Mais il ne suffit pas, pour rendre à la loi le respect qu'elle

mérite, que la cérémonie s'accomplisse régulièrement et que l'ordre

matériel ne soit pas troublé il faut encore que les paroles

contraires au respect de la loi ne puissent s'élever dans le lieu

même où l'on vient rendre hommage à la loi.

Nous voulons augmenter le prestige du mariage civil, et nous

laisserions critiquer publiquement la législation qui le consacre au

moment même où l'acte vient de s'accomplir.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Il y a quelques jours, à la mairie du dixième arrondissement, à la

suite et à l'occasion d'un mariage civil, une personne dont on parle

beaucoup en ce moment a prononcé un discours dont le texte même

ne m'est pas connu, mais dont le fonds roulait sur les inégalités

établies entre le mari et la femme par les articles du Code civil

dont l'officier de l'état-civil venait de donner lecture quelques

instants auparavant.

Vous sentez, messieurs et chers collaborateurs, sans que j'y insiste

de nouveau, à quel point de tels faits sont intolérables.

Que la personne dont j'ai parlé développe ses idées dans des

réunions, qu'elle les communique aux journaux, nous n'avons rien à

dire à cela; qu'elle les transforme en réclamations administratives,

nous ne nous en plaignons pas; qu'elle demande son inscription sur

les listes électorales; qu'elle requière sa radiation du rôle des

contributions; qu'elle postule son admission sur les listes de

recrutement; elle use ou elle usera d'un droit et les inconvénients

sont nuls; les pouvoirs compétents ont statué ou statueront.

Mais ici le cas est tout différent, il n'y a pas de droit; et, quant

aux inconvénients, ils éclatent d'eux-mêmes: demain, un partisan

d'idées opposées à celles qui ont été exposées à la mairie du dixième

arrondissement prendrait la parole; puis ce serait le tour d'un

autre, et la polémique et les discours des clubs s'établiraient dans

la maison de la loi et la transformeraient en lieu de trouble et

d'agitation, à la grande joie de nos ennemis.

Toute personne n'a pas le droit de prendre la parole à un mariage

civil. Cela est bon à rappeler.

Mais la condition essentielle qui constitue la seule garantie

véritable contre les incidents imprévus c'est la présence continue de

l'officier de l'état-civil.

Il importe que vous soyez là, que vous y soyez jusqu'à la fin, pour

qu'au premier écart qui se produirait, vous déclariez la séance levée

et donniez l'ordre de faire évacuer la salle.

Veuillez agréer, messieurs et chers collaborateurs, l'expression de

mes sentiments affectueux et dévoués.

_Le sénateur, préfet de la Seine_,

F. HÉROLD.

«La personne avec laquelle M. Hérold polémique dit _Le Temps_ qui

s'occupe de la chose avec une douce gaieté, n'est autre que Mlle

Hubertine Auclert.»

M. E. Lepelletier écrit dans _Le mot d'Ordre_:

«Il s'agit on le sait de Mlle Hubertine Auclert, qui, à un mariage

civil au lieu de se borner à féliciter les nouveaux époux au nom

de la commission de la Libre-Pensée du 10e dont elle fait partie,

a paraît-il, parlé des inégalités entre mari et femme et critiqué

le texte du Code civil dont l'officier de l'état-civil venait de

donner lecture.»

_La Justice_ demande «En quoi importe-t-il qu'il soit fait ou non, à la

suite de la célébration du mariage, des dissertations sur le rôle de la

femme dans la société? La loi en est-elle amoindrie? L'institution du

mariage est-elle atteinte par ces pratiques?--Evidemment non.»

Les libres-penseurs furieux, que j'aie osé conseiller de transgresser

les dogmes légaux, déclarèrent qu'à l'avenir les hommes seuls seraient

les officiants de la religion laïque; néanmoins, les mairies leur

furent momentanément fermées. Ce ne fut que deux ans après cet

incident, qu'ils purent de nouveau discourir dans les salles des

mariages. J'écrivis alors au préfet de la Seine, M. Floquet la lettre

suivante:

Paris, 4 septembre, 1882.

Monsieur le Préfet,

«J'apprends par les journaux qu'un libre-penseur a harangué des

nouveaux mariés dans une mairie de Paris, et je m'empresse de vous

remercier d'avoir levé l'interdit de M. Hérold, interdit motivé par

une allocution que j'avais faite en semblable occasion.

«Je ne doute pas que la liberté d'adresser dans les mairies quelques

mots aux nouveaux mariés, liberté dont je serai heureuse d'user,

est octroyée aux femmes comme aux hommes, aux _féministes_, comme

aux libres-penseurs; car, il serait incompréhensible que les

libres-penseurs puissent aller à la mairie critiquer l'église sur

l'esprit de laquelle reposent les lois matrimoniales, alors que les

_féministes_ ne pourraient aller à cette même mairie critiquer les

lois matrimoniales qui sont basées sur l'esprit de l'église.

Vous ne ferez pas de distinction, monsieur, entre ceux qui attaquent

l'effet et ceux qui attaquent la cause du moment qu'un partisan de la

libre-pensée a pu parler, les partisans du _Féminisme_ ont le droit

de parler.

Veuillez agréer, monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération

très distinguée.

«HUBERTINE AUCLERT»

Directrice de «_La Citoyenne_.»

En son numéro du 5 septembre 1882, _Le Temps_ en parlant de ma lettre

au préfet souligne le mot _Féministes_: «Mlle Hubertine Auclert a,

dit-il, réclamé au profit des femmes, ou plutôt, le mot est joli, des

_féministes_, un droit égal à celui que s'arrogent les libres-penseurs.

Pourquoi, en effet, les _féministes_, ne profiteraient-ils pas de ces

occasions-là pour prêcher leurs dogmes particuliers?»

Les expressions: _Féminisme_, _Féministes_, ont été dès lors employées.

LES FEMMES ONT VOTÉ EN FRANCE

Le sexe féminin qui est aujourd'hui annulé dans la commune et dans

l'Etat, intervenait parfois jadis dans les affaires publiques.

Tacite nous apprend, que les femmes Gauloises étaient appelées dans

toutes les assemblées délibérantes où les plus graves questions étaient

traitées et où elles discutaient et votaient.

Les historiens, parlent de la sagesse du Sénat des femmes Gauloises.

Plutarque nous dit, que les femmes Lyguriennes furent investies

d'une autorité politique supérieure à celle des hommes, à l'occasion

d'interminables querelles qui amenaient les Lyguriens à une guerre

civile. Déjà, les deux partis avaient couru aux armes, ils se

mesuraient des yeux sur le champ de bataille, lorsque les femmes se

précipitant entre eux voulurent connaître le sujet de leur discorde.

Elles le discutèrent et le jugèrent avec tant d'équité et de raison,

qu'une amitié de tous avec tous régna dès lors, non seulement dans

chaque cité, mais dans chaque famille. De là, naquit l'usage d'appeler

les femmes aux délibérations sur la paix et la guerre.

_Les Gaulois prenaient les femmes pour arbitres de leurs différends._

Quand les soldats d'Annibal, venant d'Espagne, voulurent passer les

Alpes pour envahir l'Italie, les Gaulois, qui se demandaient si ils

laisseraient le général Carthaginois traverser leur pays, prirent les

femmes pour arbitres et les chargèrent de régler les difficultés qui

pourraient surgir. Il fut stipulé dans le traité passé entre Annibal et

les Gaulois: «Que si les Carthaginois avaient à se plaindre de leurs

hôtes, ils exposeraient leurs griefs au tribunal des dames Gauloises

lesquelles en seraient juges.» (Fauchet)

Annibal reconnut cette autorité féminine si nouvelle pour un

Carthaginois. Quelques femmes siégeant au bord du Tet, prononcèrent

en dernier ressort sur la demande et les plaintes de celui qui allait

ébranler Rome. Il n'eut, paraît-il, jamais qu'à se féliciter des arrêts

du tribunal féminin.

Les Celtes ou Germains délibéraient aussi avec leurs femmes sur la paix

et la guerre; c'était avec les femmes--auxquelles ils attribuaient

une divination sacrée et prophétique--qu'ils éclaircissaient tous les

différends qui s'élevaient entre eux.

Sous le règne de Cécrops, premier roi d'Athènes, les femmes avaient

voix dans les délibérations publiques.

Dès les temps les plus reculés les femmes des populations de races

diverses habitant le territoire des Gaules étaient considérées et

jouaient un grand rôle.

On attribuait aux Gauloises des lumières surnaturelles, l'art de la

divination. Les Druidesses Gauloises étaient célèbres: Velléda passait

pour une divinité 71 ans après J.-C.

Mais la Gaule est envahie par les Francs, les Wisigoths; et le

vainqueur substitue aux lois et mœurs Gauloises, les siennes.

LA LOI SALIQUE

Les Francs-Saliens en leur législation barbare rédigée en latin

et publiée sous Clovis, Dagobert, Charlemagne, déclarèrent que la

propriété allodiale (héréditaire) ou terre salique, ne pouvait être

dévolue aux femmes, et que, par conséquent, celles-ci étaient inhabiles

à succéder au trône de France.

Les Etats-Généraux de 1317 interprétèrent cette disposition des

anciennes coutumes des Francs-Saliens, dite _loi salique_, au détriment

de Jeanne fille de Louis X, en faveur de Philippe V. Et depuis,

fussent-elles reconnues supérieures aux fils de France, toutes les

filles de France furent exclues de la royauté.

Pourtant, si les femmes ne pouvaient régner elles gouvernaient parfois,

en qualité de régentes, le royaume.

Richilde, femme de Charles-le-Chauve, eut à la mort de son mari la

régence de l'empire (870). Elle prit place dans l'assemblée des évêques

et présida même un concile.

Louis VI traitait sa femme Adélaïde en associée. Il voulait que son nom

figure avec le sien dans la rédaction des chartes et de tous les actes

publics (1120).

Jeanne de Navarre, épouse de Philippe IV, gouverna fort bien la

Champagne et la Navarre qui lui appartenaient. Douée d'une intelligence

supérieure et d'une rare énergie, elle empêcha le comte de Bar

d'envahir la Champagne, le battit et le ramena prisonnier à Paris

(1297).

Jeanne de Bourgogne femme de Philippe de Valois était associée aux

actes les plus importants de l'Etat. Son mari l'autorisait à tout

signer (1328).

Anne de Beaujeu, fille aînée de Louis XI fut régente du royaume pendant

six ans, en raison de la minorité de son frère Charles VIII. Elle

prouva tellement qu'elle était une politique consommée, que la régence

et le pouvoir lui furent maintenus par les Etats de Tours (1484) à

l'exclusion du duc d'Orléans.

Anne de Bretagne, qui épousa successivement Charles VIII et Louis XII,

prenait aux affaires publiques la part la plus active, elle recevait

les ambassadeurs et les princes dans de véritables cours plénières.

Catherine de Médicis gouverna le royaume pendant les règnes de

François II, Charles IX et Henri III.

Marie de Médicis fut régente. Anne d'Autriche fut régente.

Les impératrices Marie-Louise et Eugénie de Montijo furent régentes.

LES PRÉROGATIVES DES FEMMES EN L'ANCIENNE FRANCE

La féodalité fit des femmes juges. On a conservé des arrêts rendus

par des femmes juges au XIIIe et XIVe siècle qui valent ceux de nos

meilleurs magistrats.

Louis VII dit (le jeune) maintint dans ses droits contestés de

justicière, Ermengarde, vicomtesse de Narbonne.

Au Moyen Age on vit des religieuses, comme dans l'ordre de Fontevrault,

avoir sous leur gouvernement des communautés d'hommes.

Mais, de nos jours, ne voit-on pas des sœurs franc-maçonnes diriger en

qualité de vénérables des loges où siègent beaucoup plus d'hommes que

de femmes?

Les abbesses de Remiremont et leurs doyennes jugeaient dans les

domaines de l'abbaye.

La féodalité fit des femmes pairesses. La comtesse de Flandres siégea

en qualité de pairesse dans les conseils du roi Louis IX, quand se

discuta la possession du comté de Clermont.

Au Moyen Age, les femmes nobles veuves ou célibataires qui possédaient

des fiefs, étaient dans l'étendue de ces fiefs investies du droit de

lever des troupes, de rendre la justice, de battre monnaie, d'imposer

des taxes, d'octroyer des chartes.

Les clercs, révoltés de voir les détentrices de fiefs faire fonction

d'hommes, voulurent que leurs prérogatives leur fussent enlevées. Un

synode de Nantes contemporain des premières origines féodales injuria

à ce propos les femmes. Les peu galants ecclésiastiques assemblés

appelèrent les femmes «femmelettes».

En l'ancienne France, ce n'était point seulement les femmes de qualité

qui participaient à la politique: les simples «vilaines» eurent dès

l'émancipation des communes le droit d'opiner dans leurs villes et

villages.

Depuis les temps les plus anciens, dit Elisée Reclus, les habitants de

Besançon avaient le titre et le rang de citoyen et de citoyenne. Les

femmes dans les actes publics étaient qualifiées citoyennes.

Dès 1182, la _loy de Beaumont_ ordonna aux veuves, aux filles ayant

leur ménage et aux femmes mariées en l'absence de leurs maris, de

prendre part aux délibérations et aux votes, non seulement lorsqu'il

s'agissait d'affaires administratives; mais même quand il fallait

décider des questions politiques et sociales.

On retrouve dans les archives des Communes qui vivaient sous la _loy de

Beaumont_, les procès-verbaux des séances où les veuves, les filles et

les femmes, délibéraient avec les hommes.

Dans une Commune des environs de Montpellier, à Cournontéral, le 8 août

1334, l'établissement du Consulat fut mis aux voix et sur 175 votants

pour cet établissement, on trouve 37 noms de femmes.

Le suffrage était dans cette commune, réellement universel et de plus

obligatoire: Qui n'allait pas voter, payait une amende de _cinq sols_.

La loy de Beaumont qui confiait aux femmes comme aux hommes,

l'administration municipale, fut en vigueur dans des milliers de

communes jusqu'à la révolution.

Jusqu'à la révolution, les dames nobles veuves ou célibataires qui

possédaient des fiefs, et les communautés de femmes participèrent à

l'élection des députés.

«Il arriva donc, dit M. A. Aulard, que des députés de la noblesse et

du clergé aux Etats-Généraux de 1789 durent leur élection à des voix

féminines[2].»

[2] A. AULARD, _Le Féminisme pendant la Révolution Française_ (Revue

Bleue).

_Les Premiers Etats-Généraux._

Quand Philippe IV dit le Bel, fut excommunié par Boniface VIII, il

voulut faire prendre à la nation tout entière, parti pour lui contre

le pape; et convoqua les représentants du clergé, de la noblesse, du

Tiers-Etat, le 10 avril 1302 dans la cathédrale de Notre-Dame de

Paris. Ce furent les premiers Etats-Généraux. Les dames nobles détenant

des fiefs et les communautés de femmes étaient là représentées par les

nobles et les ecclésiastiques qu'elles avaient contribué à faire élire.

Les femmes pouvaient être représentantes aux Etats Provinciaux: Anne

de Bretagne tint en personne les Etats de Bretagne où Mme de Sévigné

siégea.

En 1576 trente-deux veuves siégeaient aux Etats de Franche-Comté.

En ce temps-là, en imposant des taxes, en donnant des chartes, les

femmes sauvegardaient les places fortes, gouvernaient les villes:

Françoise de Cezelly, en l'absence de M. de la Barre son mari,

gouverneur de Leucate, défendit en 1589 si admirablement cette place

forte, que quand M. de la Barre fait prisonnier par les Espagnols eut

été étranglé dans sa prison, Henri IV garda Françoise de Cezelly comme

gouverneur de la ville qu'elle avait conservée à la France.

Les femmes qui participaient aux affaires publiques se montraient

libérales: Aliénor d'Aquitaine donnait aux Aquitains la liberté du

commerce.

Le bon sens des privilégiées qui n'étaient pas exclues du droit,

faisait prévaloir le courant d'opinions favorables au relèvement du

sexe féminin, sur la traditionnelle tendance à son abaissement; et,

incitait des écrivains à protester contre le préjugé assignant aux

femmes une activité sociale inférieure à celle de l'homme.

Parmi ces précurseurs du féminisme, Poulain de la Barre s'est fait

remarquer. En son livre de _L'Egalité des Sexes_ publié en 1673, il

réclame avec énergie pour les femmes, l'égalité complète des droits

politiques et sociaux avec les hommes.

«Il est, dit-il, aisé de conclure que si les femmes sont capables

de posséder souverainement, toute l'autorité publique, elles le

sont encore plus de n'en être que les ministres: Que pourrait-on

trouver raisonnablement à redire qu'une femme de bon sens et éclairée

présidât à la tête d'un parlement et de toute autre compagnie?... Il

faut reconnaître que les femmes sont propres à tout.»

Au XVIIe et au XVIIIe siècle, des femmes furent ambassadrices: Mme

Delahaye-Vanteley fut envoyée à Venise, Mme de Guébriant à Varsovie.

*

* *

En 1789, les femmes du Tiers-Etat adressèrent une pétition au roi pour

demander que les hommes ne puissent exercer les métiers de femmes: tels

que couturière, brodeuse, modiste.

L'Assemblée Constituante, en avril 1791, par un décret-loi, donna aux

femmes le droit d'héritage, en supprimant les droits d'aînesse et de

masculinité dans le partage des successions. Mais en abolissant les

privilèges féodaux et coutumiers, cette même Assemblée Constituante

enleva à une catégorie de femmes, le droit qu'elle possédait de se

faire représenter aux assemblées politiques.

A la suprématie nobiliaire, succéda alors la suprématie masculine, les

ex-détentrices de fiefs, de même que les «vilaines» furent exclues de

l'affranchissement général, c'est-à-dire que la majorité de la nation

fut mise hors la loi et hors l'humanité.

En excluant les femmes des affaires publiques, on causa la faillite de

la révolution; car on faussa son principe égalitaire et on la priva des

agents qui pouvaient faire rapidement triompher ses idées.

Les Françaises auxquelles on refusait leur part des conquêtes du

mouvement révolutionnaire, avaient en participant à l'effervescence

générale contribué à faire s'établir le conflit entre la nation et la

royauté. Souvent, elles avaient donné le signal de l'action, en sonnant

le tocsin dans les clochers.

En 1788, à la Journée des Tuiles, on avait vu les Dauphinoises mêlées

aux Dauphinois, lancer en guise de projectiles des tuiles contre les

soldats du roi qui s'opposaient à la convocation des Etats-Provinciaux.

Ces femmes, avaient les premières compris que Grenoble devait garder

le parlement dans ses murs, sous peine de déchoir et de voir se

restreindre sa prospérité. Aussi, elles s'en étaient constituées les

gardiennes, montant la garde, veillant en armes, autour du château

de Vizille où siégeaient les Etats du Dauphiné qui préparèrent la

révolution.

Quand on convint d'obtenir de la cour, le retrait des troupes.

Ce fut à une de ces si vaillantes femmes et à un colonel, que fut

confiée la mission d'aller s'entendre, à ce sujet, avec le comte de

Clermont-Tonnerre. On affirmait ainsi, que le maintien du parlement à

Grenoble, était dû au sexe féminin.

*

* *

La petite fruitière Reine Audru et la fameuse Théroigne de Méricourt

reçurent, disent les historiens, un sabre d'honneur, en récompense de

la vaillance dont elles avaient fait preuve, à la prise de la Bastille

le 14 juillet 1789.

REVENDICATION DES FEMMES EN 1789

En voyant proclamer l'égalité des droits entre le seigneur et le

vassal, le noir et le blanc, les femmes réclamèrent l'égalité des

sexes. Elles adressèrent pétitions sur pétitions pour demander

l'abrogation des privilèges masculins, la cessation de l'abus qui

les empêchait de siéger à l'Assemblée Nationale, à l'Assemblée

Constituante, à l'Assemblée Législative.

Les femmes firent déposer sur le bureau de l'Assemblée Nationale ce

projet de décret:

L'Assemblée Nationale[3] voulant réformer le plus grand des abus et

réparer les torts d'une injustice de six mille ans décrète ce qui

suit:

«1º Tous les privilèges du sexe masculin sont entièrement et

irrévocablement abolis dans toute la France».

«2º Le sexe féminin jouira toujours de la même liberté, des mêmes

avantages, des mêmes droits et des mêmes honneurs que le sexe

masculin.»

[3] Amédée le Faure, «Le socialisme pendant la révolution».

Nombreuses furent les femmes qui demandèrent leur part de la liberté et

de l'égalité, que tous proclamaient. Mais, ce fut surtout la brillante

improvisatrice Olympe de Gouges, qui formula avec précision les droits

du sexe féminin, en sa fameuse déclaration des «Droits de la Femme.»

_Déclaration des Droits de la femme et de la citoyenne_

«La femme naît libre et demeure égale à l'homme en droit. Les

distinctions sexuelles ne peuvent être fondées que sur l'utilité

commune.

«Le but de toute association politique est la conservation des droits

naturels et imprescriptibles de la femme et de l'homme. Ces droits

sont la liberté, la prospérité, la sûreté et surtout la résistance à

l'oppression.

«Ce principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la

nation qui n'est que la réunion de la femme et de l'homme. Nul corps,

nul individu, ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.

«La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient

à autrui. Ainsi l'exercice des droits naturels de la femme n'a de

bornes que la tyrannie perpétuelle que l'homme lui oppose. Ces bornes

doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison.

«La loi doit être l'expression de la volonté générale. Toutes les

citoyennes, comme tous les citoyens doivent concourir personnellement

ou par leurs représentants à sa formation. Elle doit être la même

pour tous.

«Toutes les citoyennes et tous les citoyens étant égaux à ses yeux,

doivent être également admissibles à toutes les dignités, places et

emplois publics selon leur capacité et sans autres distinctions que

celles de leurs vertus et de leurs talents.

«La femme a le droit de monter à l'échafaud, elle doit avoir

également celui de monter à la tribune.

«La garantie des droits de la femme est pour l'utilité de tous et non

pour l'avantage particulier de celle à qui elle est accordée.

«La femme concourt ainsi que l'homme à l'impôt public; elle a le

droit, ainsi que lui de demander des comptes à tout agent public de

son administration.»

Olympe de Gouges mourut sur l'échafaud en 1793 à l'âge de 38 ans. Elle

avait été traduite devant le tribunal révolutionnaire, non point pour

avoir revendiqué le droit des femmes; mais, parce qu'elle avait trop

pris fait et cause pour les partis politiques; s'était alternativement

déclarée royaliste ou révolutionnaire et avait osé attaquer Robespierre.

La belle Liégeoise, Théroigne de Méricourt, qui le 5 octobre 1789,

avec sa redingote de soie rouge, son chapeau d'amazone et l'épée nue

au côté, séduisit le régiment de Flandres, aida à faire la royauté

prisonnière de la révolution.

Cette courtisane si populaire qui n'aimait que les hommes austères,

enthousiasmait les révolutionnaires et personnifiait pour les Français,

la liberté.

Afin de lui enlever son prestige, des ennemis politiques n'hésitèrent

pas en 1793 à relever ses jupes et dit Michelet à la fouetter comme

un enfant, devant la foule lâche qui riait. Cet outrage rendit folle

Théroigne qui mourut à la Salpêtrière en 1817 sans avoir recouvré la

raison.

Les femmes de la révolution, s'employèrent bien plus à élever encore

l'homme au-dessus d'elles, en soutenant ses plus hardies prétentions,

qu'elles ne se dévouèrent à procurer à leur sexe l'égalité avec le sexe

masculin.

Des femmes cependant étaient puissantes, elles étaient écoutées

de l'élite masculine qui se pressait dans leurs salons; mais, ni

Germaine Neker (Mme de Staël)--que la politique absorbait et qui

inspira à son père l'idée du suffrage universel. Ni Mme Roland (Manon

Phlipon) qui poussa son mari dans la voie républicaine et fut autant

que lui ministre de l'Intérieur--ne songèrent à tirer leur sexe de

l'asservissement.

Pourtant, l'heure semblait si favorable, que les étrangères elles-mêmes

luttaient pour l'affranchissement féminin.

En même temps que la Hollandaise Palm Aëlders envoyait à toutes les

villes de France sa brochure revendiquant le droit des femmes qui

lui fit décerner par la ville de Creil la médaille et le titre de

membre honoraire de la garde nationale; l'Anglaise miss Wolstonecraft

publiait son livre: _La défense des droits de la femme_ où il est dit:

que la femme devient un obstacle au progrès, si elle n'est pas autant

développée que l'homme».

Le vote des femmes · 第 3 / 11 段