts de gloire en _blaguant_

l'honorable pétitionnaire. Etant donné que les novateurs ont toujours

tort, c'était une besogne trop facile.

Il n'y a pas un argument sérieux pour combattre le vote des femmes.

On n'ose pas invoquer la question d'intelligence. Cela ferait rire

tous les gens de bonne foi. La femme la plus bête sera toujours plus

fine que l'homme le mieux doué. La femme possède un tact supérieur:

puisque le suffrage universel est entré dans nos mœurs, il faut, sous

peine d'illogisme, l'admettre tout entier. Dans quelque cinquante

ans d'ici, nos petits-neveux seront stupéfaits d'apprendre qu'on

aura attendu un long temps avant de donner à la femme des droits

politiques égaux à ceux de l'homme. Nous paraîtrons aux yeux des

citoyens de l'avenir, aussi stupides que les membres du concile de

Mâcon, qui, à la majorité d'une voix seulement, décrétèrent que la

femme avait une âme.

ALBERT DELPIT.

_Le National._

L'admission des femmes au vote n'est plus qu'une question de temps. Qui

aurait cru, sous Louis XVI, alors que les paysans n'étaient encore que

«ces sortes d'animaux farouches» dont parle La Bruyère, qu'ils seraient

un jour, par le suffrage universel, les véritables souverains du pays?

Ne jetons pas la pierre à Mlle Hubertine Auclert, les idées qu'elle

défend feront leur chemin.

PAUL FOUCHER.

_Pétitionnement organisé par le Journal «La Citoyenne» pour réclamer le

suffrage des femmes_

«Messieurs les députés,

«Etant donné que non seulement les intérêts des femmes mais tous

les intérêts français sont gravement compromis par l'absence des

femmes de la législature.

«Etant donné que, conciliatrices et pacificatrices par excellence,

les femmes rendront possibles sans révolutions les réformes

sociales, dès qu'elles participeront à la vie publique.

«Etant donné, d'autre part, que les femmes, contribuables et

responsables, sont des ayants-droit qui doivent de concert avec les

hommes, administrer les fonds publics, faire les lois.

«Nous vous prions, Messieurs les députés, de bien vouloir réformer

la loi électorale de manière qu'elle confère aux femmes les droits

politiques: vote et éligibilité.»

Pour le rapporteur de cette pétition M. Escanyé, la question de

l'électorat et de l'éligibilité des femmes est digne des méditations

des philosophes et des publicistes, mais il trouve que le moment n'est

pas venu de lui donner une solution et fait rejeter notre pétition par

l'ordre du jour.

_Pétition au Conseil Général de la Seine._

Messieurs les conseillers généraux,

Dans votre séance du 6 juillet, vous avez adopté un vœu d'amnistie en

faveur des falsificateurs et des fraudeurs destitués de leurs droits

civiques.

Puisque vous êtes à ce point bons et généreux, permettez-moi

d'appeler votre attention sur une catégorie d'individus, bien plus

intéressante que celle qui a été l'objet de votre sollicitude, et de

vous demander d'émettre en faveur des vingt millions de Françaises,

arbitrairement privées de leurs droits de citoyennes, un vœu

d'amnistie qui les relève du crime d'être nées femmes.

Vous ne pouvez, messieurs les conseillers, avoir moins de pitié pour

les femmes, innocentes victimes des préjugés, que pour les voleurs,

qui en falsifiant les aliments, ont altéré la santé de la nation et

assassiné lentement peut-être des milliers d'individus.

Je vous prie de mettre fin au monstrueux déni de justice qui

déshonore la République, en émettant le vœu qu'avant les élections de

1885 les femmes soient mises en possession de leurs droits électoraux.

J'espère, messieurs les conseillers généraux, que vous voudrez bien

accueillir favorablement la requête que je vous adresse au nom de mon

sexe, et je vous prie d'agréer, avec mes remerciements anticipés,

l'hommage de ma haute considération.

Hubertine AUCLERT,

Directrice de La _Citoyenne_.

_Conseil Général de la Seine, séance du 2 décembre 1885._

ORDRE DU JOUR SUR UNE PÉTITION DE Mlle HUBERTINE AUCLERT DEMANDANT

QUE LES FEMMES SOIENT MISES EN POSSESSION DE LEURS DROITS ÉLECTORAUX

_M. Georges Berry_ rapporteur.--Mlle Hubertine Auclert a adressé au

conseil général de la Seine une pétition ayant pour but de faire

appuyer, par un vœu de cette assemblée, les revendications qu'elle

ne cesse de faire au sujet du droit électoral des femmes.

«Tout le monde connaît, en effet, les efforts mémorables de Mlle

Hubertine Auclert, qui a fait une agitation de tous les instants

autour de la question du vote des femmes.

«Tantôt, elle réclame son inscription sur les listes électorales et

épuise en vain les juridictions sans se décourager.

«Tantôt elle refuse de payer ses contributions, sous prétexte que

si elle n'a pas les droits d'un citoyen, elle ne saurait en avoir

les charges.

«Tantôt, enfin, elle fait signer des pétitions pour le Sénat et la

Chambre des députés.

«Aujourd'hui, c'est nous que Mlle Hubertine Auclert charge du soin

de saisir de nouveau les pouvoirs publics.

«Les femmes, dit Mlle Auclert, ont les mêmes charges que les

hommes, pourquoi n'ont-elles pas les mêmes droits? Elles sont

en outre, au moins aussi intelligentes qu'eux? pourquoi dès

lors leur refuser de prendre part à la confection des lois, où,

entre parenthèse, elles sont abominablement sacrifiées, et à la

discussion d'un budget qui absorbe leurs finances?

«La nature de la femme dit M. Georges Berry, son caractère, son

rôle dans la vie, sont autant de motifs qui doivent la faire

exclure de la scène politique.

«Chez la femme l'élément sensuel domine l'élément intellectuel.

Quels hommes d'affaires choisiront ces dames?

«Si les femmes deviennent électeurs, elles deviendront du même

coup éligibles et je crains qu'elles soient aussi mauvais députés

qu'imparfaits électeurs.

«La femme n'a aucune aptitude pour les fonctions publiques. Ce qui

prouve son incompétence en politique, c'est l'attraction qu'elle

subit de la part de tout ce qui est faux.

«La véracité et la précision sont des traits caractéristiques

masculins!. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

quels gâchis! quelles intrigues indignes de la représentation

nationale! quelles lois contradictoires! quelle majorité versatile!

que de séances perdues, dans cette assemblée des deux sexes...»

Quand M. Georges Berry a été las d'insulter les femmes, il s'est

excusé d'avoir été aussi grossier envers elles. «Si je leur ai dit

tant de choses désagréables, s'est-il écrié, c'est leur faute,

elles n'avaient qu'à ne pas réclamer leurs droits au conseil

général.» Aujourd'hui le gouvernement laisse tout dire et tout

faire aux petites filles d'Olympe de Gouges. Finalement il demande

de passer à l'ordre du jour sur la pétition de Mlle Hubertine

Auclert:

_M. Cattiaux._--Messieurs, je ne viens pas réclamer aujourd'hui le

droit de vote en faveur des femmes, par cette seule raison que leur

éducation a été trop négligée.

Quant à ce droit lui-même, il est incontestable (Réclamations) nous

ne pouvons qu'en retarder l'avènement.

La femme a des charges comme les hommes; n'élève-t-elle pas

seule ses enfants après la mort de son mari ou quand elle est

fille-mère,--plutôt par la faute de l'homme que par la sienne.

Or, vous ne faites pas pour elle ce que vous devriez faire:

laissez-lui donc alors revendiquer ses droits et puisqu'elle n'a

pas d'autre moyen de les faire triompher que le vote, donnez-lui le

pouvoir de voter?

_M. Michelin._--Il s'agit de statuer sur le rapport de M. Georges

Berry.--Je viens combattre les conclusions de ce rapport et me

déclarer très nettement pour le droit des femmes.

_M. Monteil._--Il faut dire cela à la Chambre.

_M. Michelin._--Je suis disposé à le faire, Monsieur Monteil.

J'estime que, dans une République, la femme doit être traitée

autrement que sous les lois de l'Eglise et de la monarchie._

_M. Maurice Binder._--Si les femmes votaient, la République n'en

aurait pas pour vingt-quatre heures!

_M. Michelin._--Je sais qu'il est contraire aux principes de

l'Eglise de donner aux femmes des droits, et même un concile s'est

réuni pour étudier la question de savoir si la femme avait une âme.

Il appartient à la société moderne d'émanciper la femme au point de

vue civil, au point de vue politique.

Au point de vue municipal et politique, je demande que l'on

commence au moins par reconnaître le droit de vote des femmes dans

les élections communales. Des femmes ont souvent des intérêts

considérables dans une commune et l'on ne comprend pas qu'elles ne

soient pas appelées à voter, pour défendre ces intérêts.

J'irai plus loin et je voterai l'admission des femmes aux droits

politiques. Nous ne devons pas établir deux catégories de citoyens.

Je sais très bien qu'aujourd'hui l'éducation de la femme est le

plus souvent cléricale; mais, fort heureusement, les idées marchent

et, avant peu, je l'espère, la femme sera complètement affranchie

du confessionnal et des superstitions du Moyen Age. Le meilleur

moyen de parvenir à ce résultat, est de reconnaître les droits de

la femme.

Il est grandement temps, messieurs, de s'occuper de la condition de

la femme dans notre société moderne.

Je suis convaincu que le Conseil général ne voudra pas sanctionner

le rapport très spirituel de M. Berry, mais qui vous propose des

conclusions contraires à l'équité; qu'il envisagera de haut cette

question et dira très nettement, que la femme, dans la société

moderne, n'a pas les droits qu'elle doit avoir.

_M. le Président._--Le scrutin est ouvert sur les conclusions de la

Commission.

Nombre de votants........ 48

Majorité absolue......... 25

Onze ont voté contre le rapport de M. Georges Berry, c'est-à-dire

pour le suffrage des femmes:

MM. Cattiaux, Chabert, Chassaing, Decorse, Desmoulins, Jacquet,

Michelin, Navarre, Piperaud, Rousselle, Paul Viguier.

37 ont voté pour le rapport réactionnaire de M. Berry. Voici les

noms de ces partisans de la royauté masculine.

MM. Léopold Auguste, Bartholoni, Georges Berry, Maurice Binder,

Boll, Collin, Combes, Cusset, Darlot, Delhomme, Desalys, Després,

Dufaure, Gamard, Guichard, Ernest Hamel, Hattat, Jacques, Alfred

Lamoureux, Leclerc, Lefoullon, Lerolle, Stanislas Leven, Levraud,

Maillard, Mathé, Mayer, Millerand, Monteil, Patenne, Réty, Riant,

Robinet, Ruel Sauton, Simoneau, Weber.

Excusés:

MM. Hubbard, Rouzé, Songeon.

Enfin, voici les noms des abstentionnistes qui ont eu peur de se

nuire en étant justes.

MM. Armengaud, Boué, Braleret, Cernesson, Chautemps, Cochin,

Curé, Davoust, Delabrousse, Deligny, Depasse, Deschamps, Dreyfus,

Dujarrier, Frère, Gaufrès, Hervieux, Jobbé-Duval, Lefèvre, Narcisse

Leven, Lyon-Alemand, Marsoulan, Marius Martin, de Ménorval,

Mesureur, Muzet, Pichon, Emile Raspail, Aristide Rey, Reygeal,

Strauss, Stupuy, Vaillant, Vauthier, Villard, Voisin.

_Pétition demandant l'électorat pour les célibataires et les veuves._

«Messieurs les Sénateurs,

«Messieurs les Députés,

«Permettez-nous d'appeler votre attention sur la condition--de

mise hors le droit commun--qui est conservée à la femme sous la

République.

«Les femmes responsables et contribuables--qui sont comme les

hommes des ayants droit à contrôler l'emploi de l'argent qu'elles

versent au Trésor et à faire les lois qu'elles subissent--sont

encore dans la société destituées de tous les droits.

Nous vous demandons, Messieurs, d'accorder au moins à celles de ces

femmes--LES CÉLIBATAIRES ET LES VEUVES--dont les intérêts ne sont

représentés par personne dans les assemblées élues, le pouvoir de

garantir leur sécurité et de sauvegarder leurs affaires privées en

participant à la gestion des affaires publiques.

Les femmes célibataires et veuves ne sont pas mineures, quant à

leurs biens personnels, pourquoi le seraient-elles relativement

à leur part indivise des biens de la Commune et de l'Etat? Le

pouvoir qu'elles ont d'administrer leur fortune privée doit--pour

être effectif--avoir pour corollaire le pouvoir d'administrer leur

fortune publique.

Nous espérons, Messieurs, que vous accorderez à la moitié

déshéritée de la nation française un commencement de justice, en

autorisant les célibataires et les veuves à exercer leurs droits de

citoyennes.»

Cette pétition, a été à la Chambre et au Sénat, écartée par l'ordre du

jour:

_A la Chambre des Députés._

M. de Lévis-Mirepoix, rapporteur, après avoir rappelé ma campagne en

faveur des droits politiques des femmes dit:

«Aujourd'hui, dans une pétition différente en apparence, mais

absolument identique quant au fond, et avec une subtilité

d'imagination que nous ne voulons pas lui contester, la demoiselle

Hubertine Auclert, réduisant habilement ses prétentions à une classe

spéciale de femmes, sollicite l'exercice des droits politiques pour

les veuves et les célibataires dont les intérêts ne sont, dit-elle,

représentés par personne: elle espère ainsi, par une argumentation

spécieuse qui ne manque pas d'une certaine valeur, faire admettre

le principe cher à ses rêves, mais qui, une fois introduit dans la

législation, ne manquerait pas d'y prendre une dangereuse extension».

Le vote des femmes · 第 8 / 11 段