Le grand-maréchal et le général Drouot, seuls grands personnages
auprès de l'empereur.--Destinée connue de Sa Majesté.--Les
commissaires des alliés.--Demande et répugnance de
l'empereur.--Préférence pour le commissaire anglais.--Vie
silencieuse dans le palais.--L'empereur plus calme.--Mot de Sa
Majesté.--La veille du départ et jour de désespoir.--Fatalité des
cent mille francs que m'avait donnés l'empereur.--Question
inattendue et inexplicable de M. le grand-maréchal.--Ce que
j'aurais dû faire.--Inconcevable oubli de l'empereur.--Les cent
mille francs déterrés.--Terreur d'avoir été volé.--Affreux
désespoir.--Erreur de lieu et le trésor retrouvé.--Prompte
restitution.--Horreur de ma situation.--Je quitte le
palais.--Mission de M. Hubert auprès de moi.--Offre de trois cent
mille francs pour accompagner l'empereur.--Ma tête est perdue et
crainte d'agir par intérêt.--Cruelles réflexions.--Tortures
inouïes.--L'empereur est parti.--Situation sans exemple.--Douleurs
physiques et souffrances morales.--Complète solitude de ma
vie.--Visite d'un ami.--Fausse interprétation de ma conduite dans
un journal.--M. de Turenne accusé à tort.--Impossibilité de me
défendre par respect pour Sa Majesté.--Consolations puisées dans le
passé.--Exemples et preuves de désintéressement de ma part.--Refus
de quatre cent mille francs.--M. Marchand placé par moi près de
l'empereur.--Reconnaissance de M. Marchand.
L'EMPEREUR après le 12 d'avril n'eut pour ainsi dire plus auprès de lui,
de tous les grands personnages qui entouraient ordinairement Sa Majesté,
que M. le grand-maréchal du palais et M. le comte Drouot. Ce ne fut plus
long-temps un secret dans le palais que le sort réservé à l'empereur et
qu'il avait accepté. Le 16 nous vîmes arriver à Fontainebleau les
commissaires des alliés, chargés d'accompagner Sa Majesté jusqu'au lieu
de son embarquement pour l'île d'Elbe. C'étaient MM. le comte
Schuwaloff, aide-de-camp de l'empereur Alexandre, pour la Russie; le
colonel Neil-Campbell pour l'Angleterre; le général Kohler pour
l'Autriche, et enfin le comte de Waldbourg-Truchefs pour la Prusse. Bien
que Sa Majesté eut demandé elle-même à être accompagnée par ces quatre
commissaires, leur présence à Fontainebleau me parut influer sur elle
d'une manière extrêmement désagréable. Cependant ces messieurs reçurent
de l'empereur un accueil fort différent, et d'après quelques mots que
j'entendis dire à Sa Majesté je pus me convaincre en cette occasion,
comme dans beaucoup d'autres circonstances précédentes, qu'elle avait
une prédilection d'estime très-marquée pour les Anglais entre tous ses
ennemis; aussi le colonel Campbell fut-il particulièrement mieux
accueilli que les autres commissaires; tandis que la mauvaise humeur de
l'empereur tomba surtout sur le commissaire du roi de Prusse, qui n'en
pouvait mais, et faisait la meilleure contenance possible.
À l'exception du changement très-peu apparent apporté à Fontainebleau
par la présence de ces messieurs, aucun incident remarquable, du moins à
ma connaissance, ne vint troubler la triste et uniforme vie de
l'empereur dans le palais. Tout demeura morne et silencieux parmi les
habitans de cette dernière demeure impériale; mais cependant l'empereur
me parut de sa personne plus calme depuis qu'il avait définitivement
pris son parti que lorsque son âme flottait encore au milieu des plus
douloureuses indécisions. Il parla quelquefois devant moi de
l'impératrice et de son fils, mais pas aussi souvent que je m'y serais
attendu. Mais une chose qui me frappa profondément, c'est que jamais un
seul mot ne sortit de sa bouche qui pût rappeler la fatale résolution
que Sa Majesté avait prise dans la nuit du 11 au 12, et qui, comme on
l'a vu, n'eut heureusement pas les suites funestes que l'on en pouvait
redouter. Quelle nuit! quelle nuit! De ma vie il ne me sera possible d'y
penser sans frémir.
Après l'arrivée des commissaires des puissances alliées, l'empereur
parut peu à peu s'acclimater, pour ainsi dire, à leur présence, et la
principale occupation de toute la maison consista dans les soins à
donner aux préparatifs du départ. Un jour, pendant que j'habillais Sa
Majesté: «Hé bien, mon fils, me dit-elle en souriant, faites préparer
votre charrette; nous irons planter nos choux.» Hélas! j'étais bien loin
de penser, en entendant ces paroles familières, que, par un concours
inouï de circonstances, j'allais me trouver forcé de céder à une
inexplicable fatalité qui ne voulait pas que, malgré l'ardent désir que
j'en avais, j'accompagnasse l'empereur sur la terre d'exil.
La veille du jour fixé pour le départ, M. le grand-maréchal du palais me
fit appeler. Après m'avoir donné quelques ordres relatifs au voyage, il
me dit que l'empereur désirait savoir à combien pouvait s'élever la
somme d'argent que j'avais à lui. J'en donnai tout de suite le compte à
M. le grand-maréchal, et il vit que cette somme s'élevait à 300,000
francs environ, en y comprenant l'or renfermé dans une cassette que M.
le baron Fain m'avait remise, attendu qu'il ne devait pas être du
voyage. M. le grand-maréchal me dit qu'il en rendrait compte à
l'empereur. Une heure après il me fit appeler de nouveau et me dit que
Sa Majesté croyait avoir 100,000 francs de plus: je répondis que j'avais
en effet 100,000 francs que l'empereur m'avait donnés en me disant de
les enterrer dans mon jardin; enfin je lui racontai tous les détails
qu'on a lus précédemment, et je le priai de vouloir bien demander à
l'empereur si c'était de ces 100,000 fr. là que Sa Majesté voulait
parler. M. le comte Bertrand me promit de le faire, et je commis alors
la faute énorme de ne pas m'adresser moi-même directement à l'empereur.
Rien, dans ma position, ne m'eût été plus facile, et j'avais souvent
éprouvé qu'il valait toujours mieux, quand on le pouvait, aller
directement à lui que d'avoir recours à quelque intermédiaire que ce
fût. J'aurais d'autant mieux fait, en agissant de la sorte, que si
l'empereur m'avait redemandé les 100,000 fr. qu'il m'avait donnés, ce
qui, après tout, n'était guère supposable, j'étais plus que disposé à
les lui rendre sans me permettre la moindre réflexion. Qu'on juge de mon
étonnement quand M. le grand-maréchal me rapporta que l'empereur ne se
rappelait pas de m'avoir donné la somme en question. Dans le premier
moment je devins rouge d'indignation et de colère. Quoi! l'empereur
avait pu laisser croire à M. le comte Bertrand que j'avais voulu, moi,
son fidèle serviteur, m'approprier une somme qu'il m'avait donnée avec
toutes les circonstances que j'ai rapportées! Je n'avais plus la tête à
moi à cette seule pensée. Je sortis dans un état impossible à décrire,
en assurant M. le grand-maréchal que dans une heure au plus je lui
restituerais le funeste présent de Sa Majesté.
En traversant rapidement la cour du palais je rencontrai M. de Turenne,
à qui je racontai tout ce qui venait de m'arriver: «Cela ne m'étonne
pas, me répondit-il, et nous allons en voir bien d'autres.» En proie à
une sorte de fièvre morale, la tête brisée, le cœur navré, je cherchai
Denis, le garçon de garde-robe dont j'ai parlé précédemment; je le
trouvai bien heureusement, et je courus avec lui en toute hâte à ma
campagne, et Dieu m'est témoin que la perte des 100,000 fr. n'entrait
pour rien dans ma profonde affliction; je n'y pensais seulement pas.
Comme la première fois, nous passâmes pour n'être point vus par le côté
de la forêt. Nous nous mîmes à creuser la terre pour en retirer l'argent
que nous y avions déposé; et dans l'ardeur que je mettais à reprendre ce
misérable or pour le rendre à M. le grand-maréchal, je fis creuser plus
loin qu'il ne fallait. Non, je ne saurais dire de quel désespoir je fus
saisi quand voyant que nous ne trouvions rien, je crus que quelqu'un
nous avait vus et suivis, qu'enfin j'étais volé. C'était pour moi un
coup de foudre plus écrasant encore que le premier; j'en voyais les
suites avec horreur; qu'allait-on dire, qu'allait-on penser de moi? me
croirait-on sur ma parole? c'était bien alors que M. le grand-maréchal,
déjà prévenu par l'inexplicable réponse de l'empereur, allait me prendre
pour un homme sans honneur. J'étais anéanti sous ces fatales pensées
quand Denis me fit observer que nous n'avions pas fouillé dans le bon
endroit et que nous nous étions trompés de quelques pieds. J'embrassai
avec ardeur cette lueur d'espérance; nous nous remîmes à creuser la
terre avec plus d'empressement que jamais, et je puis dire sans
exagération que j'éprouvai une joie qui tenait du délire, quand
j'aperçus le premier des sacs. Nous les retirâmes successivement tous
les cinq, et à l'aide de Denis je les rapportai au palais. Alors je les
déposai sans retard entre les mains de M. le grand-maréchal, avec les
clefs du nécessaire de l'empereur et la cassette que m'avait remise M.
le baron Fain. Je lui dis en le quittant: «Monseigneur, je vous prie de
vouloir bien faire savoir à Sa Majesté que je ne la suivrai pas.--Je le
lui dirai.»
Après cette réponse froide et laconique, je sortis à l'instant du
palais, et je fus tout auprès, rue du Coq-Gris, chez M. Clément,
huissier, qui depuis long-temps était chargé de mes petits intérêts et
des soins à donner à ma maison pendant les longues absences que
nécessitaient les voyages et les campagnes de l'empereur. Là je donnai
un libre cours à mon désespoir. J'étouffais de rage en songeant que l'on
avait pu suspecter ma probité, moi qui, depuis quatorze ans, servais
l'empereur avec un désintéressement poussé jusqu'au scrupule, à tel
point que beaucoup de gens appelaient cela de la niaiserie; moi qui
n'avais jamais rien demandé à l'empereur ni pour moi ni pour les miens!
Ma tête se perdait quand je cherchais à m'expliquer comment il se
pouvait que l'empereur, qui le savait bien, avait pu me faire passer
auprès d'un tiers pour un homme sans honneur; plus j'y pensais plus mon
irritation devenait extrême, et moins il m'était possible de trouver
l'ombre d'un motif au coup qui me frappait. J'étais dans la plus grande
violence de mon désespoir lorsque M. Hubert, valet de chambre ordinaire
de l'empereur, vint me dire que Sa Majesté me donnerait tout ce que je
voudrais si je voulais la suivre, que 300,000 fr. me seraient comptés
sur-le-champ. Dans ce premier moment, je le demande à tous les hommes
honnêtes, que pouvais-je faire, et qu'auraient-ils fait à ma place? Je
répondis, que quand j'avais pris la résolution de consacrer ma vie
entière au service de l'empereur malheureux, ce n'était point en vue
d'un vil intérêt; mais j'avais le cœur brisé qu'il eût pu me faire
passer auprès de M. le comte Bertrand pour un imposteur et un malhonnête
homme. Ah! qu'alors j'aurais été heureux que l'empereur n'eût jamais
songé à me donner ces maudits cent mille francs! ces idées me mettaient
au supplice. Ah! si du moins, j'avais pu prendre vingt-quatre heures de
réflexion, quelque juste que fût mon ressentiment, comme j'en aurais
fait le sacrifice! Je n'aurais plus pensé qu'à l'empereur; je l'aurais
suivi: une funeste et inexplicable fatalité ne l'a pas voulu.
Ceci se passa le 19 d'avril, jour qui fut le plus malheureux de ma vie.
Quelle soirée, quelle nuit et je passai! quelle douleur fut la mienne
quand le lendemain j'appris que l'empereur était parti à midi, après
avoir fait ses adieux à sa garde! Dès le matin tout mon ressentiment
était tombé, en songeant à l'empereur. Vingt fois je voulus rentrer au
palais; vingt fois après son départ je voulus prendre la poste jusqu'à
ce que j'aie pu le rejoindre; mais j'étais enchaîné par l'offre même
qu'il m'avait fait faire par M. Hubert. «Peut-être, pensais-je,
croira-t-il que c'est cela qui me ramène; on le dira sans doute autour
de lui, et quelle opinion aura-t-on de moi?» Dans cette cruelle
perplexité je n'osai prendre un parti; je souffris tout ce qu'il est
possible à un homme de souffrir, et par momens ce qui n'était que trop
vrai ne me semblait pas réel, tant il me paraissait impossible que je
fusse où l'empereur n'était pas. Tout dans cette affreuse position
contribuait à aggraver ma douleur; je connaissais assez l'empereur pour
savoir qu'alors même que je serais revenu auprès de lui, il n'aurait
jamais oublié que j'avais voulu le quitter; je ne me sentais pas la
force d'entendre un pareil reproche sortir de sa bouche; d'un autre côté
les souffrances physiques causées par la maladie dont j'étais atteint
étaient devenues extrêmement aiguës, et je fus contraint de garder le
lit assez long-temps. J'aurais bien encore triomphé de ces souffrances
physiques, quelque cruelles qu'elles fussent, mais dans l'affreuse
complication de ma position, j'étais anéanti jusqu'à l'hébètement; je ne
voyais rien de ce qui m'environnait; je n'entendais rien de ce qu'on me
disait, et le lecteur ne s'attend sûrement pas d'après cela que j'aie
rien à lui dire sur les adieux de l'empereur à sa vieille et fidèle
garde, dont au surplus on a publié un assez grand nombre de relations
pour que la vérité soit connue sur un événement qui d'ailleurs se passa
en plein jour. Là pourraient se terminer mes mémoires; mais le lecteur,
je le pense, ne peut me refuser encore quelques momens d'attention pour
des faits que j'ai le droit d'expliquer, et pour quelques autres,
relatifs au retour de l'île d'Elbe. Je continue sur le premier point; le
second sera le sujet d'un dernier chapitre.
L'empereur était donc parti, et moi, enfermé seul dans ma campagne,
devenue désormais bien triste pour moi; je me tins hors de communication
avec qui que ce soit, ne lisant point de nouvelles, ne cherchant point à
en apprendre. Au bout de quelque temps, j'y reçus la visite d'un de mes
amis de Paris, qui me dit que les journaux parlaient de ma conduite sans
la connaître, et qu'ils la blâmaient fort: il ajouta que c'était M. de
Turenne qui avait envoyé aux rédacteurs la note dans laquelle j'étais
jugé avec une extrême sévérité. Je dois dire que je ne le crus pas; je
connaissais trop M. de Turenne pour le croire capable d'un procédé aussi
peu honorable, d'autant que je lui avais dit tout avec franchise, et que
l'on a vu la réponse qu'il m'avait faite. Mais d'où que cela vînt le mal
n'en était pas moins fait, et par l'incroyable complication de ma
position je me trouvais réduit au silence. Certes, rien ne m'eût été
plus facile que de répondre, que de repousser la calomnie par le récit
exact des faits; mais devais-je me justifier de la sorte, et pour ainsi
dire en accusant l'empereur, dans un moment surtout où régnait une si
grande effervescence parmi les ennemis de Sa Majesté? Quand je voyais un
si grand homme en butte aux traits de la calomnie, je prouvais bien,
moi, chétif et jeté dans la foule obscure, souffrir que quelques-uns de
ces traits envenimés vinssent tomber jusque sur moi. Aujourd'hui le
temps était venu de dire la vérité, et je l'ai dite sans restriction,
non point pour m'excuser, car je m'accuse au contraire de n'avoir pas
fait une totale abnégation de moi et de ce que l'on en pourrait dire en
suivant l'empereur à l'île d'Elbe. Toutefois, qu'il me soit permis de
dire en ma faveur que dans ce mélange de souffrances physiques et
morales qui m'assaillirent ensemble, il faudrait être bien sûr de
n'avoir jamais failli pour condamner entièrement cette irritabilité si
naturelle à un homme d'honneur que l'on accuse d'une soustraction
frauduleuse. C'est donc là, me disais-je, la récompense de tant de
soins, de tant de fatigues, d'un dévouement sans bornes et d'une
délicatesse dont l'empereur, je puis le dire hautement, m'avait souvent
loué, et à laquelle il a rendu justice plus tard, comme on le verra
quand j'aurai à parler de quelques circonstances qui se rattachent à
l'époque du 20 mars de l'année suivante.
C'est bien gratuitement et bien méchamment que l'on a attribué à des
motifs d'intérêt le parti que dans mon désespoir je pris de quitter
l'empereur. Il suffirait au contraire du plus simple bon sens pour voir
que si j'eusse été capable de me laisser guider par mes intérêts, tout
aurait voulu que j'accompagnasse Sa Majesté. En effet le chagrin qu'elle
me causa, et la manière vive dont j'en fus accablé, ont plus nui à ma
fortune que toute autre détermination ne pouvait le faire. Que
pouvais-je espérer en France, où je n'avais droit à rien? N'est-il pas
d'ailleurs bien évident pour quiconque voudra se rappeler ma position,
toute de confiance auprès de l'empereur, que si j'avais été guidé par
l'amour de l'or, ma place m'aurait mis à même d'en faire d'abondantes
moissons, sans nuire en rien à ma réputation; mais mon désintéressement
était si bien connu, que je puis défier qui que ce soit de dire que
pendant tout le temps que dura ma faveur, j'en aie jamais usé pour
rendre d'autres services que des services désintéressés. Maintes fois
j'ai refusé d'appuyer une demande pour cela seulement, que la
sollicitation était accompagnée d'une offre d'argent, et ces offres
étaient souvent très-considérables. Qu'il me sait permis d'en citer un
seul exemple entre beaucoup d'autres de la même nature: je reçus un jour
l'offre d'une somme de quatre cent mille francs, qui me fut faite par
une dame d'un nom très-noble, si je voulais faire accueillir
favorablement par l'empereur une pétition dans laquelle elle réclamait
ce qui lui était dû pour un terrain à elle appartenant, sur lequel avait
été construit le port de Bayonne. J'avais réussi dans des demandes plus
difficiles que celle-ci; eh bien, je refusai de me charger de l'appuyer,
uniquement à cause de l'offre qui m'avait été faite: j'aurais voulu
obliger cette dame, mais uniquement pour le plaisir de l'obliger, et ce
ne fut jamais que dans ce seul but que je me permis de solliciter de
l'empereur des grâces qu'il m'a presque toujours accordées. On ne peut
pas dire non plus que j'aie jamais demandé à Sa Majesté des licences,
des bureaux de loterie, ni aucune autre chose de ce genre, dont on sait
qu'il s'est fait plus d'une fois un commerce scandaleux, et sans aucun
doute, si j'en avais demandé l'empereur m'en aurait accordé.
La confiance que m'avait toujours témoignée l'empereur était telle qu'à
Fontainebleau même, comme il avait été décidé qu'aucun des valets de
chambre ordinaire de Sa Majesté ne l'accompagnerait à l'île d'Elbe,
l'empereur s'en remit à moi du choix d'un jeune homme qui pût me
seconder dans mon service. Je jetai les yeux sur un garçon
d'appartement, dont la probité m'était parfaitement connue, et qui
d'ailleurs était le fils de madame Marchand, première berceuse du roi de
Rome. J'en parlai à l'empereur, qui l'agréa, et j'allai sur-le-champ en
donner la nouvelle à M. Marchand, qui accepta avec reconnaissance, et me
témoigna par ses remerciemens combien il se trouvait heureux de nous
accompagner; je dis nous, car en ce moment j'étais bien loin de prévoir
l'enchaînement de circonstances fatales que j'ai fidèlement rapportées;
et l'on verra dans la suite, par la manière dont M. Marchand s'exprima
sur mon compte aux Tuileries pendant les cent jours, que je n'avais
point placé ma confiance dans un ingrat.