La supercherie littéraire dont Chorier s’était avisé, pour se mettre à

couvert, en attribuant ces Dialogues à Luisa Sigea de Tolède, dont le

manuscrit perdu aurait été traduit en Latin par le savant Hollandais

Meursius, n’a pas eu un succès de bien longue durée. L’opinion, un

moment égarée, n’a pas tardé à faire justice de l’assertion facétieuse

qui prêtait à la vertueuse fille d’honneur de Dona Maria de Portugal

une si vaste érudition en matière érotique[66]. On fut un peu plus

longtemps à revenir sur le compte de Meursius et, en plein XVIIIe

siècle, quelques critiques étrangers attribuaient encore l’_Aloysia_

au laborieux érudit Hollandais. On songea aussi à Isaac Vossius et à

Jean Westrène, jurisconsulte de La Haye; mais en France le jour était

fait depuis longtemps sur cette question, et de son vivant même Chorier

put voir que le masque derrière lequel il s’abritait ne tarderait pas

à être arraché. Un passage de ses _Mémoires_, écrits en Latin, restés

longtemps inédits et que la Société de Statistique de l’Isère s’est

enfin décidée à publier dans son _Bulletin_ (tome IV, 1846), le montre

aux prises à ce sujet d’une manière assez violente avec l’Intendant de

justice du Dauphiné, sur la dénonciation d’Étienne Le Camus, évêque de

Grenoble.

«Je m’attirai la haine de Le Camus,» dit-il. «Vingt ans auparavant[67]

la Satire d’Aloysia Sigea, écrite en Latin, d’un style élégant et

fleuri, avait vu le jour. Lorsque tout d’abord elle tomba entre les

mains des hommes, comme nul n’ignorait que je fusse savant en Latin, je

ne sais quels lettrés me soupçonnèrent perfidement et injurieusement

d’être l’auteur de cette Satire. Aux yeux de Le Camus, qui veut du

mal à tout le monde, sans aucun égard pour les mérites, un soupçon

qui n’a pas la moindre importance tient d’ordinaire lieu de preuve

complète. Il s’étonnait, disait-il, qu’un pareil livre eût pu être

publié impunément; il me désignait tout haut, afin d’exciter contre

moi la malveillance. Pour persuader à d’Herbigny[68] cette imposture,

aussi éloignée de la vérité que les ténèbres le sont de la lumière,

il remuait ciel et terre. Je fus trouver d’Herbigny, non pour

m’excuser, mais pour repousser l’accusation. Tandis que je lui parle

avec la liberté d’un honnête homme et d’un innocent, il m’échappe de

lui dire que ceux qui m’accusaient avec tant de fausseté en avaient

menti impudemment; je ne croyais pas le choquer en m’exprimant de la

sorte. Mais indigné de ce que je ne tiens pas compte de son rang, il

s’emporte et ne se contente pas de vociférer, il se met en rage contre

moi avec d’autant plus de fureur que je m’efforçais plus soigneusement

d’expliquer le mot. Que faire? je me retirai de sa présence. Georges

Matelon, de Vienne, supérieur des Capucins de Grenoble, me rapporta du

caractère de ces deux personnages beaucoup de traits qui adoucirent

mon chagrin. Je me consolai par le témoignage de ma conscience; ne me

sentant coupable d’aucune faute, je n’avais à pâlir d’aucune»[69].

La conscience de Chorier était beaucoup moins nette qu’il ne se

plaît à le dire, et si l’évêque ne put fournir contre lui, à cette

époque, des preuves absolument convaincantes, Chorier nous en a laissé

assez, dans ses _Mémoires_, dans la Préface d’une édition nouvelle de

l’_Aloysia_ (1678 ou 1679), dans son recueil de Poésies Latines publié

à Grenoble en 1680, pour que nous soyons tout à fait édifiés. Les

_Mémoires_, à côté de la dénégation intéressée qu’on vient de lire,

contiennent cet aveu précieux, que Chorier, dans sa jeunesse, avait

composé deux satires, l’une Ménippée, l’autre Sotadique. La satire

Ménippée est perdue, mais la Sotadique est évidemment celle qu’il a

publiée sous le nom de Luisa Sigea. Tout en niant comme un beau diable

en être l’auteur, il n’était pas fâché de laisser à la postérité des

indices auxquels elle pourrait reconnaître la véritable paternité de

l’œuvre. Il en a encore fourni d’autres, avec une imprudence dans

laquelle on peut très bien voir un calcul. L’édition de 1678 (ou 1679)

renferme, outre un septième Dialogue resté vingt ans inédit, deux

pièces de vers, _De laudibus Aloysiæ_ et _Tuberonis Genethliacon_, que

Chorier a reconnues siennes en les insérant dans son recueil de Poésies

de 1680. Cet indice a été relevé comme suffisamment probant par l’abbé

d’Artigny, La Monnoye, Lancelot, etc.; il l’est bien davantage si l’on

rapproche le _Tuberonis Genethliacon_ de certain passage de la Préface

où les mêmes invectives sont reproduites contre le personnage voilé

sous le pseudonyme de Tubero, qui paraît avoir été un ennemi personnel

de Chorier. L’importance de cette Préface (_Summo viro Aloysia, ex

Elysiis hortis_) a échappé à tous les critiques; son examen aurait

pourtant donné plus de certitude à leurs conjectures.

Si l’on pèse, en effet, avec quelque attention les raisons alléguées

jusqu’ici pour faire de Chorier l’auteur incontestable de l’_Aloysia_,

on s’aperçoit que tout ce dont il est atteint et convaincu, c’est

d’avoir corrigé les épreuves des Dialogues, veillé à leur exécution

typographique, reçu gratuitement un certain nombre d’exemplaires:

les choses se seraient passées de même s’il n’eût été que l’éditeur

de l’œuvre d’un autre; et, quant aux deux pièces de vers qui sont

de lui, elles auraient pu être insérées sans son aveu. En même temps

qu’ils ne trouvent contre Chorier que des présomptions si faibles,

tous semblent s’être donné le mot pour prétendre que, dans ses autres

ouvrages, l’avocat Dauphinois est entièrement dépourvu d’imagination et

de style, que son Latin est lourd et pédantesque, sans aucune grâce.

«Personne ne soupçonnait Chorier d’écrire si bien en Latin,» dit l’abbé

d’Artigny. Les continuateurs de Moréri ont été plus loin encore, en

raillant Guy Allard, qui trouvait aux vers de Chorier de la saveur et

de la pureté: «Cela fait bien peu d’honneur à son goût,» disaient-ils.

Charles Nodier[70] s’est sans doute appuyé là-dessus pour émettre

fort légèrement l’assertion suivante: «Je suis loin de défendre les

mœurs de Chorier, qui lui ont probablement attiré cette méchante

imputation» (d’avoir composé l’_Aloysia_), «mais je connais son style

Français et Latin, qui met son innocence à l’abri de tout soupçon de

ce genre. Chorier ne manquait pas d’instruction, mais ce serait se

moquer que de chercher dans ses écrits de la verve et de l’éloquence,

et ce sont les caractères distinctifs de la Latinité néologique et

maniérée du faux Meursius.» Qui ne serait trompé, à une affirmation

aussi nette? Une chose est cependant certaine pour nous, c’est que

Nodier n’avait pas lu deux pages du Latin de Chorier; il s’est imaginé

en avoir lu. Sans se livrer à de profondes études comparatives, on

reconnaît à première vue dans les écrits Latins de Chorier, y compris

l’_Aloysia_, les mêmes procédés de style, les mêmes tournures, les

mêmes périodes Cicéroniennes, le même choix de mots. Si l’_Aloysia_ se

trouve avoir plus d’attraits que la _Vie de Boissat_, les _Carmina_ ou

les _Mémoires_, cela tient uniquement au sujet; l’écrivain, avec ses

qualités et ses défauts, reste parfaitement identique à lui-même.

La première édition, parue, comme nous l’avons dit plus haut, vers

1658, ne contenait que six Dialogues: _Velitatio_, _Tribadicon_,

_Fabrica_, _Duellum_, _Libidines_, _Veneres_; telle se présenta tout

d’abord l’œuvre originale, telle nous la reproduisons, au moins

provisoirement. Ce n’est pas que nous contestions l’authenticité du

Septième, intitulé _Fescennini_, que Chorier crut devoir ajouter à

l’édition de 1678. Ce supplément, sans faire corps avec l’ouvrage et

restant en dehors du plan primitif, est bien de la même main, et l’on

pénètre sans difficulté le motif qui en a dicté la composition: il

fut imaginé pour que l’on pût attribuer l’ouvrage avec une ombre de

vraisemblance à Luisa Sigea, attribution à laquelle Chorier n’avait

pas songé d’abord, et dont l’idée ne lui vint qu’après coup. La scène

des six premiers Dialogues se place en Italie; les interlocuteurs

sont tous des Italiens, des Italiennes; parmi les quelques comparses

qui apparaissent çà et là se rencontrent un Français et un Allemand:

d’Espagne et d’Espagnols, pas un mot. Il était bien peu naturel à

Luisa Sigea de ne jamais parler ni de son pays, ni de ses amis et

connaissances, dans une pareille étude de mœurs, où ce que l’on

a sous les yeux est ce que l’on peint avec plus de précision. Le

Septième Dialogue eut pour but de réparer cette inadvertance; quoique

les interlocutrices, Tullia et Ottavia, restent les mêmes, la scène se

trouve transportée en Espagne, sans que rien n’explique ce changement à

vue, et les maris des deux héroïnes sont métamorphosés en Espagnols pur

sang; s’ils ont un voyage à faire, ce n’est plus à Rome ou à Naples,

comme dans les premiers Dialogues, c’est à Tarragone. Les anecdotes qui

y sont contées fournissent au fameux Louis Vivès, contemporain de Luisa

Sigea, l’occasion de jouer un certain rôle; Gonzalve de Cordoue figure

à plusieurs reprises dans le récit; les noms des Ponce, des Guzman, des

Albuquerque, des Gomez, des Padilla, y reviennent continuellement.

Sans doute Chorier avait l’intention de faire subir à tout le reste

de l’ouvrage la même transposition de lieux et de personnages, puis

il y aura renoncé. Tel qu’il est, ce Supplément se présente avec

de nombreuses lacunes; des récits commencés, puis coupés par une

interruption, ne sont pas repris: des pages entières manquent. On

remarque aussi, entre cette partie et les premières, des contradictions

bizarres. Chorier, qui avait peur d’être compromis, a dû laisser exprès

imparfait cet appendice: il se réservait ainsi la possibilité de donner

au manuscrit un air de vétusté qui le mettait personnellement à l’abri

du soupçon. C’était un malin bien capable de prendre une précaution

de ce genre, pour le cas où on l’inquiéterait. Ce septième Dialogue

a d’ailleurs de l’intérêt, de la variété; les morceaux que l’auteur

n’a pas négligé d’achever offrent des peintures d’un charme égal à

celui qui est répandu à profusion dans tout le reste; peut-être le

donnerons-nous plus tard sous le titre de _Supplément_.

Il nous faut dire un mot, en terminant, des traductions qui ont précédé

celle-ci. La plus ancienne, _Aloysia ou Entretiens académiques des

dames_, 1680, pet. in-12, réimprimée sous les deux titres suivants:

_Les Sept entretiens satyriques d’Aloysia_, Cologne, 1681, et _Aloisia

ou l’Académie des dames en sept entretiens satyriques, augmentée de

nouveau_, Cologne, 1693 et 1700, in-12, passe pour être de l’avocat

Nicolas, fils du libraire de Grenoble qui aurait édité l’ouvrage

Latin[71]; elle est très mauvaise. Celle que l’on réimprime encore en

Belgique, le _Meursius Français ou l’Académie des Dames_, Amsterdam,

1788, 3 vol. in-18, est réputée meilleure; ce n’est cependant pas une

traduction, c’est un travail à côté, fait sur le même sujet, avec

des développements autres. Presque partout, le Traducteur a défiguré

le dialogue au point de le rendre méconnaissable, intercalé des

dissertations et réflexions ineptes, qui n’appartiennent qu’à lui, et

des couplets ridicules où _nage_ rime avec _large_, pour remplacer des

citations d’Ovide ou de Lucrèce. Même lorsqu’il a la prétention de

suivre le texte, il le paraphrase si lourdement que toute la grâce,

toute la saveur de cette Latinité si élégante, si fleurie, se trouve

noyée dans un verbiage insipide. Le début du Premier Entretien est,

somme toute, la partie qu’il a traitée avec le plus de soin, celle où

il s’écarte le moins du texte. La voici, pour qu’elle serve de point de

comparaison:

_Tullie._ Bonjour, Octavie.

_Octavie._ Votre servante, ma cousine, je suis ravie de vous

voir; je pensais présentement à vous.

_Tullie._ Je viens, ma très chère, me réjouir avec toi de la

nouvelle que j’ai apprise de ton mariage avec Pamphile; je te

jure, en amie, que j’y prends autant de part que si j’en devais

partager le plaisir la première nuit de tes noces. Ah! mon

enfant, que tu seras heureuse! Car ta beauté te rend digne des

plus tendres caresses d’un mari.

_Octavie._ Je vous suis fort obligée, ma cousine, de la part

que vous prenez à mes intérêts; je n’attendais rien moins

de votre amitié et je suis ravie que votre visite nous donne

lieu de nous entretenir pleinement sur ce sujet. J’ai appris

hier de ma mère que je n’avais plus que deux jours de terme;

elle a déjà fait dresser un lit et préparé dans le plus bel

appartement de notre maison une chambre et toutes les choses

les plus nécessaires pour cette fête. Mais pour vous dire vrai,

ma chère Tullie, tout cet appareil me donne plus de crainte

qu’il ne me cause de joie, et je ne puis pas même concevoir le

plaisir que vous dites que j’en dois recevoir.

_Tullie._ Ce n’est pas une chose fort surprenante qu’étant

tendre et jeune comme tu es, car à peine as-tu atteint

ta quinzième année, tu ignores des choses qui m’étaient

entièrement inconnues quand je fus mariée, quoique je fusse un

peu plus âgée que toi. Angélique me disait assez souvent que

je goûterais les plaisirs du monde les plus délicieux; mais,

hélas! mon ignorance me rendit insensible à toutes ses paroles.

_Octavie._ Vous me surprenez, Tullie, et j’ai de la peine à

croire ce que vous voulez me persuader de votre ignorance;

pensez-vous que je ne sache pas que vous avez toujours passé

pour une des filles les plus éclairées de notre sexe? que vous

vous êtes rendue savante dans l’histoire et dans les langues

étrangères? et que j’ignore que la connaissance des choses les

plus cachées de la nature n’a pu échapper à la vivacité de

votre esprit?

_Tullie._ Il est vrai, Octavie, que j’ai une obligation bien

particulière à mes parents de ce qu’ils m’ont élevée dans

l’étude de tout ce qu’il y a de plus beau et de plus curieux

à savoir. J’ai tâché aussi de répondre parfaitement à leur

intention; car, bien loin de faire gloire de ma science et de

ma beauté, selon la coutume de celles de notre sexe, j’ai évité

le faste et la galanterie comme un écueil dangereux, et j’ai

fait tous mes efforts pour acquérir seulement la réputation

d’une fille sage et honnête.

_Octavie._ Ceux qui ne veulent point nous flatter disent qu’il

n’y a rien de plus rare qu’une femme savante et éclairée qui

se conserve dans les bornes de l’honnêteté. Il semble que plus

nous recevons de lumière, moins nous avons de vertus, et je

me souviens, Tullie, de vous avoir ouï faire des discours sur

ce sujet qui ne se ressentaient point de l’affectation que

vous venez de faire paraître en décrivant votre conduite. Car,

parlons franchement, serait-il bien possible que votre beauté,

qui est capable toute seule d’enflammer les cœurs, ne vous

eût point fait naître d’occasions de divertissements auxquels

vous n’avez pu résister? non, je ne puis me le persuader,

puisque votre esprit même suffirait pour engager ceux qui

seraient assez aveugles pour être insensibles aux traits de

votre visage.

_Tullie._ Comment! Octavie, où est donc la simplicité de

tantôt? Le nom de mariage te faisait peur, et tu parles à

présent d’amour, de beauté et de divertissements. Tu sais ce

que c’est que d’engager un cœur, et tu as l’esprit assez vif

pour découvrir ce que je voulais te dissimuler. Je t’avouerai

tout, puisque tu as été assez adroite pour pénétrer les

sentiments de mon cœur, je ne veux plus faire de mystères

avec toi, je te demande seulement une ingénuité pareille à la

mienne et que la confidence que tu me donneras dans tes amitiés

soit sincère.

_Octavie._ Ah! Tullie, qu’une fille amoureuse a de peine à

cacher au dehors ce qui se passe au dedans d’elle-même! Vous

avez beau déguiser vos paroles, je vois dans vos yeux les

mouvements de votre âme, et la sympathie qui est entre ces deux

parties m’en a fait connaître la vérité. Soyez donc une autre

fois plus sincère et plus véritable, et n’abusez pas de la

crédulité d’une jeune fille comme moi. Si vous le demandez, je

vous ouvrirai mon cœur comme à ma plus intime; et afin que

vous n’en doutiez pas, je vais vous en donner des preuves par

le récit de ce qui s’est passé entre Pamphile et moi... etc.,

etc.

Si de temps à autre on ne rencontrait, comme point de repère, une

phrase à peu près rendue, on croirait à peine que le Traducteur avait

sous les yeux le même texte que nous. En poursuivant la lecture, on

fait les découvertes les plus imprévues. A certain moment, Octavie

interrompt le récit que lui fait Tullie en s’écriant: «C’est assurément

qu’il avait le feu au derrière et qu’il ne pouvait l’éteindre que par

son secours;» on cherche dans le Latin, et on s’aperçoit que cette

gentillesse est toute de l’invention du Traducteur; Tullia poursuit

son récit, sans qu’Ottavia l’interrompe. Dans le _Colloquium_ IV,

Ottavia suggère à Tullia cette objection: «_Sed dixisti tunc non alte

tibi infixum fuisse Calliæ mucronem?_» Traduction: «Ah! le pauvre

enfant, qu’il avait de peine!» On relèverait un millier de traits

aussi réjouissants. Cependant ces inepties s’achètent, et ceux qui se

les procurent à prix d’or s’imaginent savourer enfin le _Meursius_,

ce livre si célèbre, le chef-d’œuvre du genre. C’est le cas de le

répéter: il n’y a que la foi qui sauve.

Mai 1881.

[65] _Les Dialogues de Luisa Sigea_, ou Satire Sotadique

de Nicolas Chorier, prétendue écrite en Espagnol par Luisa

Sigea et traduite en Latin par Jean Meursius. Édition

mixte Franco-Latine. _Paris_, _Liseux_, 1881, 4 vol. pet.

in-18.—Autre édition: _Les Dialogues de Luisa Sigea sur les

arcanes de l’Amour et de Vénus_; ou Satire Sotadique de Nicolas

Chorier, prétendue écrite en Espagnol par Luisa Sigea et

traduite en Latin par Jean Meursius. Texte Latin revu sur les

premières éditions et traduction littérale, la seule complète,

par le traducteur des _Dialogues de Pietro Aretino_. _Imprimé

à cent exemplaires pour Isidore Liseux et ses amis._ _Paris_,

1882, 4 vol. in-8.

[66] Luisa Sigea, d’une famille d’origine Française, était

née à Tolède vers 1530; elle mourut en 1560. Elle a composé

quelques poésies Latines.

[67] Cette partie des _Mémoires_ se rapporte à l’année 1679;

elle nous donne la date de la première édition de l’_Aloysia_,

qui doit être, au plus tard, de 1658 ou 1659.

[68] Henri Lambert d’Herbigny, marquis de Thibouville,

intendant de justice, police et finances de la ville de

Lyon, provinces de Lyonnais, Forez, Beaujolais et Dauphiné.

Il venait d’entrer en charge (1679) et succédait à François

Dugué de Bagnols, ami et protecteur de Chorier. Ce changement

d’intendant donnait à la dénonciation de l’évêque Le Camus

quelque chance d’aboutir.

[69] _Nicolai Chorerii Viennensis Adversarorium de vita

et rebus sui libri tres._ Nous avons donné une traduction

complète de ces _Mémoires_ dans la _Curiosité_, IIIe et IVe

séries; on trouvera en outre dans la IIIe série, sous le titre

d’_Éclaircissements sur le «Meursius»_, des renseignements plus

détaillés sur toute cette période de la vie de Nicolas Chorier

et ses relations avec l’intendant Du Gué de Bagnols. Ce travail

avait déjà paru en tête de l’édition in-8° des _Dialogues de

Luisa Sigea_.

[70] Note du catalogue Pixerécourt.

[71] Nous avons sous les yeux la première édition, que personne

n’avait encore déterminée: elle a, selon toute apparence, été

imprimée non à Grenoble, mais à Lyon.

XXII

MANUEL

D’ÉROTOLOGIE CLASSIQUE

PAR FRÉD.-CH. FORBERG[72]

L’éminent auteur de ce livre n’a pas beaucoup fait parler de lui; son

nom est quelquefois cité, dans les Manuels et les Catalogues, à propos

de l’_Hermaphroditus_ d’Antonio Beccadelli, surnommé le Panormitain,

qu’il a édité: Brunet, Charles Nodier, la _Bibliographie des ouvrages

relatifs aux femmes, à l’amour et au mariage_, le mentionnent à cette

occasion; la liste de ses ouvrages se trouve d’autre part dans l’_Index

locupletissimus librorum_ ou _Bücher-Lexicon_ de Christian-Gottlob

Kayser (Leipzig, 1834). Mais, sauf l’_Allgemeine Deutsche Biographie_,

que la Commission historique de l’Académie de Munich a commencé à

publier en 1878 et qui lui a consacré une courte Notice, tous les

Dictionnaires ou Recueils de Biographie ancienne et moderne sont muets

à son égard; le _Conversations-Lexicon_ et l’immense Encyclopédie de

Ersch et Gruber n’ont pas une ligne pour lui: chez nous, Michaud,

Didot, Bachelet et Dezobry, Bouillet, Vapereau, ignorent complètement

son existence. Il vaut pourtant bien la peine qu’on en dise un mot ou

deux.

Friedrich-Karl Forberg, né en 1770 à Meuselwitz (Duché de

Saxe-Altenbourg), mort en 1848 à Hildburghausen, était un adepte et

un collaborateur de Fichte; il s’occupa aussi d’exégèse religieuse,

et fut surtout un philologue, un humaniste érudit et curieux. Il

suivit d’abord la carrière universitaire; privat-docent en 1792,

professeur-adjoint de Philosophie à la Faculté d’Iéna (1793), il

fut nommé, en 1796, co-recteur à Saalfeld. Sa thèse inaugurale:

_Dissertatio inauguralis de æsthetica transcendentali_, porte la date

de 1792 (Iéna, in-8°); il la fit suivre d’un _Traité des bases et des

règles du libre-arbitre_, en Allemand (Iéna, 1795, in-8°) et d’un

_Fragment tiré de mes papiers_, en Allemand (1795). De 1796 à 1800,

il contribua pour une large part à la défense des doctrines de Fichte

dans les Journaux, les Revues, notamment le _Magasin philosophique_

de Schmid, et dans diverses feuilles fondées par Fichte lui-même. Il

publia en outre: _Animadversiones in loca selecta Novi Testamenti_

(Saalfeld, 1798, in-4°); _Apologie pour son prétendu athéisme_, en

Allemand (Gotha, 1799, in-8°); _Des devoirs des Savants_, en Allemand

(Gotha, 1801, in-8°), etc.

Curiosa: Essais critiques de littérature ancienne ignorée ou mal connue · 第 10 / 24 段