L'acte originel de la république est dû à Mme Keralio-Robert[4]. Cette

femme de lettres qui avait déjà appelé les femmes à l'action publique;

et, avait été l'inspiratrice du parti républicain fondé par les

sociétés des deux sexes, improvisa sur l'autel de la Patrie au Champ de

Mars le 17 juillet 1791, la pétition républicaine pour ne reconnaître

aucun roi.

[4] MICHELET.

*

* *

Les femmes spoliées de leurs droits, eurent pour défenseurs

Condorcet, Siéyès, l'abbé Fauchet, Saint-Just... Malheureusement,

les protestations de ces hommes de principes furent étouffées par

Mirabeau, Danton, Robespierre qui ne considéraient la femme que comme

un instrument de plaisir charnel.

Condorcet secrétaire de l'Académie des sciences, demanda publiquement

en 1788 que les femmes participent à l'élection des représentants[5].

[5] A. AULARD.

Cet illustre philosophe qui réclama l'abolition de la royauté, la

proclamation de la république, posa le principe de l'égalité de la

femme et de l'homme qu'il regardait comme la base de la question

sociale. Condorcet fut donc en France un des précurseurs du féminisme;

et, sa statue quai Conti recevra avant longtemps, les périodiques

hommages des femmes reconnaissantes.

Le 3 juillet 1790, Condorcet publia son fameux article sur l'admission

de la femme au droit de la cité dont voici un passage:

«Au nom de quel droit, au nom de quel principe écarte-t-on dans un

état républicain les femmes du droit public? Je ne le sais pas. Le

mot représentation nationale signifie représentation de la nation.

Est-ce que les femmes ne font point partie de la nation?

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

«Plus on interroge le bon sens et les principes républicains, moins

on trouve un motif sérieux pour écarter les femmes de la politique.

L'objection capitale elle-même, celle qui se trouve dans toutes les

bouches, l'argument qui consiste à dire qu'ouvrir aux femmes la

carrière politique c'est les arracher à la famille, cet argument n'a

qu'une apparence de solidité; d'abord il ne s'applique pas au peuple

nombreux des femmes qui ne sont pas épouses ou qui ne le sont plus;

puis, s'il était décisif, il faudrait, au même titre, leur interdire

tous les états manuels et tous les états de commerce, car ces états

les arrachent par milliers aux devoirs de la famille.»

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Les droits des hommes résultent uniquement de ce qu'ils sont des

êtres sensibles susceptibles d'acquérir des idées morales et de

raisonner sur ces idées. Les femmes ayant ces mêmes qualités ont

nécessairement des droits égaux. Ou aucun individu de l'espèce

humaine n'a de véritables droits, ou tous ont les mêmes; et celui qui

vote contre le droit d'un autre, quels que soient sa religion, sa

couleur ou son sexe a dès lors abjuré les siens.»

En plaidant aussi bien pour les femmes ce grand esprit n'espérait

point se les rendre sympathiques, au contraire:

Je parle de leurs droits à l'égalité disait-il et non de leur empire.

On peut me soupçonner d'une envie secrète de le diminuer, et, depuis

que Rousseau a mérité leurs suffrages, en disant qu'elles n'étaient

faites que pour nous soigner et propres qu'à nous tourmenter, je ne

dois pas espérer qu'elles se déclareront en ma faveur. Mais il est

bon de dire la vérité dût-on s'exposer au ridicule.»

Les idées de Condorcet furent exprimées dans plusieurs cahiers

de doléances; celui de Rennes notamment, demande d'admettre les

procurateurs des veuves, dont les maris auraient le droit de vote, à

être électeurs et éligibles. Mais, les requêtes de ces précurseurs du

féminisme ne furent pas entendues.

Quand dans les réunions publiques quelqu'un parlait d'appeler les

femmes à exercer leurs droits; aussitôt, des cris et des hurlements

couvraient la voix de l'orateur et si l'on ne pouvait lui enlever la

parole, la séance était levée.

La cabale des clubs contre les droits de la femme, fut bientôt

répercutée au sein de l'assemblée législative: La loi du 20 mai 1793

fit exclure les femmes des tribunes de la Convention, et la loi du 26

mai 1793 leur défendit d'assister aux assemblées politiques.

Trois journaux: l'_Orateur du Peuple_, _Le Cercle Social_, _La Bouche

de Fer_, soutenaient le droit des femmes, aidaient les femmes à

organiser des réunions. Labenette dans son journal, _Les Droits de

l'Homme_, demande l'admission des femmes dans les assemblées. «Pendant

que vous vous tuez à délibérer, elles ont, dit-il, déjà saisi toutes

les nuances qui vous échappent.»

Parmi les clubs de femmes _La Société Fraternelle des Patriotes des

Deux Sexes_, défenseurs de la Constitution dont Mme Roland était

membre, se fit surtout remarquer par ses protestations contre les

décrets de l'Assemblée Constituante.

_La société des Femmes Républicaines et Révolutionnaires_ que présidait

l'actrice Rose Lacombe et dont faisait partie Mme Colombe imprimeur

de la feuille de Marat, dépassait les hommes en violence, quand il

s'agissait de prendre une détermination[6].

[6] LAIRTULLIER, _Les femmes célèbres de la Révolution_.

Le 28 brumaire 1793, Rose Lacombe accompagnée d'une députation de

femmes révolutionnaires coiffées comme elle de bonnets rouges, força

l'entrée de la séance du conseil général de la commune--à ce moment,

la pétition orale était admise--cependant, en voyant ces femmes, le

procureur général Chaumette s'écria:

«Je requiers mention civique au procès-verbal, des murmures

qui viennent d'éclater; c'est un hommage aux mœurs, c'est un

affermissement de la République! Et quoi! des êtres dégradés qui

veulent franchir et violer les lois de la nature, entreront dans les

lieux commis à la garde des citoyens et cette sentinelle vigilante ne

ferait pas son devoir! Citoyens, vous faites ici un grand acte de

raison: l'enceinte où délibèrent les magistrats du peuple doit être

interdite à tout individu qui outrage la nation! ... Et depuis quand

est-il permis aux femmes d'abjurer leur sexe, de se faire hommes?

Depuis quand est-il d'usage de voir les femmes abandonner les soins

pieux de leur ménage, le berceau de leurs enfants, pour venir sur la

place publique dans la tribune aux harangues, à la barre du Sénat,

dans les rangs de nos armées, remplir les devoirs que la nature a

répartis à l'homme seul? A qui donc cette mère commune a-t-elle

confié les soins domestiques? Est-ce à nous? Nous a-t-elle donné

des mamelles pour allaiter nos enfants? A-t-elle assez assoupli nos

muscles pour nous rendre propres aux soins de la hutte, de la cabane

ou du ménage? Non, elle a dit à l'homme: Sois homme! les courses, la

chasse, le labourage, les soins politiques, les fatigues de toute

espèce, voilà ton apanage. Elle a dit à la femme: Sois femme! les

soins dus à l'enfance, les détails du ménage, les douces inquiétudes

de la maternité, voilà tes travaux.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

«Femmes imprudentes qui voulez devenir des hommes! n'êtes-vous pas

assez bien partagées? Que vous faut-il de plus? Vous dominez sur

tous nos sens; le législateur, le magistrat sont à vos pieds. Votre

despotisme est le seul que nos forces ne puissent abattre, puisqu'il

est celui de l'amour...

«Autant nous vénérons la mère de famille qui met son bonheur à

élever, à soigner ses enfants, à filer les habits de son mari et

alléger ses fatigues par l'accomplissement des devoirs domestiques,

autant nous devons mépriser, conspuer la femme sans vergogne qui

endosse la tunique virile et fait le dégoûtant échange des charmes

que lui, donne la nature contre une pique et un bonnet rouge.--Je

requiers que le conseil ne reçoive plus de députation de femmes.»

La proposition de Chaumette fut adoptée.

En même temps que la femme était en la personne de l'actrice Rose

Lacombe, traitée par Chaumette d'être dégradé; la femme était élevée au

rang des dieux, en la personne de Mlle Maillard, actrice de l'Opéra,

qui remplissait le rôle de déesse de la liberté, dans la fête de la

raison célébrée dans l'église de Notre-Dame de Paris.

Rose Lacombe protesta contre la décision du Conseil général de la

commune; et elle parvint à entraîner beaucoup de femmes à demander

leurs droits.

Ces femmes étaient souvent battues par les très royalistes dames des

halles. Un jour que les républicaines, vêtues en hommes, reprochaient

aux marchandes de poissons de s'abstenir de porter la cocarde

nationale. Celles-ci les assaillirent et les fouettèrent publiquement.

Les réunions des républicaines finirent par inquiéter le comité de

sûreté générale, qui chargea un de ses membres de révéler le fait à la

Convention.

Le Conventionnel Amar monta à la tribune et dit:

«Je vous dénonce un rassemblement de six mille femmes, soi-disant

jacobines, et d'une prétendue société révolutionnaire... Plusieurs,

sans doute, n'ont été égarées que par un excès de patriotisme; mais

d'autres ne sont que les ennemies de la chose publique et n'ont

pris le masque du patriotisme! que pour exciter une espèce de contre

révolution.»

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

«Les droits politiques du citoyen sont de discerner, de faire prendre

des résolutions relatives aux intérêts de l'Etat et de résister

à l'oppression. Les femmes ont-elles la force morale et physique

qu'exige l'exercice de l'un et de l'autre de ces droits? L'opinion

universelle repousse cette idée...

Et puis la pudeur des femmes leur permet-elle de se montrer en

public, de lutter avec les hommes et de discuter à la face du peuple

sur des questions d'où dépend le salut de la République? Voulez-vous

que dans la République française on les voie venir au barreau, à

la tribune aux assemblées politiques comme l'homme, abandonnant la

retenue, source des vertus de ce sexe?».

Il est curieux d'entendre ces révolutionnaires invoquer des lieux

communs et des préjugés surannés, pour maintenir les privilèges de

sexe, après que tous les privilèges de caste ont été abolis. C'est

d'autant plus révoltant, que dans l'épopée révolutionnaire, des femmes

se sont montrées à la hauteur des plus grands hommes et souvent les ont

inspirés et dirigés quand elles n'ont pas agi elles-mêmes.

Après le discours d'Amar, un seul homme se leva des bancs de la

convention, le député Charlier qui soutint énergiquement que les femmes

avaient le droit de se réunir pour s'occuper des affaires publiques.

«A moins, dit-il, que l'on constate comme dans un ancien concile que

les femmes ne font pas partie du genre humain, on ne saurait leur ôter

ce droit commun à tout être pensant.»

Mais la cause des femmes était perdue d'avance; la convention resta

sourde aux objurgations de Charlier et décréta que toutes les sociétés

de femmes, quelles que soient leurs dénominations, étaient supprimées

et dissoutes.

Ceux qui dénient le droit commun aux autres, tiennent suspendue

au-dessus de leur tête la menace d'être à leur tour exclus du droit

commun. Les hommes, qui supprimèrent les clubs de femmes, eurent tous

leurs clubs fermés par Bonaparte.

Les femmes qui voulaient que la révolution s'accomplisse au profit des

deux sexes, faisaient preuve de bien plus de sens pratique que les

Jacobins, qui en leur fermant les portes de la révolution, rejetèrent

les femmes dans la réaction.

Cependant, la liberté eut encore des militantes: En 1799, sous le

Consulat, des femmes qui s'honorent du titre de «citoyenne» refusent

d'être appelées de nouveau «madame» et font acte d'indépendance

en s'assemblant rue de Thionville pour discourir sur leurs droits

méconnus[7].

[7] Gilbert STENGER, _La Société Française pendant le Consulat_.

APRÈS LA RÉVOLUTION

Les femmes, qui en donnant dans les salons l'essor aux idées

philosophiques avaient préparé la révolution et tant aidé à la faire,

furent indignées en se voyant exclues du droit commun et condamnées par

les révolutionnaires autocrates à rester dans la société nouvelle des

parias.

Puisqu'il n'y avait pas de justice pour elles, il ne devait y en

avoir pour personne!... Et ces dupes de la révolution, ne songèrent

plus qu'à devenir des femmes de plaisir ayant pour unique souci de

paraître belles; à leur dissolvant contact, les hommes se déprimèrent,

rentrèrent vite sous le joug en se donnant pour maître Bonaparte.

Napoléon sanctionna la servitude féminine que la révolution avait

conservée. Lors de la promulgation du Code, les femmes ne furent

comprises dans la législation nouvelle, sous le titre générique de

français, que dans les chapitres ayant trait à la compression, aux

charges; pour tout ce qui avait trait au droit et à la liberté, le mot

français ne s'appliquait pas à elles.

Bonaparte, avait pour idéal la polygamie et déclarait que la femme

puisqu'elle donne des enfants, est la propriété de l'homme comme

l'arbre à fruit est celle du jardinier. «Il y a, disait-il, une chose

qui n'est pas française, c'est qu'une femme puisse faire ce qui lui

plaît.»

Les femmes, cependant, manifestaient un fol enthousiasme pour le tyran.

A son retour après ses victoires, toutes voulaient le contempler et

jeter des fleurs sous ses pas.

Mme de Staël (Germaine Neker) elle-même avait été son admiratrice

avant de devenir l'ennemie qu'il exila, en même temps qu'il condamna

au séjour forcé de Lyon, les duchesses de Chevreuse et de Luynes qui

avaient refusé de faire partie du cortège de l'impératrice.

Napoléon si hostile à l'égalité de l'homme et de la femme, autorisa

pourtant la publication d'un journal féministe qui parut en 1808 sous

ce titre: l'_Athené des Dames_, il était exclusivement rédigé par des

femmes et avait pour directrice: Mme Sophie Senneterre de Renneville.

Après la restauration, les femmes publièrent un manifeste, formulèrent

un plan d'émancipation où elles revendiquaient les droits politiques.

Les Saint-Simoniens firent espérer qu'ils allaient aider à

l'affranchissement féminin; mais, en exaltant l'amour libre, en

faisant découler l'égalité des sexes de la liberté de l'amour, ils

prouvèrent que ce n'était que la liberté illimitée de l'égoïsme et de

l'immoralité de l'homme, qu'ils réclamaient.

Le sociologue Fourier, avait lui, très nettement posé le principe de

l'égalité de l'homme et de la femme, en faisant dépendre les progrès

sociaux du progrès des femmes vers la liberté.

Dans la «théorie des quatre mouvements», il explique que «si les

philosophes de la Grèce et de Rome dédaignaient les intérêts

des femmes et croyaient se déshonorer en les fréquentant, c'est

que depuis le vertueux Socrate jusqu'au délicat Anacréon, ils

n'affichaient que l'amour sodomite et le mépris des femmes».

Ces goûts bizarres n'ayant pas pris chez les modernes, Fourier ajoute

qu'il y a lieu de s'étonner que nos philosophes aient hérité de la

haine que nos anciens savants portaient aux femmes et qu'ils aient

continué à ravaler le sexe féminin, alors que les femmes se montrent

supérieures aux hommes, quand elles peuvent déployer leurs moyens

naturels».

Pendant que les derniers Saint-Simoniens annonçaient le règne de la

femme, chantaient le compagnonnage de la femme, Mmes Laure Bernard et

Fouqueau de Pussy écrivaient dans _Le Journal des Femmes_ des articles

offensants pour les Saint-Simoniens.

Mme Poutret de Mauchamps fondatrice de la _Gazette des Femmes_

(1836-1839) réclama l'électorat pour les femmes qui payaient 200

francs d'impôts; et, elle pria Louis-Philippe de se déclarer roi des

Françaises comme il se déclarait roi des Français.

En 1846, M. Emile Deschanel proposa que les veuves et les filles

majeures, inscrites sur les rôles des contributions comme propriétaires

foncières, fussent électrices. On était à ce moment-là, sous le régime

censitaire, pour pouvoir voter, il fallait payer 200 francs d'impôts.

M. Emile Deschanel ne faisait donc que revendiquer le droit commun pour

les femmes, lorsqu'il proposait de faire les propriétaires électeurs.

LES SUFFRAGISTES EN 1848

Quand en 1848 l'électorat fut accordé à tous les hommes, aux pauvres

comme aux riches, aux ignorants comme aux instruits; les femmes

demandèrent à être englobées dans le suffrage universel.

Victor Considérant fut le seul des neuf cents membres de l'Assemblée

Constituante qui soutint leurs prétentions, en proposant d'admettre les

femmes à exercer leurs droits politiques.

Pierre Leroux présenta un amendement en faveur de l'électorat municipal

des femmes.

Le pasteur Athanase Coquerel réclama lui, la loi d'exclusion,

retranchant de la politique le sexe féminin.

La République avait été proclamée le 24 février, un mois après, le

23 mars, quatre déléguées des «Droits de la Femme» se présentèrent

à l'Hôtel-de-Ville pour solliciter: la liberté de participer au

gouvernement du pays. L'universalisation du suffrage. L'égalité de la

femme et de l'homme devant la loi.

Ce fut Marrast membre du gouvernement provisoire, qui reçut cette

délégation féministe; il répondit à sa requête en encourageant ses

espérances.

Mme Alix Bourgeois professeur d'histoire naturelle et beaucoup d'autres

dames, demandèrent individuellement au gouvernement, le droit électoral

pour le sexe féminin.

A ce moment l'influence féminine était grande: George Sand rédigeait

avec Jules Favre le Bulletin de la République; et, il y avait dans la

masse populaire un tel sens de l'égalité, que quant à la prière d'une

revendicatrice, Cabet[8] posait dans un club qu'il présidait cette

question:--La femme est-elle l'égale de l'homme devant le droit social

et politique?

[8] Jeanne DEROIN, _Almanach des Femmes_.

Le communiste Cabet était déconcerté (_sic_) de voir presque toutes les

mains se lever pour l'affirmative.

Proud'hon disait: «La République tombe en quenouille.»

Pauline Roland, que Victor Hugo a qualifiée l'apôtre; Jeanne Deroin,

Anaïs Ségalas, Henriette Wild créèrent successivement trois journaux.

_La Politique des Femmes._ _La République des Femmes._ _L'opinion

des Femmes._ Les rédactrices de ces journaux s'entendirent avec Mmes

Eugénie Niboyet, E. Foa, Louise Collet, Adèle Esquiros qui avaient

fondé _La Voix des Femmes_, pour offrir à George Sand de porter sa

candidature.

La grande romancière, répondit dans _La Réforme_: qu'elle ne

partageait point les idées des revendicatrices et ne connaissait pas

les dames qui formaient des clubs et rédigeaient des journaux.»

Les femmes arrivées croient qu'elles n'appartiennent plus au sexe

féminin.

Après George Sand refusant d'aider à l'affranchissement politique des

Françaises, on a vu Clémence Royer, la commentatrice de L'origine des

Espèces de Darwin, ne point vouloir que les droits politiques soient

conférés aux femmes et disant à M. Adolphe Brisson, rédacteur au

journal _Le Temps_: «Du jour où les femmes voteront nous sommes perdus.»

*

* *

Les dames obtenant difficilement la parole dans les clubs d'hommes

créèrent des clubs féminins. Le plus renommé, fut le Club des

Femmes, ouvert le 11 mai 1848 à la salle de spectacle du boulevard

Bonne-Nouvelle. La foule rendit les séances tumultueuses. Les femmes ne

purent bientôt plus parler dans ce club transformé en ménagerie où les

hommes aboyaient, miaulaient, beuglaient.

Eugénie Niboyet qui présidait, dit dans _Le Vrai Livre des Femmes_:

«Une heure de pilori m'eût paru moins douloureuse que cinq minutes de

cette violente lutte. Toutes les clubistes qui avaient promis de me

seconder disparurent comme les feuilles sous le vent et laissèrent

peser sur moi la responsabilité de notre tentative.»

Jeanne Deroin avait posé sa candidature à l'Assemblée Constituante pour

consacrer le principe de l'égalité politique des deux sexes; mais, elle

ne put parvenir à la faire admettre, partout les bureaux la rejetèrent

comme étant inconstitutionnelle.

Les Françaises eurent de suite la preuve, que leur exclusion électorale

faisait d'elles des parias dans la société. Aussitôt, en effet,

après l'instauration de la République, les membres du gouvernement

provisoire avaient créé des ateliers nationaux pour les ouvriers en

chômage--électeurs--mais point pour les ouvrières en chômage non

électrices.

Ces demi-réformateurs furent donc un peu gênés, quand de pauvres

ouvrières en chômage vinrent à l'Hôtel-de-Ville demander si elles

étaient comprises dans la proclamation du droit au travail; et, où

était l'atelier national des femmes?

L'atelier national des femmes?... Mais... Il n'existait pas!... Les

femmes ne comptaient point en France puisqu'elles ne votaient pas!

JEAN MACÉ FÉMINISTE SUFFRAGISTE

Jean Macé[9] écrivait en 1850:

«Du temps des 200 francs on avait fabriqué contre le suffrage du

pauvre toutes sortes de raisonnements qui resteraient sans emploi,

si cette question du droit électoral de la femme soulevée à son

tour par les esprits logiques, n'était venue à point pour les

remettre de service.

[9] _L'Opinion des Femmes._

«Indifférence, ignorance, dépendance, inaptitude, ce qui

s'objectait hier, à propos du pauvre, s'objecte aujourd'hui à

propos de la femme.

«Droit égal, intérêt égal.

«Comment faire pour laisser la femme en dehors de la cité, quand on

a déclaré qu'on en ouvrait les portes à deux battants? Quand on a

écrit dans la loi que l'infamie seule ferait exception et que toute

âme humaine apportait au monde en naissant son droit de compter

pour un, dans les délibérations de la société?

«Dénier l'égalité des droits à deux êtres égaux, en fait, en vérité

c'est se faire rire au nez, si l'on voulait se donner la peine

d'y réfléchir cinq minutes; et quand on pense que cette femme

soi-disant inférieure de nature à l'homme, condamnée comme telle

à l'infériorité de fonctions et de rôle social, quand on pense

qu'elle peut, sans qu'on souffle mot, donner sa cuisine à faire et

sa chambre à balayer, à tel domestique mâle si barbu qu'il soit

et que c'est une question de 400 francs par an avec les étrennes,

on se prend à douter de la raison humaine qui se permet une telle

débauche d'inconséquence.

«Croyez-moi, ne parlez plus de votre loi de nature, ni du grand

principe de l'infériorité de la femme, non plus que de sa

destination culinaire, vous mettez le pied sur tout cela à chaque

pas, et la femme qui dans cette société est inférieure à l'homme,

est celle-là qui n'est pas assez riche pour être sa supérieure.

«Expliquez-moi, comment vous permettez à l'homme qui fait la

cuisine que la femme devait faire, de laisser là à un jour donné sa

marmite et ses légumes pour aller voter avec vous. Si les détails

d'intérieur sont si absorbants qu'ils ne laissent place pour aucune

autre idée, pourquoi celui-là vote-t-il? S'ils ne le sont pas,

pourquoi celle-là ne vote-t-elle pas?»

LES FEMMES QUI AGISSENT ET QUI ÉCRIVENT

Bien que annihilées en politique, Jeanne Deroin, Pauline Roland et

d'autres militantes impliquées dans une affaire politique. «L'Union

des Associations» furent sans bénéfice pour notre cause, emprisonnées

expulsées, exilées.

Plus tard, ont été déportées pour avoir participé à la Commune, ces

autres exclues de la politique: la révolutionnaire point suffragiste,

Louise Michel et ses sœurs insurgées.

Lorsqu'on offrit à Louise Michel qui recommandait les candidatures de

morts, de poser sa candidature, elle répondit:

--«Le progrès ajournant la révolution, le bulletin de vote n'est pas

mon arme».

*

* *

Après les femmes qui agissent, voici des femmes qui écrivent:

Juliette Lamber (Mme Adam) dans son livre sous ce titre: «_Idées

Anti Proud'honiennes_ sur l'amour, la femme, le mariage, réfuta

intelligemment Proud'hon.

Mme Jenny d'Héricourt, pour combattre Michelet, Proud'hon, Auguste

Comte, E. de Girardin fit paraître en 1860 _La Femme Affranchie_.

Vers la même époque Julie Daubié publia _La Femme Pauvre au XIXe

siècle_.

Mme Olympe Audouard avec son journal _Le Papillon_.

Mme André Léo avec ses romans en vogue, Mme M. L. Gagneur avec ses

livres, Mmes Angélique Arnaud, et Caroline de Barreau avec leurs

articles de journaux firent discuter la question des femmes, sur

laquelle l'homme d'Etat Stuart Mill, attira l'attention mondiale en

publiant: _L'assujettissement des Femmes_ et en déposant, dès 1866 à la

Chambre des Communes, des pétitions couvertes de signatures de femmes

demandant le suffrage.

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Le vote des femmes · 第 4 / 11 段