Parce que le sexe féminin mis au ban de la République ne vote pas, les

travailleuses, les artisanes, les petites bourgeoises, les ménagères

ne bénéficient point du repos hebdomadaire; attendu que les hommes

trouvent commode de se faire servir par leurs domestiques gratuites,

le dimanche comme les autres jours; et qu'ils abusent plus encore le

dimanche qu'en la semaine, de celles qui sont leurs instruments de

plaisir.

Parce que le sexe féminin mis au ban de la république ne vote pas, les

travailleuses à domicile qui exercent une profession--tout en élevant

leurs enfants--ne bénéficieront point des retraites ouvrières; les

usurpateurs du droit des femmes, n'entendant pas diminuer la pension

de retraite des électeurs pour en allouer une aux sans bulletins,

qui peinent sans relâche, en même temps qu'elles perpétuent l'espèce

humaine.

Parce que les femmes mises au ban de la République ne votent pas, elles

se voient enlever le pain de la bouche. Sous prétexte de sauvegarder

leur santé--en réalité pour réserver à l'homme le bon travail.--On leur

mesure le labeur rétribué, mais elles peuvent travailler gratuitement,

le jour, la nuit, les dimanches!...

Les femmes auxquelles il est interdit de veiller pour faire un travail

bien payé ont la liberté de peiner, pourvu qu'elles ne gagnent rien en

s'épuisant.

Lorsque les femmes voteront, elles jouiront du droit commun; et, pour

un travail égal, elles recevront un salaire égal à celui de l'homme.

Beaucoup de femmes sont vaincues en la lutte pour l'existence, parce

qu'elles sont laissées sans armes politiques. L'exclusion du droit au

vote prive du droit au pain; l'homme s'étant attribué les gains en même

temps que le suffrage.

L'émancipation économique du sexe féminin est liée à son émancipation

politique. Les femmes ne peuvent disputer aux hommes les bonnes places

pendant qu'elles ne possèdent point ce passe-partout--le vote--qui

ouvrirait la porte de toutes les carrières à leur activité productrice.

Les Françaises, en vain, ont des mérites, possèdent des titres; ce

n'est pas le diplôme, c'est le bulletin qui fait employer.

La dégradation civique amoindrit dans la main de la femme le

gagne-pain. Pour pouvoir prétendre à l'indépendance économique que le

bon travail procure, les femmes doivent devenir électeurs; et ainsi

faire que le suffrage universel soit une vérité.

Actuellement, le système électoral ne fournit de la France qu'une

représentation défigurée. Plus de la moitié de la nation n'est pas

représentée pendant que les femmes ne votent point.

_Pas de droits, pas d'honneurs._

Dire aux femmes qu'elles ne sont pas aptes à voter, c'est leur déclarer

qu'elles ne sont pas dignes de porter la rosette.

Quels actes surhumains doit accomplir une femme pour être décorée!

Encore, tous ses mérites sont-ils insuffisants, si elle n'est

chaleureusement recommandée aux distributeurs de croix.

S'enrubanner conventionnellement, est partout un privilège mâle.

La décoration, qui varie de forme et de couleur chez les différents

peuples, reste sous toutes les latitudes l'attribut de l'homme

orgueilleux.

Les femmes peuvent en mille occasions s'être distinguées, leurs actes

seraient-ils sublimes, ils passent inaperçus. De même que sur le champ

de bataille toujours l'officier est décoré pour son régiment vainqueur,

en la société, toujours le mari obtient la récompense honorifique

méritée par son épouse.

En toutes les expositions, des époux de commerçantes reçoivent la croix

à la place de la corsetière ou de la lingère émérite qui est leur

compagne.

En temps de paix, l'intelligence de la femme assure la glorification de

l'homme. En temps de guerre, la femme augmente les efforts défensifs,

elle souffre, elle lutte, cependant, elle n'est pas décorée.

L'homme et la femme--ont un sort si différent dans la société, parce

qu'ils sont régis par des lois différentes.

Les hommes seuls étant législateurs, chacun comprend pourquoi tout est

défavorable au sexe féminin et favorable au sexe masculin.

A l'homme qui a la belle destinée, le champ reste ouvert pour

l'améliorer encore.

A la femme annulée et bâillonnée au point de vue politique, est dévolu

l'irrévocable.

Quand les femmes auront été proclamées les égales des hommes devant le

droit, elles seront les égales des hommes devant les distinctions; et

à toutes distributions de croix elles recevront leur part de marques

honorifiques.

_Pas de droits, pas de donations._

Parce que la femme ne vote pas, il ne lui est point fait de legs. Les

dames n'exercent leur libéralité qu'envers les hommes, qui seuls sont

actuellement à même de reconnaître la générosité.

Des féministes en mourant déshéritent leur sexe, pour laisser comme Mme

Griess-Traut 50,000 francs aux Fouriéristes.

Mme Dimbour était elle aussi féministe. On trouve son nom au bas des

affiches électorales de la société «Le Droit des Femmes» et elle fit

un jour à un politicien qui lui recommandait une œuvre masculine cette

réponse:--Croyez-vous, que nous, femmes, nous allons chauffer le four

pour les hommes?»

Cependant, quand elle sentit sa fin proche, ce fut aux hommes qu'elle

fournit une torche de cent mille francs pour allumer le four de la

verrerie d'Albi.

Certes, propager la doctrine de Fourier et créer une verrerie ouvrière

sont œuvres excellentes; seulement, leur sexe opprimé criait aux

généreuses mourantes: «Au secours!» Le délivrer, n'était-ce pas ce

qu'il y avait de plus pressé à faire?

Pourquoi toutes les femmes riches s'en vont-elles sans songer à leur

sexe?

Parce que ce sexe n'a pas le pouvoir de faire honorer les donatrices.

Les hommes ont immédiatement prouvé leur reconnaissance, en baptisant

une avenue de Carmaux, «avenue Dimbour.» Tandis qu'avec la meilleure

volonté, les femmes qui ne sont ni conseillères municipales, ni

députées, n'auraient pu donner à une rue le nom de leur bienfaitrice.

Pour avoir part aux libéralités, des partantes, il faudrait que les

femmes puissent répartir la gloire fugitive. Or, pour atteindre à ce

pouvoir distributif, il est justement indispensable qu'elles reçoivent

beaucoup de dons... Qui est-ce qui tirera le féminisme de cette impasse?

--Les Françaises ont à la fois la fortune et l'amour de la liberté.

Le cadastre atteste qu'elles possèdent la plus grande partie de la

propriété terrienne, pendant que la statistique apprend que, par esprit

d'indépendance, beaucoup de femmes riches se refusent au mariage.

Eh bien, parmi les millionnaires de France, n'est-il donc point de

dames ou de demoiselles qui aient l'ambition de remplir le monde de

leur renommée, de donner leurs noms aux places publiques, de s'assurer

d'être perpétuellement honorées et glorifiées; qu'aucune encore n'est

venue dire:--Je veux être la rédemptrice de mon sexe? Voilà des

millions pour payer la lime briseuse de chaînes qui procurera aux

femmes la liberté?

Les Françaises sont admirables de dévouement, beaucoup sacrifieraient

avec enthousiasme leur vie pour une idée; pourtant, dès qu'il s'agit

de débourser afin d'assurer le triomphe de cette idée, leur ardeur se

refroidit; elles se fient les unes sur les autres pour sortir de la

poche l'or libérateur.

La crainte de dépenser les domine.

Cette propension des femmes à une parcimonie frisant l'avarice,

qui, utilisée dans la commune et dans l'Etat donnerait d'heureux

résultats financiers, permettrait, en faisant mieux encore les choses

qu'aujourd'hui de réduire les dépenses publiques, de procurer un

mieux-être national; est absolument préjudiciable à l'émancipation des

femmes.

L'économie excessive, qualité ou défaut qui profite aux autres, leur

nuit à elles-mêmes, en ce sens qu'elle les empêche d'apporter ce qui

en toute lutte constitue le principal élément du succès: les munitions

de guerre c'est-à-dire l'argent, qui crée les courants d'opinion et

détermine les enrôlements.

Les femmes ne veulent rien dépenser pour démolir le piédestal du dieu

mâle.

Les Françaises ne sont pas admises à l'Académie; cependant, aucune

riche lettrée ne crée, à l'imitation de MM. de Goncourt, une académie

spéciale aux évincées.

Dans la guerre aux privilèges masculins, qui a toujours payé la poudre

et les cartouches?

--Des femmes peu fortunées et des hommes, surtout des hommes.

Les dames riches ne donnent rien pour empêcher leur sexe d'être sur la

roue et sous l'affront.

Pour remonter le courant d'égoïsme et conquérir l'opinion à la

justice envers les femmes ce sera long; tandis qu'en quelques jours,

la législation qui opprime et infériorise la Française pourrait être

transformée. Quand on songe à quel point le changement de condition

de la femme améliorerait la situation politique et économique du

pays, on est surpris que les philanthropes n'emploient pas des sommes

considérables à réaliser l'affranchissement féminin.

LE FORÇAGE DES IDÉES

Les Françaises déprimées par la servitude ont peur de la liberté et

haïssent ceux qui veulent les affranchir. Il y a plus d'un siècle que

Condorcet fit de cela la remarque en disant: «que les femmes ne lui

pardonneraient point de réclamer leurs droits politiques.»

Les Françaises ont une docilité de brebis qui surprend même les bergers.

Eh bien! il suffirait qu'un berger entre-bâille devant ces brebis, les

femmes, la porte des gras pâturages politiques, pour que le troupeau

féminin entier s'efforce de s'y précipiter. Mais, qu'est-ce qui décidera

un berger, c'est-à-dire un député, à monter à la tribune de la Chambre,

pour demander que les femmes aient leur part des prérogatives dont les

hommes ont le monopole?

--Les principes? L'égalité?

--Hélas! tout cela est trop passé de mode pour pouvoir aiguillonner un

être et susciter un effort.

Actuellement, la plus juste des causes reste en souffrance si l'on ne

gagne rien à la défendre.

Les détenteurs du pouvoir n'ont aucun intérêt à servir les dégradées

civiques d'origine.

Mais, cet intérêt, les femmes pourraient l'exciter en offrant des

primes au dévouement. Recourir à l'achat des vouloirs, négocier les

réformes souhaitées serait moins long, que de décider la masse des

électeurs à forcer, en notre faveur, la main aux députés.

A notre époque de mercantilisme où tout s'acquiert à prix d'argent,

pourquoi les femmes riches n'achèteraient-elles pas avec des votes et

des projets de lois la liberté de leur sexe?

Le droit s'achète, les réformes se négocient comme les affaires. Très

souvent au Parlement, des avantages sont offerts, par les ministres,

aux chefs de groupes, pour s'assurer en certaines circonstances, le

vote de ces groupes.

Le seul mobile des actions humaines est l'intérêt, et c'est seulement

l'intérêt, qui sera le stimulant déterminant à prendre parti pour les

femmes.

L'argent est un moteur plus puissant que le temps pour changer les

mentalités. Il est urgent que les revendicatrices aient un trésor

libérateur; afin d'être en mesure d'activer l'épanouissement du

féminisme, en appliquant aux idées le forçage que les jardiniers

appliquent aux plantes dont ils veulent hâter la floraison.

Le jour où les Françaises seront à même d'encourager à vouloir les

affranchir, ceux qui ont le pouvoir de les affranchir; il est certain

qu'il se produira chez les hostiles à nos revendications un revirement,

que la question féministe deviendra passionnante et sera aussitôt

résolue.

INSTAURATRICES DE BIEN-ÊTRE

Si l'homme est plus que la femme apte à créer de la richesse, la femme

est beaucoup plus capable que l'homme de tirer parti de cette richesse.

L'homme a des qualités que sa compagne ne possède pas: il est grand!

franc! généreux! La femme souvent use de ruse, de duplicité, de

finasserie. On l'accuse d'être ennemie de la vérité! On dit qu'il est

aussi dangereux de lui confier un secret qu'un projet; car elle révèle

l'un, elle s'approprie l'autre.

Cette difformité morale du sexe féminin, qui fait se garer les femmes

les unes des autres et retarde le groupement émancipateur, est

cependant purement artificielle; c'est une déviation qui résulte de la

condition, une déformation due à l'état d'esclavage.

De même que l'être physique privé d'air et de liberté, l'être moral

immobilisé dans la sujétion se tord et s'enlaidit. Que l'on soumette

la femme à l'action vivifiante du soleil de justice et ses mauvais

instincts disparaîtront.

Toutefois, si la femme étale avec une sorte d'inconscience les vices de

l'esclave, il faut reconnaître qu'elle fait aussi montre de qualités

et, entre toutes, de cette aptitude à la prévoyance qui, en dépit du

dénûment, lui permet de subsister.

Que ferait-on dans les ménages pauvres sans l'esprit précautionneux de

la femme?

Si la prévoyance féminine, si précieuse pour la famille, était utilisée

pour la nation; si la femme ménagère dans la maison était ménagère dans

l'Etat. Toutes mesures seraient prises pour qu'on ne paie point cher

les aliments.

Il est incompréhensible, que la femme chargée de ravitailler la maison

n'ait pas le pouvoir de rendre ce ravitaillement facile, en assurant

l'approvisionnement du marché.

Si l'on ne retirait honneurs et profits quand on s'emploie dans l'Etat,

il est probable que le sexe masculin aurait laissé la prévoyance

féminine intensifier la vitalité et accroître le bien-être de la

nation. Mais comme il y a, pour qui est censé s'occuper du grand ménage

public, une bonne rétribution et des croix de la légion d'honneur,

les hommes ont dit: «Nous nous chargeons de préserver de la faim les

estomacs!»

Or, l'alimentation des Français, même en temps normal, n'est point

assurée.

Si les femmes contribuaient à répartir les budgets comme elles

contribuent à les former, elles ne laisseraient pas subsister pour la

majorité de la nation l'absence de garanties contre la mort par la

faim; et, pour la minorité, la profusion des jouissances, la vigilance

à prévenir les désirs.

La prudence conseille de ne plus confier à l'homme, le soin d'assumer

seul, sans le concours de la femme, la responsabilité de la vie humaine.

C'est parce que la ménagère est exclue des conseils de la nation, qu'il

y a souvent disette au lieu de surabondance.

*

* *

Le Français qui sacrifie dans l'Etat l'indispensable au superflu est

dans la maison un être très positif. Si pauvre qu'il soit, il veut le

bien-être: logement, vêtements chauds l'hiver, en toutes saisons bonne

table.

Quand il s'agit de réaliser avec un maigre budget ce _desideratum_,

quel embarras dans le ménage! On calcule, on additionne, on soustrait;

l'homme se décourage, la femme s'ingénie, elle augmente la valeur

d'emploi de l'argent et parvient à faire face aux dépenses.

Le mari, qui ne manque de rien, qui se trouve plutôt à son aise, finit

par se reposer complètement sur le savoir-faire de sa femme, il la

laisse pourvoir à tout. Point avare d'éloges d'ailleurs, il apprend à

chacun qu'avec peu d'argent, sa compagne lui fait une vie confortable.

La logique permettrait de supposer que tous les maris, plus satisfaits

les uns que les autres de la manière dont leurs épouses gèrent le

budget familial, vont proposer de mettre à profit leur habileté pour

la gestion du budget national.

Profonde erreur, ces messieurs entendent se réserver le monopole

de la compétence, en matière administrative; et s'attribuer, à eux

exclusivement, toute fonction rétribuée.

Le préjugé fait s'éterniser le masculinisme; cependant, nous ne serons

une démocratie que le jour où les femmes exerceront en France leurs

droits civiques comme les hommes; car «la démocratie est l'organisation

politique dans laquelle tout est véritablement fait _par tous_ et _pour

tous_.»

Chacun ne comprend-il pas quel intérêt il y aurait à avoir, en même

temps qu'une commission d'hommes habitués à dépenser sans compter, une

commission de femmes rompues à l'économie, pour contrôler les budgets?

Les Français sont dans l'erreur, lorsqu'ils pensent que la citoyenne

ferait disparaître la ménagère. C'est justement le contraire qui

aurait lieu; puisqu'il est impossible à la femme d'être une parfaite

ménagère, c'est-à-dire, une instauratrice de bien-être, sans devenir

une citoyenne.

Pour que l'homme trouve chez lui le réconfort physique et moral que lui

procureront une saine habitation, une alimentation substantielle, il

est indispensable que sa compagne participe à l'administration de la

société, surveille dans la commune et dans l'Etat, la production et la

vente des choses nécessaires à l'existence.

La plus habile préparation culinaire, n'étant point capable de donner

à la vache maigre, les qualités nutritives du bœuf en bon état; il est

pour réaliser le bien être familial, quelque chose de plus important

encore que de savoir sauter un poulet et arroser un gigot; c'est de

pouvoir d'abord se procurer ce gigot et ce poulet, de bonne qualité et

à bon compte.

Or, comment les ménagères, ou plutôt les instauratrices de bien-être

parviendraient-elles à se procurer facilement des denrées comestibles

fraîches, de première qualité, à bas prix, pendant qu'elles n'ont ni

le droit d'opiner, ni le droit d'agir en la cité, pendant qu'elles

restent en France des annulées auxquelles il est interdit de s'occuper

de l'approvisionnement alimentaire?

Place aux femmes! est la plateforme indiquée aux résolus à transformer

l'Etat social; car les héréditaires préjugés vont être obligés de

capituler devant les événements qui crient, qui hurlent, qu'il faut sur

la scène politique le concours du sexe féminin.

Partout, les hommes sont actuellement dans un grand embarras: Pour

n'avoir pas poursuivi en même temps que le développement intellectuel,

l'amélioration des conditions d'existence des masses, les détenteurs du

pouvoir se trouvent aux prises avec des difficultés que le concours des

femmes, si intuitives et maternelles rendraient plus faciles à résoudre.

L'heure psychologique semble donc venue d'appeler les femmes dans les

conseils de la nation, comme au moment du péril, on appelle sur les

champs de bataille la réserve, les régiments de renfort.

Le sexe masculin ne peut suppléer le couple humain pour administrer la

société. Dans l'intérêt de l'ordre et de la prospérité publique, les

femmes doivent compléter les hommes au Palais-Bourbon et à l'Hôtel de

Ville?

Les Français cumulent à leur préjudice, les rôles masculins et féminins

dans la République. Ce n'est pas seulement au détriment du bien

général, c'est au détriment de leur santé, de leur vie, que les hommes

s'obstinent à tout régir dans l'Etat.

Pendant, en effet, qu'en leurs laboratoires des savants s'efforcent

de découvrir le moyen d'anéantir microbes et bacilles, de nombreux

organismes humains sont détériorés par une alimentation défectueuse.

C'est que par une de ces contradictions qui abondent en notre ordre

social, les femmes qui sont chargées de ravitailler la maison,

d'apprêter les aliments, ne peuvent contribuer à améliorer la manière

de sustenter l'humanité; elles ne sont pas plus admises à réglementer

les approvisionnements des marchés, qu'à inspecter les comestibles.

Pourquoi les femmes ne siègent-elles pas dans les commissions

d'hygiène? Pourquoi les femmes ne sont-elles point désignées pour

surveiller le commerce des denrées alimentaires?

--Parce qu'elles ne votent pas; et que même les emplois qui conviennent

particulièrement aux femmes, sont seulement donnés aux électeurs.

L'UNIVERSALISATION DU SUFFRAGE

En notre société en travail de transformation, qui n'a pas voix au

chapitre, en ayant droit au vote, sera sacrifié demain et manque

aujourd'hui.

Les femmes riches seraient privées de leur fortune et les femmes

pauvres resteraient dans le besoin, si la propriété individuelle était

socialisée avant que le sexe féminin soit électeur et éligible, car,

les femmes dépouillées de ce qu'elles possèdent ne récupéreraient

point dans la société nouvelle ce qui leur aurait été pris; attendu,

que les fonctions, les emplois, le bon travail, appartiendraient aux

seuls électeurs. Les femmes restant déshéritées des droits politiques,

risquent donc d'être demain plus malheureuses encore qu'elles ne sont

aujourd'hui.

Pour que la transformation sociale s'accomplisse au profit de toute

l'humanité, il est indispensable que hommes et femmes aient le droit de

participer à cette transformation et d'en bénéficier.

C'est seulement l'égalité dans la société d'aujourd'hui qui garantira

aux femmes d'être traitées en équivalentes des hommes dans la société

de demain.

On voit qu'il est important de se hâter de mettre en pratique,

l'égalité politique des deux sexes qui est écrite dans la loi.

La loi sur l'électorat dit, en effet:--sont électeurs _tous les

Français_ âgés de 21 ans...

Ces mots «les Français» qui comprennent les hommes et les femmes comme

contribuables, lorsqu'il s'agit de payer les impôts, comprennent

certainement aussi les hommes et les femmes comme électeurs, lorsqu'il

s'agit d'exercer l'électorat.

Une louable équité a fait élargir l'interprétation du texte législatif

de la loi sur le jury et admettre les ouvriers à juger les criminels.

Pourquoi cette équité ne ferait-elle pas pareillement élargir

l'interprétation de la loi électorale et admettre les femmes à voter?

Il vaut mieux avouer avoir mal interprété une loi, que de laisser la

législation de la République, exclure en bloc de la politique, les

femmes que les chartes royales d'avant 1789 admettaient partiellement à

y participer.

En arrivant sur la scène politique, les femmes enrayeront le gaspillage

des fonds publics; donc, faciliteront de faire les réformes demandées.

Quand les femmes qui ont dans l'Etat les mêmes intérêts que les hommes,

seront comme ceux-ci, armées des droits nécessaires, pour se protéger,

pour se défendre, pour ascensionner; la France, en possession de

l'intégralité de sa force cérébrale, prendra dans le monde un rôle

prépondérant.

L'universalisation du suffrage aux femmes, décuplera la puissance de

la nation, accélérera l'évolution sociale, intensifiera la sollicitude

de la collectivité à l'égard de l'individu; et, fera s'ouvrir pour les

humains une ère de bonheur.

HUBERTINE AUCLERT.

TABLE DES MATIÈRES

Aux Lecteurs 1

Le simulacre du suffrage universel 3

Dégradée civique-née 7

La femme dans la Commune 12

Voix données aux femmes 16

Les femmes dans l'Etat 22

Les femmes et le budget 27

L'éducation politique des français 34

Le vote des femmes célibataires 40

Vous n'êtes pas militaires! 48

Vous êtes cléricales! 55

La religion laïque 59

Les femmes ont voté en France 65

La loi salique 68

Les prérogatives des femmes en l'ancienne France 70

Revendication des femmes en 1789 77

Après la Révolution 89

Les suffragistes en 1848 93

Jean Macé féministe suffragiste 97

Les femmes qui agissent et qui écrivent 99

Journaux et sociétés féministes 115

Etats ou les femmes exercent leurs droits politiques 119

L'inscription sur les listes électorales 124

Le prix d'un vote de femme 131

Le bluff électoral 132

Refus de l'impôt 136

Pourvoi devant le Conseil de préfecture 144

Pourvoi devant le Conseil d'Etat 148

L'arrêt du Conseil d'Etat 152

Le droit pour les femmes de pétitionner 156

Un sexe est-il supérieur à l'autre? 185

Madame Curie et sa découverte 190

La réforme primordiale 192

Les femmes sont les nègres 196

Les frustrées du Bulletin 199

Le forçage des idées 207

Instauratrices de bien-être 210

L'universalisation du suffrage 216

Saint-Amand (Cher).--Imprimerie BUSSIÈRE.

CATALOGUE

V. GIARD & E. BRIÈRE, LIBRAIRES-ÉDITEURS

_16, rue Souflot, et 12, rue Toullier, PARIS_

AUCLERT (Hubertine).--Le vote des Femmes=, 1908.

Un vol in-18. 2 fr. 50

AVRIL DE SAINTE CROIX (Me).--Le Féminisme, avec

préface de V. Marguerite, 1907. Un vol. in-18 relié

toile. 3 fr. »»

BONNIER (CH.).--La question de la Femme, 1897.

Une brochure grand in-8º. 2 fr. »»

CASTRO OSORIO (A. de).--Les femmes portugaises,

traduction de H. Faure, 1907. Une brochure grand

in-8º. 2 fr. 50

CHAUVIN (Mlle G.).--Etude historique sur les

professions accessibles aux femmes, 1892.

Un vol. in-8º. 6 fr. »»

DISSARD (Clotilde).--Opinions féministes, 1896.

Une brochure grand in-8º. 1 fr. »»

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