jouissent de leurs droits politiques depuis 1893.
En l'Idaho (Etat de l'Amérique du Nord-Ouest 162.000 h,) les femmes
possèdent leurs droits politiques.
_Océanie._
En Nouvelle-Zélande (823.000 h.) les femmes possèdent leurs droits
politiques.
En Australie (4.400,000 h.) les femmes jouissent de leurs droits
politiques.
Bien que spoliée encore en France du droit, la femme qui était hier
méprisée, semble être aujourd'hui le facteur indispensable sans lequel
on ne peut rien. L'élite intellectuelle combat pour la femme. Au
théâtre, dans les journaux, le talent se fait l'avocat de son bon droit.
La mairie du onzième arrondissement, située sur la place Voltaire où
l'on voit Ledru-Rollin mettre un bulletin dans l'urne électorale était
bien désignée pour contribuer à rendre réellement universel le suffrage
en favorisant la revendication de son extension aux femmes.
Depuis 1900 la Société _Le Suffrage des Femmes_ tient à la mairie,
salle Parmentier des réunions où sont étudiées les questions qui
passionnent l'opinion, discutées les réformes et les projets de
lois--ces réunions sont une école où les femmes s'exercent à leur futur
rôle d'électrices.
En 1901 la société _Le Suffrage des Femmes_ émit sa vignette _Droits de
la Femme_ qui fut très recherchée par les philatélistes; et, fit créer
le timbre du parti radical-socialiste et le timbre féministe américain.
M. Alexandre Bérard, alors sous-secrétaire d'Etat aux Postes et
Télégraphes, par sa circulaire du 30 avril 1903 autorisa à coller sur
les lettres près du timbre légal, la vignette féministe, qu'un receveur
des Postes avait dénoncé comme étant un timbre contrefait.
Le 29 octobre 1904, les féministes s'efforcèrent de brûler aux pieds
de la colonne Vendôme, un exemplaire du Code, pour protester contre la
célébration de son centenaire.
En 1906, la société _Le Suffrage_ émit son timbre et sa carte postale
_Suffrage universel_ dont beaucoup de journaux donnèrent le fac-similé;
et, qui obtinrent tant de succès, qu'un artiste suisse, nous demanda
l'autorisation de graver l'éloquent dessin sur des montres et sur des
bijoux.
En les périodes électorales, la société _Le Suffrage des Femmes_ fait
apposer des affiches où l'on voit un électeur et une électrice qui
déposent leur bulletin dans l'urne électorale.
Une proposition de loi en faveur du suffrage administratif et politique
des femmes célibataires, veuves et divorcées a été présentée à la
Chambre en 1901 par M. Gautret.
Un autre projet de loi donnant aux femmes le vote dans les élections
aux conseils municipaux, aux conseils d'arrondissements, aux conseils
généraux a été déposé à la Chambre en 1906 par M. Dussaussoy.
Ces propositions ne sont pas venues en discussion.
En avril 1907 la lettre suivante fut adressée à chacun des députés et
des sénateurs.
_Monsieur le législateur._
La Société «_Le Suffrage des Femmes_», qui lutte depuis vingt-neuf
ans pour faire admettre les Françaises à exercer leurs droits
politiques, vous prie instamment de proposer au Parlement de conférer
aux femmes--aux mêmes conditions qu'aux hommes--l'électorat et
l'éligibilité dans la Commune et dans l'État.
Accorder aux femmes qui subissent les lois et paient les impôts,
le droit au droit commun, ce sera immédiatement élever, avec
la mentalité, le niveau moral de la France; donc, rendre moins
redoutables pour la prospérité individuelle et collective, les
conflits économiques entre individus et entre nations.
Veuillez agréer, Monsieur le Législateur, l'assurance de notre
considération très distinguée.
Pour la Société «Le suffrage des Femmes».
Le Comité:
Hubertine AUCLERT, Valentine OGER, Hermance PHILIPPE, Marie AUCLERT,
Julie AUBERLET, Marie GRAS, Françoise LE DOUIGOU, Delphine ADAM,
Jeanne AVÉZARD, Louise ARBAN.
Le parti Radical-Socialiste a refusé d'adopter un vœu proposé par
MM. Jean-Bernard, Lucien Le Foyer, Ch. Roret pour l'électorat et
l'éligibilité des femmes. Nous avons néanmoins demandé à ce parti
d'inscrire à l'ordre du jour de ses congrès, la question: «De
l'extension aux femmes des droits politiques.»
Le parti socialiste qui veut le suffrage réellement universel, promet
d'aider les femmes à conquérir le droit de vote.
_Le vœu des Conseillers Généraux de la Seine._
Dans sa séance du 20 novembre 1907, le Conseil général de la Seine a
émis le vœu «que les femmes soient appelées à jouir du droit électoral,
pour les élections au conseil général et au conseil municipal».
L'électorat politique aurait été compris dans ce vœu si le rapporteur
de ma pétition M. d'Aulan, n'avait point été hostile à la participation
des femmes à la politique.
Voilà les Françaises en marche vers l'urne électorale, grâce à ce vœu
des Conseillers Généraux que les législateurs ne pourront se dispenser
de ratifier.
Après avoir employé tous les moyens légaux pour obtenir leurs droits
politiques, les féministes sont forcées de recourir aux moyens
révolutionnaires.
Le 3 mai 1908, les suffragistes parisiennes envahirent la section
électorale de la rue Paul-Baudry, la section électorale de la mairie
du 2e arrondissement, la section électorale de la mairie du 1er
arrondissement, et l'une d'entre elles, mit la main sur les urnes et
tenta de les culbuter.
Ce ne fut qu'à la section électorale de la place Baudoyer, 4e
arrondissement, qu'Hubertine Auclert parvint enfin à s'emparer de
l'urne qu'elle secoua, renversa et jeta violemment à terre en disant:
«Ces urnes sont illégales! elles ne contiennent que des bulletins de
votes masculins! alors que les femmes ont comme les hommes des intérêts
à défendre à l'Hôtel de Ville.»
Immédiatement arrêtée, Hubertine Auclert fut conduite au commissariat
où procès-verbal fut dressé contre elle.
Les femmes peuvent précipiter l'entrée de leur sexe dans la salle de
vote; pour cela, il faut que de dilettantes, elles deviennent des
sectaires du féminisme.
Les revendicatrices intensifieront leur propagande, si elles
substituent les efforts collectifs aux efforts individuels, en faisant
se fédérer tous les groupements suffragistes, en déterminant les femmes
de toutes opinions, de toutes conditions--pareillement opprimées
et spoliées par la loi--à s'unir pour exercer une pression sur les
pouvoirs publics et forcer l'entrée du droit commun politique.
L'INSCRIPTION SUR LES LISTES ÉLECTORALES
«Une femme fait autrement la même chose qu'un homme.»
Les Françaises les plus dignes d'estime et de considération, sont
dans l'impossibilité d'obtenir une seule carte électorale; alors, que
les repris de justice peuvent parfois collectionner ces certificats
d'honorabilité.
On jugeait dernièrement une affaire de vol dans laquelle était impliqué
un receleur qui avait engagé au Mont-de-Piété des objets volés.
--Comment avez-vous procédé pour engager ces objets au Mont-de-Piété
demanda le juge au prévenu?
Le prévenu.--En produisant ma carte d'électeur.
Le président, avec stupéfaction.--Comment, vous avez été plusieurs
fois condamné pour vol--et une fois à treize mois de prison--vous êtes
électeur?
Le prévenu.--Oui, je suis électeur. Mais je me borne à retirer ma carte
d'électeur. J'en ai cinq chez moi...
Le président.--Il est bien bizarre qu'il y ait des électeurs de votre
espèce.
Les hommes voleurs peuvent voter, tandis que les femmes intègres sont
frappées d'interdiction civique.
Depuis longtemps nous réclamons contre cette anomalie. Dès 1880, dans
tous les arrondissements de Paris, des dames membres de la Société
«Le Droit des Femmes» ont demandé leur inscription sur les listes
électorales.
Le maire du Xe arrondissement, motiva dans la lettre ci-dessous, son
refus d'inscrire les femmes.
VILLE DE PARIS
_Mairie du Xe arrondissement_
Nous, maire du Xe arrondissement de Paris,
Vu la demande à nous présentée le 2 février courant, par Mlle
Hubertine Auclert, tendant à obtenir son inscription sur la liste
électorale du Xe arrondissement.
Vu les motifs longuement développés sur lesquels cette demande est
fondée.
Vu les lois électorales actuellement en vigueur, notamment le décret
organique du 2 février 1852, les lois des 7 juillet 1874 et 30
novembre 1875.
Considérant que, depuis 1789, jusqu'à nos jours, toutes les lois
électorales qui se sont succédé ont été sans exception aucune,
interprétées et appliquées en ce sens qu'elles ont conféré et
confèrent des droits seulement aux hommes et non aux femmes;
Considérant que la prétention formulée par la réclamante de faire
ressortir du texte de ces lois une interprétation dont le résultat
serait de créer en faveur des femmes des droits d'électorat et
d'éligibilité identiques à ceux appartenant aux hommes, constitue dès
lors une innovation politique dont il n'est pas de notre compétence
de déterminer ni le mérite, ni la valeur légale.
Considérant qu'il nous appartient encore moins par conséquent de
prendre sur nous d'en admettre la mise en pratique.
Décidons qu'en l'état actuel de la législation, la demande de Mlle
Hubertine Auclert est déclarée inadmissible.
Paris, le 4 février 1880.
DEVISME.
Les dames de la Société «Le Droit des Femmes» firent publier par toute
la presse cette protestation:
«Nous soussignées, nées de parents français, remplissant tous les
devoirs et les obligations qui incombent aux Français, nous nous
sommes présentées munies de pièces justificatives établissant
notre identité, majorité, temps de séjour, à la mairie de nos
arrondissements respectifs, pour nous faire inscrire sur les
registres électoraux.»
On nous a répondu que, parce que femmes, nous ne pouvions être
inscrites.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Nous en appelons à l'opinion, de l'injustice que consacre la
République après les autres régimes en nous maintenant esclaves.»
Bien que notre demande eût été rejetée, nous persistâmes à réclamer
notre inscription électorale.
En 1885, la commission (pour le quartier du faubourg Montmartre)
chargée de juger les réclamations électorales, formula ainsi son
refus d'admettre ma requête:
«Considérant que la qualité d'électeur dérive de la qualité de
citoyen aux termes de toutes les constitutions et lois électorales
françaises; que toutes les constitutions et lois ne reconnaissent
qu'aux hommes la qualité de citoyen.
«Considérant qu'en fait et par application de ce principe, les
femmes n'ont jamais été inscrites sur les listes électorales.
«Considérant que l'application constante universelle et non
contestée d'une loi en constitue la meilleure interprétation.
«La requête de Melle Hubertine Auclert demeurant Galerie Bergère,
8, tendant à son inscription électorale ne saurait être admise.
«La commission rejette.
«Le Maire du IXe arrondissement.
«E. FERRY.»
Au XIe arrondissement la commission chargée de juger les réclamations
électorales nous a fait cette réponse:
«Attendu qu'une loi a été reconnue nécessaire pour permettre aux
femmes d'être inscrites sur les listes électorales consulaires.
«Attendu que les lois et décrets qui régissent les élections
politiques ne contiennent aucune disposition permettant aux femmes
d'être inscrite sur la liste électorale. Vu d'autre part, l'arrêt
de la cour de cassation de mars 1885, stipulant que les femmes ne
peuvent exercer des droits politiques, la demande d'inscription sur
les listes électorales de Mme Hubertine Auclert n'est pas admise.
«Le maire du XIe arrondissement.»
En nombre de villes et de communes, des citoyennes ont vainement
demandé leur inscription électorale. Les femmes du peuple, les
travailleuses, qui se laissent guider par la droite raison, ont depuis
longtemps dans différents départements réclamé leur inscription sur les
listes.
«Nous avions, disent-elles, lu les affiches pour la revision de la
liste électorale et ignorant que les femmes n'étaient point électeurs,
nous sommes allées une bande à la mairie demander qu'on nous inscrive.
Les hommes qui étaient là, se sont bien moqués de nous; nous leur avons
répondu qu'il n'y avait pas de quoi rire parce qu'on avait fait la
bêtise d'empêcher de voter les femmes.»
Maintenant, quand les dames demandent à être électeurs on ne leur
répond plus comme autrefois. «Les chevaux et les bœufs voteront avant
les femmes.» On leur donne un récépissé de leur demande d'inscription.
Dans les communes suburbaines comme à Paris, on consigne sur le
registre, les demandes d'inscription électorale des femmes.
Celles qui possèdent le récépissé de leur requête et la réponse de la
commission chargée de juger les réclamations en matière électorale,
doivent garder précieusement ces papiers. Ce sont des parchemins
en valant bien d'autres, puisqu'ils établissent la supériorité
intellectuelle qui les a fait protester contre la mise de leur sexe
hors la loi.
La loi stipule que sont électeurs tous les Français âgés de vingt-et-un
ans. Ces termes «tous les Français» englobent les femmes quand il
s'agit d'impôts à payer et de lois à subir; mais, lorsqu'il s'agit de
droits à exercer, ces mots «les Français» sont censés ne désigner que
les hommes.
Les Françaises ont tout tenté, pour faire infirmer non point la loi
inexistante, mais l'usage qui les annule politiquement; elles sont
allées devant toutes les juridictions: devant le conseil de préfecture,
devant le Conseil d'Etat, devant la Cour de cassation, réclamer leur
droit électoral.
Les juges de la Cour de cassation, pour stipuler que les femmes ne
devaient pas exercer de droits politiques, ont appelé à leur secours la
Constitution de 1791, qui ne reconnaissait qu'aux gens inscrits sur la
liste de la garde nationale, la capacité électorale.
Or, comme pour pouvoir faire partie de la garde nationale, il fallait
payer 40 francs d'impôts, le droit électoral dérivait de l'obligation
d'être contribuable.
La Constitution de 1791 a d'ailleurs été abrogée par celle de 1848,
dont la Cour de cassation n'a pas parlé, parce que justement, elle nous
est favorable, puisqu'elle déclare que «la souveraineté réside dans
l'universalité des Français, que cette souveraineté est inaliénable,
qu'aucun individu, ni aucune fraction d'individu ne peut s'en attribuer
l'exercice».
Les juges de la Cour de cassation n'ignorent point que les hommes ne
peuvent s'approprier les droits des femmes; pourtant, ils nous ont
demandé de trouver un texte législatif autorisant les femmes à voter.
Indiquez vous-mêmes, messieurs les juges, un texte législatif
interdisant aux femmes de voter.
LE PRIX D'UN VOTE DE FEMME
Sous la République, qui conserve la coutume salique excluant les femmes
du gouvernement, il est tellement interdit aux Françaises de s'immiscer
dans les affaires de leur pays, qu'un maire du département des Landes,
M. Dubedout, qui avait permis en 1885 à deux femmes de voter, fut
condamné pour ce fait à deux cents francs d'amende. Cent francs par
vote de femmes, c'est cher!
On ne doit point se laisser effrayer par ce moyen d'intimidation, il
suffirait qu'un maire et une commission municipale soient déterminés
à faire de la _res hominum_ la _res publica_, pour que la question de
l'électorat féminin fût sans délai résolue.
LE BLUFF ÉLECTORAL
Pour refuser la carte électorale aux Françaises, on les cloue au pilori
d'infamie, en les assimilant aux hommes déchus de leurs droits.
C'est avec les individus condamnés à des peines afflictives ou
infamantes, c'est avec les voleurs, les escrocs, les gens de mauvaises
mœurs, les assassins et les fous, que les femmes sont exclues de
l'électorat.
En ce pays où le nombre fait loi, le suffrage ne comprenant pas les
femmes qui sont le nombre, n'exprime point la volonté de la France.
Après l'argent, c'est le domicile qui vote et non le souverain.
L'électeur souverain ne circule pas avec sa souveraineté; c'est un
roi qui, quand il se déplace, s'arrache du front sa couronne pour la
confier au garde-meuble social jusqu'à nouvelle installation.
Les difficultés dressées devant l'urne électorale, qui forcent des
hommes à recourir à la fraude pour voter, prouvent que le suffrage,
qui exclut en bloc toutes les femmes, c'est-à-dire la majorité de
la nation, doit s'universaliser aux deux sexes et pouvoir partout
s'exercer pour avoir droit de s'appeler universel.
Les usurpateurs donnent à la loi électorale une interprétation
contradictoire. Après lui avoir fait dire que les femmes ne doivent
pas nommer de représentants pour défendre leurs intérêts, ils lui font
proclamer que les femmes ont le droit d'être représentées...
--Représentées sans représentants?
Parfaitement; ce subterfuge autorise à prendre pour base de l'élection
des députés cent mille habitants au lieu de cent mille électeurs.
Les Françaises qui sont trouvées indignes d'envoyer des mandataires au
Parlement, sont trouvées dignes d'être comptées comme les brebis d'un
troupeau, pour faire nombre et permettre aux éligibles d'augmenter,
avec les sièges à la Chambre, leur chance d'être élus.
Ce ne sont pas les habitants, mais les seuls électeurs qui doivent être
pris pour base de l'élection des députés.
Si l'on exigeait pour l'élection d'un député, cent mille électeurs au
lieu de cent mille habitants, les femmes voteraient bientôt; attendu,
que les législateurs de tous les partis seraient d'accord pour leur
octroyer l'électorat. Aiguillonnés par l'intérêt, ils soutiendraient
que la nation n'est pas exactement représentée à la Chambre pendant que
les femmes ne votent pas; et, ils auraient vite mis le bulletin dans la
main des annulées afin de ne point perdre leur place au Parlement.
Présentement, désintéressés de l'établissement du vrai suffrage
universel puisqu'ils bénéficient du nombre des femmes pour être élus,
sans que leurs actes aient à subir le contrôle féminin les députés
aiment mieux additionner un troupeau de muettes, que d'avoir à rendre
des comptes aux femmes électeurs. Des électeurs! ils en ont déjà trop!
Loin de chercher à les multiplier ils voudraient pouvoir les réduire,
comme les femmes, au rôle de moutons. Ah! ne représenter qu'un troupeau
masculin et féminin, dont on n'a point à se préoccuper des bêlements,
quel rêve!
Les législateurs essaient de persuader aux parias Françaises, qu'elles
seraient lésées si la loi les libérait, en s'abstenant de les compter.
Certes, les femmes contribuables ont le droit de compter dans la nation
puisqu'elles coopèrent à la prospérité du pays; seulement, elles
doivent être représentées non point comme des animaux recensés, mais
comme des êtres conscients, choisissant et nommant leurs représentants.
Les femmes ne se soucient point de continuer à être confondues avec le
cheptel d'après lequel l'homme calcule sa richesse, en étant un bétail
dont il fait le dénombrement pour édifier sa fortune politique.
En ce pays, où M. Thiers affirma que les chemins de fer ne pourraient
jamais fonctionner, il ne faut pas s'étonner si des hommes soutiennent
que les femmes ne doivent point participer aux affaires publiques.
Un décret ministériel transformerait de suite les Françaises annihilées
en citoyennes actives.
Puisqu'il n'est pas plus facile de faire admettre aux Français inquiets
de l'avenir, le suffrage des femmes qui les délivrerait de leurs
cauchemars, que de faire se soumettre les malades aux prescriptions
qui les guériraient, les ministres, qui, souvent, imposent par décret
des innovations coûteuses, ne pourraient-ils pas aussi, par décret,
imposer aux hommes d'être plus riches et plus heureux, en décidant que
le qualificatif «Français» comprend, les hommes et les femmes devant le
droit électoral, comme devant les charges publiques?
REFUS DE L'IMPOT
Les femmes qui s'étaient vu refuser la carte d'électeur, informèrent
leur préfet qu'elles ne voulaient plus coopérer aux dépenses de l'Etat
qui les annulait:
«Monsieur le préfet,
«J'ai reçu un avis relatif à mes contributions, comme je n'ai pas
l'intention de les acquitter, je viens vous en prévenir et vous prier
en même temps de rayer mon nom du rôle des contribuables.
«Je me soumettais aux impositions, parce que je croyais que dans la
commune, dans le département, dans l'Etat, qui me trouvent bonne pour
supporter ma part de charges, je possédais ma part de droits.
«Ayant voulu exercer mon droit de citoyenne française, ayant
demandé, pendant la période de revision, mon inscription sur les
listes électorales, on m'a répondu que «la loi conférait des droits
seulement aux hommes et non aux femmes.»
«Je n'admets pas cette exclusion en masse des femmes, qui n'ont été
privées de leurs droits civiques par aucun jugement. En conséquence,
je laisse aux hommes qui s'arrogent le privilège de gouverner,
d'ordonner, de s'attribuer les budgets, le privilège de payer les
impôts qu'ils votent et répartissent à leur gré.
«Puisque je n'ai pas le droit de contrôler l'emploi de mon argent,
je ne veux plus en donner. Je ne veux pas être, par ma complaisance,
complice de la vaste exploitation que l'autocratie masculine se croit
le droit d'exercer à l'égard des femmes. Je n'ai pas de droits, donc
je n'ai pas de charges; je ne vote pas, je ne paye pas.
Recevez, etc.
«HUBERTINE AUCLERT.»
Cette lettre fut publiée par tous les journaux; les plus hostiles à
nos idées écrivirent: «La question se trouve par cette logique serrée
portée du coup sur son véritable terrain.» Dans une société où tout
repose sur le principe d'égalité, il est incompréhensible que les
droits que les femmes demandent ne leur soient pas accordés: Nous
payons des impôts disent-elles, nous devrions être autorisées à les
voter et à en surveiller l'emploi.»
«Vous êtes dans l'impossibilité, d'opposer à ce raisonnement une seule
objection qui n'ait pas été réfutée déjà par les partisans de la
souveraineté populaire.
«L'examen de ce qui se passe dans l'existence fournit d'excellents
arguments à l'appui de la théorie des femmes. Voilà par exemple une
dame d'intelligence et de volonté qui a fondé une importante maison
de commerce; elle occupe deux cents ouvriers et employés; elle verse
à l'Etat sous forme d'impôt des sommes considérables. Vous n'admettez
pas que cette femme ait le droit de discuter cet impôt, de peser par
sa voix sur certaines questions de tarif, d'apporter l'appui de son
expérience à des débats économiques. Ce droit, vous l'attribuez sans
hésiter à un rôdeur de barrière, qui n'a jamais gagné honnêtement un
liard de sa vie.»
Sous ce titre: Grève des Contribuables M. Charles Bigot écrivit dans
_Le_ XIXe _siècle_: «On ne saurait contester à Mlle Hubertine Auclert
d'avoir eu une idée. Ni en Angleterre, ni en Amérique où les champions
du droit des femmes ne manquent pas cependant, le beau sexe n'avait
encore imaginé de protester contre l'exploitation de l'autocratie
masculine par le refus de l'impôt. Mlle Hubertine Auclert coupe les
vivres à une société qu'elle trouve injuste pour son sexe. Pas de
droits électoraux, pas d'argent. La déclaration est nette au moins.»
Mais ce fut surtout une grêle d'injures qui plut sur ces énergiques
lutteuses pour leur faire lâcher pied.
Dans _Le Petit Parisien_, Jean Frollo en louant la crânerie des
insurgées contre le fisc avait prévu les défections qui devaient se
produire.
Sur les vingt femmes qui avaient refusé l'impôt, trois seulement,
Hubertine Auclert, Vve Bonnaire, Vve Leprou ne furent pas effrayées par
les papiers de toutes couleurs qu'elles reçurent, résistèrent aux
sommations du percepteur et les huissiers saisirent leurs meubles.