mérite, que la cérémonie s'accomplisse régulièrement et que l'ordre
matériel ne soit pas troublé il faut encore que les paroles
contraires au respect de la loi ne puissent s'élever dans le lieu
même où l'on vient rendre hommage à la loi.
Nous voulons augmenter le prestige du mariage civil, et nous
laisserions critiquer publiquement la législation qui le consacre au
moment même où l'acte vient de s'accomplir.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Il y a quelques jours, à la mairie du dixième arrondissement, à la
suite et à l'occasion d'un mariage civil, une personne dont on parle
beaucoup en ce moment a prononcé un discours dont le texte même
ne m'est pas connu, mais dont le fonds roulait sur les inégalités
établies entre le mari et la femme par les articles du Code civil
dont l'officier de l'état-civil venait de donner lecture quelques
instants auparavant.
Vous sentez, messieurs et chers collaborateurs, sans que j'y insiste
de nouveau, à quel point de tels faits sont intolérables.
Que la personne dont j'ai parlé développe ses idées dans des
réunions, qu'elle les communique aux journaux, nous n'avons rien à
dire à cela; qu'elle les transforme en réclamations administratives,
nous ne nous en plaignons pas; qu'elle demande son inscription sur
les listes électorales; qu'elle requière sa radiation du rôle des
contributions; qu'elle postule son admission sur les listes de
recrutement; elle use ou elle usera d'un droit et les inconvénients
sont nuls; les pouvoirs compétents ont statué ou statueront.
Mais ici le cas est tout différent, il n'y a pas de droit; et, quant
aux inconvénients, ils éclatent d'eux-mêmes: demain, un partisan
d'idées opposées à celles qui ont été exposées à la mairie du dixième
arrondissement prendrait la parole; puis ce serait le tour d'un
autre, et la polémique et les discours des clubs s'établiraient dans
la maison de la loi et la transformeraient en lieu de trouble et
d'agitation, à la grande joie de nos ennemis.
Toute personne n'a pas le droit de prendre la parole à un mariage
civil. Cela est bon à rappeler.
Mais la condition essentielle qui constitue la seule garantie
véritable contre les incidents imprévus c'est la présence continue de
l'officier de l'état-civil.
Il importe que vous soyez là, que vous y soyez jusqu'à la fin, pour
qu'au premier écart qui se produirait, vous déclariez la séance levée
et donniez l'ordre de faire évacuer la salle.
Veuillez agréer, messieurs et chers collaborateurs, l'expression de
mes sentiments affectueux et dévoués.
_Le sénateur, préfet de la Seine_,
F. HÉROLD.
«La personne avec laquelle M. Hérold polémique dit _Le Temps_ qui
s'occupe de la chose avec une douce gaieté, n'est autre que Mlle
Hubertine Auclert.»
M. E. Lepelletier écrit dans _Le mot d'Ordre_:
«Il s'agit on le sait de Mlle Hubertine Auclert, qui, à un mariage
civil au lieu de se borner à féliciter les nouveaux époux au nom
de la commission de la Libre-Pensée du 10e dont elle fait partie,
a paraît-il, parlé des inégalités entre mari et femme et critiqué
le texte du Code civil dont l'officier de l'état-civil venait de
donner lecture.»
_La Justice_ demande «En quoi importe-t-il qu'il soit fait ou non, à la
suite de la célébration du mariage, des dissertations sur le rôle de la
femme dans la société? La loi en est-elle amoindrie? L'institution du
mariage est-elle atteinte par ces pratiques?--Evidemment non.»
Les libres-penseurs furieux, que j'aie osé conseiller de transgresser
les dogmes légaux, déclarèrent qu'à l'avenir les hommes seuls seraient
les officiants de la religion laïque; néanmoins, les mairies leur
furent momentanément fermées. Ce ne fut que deux ans après cet
incident, qu'ils purent de nouveau discourir dans les salles des
mariages. J'écrivis alors au préfet de la Seine, M. Floquet la lettre
suivante:
Paris, 4 septembre, 1882.
Monsieur le Préfet,
«J'apprends par les journaux qu'un libre-penseur a harangué des
nouveaux mariés dans une mairie de Paris, et je m'empresse de vous
remercier d'avoir levé l'interdit de M. Hérold, interdit motivé par
une allocution que j'avais faite en semblable occasion.
«Je ne doute pas que la liberté d'adresser dans les mairies quelques
mots aux nouveaux mariés, liberté dont je serai heureuse d'user,
est octroyée aux femmes comme aux hommes, aux _féministes_, comme
aux libres-penseurs; car, il serait incompréhensible que les
libres-penseurs puissent aller à la mairie critiquer l'église sur
l'esprit de laquelle reposent les lois matrimoniales, alors que les
_féministes_ ne pourraient aller à cette même mairie critiquer les
lois matrimoniales qui sont basées sur l'esprit de l'église.
Vous ne ferez pas de distinction, monsieur, entre ceux qui attaquent
l'effet et ceux qui attaquent la cause du moment qu'un partisan de la
libre-pensée a pu parler, les partisans du _Féminisme_ ont le droit
de parler.
Veuillez agréer, monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération
très distinguée.
«HUBERTINE AUCLERT»
Directrice de «_La Citoyenne_.»
En son numéro du 5 septembre 1882, _Le Temps_ en parlant de ma lettre
au préfet souligne le mot _Féministes_: «Mlle Hubertine Auclert a,
dit-il, réclamé au profit des femmes, ou plutôt, le mot est joli, des
_féministes_, un droit égal à celui que s'arrogent les libres-penseurs.
Pourquoi, en effet, les _féministes_, ne profiteraient-ils pas de ces
occasions-là pour prêcher leurs dogmes particuliers?»
Les expressions: _Féminisme_, _Féministes_, ont été dès lors employées.
LES FEMMES ONT VOTÉ EN FRANCE
Le sexe féminin qui est aujourd'hui annulé dans la commune et dans
l'Etat, intervenait parfois jadis dans les affaires publiques.
Tacite nous apprend, que les femmes Gauloises étaient appelées dans
toutes les assemblées délibérantes où les plus graves questions étaient
traitées et où elles discutaient et votaient.
Les historiens, parlent de la sagesse du Sénat des femmes Gauloises.
Plutarque nous dit, que les femmes Lyguriennes furent investies
d'une autorité politique supérieure à celle des hommes, à l'occasion
d'interminables querelles qui amenaient les Lyguriens à une guerre
civile. Déjà, les deux partis avaient couru aux armes, ils se
mesuraient des yeux sur le champ de bataille, lorsque les femmes se
précipitant entre eux voulurent connaître le sujet de leur discorde.
Elles le discutèrent et le jugèrent avec tant d'équité et de raison,
qu'une amitié de tous avec tous régna dès lors, non seulement dans
chaque cité, mais dans chaque famille. De là, naquit l'usage d'appeler
les femmes aux délibérations sur la paix et la guerre.
_Les Gaulois prenaient les femmes pour arbitres de leurs différends._
Quand les soldats d'Annibal, venant d'Espagne, voulurent passer les
Alpes pour envahir l'Italie, les Gaulois, qui se demandaient si ils
laisseraient le général Carthaginois traverser leur pays, prirent les
femmes pour arbitres et les chargèrent de régler les difficultés qui
pourraient surgir. Il fut stipulé dans le traité passé entre Annibal et
les Gaulois: «Que si les Carthaginois avaient à se plaindre de leurs
hôtes, ils exposeraient leurs griefs au tribunal des dames Gauloises
lesquelles en seraient juges.» (Fauchet)
Annibal reconnut cette autorité féminine si nouvelle pour un
Carthaginois. Quelques femmes siégeant au bord du Tet, prononcèrent
en dernier ressort sur la demande et les plaintes de celui qui allait
ébranler Rome. Il n'eut, paraît-il, jamais qu'à se féliciter des arrêts
du tribunal féminin.
Les Celtes ou Germains délibéraient aussi avec leurs femmes sur la paix
et la guerre; c'était avec les femmes--auxquelles ils attribuaient
une divination sacrée et prophétique--qu'ils éclaircissaient tous les
différends qui s'élevaient entre eux.
Sous le règne de Cécrops, premier roi d'Athènes, les femmes avaient
voix dans les délibérations publiques.
Dès les temps les plus reculés les femmes des populations de races
diverses habitant le territoire des Gaules étaient considérées et
jouaient un grand rôle.
On attribuait aux Gauloises des lumières surnaturelles, l'art de la
divination. Les Druidesses Gauloises étaient célèbres: Velléda passait
pour une divinité 71 ans après J.-C.
Mais la Gaule est envahie par les Francs, les Wisigoths; et le
vainqueur substitue aux lois et mœurs Gauloises, les siennes.
LA LOI SALIQUE
Les Francs-Saliens en leur législation barbare rédigée en latin
et publiée sous Clovis, Dagobert, Charlemagne, déclarèrent que la
propriété allodiale (héréditaire) ou terre salique, ne pouvait être
dévolue aux femmes, et que, par conséquent, celles-ci étaient inhabiles
à succéder au trône de France.
Les Etats-Généraux de 1317 interprétèrent cette disposition des
anciennes coutumes des Francs-Saliens, dite _loi salique_, au détriment
de Jeanne fille de Louis X, en faveur de Philippe V. Et depuis,
fussent-elles reconnues supérieures aux fils de France, toutes les
filles de France furent exclues de la royauté.
Pourtant, si les femmes ne pouvaient régner elles gouvernaient parfois,
en qualité de régentes, le royaume.
Richilde, femme de Charles-le-Chauve, eut à la mort de son mari la
régence de l'empire (870). Elle prit place dans l'assemblée des évêques
et présida même un concile.
Louis VI traitait sa femme Adélaïde en associée. Il voulait que son nom
figure avec le sien dans la rédaction des chartes et de tous les actes
publics (1120).
Jeanne de Navarre, épouse de Philippe IV, gouverna fort bien la
Champagne et la Navarre qui lui appartenaient. Douée d'une intelligence
supérieure et d'une rare énergie, elle empêcha le comte de Bar
d'envahir la Champagne, le battit et le ramena prisonnier à Paris
(1297).
Jeanne de Bourgogne femme de Philippe de Valois était associée aux
actes les plus importants de l'Etat. Son mari l'autorisait à tout
signer (1328).
Anne de Beaujeu, fille aînée de Louis XI fut régente du royaume pendant
six ans, en raison de la minorité de son frère Charles VIII. Elle
prouva tellement qu'elle était une politique consommée, que la régence
et le pouvoir lui furent maintenus par les Etats de Tours (1484) à
l'exclusion du duc d'Orléans.
Anne de Bretagne, qui épousa successivement Charles VIII et Louis XII,
prenait aux affaires publiques la part la plus active, elle recevait
les ambassadeurs et les princes dans de véritables cours plénières.
Catherine de Médicis gouverna le royaume pendant les règnes de
François II, Charles IX et Henri III.
Marie de Médicis fut régente. Anne d'Autriche fut régente.
Les impératrices Marie-Louise et Eugénie de Montijo furent régentes.
LES PRÉROGATIVES DES FEMMES EN L'ANCIENNE FRANCE
La féodalité fit des femmes juges. On a conservé des arrêts rendus
par des femmes juges au XIIIe et XIVe siècle qui valent ceux de nos
meilleurs magistrats.
Louis VII dit (le jeune) maintint dans ses droits contestés de
justicière, Ermengarde, vicomtesse de Narbonne.
Au Moyen Age on vit des religieuses, comme dans l'ordre de Fontevrault,
avoir sous leur gouvernement des communautés d'hommes.
Mais, de nos jours, ne voit-on pas des sœurs franc-maçonnes diriger en
qualité de vénérables des loges où siègent beaucoup plus d'hommes que
de femmes?
Les abbesses de Remiremont et leurs doyennes jugeaient dans les
domaines de l'abbaye.
La féodalité fit des femmes pairesses. La comtesse de Flandres siégea
en qualité de pairesse dans les conseils du roi Louis IX, quand se
discuta la possession du comté de Clermont.
Au Moyen Age, les femmes nobles veuves ou célibataires qui possédaient
des fiefs, étaient dans l'étendue de ces fiefs investies du droit de
lever des troupes, de rendre la justice, de battre monnaie, d'imposer
des taxes, d'octroyer des chartes.
Les clercs, révoltés de voir les détentrices de fiefs faire fonction
d'hommes, voulurent que leurs prérogatives leur fussent enlevées. Un
synode de Nantes contemporain des premières origines féodales injuria
à ce propos les femmes. Les peu galants ecclésiastiques assemblés
appelèrent les femmes «femmelettes».
En l'ancienne France, ce n'était point seulement les femmes de qualité
qui participaient à la politique: les simples «vilaines» eurent dès
l'émancipation des communes le droit d'opiner dans leurs villes et
villages.
Depuis les temps les plus anciens, dit Elisée Reclus, les habitants de
Besançon avaient le titre et le rang de citoyen et de citoyenne. Les
femmes dans les actes publics étaient qualifiées citoyennes.
Dès 1182, la _loy de Beaumont_ ordonna aux veuves, aux filles ayant
leur ménage et aux femmes mariées en l'absence de leurs maris, de
prendre part aux délibérations et aux votes, non seulement lorsqu'il
s'agissait d'affaires administratives; mais même quand il fallait
décider des questions politiques et sociales.
On retrouve dans les archives des Communes qui vivaient sous la _loy de
Beaumont_, les procès-verbaux des séances où les veuves, les filles et
les femmes, délibéraient avec les hommes.
Dans une Commune des environs de Montpellier, à Cournontéral, le 8 août
1334, l'établissement du Consulat fut mis aux voix et sur 175 votants
pour cet établissement, on trouve 37 noms de femmes.
Le suffrage était dans cette commune, réellement universel et de plus
obligatoire: Qui n'allait pas voter, payait une amende de _cinq sols_.
La loy de Beaumont qui confiait aux femmes comme aux hommes,
l'administration municipale, fut en vigueur dans des milliers de
communes jusqu'à la révolution.
Jusqu'à la révolution, les dames nobles veuves ou célibataires qui
possédaient des fiefs, et les communautés de femmes participèrent à
l'élection des députés.
«Il arriva donc, dit M. A. Aulard, que des députés de la noblesse et
du clergé aux Etats-Généraux de 1789 durent leur élection à des voix
féminines[2].»
[2] A. AULARD, _Le Féminisme pendant la Révolution Française_ (Revue
Bleue).
_Les Premiers Etats-Généraux._
Quand Philippe IV dit le Bel, fut excommunié par Boniface VIII, il
voulut faire prendre à la nation tout entière, parti pour lui contre
le pape; et convoqua les représentants du clergé, de la noblesse, du
Tiers-Etat, le 10 avril 1302 dans la cathédrale de Notre-Dame de
Paris. Ce furent les premiers Etats-Généraux. Les dames nobles détenant
des fiefs et les communautés de femmes étaient là représentées par les
nobles et les ecclésiastiques qu'elles avaient contribué à faire élire.
Les femmes pouvaient être représentantes aux Etats Provinciaux: Anne
de Bretagne tint en personne les Etats de Bretagne où Mme de Sévigné
siégea.
En 1576 trente-deux veuves siégeaient aux Etats de Franche-Comté.
En ce temps-là, en imposant des taxes, en donnant des chartes, les
femmes sauvegardaient les places fortes, gouvernaient les villes:
Françoise de Cezelly, en l'absence de M. de la Barre son mari,
gouverneur de Leucate, défendit en 1589 si admirablement cette place
forte, que quand M. de la Barre fait prisonnier par les Espagnols eut
été étranglé dans sa prison, Henri IV garda Françoise de Cezelly comme
gouverneur de la ville qu'elle avait conservée à la France.
Les femmes qui participaient aux affaires publiques se montraient
libérales: Aliénor d'Aquitaine donnait aux Aquitains la liberté du
commerce.
Le bon sens des privilégiées qui n'étaient pas exclues du droit,
faisait prévaloir le courant d'opinions favorables au relèvement du
sexe féminin, sur la traditionnelle tendance à son abaissement; et,
incitait des écrivains à protester contre le préjugé assignant aux
femmes une activité sociale inférieure à celle de l'homme.
Parmi ces précurseurs du féminisme, Poulain de la Barre s'est fait
remarquer. En son livre de _L'Egalité des Sexes_ publié en 1673, il
réclame avec énergie pour les femmes, l'égalité complète des droits
politiques et sociaux avec les hommes.
«Il est, dit-il, aisé de conclure que si les femmes sont capables
de posséder souverainement, toute l'autorité publique, elles le
sont encore plus de n'en être que les ministres: Que pourrait-on
trouver raisonnablement à redire qu'une femme de bon sens et éclairée
présidât à la tête d'un parlement et de toute autre compagnie?... Il
faut reconnaître que les femmes sont propres à tout.»
Au XVIIe et au XVIIIe siècle, des femmes furent ambassadrices: Mme
Delahaye-Vanteley fut envoyée à Venise, Mme de Guébriant à Varsovie.
*
* *
En 1789, les femmes du Tiers-Etat adressèrent une pétition au roi pour
demander que les hommes ne puissent exercer les métiers de femmes: tels
que couturière, brodeuse, modiste.
L'Assemblée Constituante, en avril 1791, par un décret-loi, donna aux
femmes le droit d'héritage, en supprimant les droits d'aînesse et de
masculinité dans le partage des successions. Mais en abolissant les
privilèges féodaux et coutumiers, cette même Assemblée Constituante
enleva à une catégorie de femmes, le droit qu'elle possédait de se
faire représenter aux assemblées politiques.
A la suprématie nobiliaire, succéda alors la suprématie masculine, les
ex-détentrices de fiefs, de même que les «vilaines» furent exclues de
l'affranchissement général, c'est-à-dire que la majorité de la nation
fut mise hors la loi et hors l'humanité.
En excluant les femmes des affaires publiques, on causa la faillite de
la révolution; car on faussa son principe égalitaire et on la priva des
agents qui pouvaient faire rapidement triompher ses idées.
Les Françaises auxquelles on refusait leur part des conquêtes du
mouvement révolutionnaire, avaient en participant à l'effervescence
générale contribué à faire s'établir le conflit entre la nation et la
royauté. Souvent, elles avaient donné le signal de l'action, en sonnant
le tocsin dans les clochers.
En 1788, à la Journée des Tuiles, on avait vu les Dauphinoises mêlées
aux Dauphinois, lancer en guise de projectiles des tuiles contre les
soldats du roi qui s'opposaient à la convocation des Etats-Provinciaux.
Ces femmes, avaient les premières compris que Grenoble devait garder
le parlement dans ses murs, sous peine de déchoir et de voir se
restreindre sa prospérité. Aussi, elles s'en étaient constituées les
gardiennes, montant la garde, veillant en armes, autour du château
de Vizille où siégeaient les Etats du Dauphiné qui préparèrent la
révolution.
Quand on convint d'obtenir de la cour, le retrait des troupes.
Ce fut à une de ces si vaillantes femmes et à un colonel, que fut
confiée la mission d'aller s'entendre, à ce sujet, avec le comte de
Clermont-Tonnerre. On affirmait ainsi, que le maintien du parlement à
Grenoble, était dû au sexe féminin.
*
* *
La petite fruitière Reine Audru et la fameuse Théroigne de Méricourt
reçurent, disent les historiens, un sabre d'honneur, en récompense de
la vaillance dont elles avaient fait preuve, à la prise de la Bastille
le 14 juillet 1789.
REVENDICATION DES FEMMES EN 1789
En voyant proclamer l'égalité des droits entre le seigneur et le
vassal, le noir et le blanc, les femmes réclamèrent l'égalité des
sexes. Elles adressèrent pétitions sur pétitions pour demander
l'abrogation des privilèges masculins, la cessation de l'abus qui
les empêchait de siéger à l'Assemblée Nationale, à l'Assemblée
Constituante, à l'Assemblée Législative.
Les femmes firent déposer sur le bureau de l'Assemblée Nationale ce
projet de décret:
L'Assemblée Nationale[3] voulant réformer le plus grand des abus et
réparer les torts d'une injustice de six mille ans décrète ce qui
suit:
«1º Tous les privilèges du sexe masculin sont entièrement et
irrévocablement abolis dans toute la France».
«2º Le sexe féminin jouira toujours de la même liberté, des mêmes
avantages, des mêmes droits et des mêmes honneurs que le sexe
masculin.»
[3] Amédée le Faure, «Le socialisme pendant la révolution».
Nombreuses furent les femmes qui demandèrent leur part de la liberté et
de l'égalité, que tous proclamaient. Mais, ce fut surtout la brillante
improvisatrice Olympe de Gouges, qui formula avec précision les droits
du sexe féminin, en sa fameuse déclaration des «Droits de la Femme.»
_Déclaration des Droits de la femme et de la citoyenne_
«La femme naît libre et demeure égale à l'homme en droit. Les
distinctions sexuelles ne peuvent être fondées que sur l'utilité
commune.
«Le but de toute association politique est la conservation des droits
naturels et imprescriptibles de la femme et de l'homme. Ces droits
sont la liberté, la prospérité, la sûreté et surtout la résistance à
l'oppression.
«Ce principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la
nation qui n'est que la réunion de la femme et de l'homme. Nul corps,
nul individu, ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.
«La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient
à autrui. Ainsi l'exercice des droits naturels de la femme n'a de
bornes que la tyrannie perpétuelle que l'homme lui oppose. Ces bornes
doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison.
«La loi doit être l'expression de la volonté générale. Toutes les
citoyennes, comme tous les citoyens doivent concourir personnellement
ou par leurs représentants à sa formation. Elle doit être la même
pour tous.
«Toutes les citoyennes et tous les citoyens étant égaux à ses yeux,
doivent être également admissibles à toutes les dignités, places et
emplois publics selon leur capacité et sans autres distinctions que
celles de leurs vertus et de leurs talents.
«La femme a le droit de monter à l'échafaud, elle doit avoir
également celui de monter à la tribune.
«La garantie des droits de la femme est pour l'utilité de tous et non
pour l'avantage particulier de celle à qui elle est accordée.
«La femme concourt ainsi que l'homme à l'impôt public; elle a le
droit, ainsi que lui de demander des comptes à tout agent public de
son administration.»
Olympe de Gouges mourut sur l'échafaud en 1793 à l'âge de 38 ans. Elle
avait été traduite devant le tribunal révolutionnaire, non point pour
avoir revendiqué le droit des femmes; mais, parce qu'elle avait trop
pris fait et cause pour les partis politiques; s'était alternativement
déclarée royaliste ou révolutionnaire et avait osé attaquer Robespierre.
La belle Liégeoise, Théroigne de Méricourt, qui le 5 octobre 1789,
avec sa redingote de soie rouge, son chapeau d'amazone et l'épée nue
au côté, séduisit le régiment de Flandres, aida à faire la royauté
prisonnière de la révolution.
Cette courtisane si populaire qui n'aimait que les hommes austères,
enthousiasmait les révolutionnaires et personnifiait pour les Français,
la liberté.
Afin de lui enlever son prestige, des ennemis politiques n'hésitèrent
pas en 1793 à relever ses jupes et dit Michelet à la fouetter comme
un enfant, devant la foule lâche qui riait. Cet outrage rendit folle
Théroigne qui mourut à la Salpêtrière en 1817 sans avoir recouvré la
raison.
Les femmes de la révolution, s'employèrent bien plus à élever encore
l'homme au-dessus d'elles, en soutenant ses plus hardies prétentions,
qu'elles ne se dévouèrent à procurer à leur sexe l'égalité avec le sexe
masculin.
Des femmes cependant étaient puissantes, elles étaient écoutées
de l'élite masculine qui se pressait dans leurs salons; mais, ni
Germaine Neker (Mme de Staël)--que la politique absorbait et qui
inspira à son père l'idée du suffrage universel. Ni Mme Roland (Manon
Phlipon) qui poussa son mari dans la voie républicaine et fut autant
que lui ministre de l'Intérieur--ne songèrent à tirer leur sexe de
l'asservissement.
Pourtant, l'heure semblait si favorable, que les étrangères elles-mêmes
luttaient pour l'affranchissement féminin.
En même temps que la Hollandaise Palm Aëlders envoyait à toutes les
villes de France sa brochure revendiquant le droit des femmes qui
lui fit décerner par la ville de Creil la médaille et le titre de
membre honoraire de la garde nationale; l'Anglaise miss Wolstonecraft
publiait son livre: _La défense des droits de la femme_ où il est dit:
que la femme devient un obstacle au progrès, si elle n'est pas autant
développée que l'homme».