napoléoniens et poser les bases d'une législation civile rationnelle.
Les réunions de ce comité se tenaient chez M. Jules Favre; elles
étaient composées de MM. Emile Acollas, Jules Favre, Jules Simon, Ch.
Vacherot, Frédéric Morin, Joseph Garnier, Courcelles-Seneuil, Ch.
Lemonnier, André Cochut, Hérold, Clamagéran, Paul Jozon, Jules Ferry,
Floquet, Paul Boiteau, Henri Brisson, Dr Clavel.
Ce comité qui s'occupa de réformer le mariage, ne maintint dans le
chapitre VI que l'article 212. Les époux se doivent mutuellement
fidélité, secours, assistance.
Le distingué jurisconsulte Emile Acollas, dont en 1878 et 1879 je
suivis le cours de droit, était l'avocat du sexe féminin dans le comité
pour la refonte des Codes.
_De 1868 à 1908._
En 1869 la société de _La Revendication des Droits de la Femme_ fut
fondée par Mlle Caroline Demars, M. et Mme Leval, M. Antide Martin,
Mme André Léo, M. Colfavru, M. et Mme Verdure, Mlle Toussaint, M. et
Mme Elie Reclus, M. Ernest Hendlé, M. G. Francolin, Mlle Marie David,
dans le but d'instituer des écoles de filles destinées à hâter la
reconnaissance légale des droits de la femme.
Mais déjà Maria Deraismes et Léon Richer avaient entrepris une
campagne en faveur du sexe féminin. Ils ne réclamaient pas comme leurs
devanciers le droit intégral pour la femme, ils demandaient seulement
les droits civils disant, qu'afin de ne point effrayer il fallait bien
se garder de revendiquer les droits politiques qui ne pouvaient être
que le couronnement de l'affranchissement des femmes.
Maria Deraismes qui a donné son nom à une rue de Paris et dont la
statue est place des Epinettes, fut une oratrice aussi éloquente
qu'érudite et spirituelle. Cette femme politique, qui ne parlait point
d'introduire son sexe dans la politique, n'était cependant pas toujours
satisfaite des législateurs mâles, puisqu'elle fit souvent blackbouler
les députés qu'elle avait fait élire. Maria Deraismes mourut en 1894 à
l'âge de 66 ans.
Léon Richer, qui fut surnommé «L'homme des Femmes» avait abandonné les
professions de clerc de notaire et d'employé de chemins de fer, pour se
dévouer à faire rendre justice aux femmes opprimées.
En 1869, il créa avec les sœurs Deraismes la société pour
«L'Amélioration du sort de la Femme et la revendication de ses Droits».
En 1882, il fonda «La Ligue Française pour le Droit des Femmes» qui fut
présidée par Mme Maria Pognon de 1891 à 1903.
Léon Richer, avec le concours financier de M. Arlès Dufour, fit
paraître, en 1869, le journal _Le Droit des Femmes_ qui après la guerre
devint la revue l'_Avenir des Femmes_ et plus tard reprit son premier
titre. Il organisa des banquets sensationnels. C'est à l'occasion d'un
de ces banquets que Victor Hugo écrivit en 1872:
«Dans notre législation, la femme est sans droits politiques;
elle ne vote pas, elle ne compte pas, elle n'est pas. Il y a des
citoyens, il n'y a pas de citoyennes. C'est là un état violent: il
faut qu'il cesse.»
En citant notre grand poète, la Presse a éveillé chez les spoliées
l'idée du droit et, un an après, je ne fus pas la seule conscrite, qui
vint de cent lieues s'enrôler dans l'armée féministe, où nous rejoignit
vers 1878 Eugénie Pierre.
Léon Richer, défenseur des droits civils de la femme, ne souffrit point
que son programme s'élargît: Or, il y avait parmi ses disciples des
impatients qui entendaient réclamer de suite les droits politiques des
femmes; cela fit se produire une scission, dont d'ailleurs le parti
tira avantage.
La société _Le Droit des Femmes_, dont les énergiques manifestations
firent tant de bruit, fut créée. _La Citoyenne_ parut et l'avant-garde
d'irréductibles entraîna, poussa en avant, les effrayés d'entendre
proposer de donner à la femme avec l'électorat et l'éligibilité le
pouvoir de se faire libre.
*
* *
En 1871, Mlle Julie Daubié fonda «L'association pour l'Emancipation de
la Femme» où était demandé le Suffrage des Femmes remis entre les mains
des veuves et des filles majeures.
Julie Daubié fut en France la première bachelière[10]. Elle passa ses
examens devant la faculté des lettres de Lyon en 1862 à l'âge de 40
ans, fut reçue avec grands éloges.
[10] H. Wild, Jeanne Deroin et Julie Daubié.
Après s'être difficilement fait admettre à passer son baccalauréat,
elle eut à soutenir une véritable lutte avec le ministre de
l'instruction publique pour obtenir son diplôme qui ne lui fut délivré
que grâce à l'intervention de M. Arlès Dufour.
Elle fut reçue licenciée-ès-lettres en 1871, elle se préparait à
devenir docteur, quand en 1874 la mort la terrassa.
Au 1er Congrès international des Droits de la Femme qui fut organisé en
1878 par Léon Richer et Maria Deraismes, il était défendu de parler des
droits politiques de la femme.
Voici un passage du discours jugé subversif que je fis paraître sous ce
titre:
«Le Droit Politique des Femmes, question interdite au Congrès des
Femmes de 1878.»
«La collectivité des hommes et des femmes a les mêmes intérêts
sociaux et politiques. Pourquoi l'homme s'est-il arrogé à lui seul
le privilège de faire les lois? Se croit-il un roi infaillible? Vous
riez beaucoup, messieurs les libres-penseurs, vous riez beaucoup du
pape infaillible; mais dans la vie présente, vous tous, vous êtes des
papes infaillibles. Vous nous obligez, nous, la moitié de l'humanité,
et cela, sous peine de condamnation, à nous soumettre sans examen,
sans discussion, aux lois que vous nous faites.»
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
«Trouvez-vous juste, messieurs, que les femmes subissent les lois
sans les faire; qu'elles soient mineures devant les droits, majeures
devant les lois répressives; qu'elles n'aient pas le droit de
s'occuper de politique, et que, pour un écrit politique, elles
soient condamnées à la prison et à l'amende; qu'elles n'aient pas le
droit de cité et qu'elles soient admises à monter sur l'échafaud,
comme cette femme ministre, Mme Roland; qu'elles n'aient pas le
droit d'opter pour une forme de gouvernement et qu'elles aient celui
d'aller agoniser à Lambessa, comme cette mère de famille, Pauline
Roland. Trouvez-vous juste, messieurs, que les femmes n'aient pas le
droit d'affirmer leur opinion par un vote, quand, pour avoir prêché
les principes républicains, beaucoup ont été emprisonnées, exilées,
déportées?
La société Le Droit des Femmes, fondée en 1876, ne voulut s'inféoder
à aucun système. En protestant contre les lois existantes faites
sans les femmes contre les femmes, elle a toujours rejeté l'idée
d'institutions futures élaborées sans le concours des femmes, parce que
ces institutions seraient encore faites contre elles.
En 1879 eut lieu à Marseille, le congrès socialiste ouvrier qui vota
l'égalité de l'homme et de la femme, et ainsi fit inscrire dans le
programme du parti des travailleurs socialistes de France, art, 5.
«Egalité civile et politique de la femme».
Voici un extrait du discours prononcé par moi à ce Congrès où la
société «Le Droit des Femmes» m'avait déléguée.
«On trouve bon de faire des recherches scientifiques sur tout. On
multiplie les expériences tendant à tirer des bêtes tout l'utile, des
plantes tout le salutaire. Mais jamais encore on n'a songé à mettre
la femme dans une situation identique à celle de l'homme, de façon
à ce qu'elle puisse se mesurer avec lui et prouver l'équivalence de
ses facultés. On dépense en France des sommes folles pour obtenir
certaines qualités, souvent factices, chez des races d'animaux, et
jamais on n'a essayé d'expérimenter avec impartialité la valeur de
la femme et de l'homme. Jamais on n'a essayé de prendre un nombre
déterminé d'enfants des deux sexes, de les soumettre à la même
méthode d'éducation, aux mêmes conditions d'existence.
«Qu'on permette aux femmes d'exercer les droits dont jouissent
les hommes et qu'on enserre les hommes dans les préjugés à l'aide
desquels on a garrotté les femmes; bientôt les rapports entre la
valeur des sexes seront totalement renversés.»
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
«Pour édifier la société future de manière à ce que les femmes n'y
soient pas lésées, il leur faut le droit de travailler à l'édifier;
il leur faut l'outil qui se trouve au pouvoir de l'homme: le bulletin
de vote.......»
La société «Le Droit des Femmes» toujours agissante, fit des
manifestes, des conférences, des pétitions, des manifestations. A la
première fête nationale, sa bannière bleue voilée de crêpe provoqua des
applaudissements et des critiques.
Alors que les féministes de ce temps-là interrogeaient le vent; étaient
paralysés par la crainte du ridicule, restaient chez eux ironiques et
bras croisés; nous déployions sous les injures et les outrages, ce
drapeau programme du féminisme, _La Citoyenne_!
Notre petit bataillon d'intrépides rénovateurs, devait à la fois
riposter à Léon Richer qui criait que «nous ne pouvions étant
si jeunes, voir juste, penser bien» et au _Figaro_, qui très
courtoisement, nous demandait: si après les femmes, les bœufs
voteraient?
En 1883 la société «Le Droit des Femmes», prit le titre de société _Le
suffrage des Femmes_.
«Le suffrage des Femmes», avec sa bannière rose et bleue fut acclamé
aux funérailles de Victor Hugo (1885).
Alexandre Dumas qui avait éloquemment plaidé en faveur des droits
politiques du sexe féminin ayant été sollicité de devenir président de
la société _Le Suffrage des Femmes_ vint me faire cette réponse:
«Je vous aiderai davantage en restant indépendant, si j'acceptais
la présidence que vous m'offrez, on me dirait:--Vous êtes avec
Hubertine Auclert... et je ne serais plus écouté à l'Académie!»
*
* *
La société voulut ouvrir un cercle du suffrage, elle loua à cet effet
un joli local occupant tout le premier étage 31, rue de Paradis; mais,
le propriétaire effrayé par notre titre, écrit en grosses lettres sur
son immeuble, nous donna immédiatement congé.
Le Cercle du suffrage des femmes fut installé dans un magasin 8,
Galerie Bergère. Les femmes pouvaient venir là, lire, écrire, causer;
elles étaient chez elles. Des réunions hebdomadaires avaient lieu
l'après-midi ou le soir.
Le 13 février 1881 parut _La Citoyenne_, journal hebdomadaire que
Léon Giraud docteur en droit et Antonin Lévrier licencié en droit,
journaliste, avaient avec moi fondé. Antonin Lévrier et Léon Giraud
véritables apôtres des droits de la femme, m'aidèrent à faire du
journal _La Citoyenne_ un initiateur que les suffragistes ont intérêt à
consulter[11].
[11] _La Citoyenne_ (1881 à 1891).
L'article ci-dessous précise le but de ce journal dont le seul titre
est un manifeste:
«LA CITOYENNE»
Est _Citoyenne_--d'après Littré--la _femme_ qui jouit du droit de
cité dans un Etat.
Pour ce journal, dont le but unique est de revendiquer l'égalité
de la femme et de l'homme, nous n'avons pas pensé trouver un
meilleur titre que _La Citoyenne_, car nous voulons pour la femme
non seulement la qualité civile du Français, mais encore la qualité
politique du citoyen, et même--cela paraîtra peut-être étrange à
quelques-uns-l'examen des événements passés et l'observation des
événements présents nous font subordonner l'affranchissement civil
de la femme à son affranchissement politique.
Qu'entend-on par affranchissement civil de la femme?
Par affranchissement civil de la femme on entend l'abrogation
d'une foule de lois vexatrices qui mettent la femme hors la justice
et hors le droit commun.
Quels sont ceux qui peuvent abroger les lois iniques qui oppriment
les femmes dans la vie civile? Ce sont les électeurs et les
législateurs, c'est-à-dire ceux-là seuls qui font ou qui commandent
de faire les lois. Voilà un point bien établi.
Maintenant, qu'est-ce que l'affranchissement politique de la femme?
C'est l'avènement de la femme au droit qui confère le pouvoir
de faire les lois: par soi-même, si l'on est élu député: par
délégation, si l'on est électeur.
Donc, il ressort de toute évidence que le droit politique est pour
la femme la clef de voûte qui lui donnera tous les autres droits.
Pendant que la femme ne possédera pas cette arme--le vote--elle
subira le régime du droit masculin. Tous ses efforts seront vains
pour conquérir ses libertés civiles et économiques.
Ce qu'il faut aux femmes pour s'affranchir de la tyrannie
masculine--faite loi,--c'est la possession de leur part de
souveraineté; c'est le titre de _Citoyenne_ française, c'est le
bulletin de vote.
La femme citoyenne: c'est-à-dire la femme investie des plus hauts
droits sociaux, aura, par la liberté, sa dignité rehaussée; par le
sentiment de la responsabilité, son caractère augmenté.
La femme citoyenne se relèvera promptement de sa fâcheuse situation
économique, l'Etat et la législation ne l'infériorisant plus, toutes
les carrières, toutes les professions lui seront accessibles, et,
quel que soit son travail, elle ne le verra plus déprécié sous ce
prétexte ridicule qu'il émane d'une femme.
Avant que la femme ait le pouvoir d'intervenir partout où ses
intérêts sont en jeu pour les défendre, un changement dans la
condition politique de la société ne remédierait pas au sort de la
femme.
Un changement de l'ordre social économique n'affranchirait pas la
femme; car, bien que tous les jours la question économique soit
résolue pour un petit nombre de personnes, la condition de la femme
est, chez les favorisés de la fortune, le lendemain, la même que la
veille. En France, les femmes millionnaires sont soumises aux mêmes
lois tyranniques que les femmes pauvres.
Toutes les femmes,--de quelque opinion et de quelque condition
qu'elles soient,--toutes les femmes souffrent ou peuvent souffrir de
la législation actuelle. Et sont intéressées à posséder le pouvoir
d'abroger les lois qui les infériorisent et les asservissent.
_La Citoyenne_ que des antiféministes représentaient comme un
épouvantail fut appréciée; ses articles furent souvent reproduits
par les grands quotidiens qui en discutant ses théories, louaient sa
modération et sa logique.
Dès son 16e numéro _La Citoyenne_ adressait cette question aux
législateurs:--Quels sont les députés qui veulent que le suffrage soit
également exercé par les hommes et par les femmes?
M. Alfred Talendier député et M. J. de Gasté député--qui proposa en
1890 qu'un nombre égal d'hommes et de femmes siègent à la chambre et
au sénat, nous répondirent:--qu'ils voulaient le suffrage réellement
universel, également exercé par les hommes et par les femmes». Beaucoup
d'autres législateurs, affirmèrent dans des conversations particulières
ce qu'ils n'osèrent dire publiquement.
Quand vinrent les élections de 1885, il fut décidé au cercle du
suffrage des Femmes que la candidature unique de Maria Deraismes
serait posée; mais, celle-ci ne voulait ni dépenser ni payer de sa
personne. Sur ces entrefaites, des dames membres du cercle du suffrage
qui désiraient être candidates formèrent «La ligue de Protection des
Femmes» qui fit inscrire sur la liste de la Fédération Républicaine
socialiste une vingtaine de femmes candidates. Plusieurs de ces dames
déclinèrent l'honneur qui leur était fait et les suffragistes les plus
déterminées s'abstinrent de prendre part à cette manifestation.
En 1888 lors de mon départ pour l'Algérie, où mon mari Antonin Lévrier
était juge de paix, j'avais confié à une de mes collaboratrices la
direction de _La Citoyenne_ dont la publication était assurée par une
subvention de M. de Gasté; et, à laquelle je continuais à collaborer.
En décembre 1891, cette dame, en changeant le titre du journal
s'appropria _La Citoyenne_ et sa clientèle.
Ce procédé indélicat, fit retirer par M. de Gasté sa subvention et lui
fit rayer de son testament, la donation qu'il avait faite pour hâter la
proclamation des droits de la femme.
En 1889 eut lieu le congrès Français et international du Droit des
femmes.
_Programme Electoral des Femmes qui fut affiché à Paris pendant des
périodes électorales._
L'esclavage de la femme entrave la liberté de l'homme.
La nation française est composée d'hommes et de femmes qui subissent
les mêmes lois et paient les mêmes impôts. Etant également
responsables et contribuables, tous les Français, sans distinction
de sexe, sont au même titre des ayants droit, à sauvegarder leurs
intérêts dans la société, en participant au gouvernement du pays.
ARTICLE PREMIER.--Tous les Français, hommes et femmes, sont égaux
devant la loi, et jouissent de leurs droits civils et politiques.
ART. 2.--Le suffrage réellement universel, c'est-à-dire exercé par
les femmes comme par les hommes, remplace le suffrage restreint aux
hommes.
ART. 3.--Revision de la Constitution, par une assemblée composée
d'hommes et de femmes.--Revision des Codes, sanctionnée par un
_referendum_ englobant les femmes comme les hommes.
ART. 4.--Question de paix et de guerre, budget national, soumis au
vote des Français et Françaises.
ART. 5.--Ecoles mixtes. Egale facilité de développement intellectuel
et professionnel, pour tous les enfants et libre accès, sans
distinction de sexe, à tous les emplois et à toutes les fonctions
publiques. Equitable appréciation du travail; à production égale,
rétribution égale pour l'homme et pour la femme.
ART. 6.--L'_Etat minotaure_ qui ne se manifeste que pour percevoir
des dîmes d'argent et de sang, est remplacé par l'Etat _maternel_,
qui assure par sa prévoyante sollicitude, sécurité et travail aux
Français valides, assistance aux enfants, vieillards, malades et
infirmes.
L'Etat renseigné sur les besoins de production dans chaque industrie,
fait d'après ces données, l'enrôlement pour le travail et permet
aux individus de se classer dans la société, selon leurs aptitudes,
comme il les fait se classer dans l'armée, selon leur taille. L'Etat
Maternel n'est pas oppresseur, il entrave seulement la liberté de
mourir de faim.
ART. 7.--La contribution proportionnée aux moyens de chacun.
Suppression des impôts de consommation, augmentation des taxes sur
les objets de luxe.
ART. 8.--Allègement du fardeau des femmes qui ont charge et
responsabilité de vies humaines; allocation à toute mère, mariée ou
non mariée, d'une indemnité dite indemnité maternelle.
ART. 9.--Service militaire obligatoire pour les hommes--service
humanitaire obligatoire pour les femmes.--La défense du territoire
confiée aux hommes.--L'assistance publique confiée aux femmes.
ART. 10.--Liberté individuelle pour tous et toutes. Droit absolu de
penser et d'exprimer verbalement ou par écrit ses idées.
ART. 11.--La justice gratuite et impartiale. Les tribunaux et les
jurys, composés d'hommes et de femmes.
ART. 12.--Enfin, mêmes avantages sociaux pour la femme que pour
l'homme; et, affirmation de l'esprit égalitaire de nos institutions,
par la préférence donnée à l'utile et au nécessaire qui profite
à tous, sur l'agréable et le superflu dont ne bénéficient que
quelques-uns.
Electeurs, pour que la malhonnêteté en politique cesse d'être de
règle, il faut que le droit cesse d'être chose arbitraire.
Si vous êtes vraiment las de voir vos ordres méconnus; si vous voulez
que la nouvelle législature fasse époque dans l'histoire du progrès,
imposez ce programme aux candidats: l'égalité humaine qu'il préconise
est le but d'une République; car, République et Justice doivent être
synonymes.
Après avoir publié dans _La Libre Parole_ des articles sous ce titre:
«Les Droits de la Femme» je suis entrée en 1896 au journal _Le Radical_
où sous cette rubrique «Le Féminisme» je réclame librement l'électorat
et l'éligibilité pour les femmes.
En 1900 eut lieu le Congrès International de la Condition et des Droits
de la Femme présidé par Mme Maria Pognon, où la question des droits
politiques de la femme ne fut pas discutée.
JOURNAUX ET SOCIÉTÉS FÉMINISTES
Avant de fonder la Maison-Maternelle, Mme Louise Koppe avait créé le
journal _La Femme_.
Parmi les journaux féministes qui parurent après _La Citoyenne_, il
faut citer:
_L'Harmonie Sociale_ dirigée par Aline Valette.
_La Femme de L'avenir_ de Mme Astié de Valsayre.
_La Revue Féministe_ de Mme Clotilde Dissard.
_Les Droits de la Femme_, de Mme Gabrielle Rony.
_Le Féminisme Chrétien_ de Mlle M. Maugeret.
_La Fronde_, journal quotidien, qui eut pour directrice Mme Marguerite
Durand.
_L'Abeille_, que fit paraître Mme Pauline Savari organisatrice de
l'exposition des Arts et des Métiers féminins en 1902.
_L'Entente_, créée par Mmes Jeanne Oddo-Deflou et Héra Mirtel.
_La Française_, fondée par Mme Jane Misme.
_La Suffragiste_ de Mlle Madeleine Pelletier.
Le parti féministe n'est pas encore organisé en France; cependant,
nombreuses sont les sociétés qui revendiquent les droits de la femme.
Il y a:
La société pour _L'Amélioration du sort de la Femme_ et la
revendication de ses Droits, présidente Mme Feresse Deraismes.
_Le Suffrage des Femmes_, secrétaire générale Hubertine Auclert.
_La Ligue Française pour le Droit des Femmes_, présidente Mlle Marie
Bonnevial.
_La Solidarité des Femmes_, présidente Mlle Madeleine Pelletier,
secrétaire Mme Caroline Kauffman.
_L'Egalité_, présidente Mme Vincent qui a réclamé l'électorat et
l'éligibilité des femmes aux conseils des Prud'hommes.
_L'avant-Courrière_, présidente Mme Jeanne Schmahl. C'est à
l'initiative et à l'opiniâtreté de Mme Jeanne Schmahl, que l'on doit la
loi autorisant la femme mariée à toucher le produit de son travail et à
en disposer.
_Le Groupe Français d'Etudes Féministes_, présidente Mme Jeanne
Oddo-Deflou.
_L'Union Fraternelle des Femmes_, présidente Mme Marbel.
_L'Union de Pensée Féminine_, présidente Mme Lydie Martial.
_L'Union Internationale des Femmes_, présidente Mlle J. Van Marcke de
Lummen.
_Le Conseil National des Femmes_ (Fédération de groupes
philanthropiques et féministes), présidente Mlle Monod, secrétaire
générale Mme Avril de Sainte-Croix.
A Lyon, il y a _La société d'Education et d'action Féministes_,
présidente Mme Desparmets-Ruello, secrétaire générale Mme Odette
Laguerre.
*
* *
Les efforts réunis de ces journaux et de ces sociétés, ont fait
s'atténuer l'annihilation de la femme. Une loi sur l'enseignement
secondaire des jeunes filles fut votée en 1880.
La femme devint électeur et éligible aux conseils départementaux
d'enseignement en 1880.
Electeur et éligible au conseil supérieur de l'Instruction publique en
1886.
Apte à servir de témoin dans les actes civils et publics en 1897.
La femme commerçante fut en 1898, admise à voter pour l'élection des
juges aux tribunaux de commerce.
La femme licenciée en droit fut en 1900 autorisée à exercer la
profession d'avocat. Les doctoresses avaient pu vingt-cinq ans
auparavant exercer la médecine. A propos de leur admission à l'internat
des hôpitaux[12], il y eut le 2 février 1885 une grande discussion au
conseil municipal.
[12] _La Citoyenne_ nº 94.
Les femmes devinrent électeurs en 1899 et éligibles aux conseils
supérieurs du Travail en 1901.
Les femmes devinrent électeurs aux conseils des Prud'hommes en 1907.
ETATS OU LES FEMMES EXERCENT LEURS DROITS POLITIQUES
Mais, les Françaises restent des dégradées civiques, alors qu'en trois
parties du monde des femmes exercent leurs droits politiques.
_Europe._
En l'île de Man, petite île anglaise de la mer d'Irlande (54.000 h.)
les femmes jouissent de leurs droits politiques depuis 1881.
En Finlande (2.781.000 h.) un ukase de 1906 conféra aux femmes la
plénitude des droits politiques, et en les élections de 1907 dix-neuf
Finlandaises ont été élues députées à la diète qui ne compte que 200
députés.
En Norvège (2.240.000 h.) les droits politiques ont été octroyés aux
femmes en 1907.
En Danemark (2.450.000 h.) les droits politiques ont été accordés aux
femmes en 1908.
_Amérique._
En la République de l'Equateur (Etat de l'Amérique du Sud 1.272.000 h.)
les femmes jouissent de leurs droits politiques depuis 1861.
En le Wyoming (Etat de l'Amérique du Nord 100.000 h.) les femmes
jouissent de leurs droits politiques depuis 1869.
En l'Utah (Etat de l'Amérique du Nord 277.000 h.) les femmes ont leurs
droits politiques.