«Nous célébrons le premier jour de l'an VII de la république.
«Il y a cinq ans, l'indépendance du peuple français était menacée;
mais vous prîtes Toulon, ce fut le présage de la ruine de vos
ennemis.
«Un an après, vous battiez les Autrichiens à Dego.
«L'année suivante, vous étiez sur le sommet des Alpes.
«Vous luttiez contre Mantoue, il y a deux ans, et vous remportiez la
célèbre victoire de Saint-Georges.
«L'an passé, vous étiez aux sources de la Drave et de l'Izonzo, de
retour de l'Allemagne.
«Qui eût dit alors que vous seriez aujourd'hui sur les bords du Nil,
au centre de l'ancien continent?
«Depuis l'Anglais, célèbre dans les arts et le commerce, jusqu'au
hideux et féroce Bédouin, vous fixez les regards du monde.
«Soldats, votre destinée est belle, parce que vous êtes dignes de ce
que vous avez fait, et de l'opinion qu'on a de vous. Vous mourrez
avec honneur comme les braves, dont les noms sont inscrits sur cette
pyramide, ou vous retournerez dans votre patrie couverts de lauriers
et de l'admiration de tous les peuples.
«Depuis cinq mois que nous sommes éloignés de l'Europe, nous avons
été l'objet perpétuel des sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce
jour, quarante millions de citoyens célèbrent l'ère des gouvernemens
représentatifs, quarante millions de citoyens pensent à vous; tous
disent: C'est à leurs travaux, à leur sang que nous devons la paix
générale, le repos, la prospérité du commerce et les bienfaits de la
liberté civile.»