CHAPITRE XVIII.

Confusion et tumulte à Mayence.--Décrets de Mayence.--Convocation

du Corps-Législatif.--Ingratitude du général de Wrede.--Désastres

de sa famille.--Emploi du temps de l'empereur, et redoublement

d'activité.--Les travaux de Paris.--Troupes équipées comme par

enchantement.--Anxiété des Parisiens.--Première anticipation sur la

conscription.--Mauvaises nouvelles de l'armée.--Évacuation de la

Hollande et retour de l'archi-trésorier.--Capitulation de

Dresde.--Traité violé et indignation de l'empereur.--Mouvement de

vivacité.--Confiance dont m'honorait Sa Majesté.--Mort de M. le

comte de Narbonne.--Sa première destination.--Comment il fut

aide-de-camp de l'empereur.--Vaine ambition de plusieurs

princes.--Le prince Léopold de Saxe-Cobourg.--Jalousie causée par

la faveur de M. de Narbonne.--Les noms oubliés.--Opinion de

l'empereur sur M. de Narbonne.--Mot caractéristique.--Le général

Bertrand, grand maréchal du palais.--Le maréchal Suchet,

colonel-général de la garde.--Changement dans la haute

administration de l'empire.--Droit déféré à l'empereur de nommer le

président du corps législatif.--M. de Molé et le plus jeune des

ministres de l'empire.--Détails sur les excursions de l'empereur

dans Paris.--Sa Majesté me reconnaît dans la foule.--Gaîté de

l'empereur.--L'empereur se montrant plus souvent en public.--Leurs

Majestés à l'Opéra, et le ballet de _Nina_.--Vive satisfaction

causée à l'empereur par les acclamations populaires.--L'empereur et

l'impératrice aux Italiens; représentation extraordinaire et madame

Grassini.--Visite de l'empereur à l'établissement de

Saint-Denis.--Les pages, et gaîté de l'empereur.--Réflexion

sérieuse.

JE me suis un peu éloigné dans le chapitre précédent de mes souvenirs de

Paris, depuis notre retour d'Allemagne, après la bataille de Leipzig et

le court séjour de l'empereur à Mayence. Je ne puis aujourd'hui encore

tracer le nom de cette dernière ville, sans me rappeler le spectacle de

tumulte et de confusion qu'elle offrait après la glorieuse trouée de

Hanau, où furent si vigoureusement battus les Bavarois, la première fois

que dans une affaire sérieuse, ils se présentèrent comme ennemis à ceux

dans les rangs desquels ils avaient précédemment combattu. Ce fut, si je

ne me trompe, à cette dernière affaire que le général Bavarois de Wrede

et sa famille même furent immédiatement victimes de leur trahison. Le

général, que l'empereur avait comblé de bontés, fut blessé

mortellement; tous les parens qu'il avait dans l'armée bavaroise furent

tués, et son gendre le prince d'Oettingen éprouva le même sort. C'était

un de ces événemens qui ne manquaient guère de frapper l'esprit de Sa

Majesté, parce qu'ils rentraient dans ses idées de fatalité. Ce fut

également de Mayence que l'empereur rendit le décret de convocation du

Corps-Législatif pour le 2 décembre; mais, comme on le verra,

l'ouverture en fut retardée, et plut à Dieu que la réunion en eût été

indéfiniment ajournée; car alors Sa Majesté n'aurait pas éprouvé les

tribulations que lui causèrent plus tard les symptômes d'opposition qui

se manifestèrent pour la première fois, et d'une manière au moins

intempestive.

Une des choses qui m'étonnaient le plus, et qui m'étonne encore bien

plus aujourd'hui quand j'y pense, c'est l'inconcevable activité de

l'empereur: bien loin de diminuer, elle semblait prendre chaque jour une

nouvelle extension, comme si l'exercice même de ses forces les avait

doublées. À l'époque dont je parle, je ne saurais donner une idée de la

manière dont le temps de Sa Majesté était rempli. Depuis, d'ailleurs,

qu'il avait revu l'impératrice et son fils, l'empereur avait repris sa

sérénité: alors je ne surpris même que très-rarement en lui de ces

signes extérieurs d'abattement qu'il n'avait pas toujours dissimulés

dans son intérieur, après notre retour de Moscou. Il s'occupa plus

ostensiblement encore que de coutume des nombreux travaux qu'il faisait

exécuter dans Paris. C'était une utile distraction à ses grandes pensées

de guerre et aux nouvelles affligeantes qui lui arrivaient de l'armée.

Presque chaque jour des troupes équipées comme par enchantement étaient

passées en revue par Sa Majesté, et dirigées immédiatement sur le Rhin,

dont la ligne était presque entièrement menacée; le danger, auquel nous

ne songions guère, dut paraître alors imminent aux habitans de la

capitale, qui n'étaient pas tous entraînés comme nous par l'espèce de

charme que l'empereur répandait sur tous ceux qui avaient l'honneur

d'approcher son auguste personne. En effet, on vit alors pour la

première fois demander au sénat un contingent d'hommes par anticipation

sur l'année suivante, et d'ailleurs chaque jour apportait des nouvelles

fâcheuses. Nous vîmes ainsi revenir dans le courant de l'automne le

prince archi-trésorier, forcé de quitter la Hollande après l'évacuation

de ce royaume par nos troupes, tandis que M. le maréchal Gouvion

Saint-Cyr était contraint de signer à Dresde une capitulation pour lui

et les trente mille hommes qu'il avait conservés dans cette place.

La capitulation de M. le maréchal Saint-Cyr ne tiendra sûrement jamais

une place honorable dans l'histoire du cabinet de Vienne. Il ne

m'appartient pas de juger ces combinaisons de la politique; mais je ne

puis oublier l'indignation que tout le monde manifesta au palais, quand

on apprit que cette capitulation avait été outrageusement violée par

ceux qui étaient devenus les plus forts. Il était dit dans la

capitulation que le maréchal reviendrait en France avec les troupes sous

ses ordres; qu'il amènerait avec lui une partie de son artillerie; que

ces troupes pourraient être échangées contre un pareil nombre de troupes

des puissances alliées; que les malades français restés à Dresde

seraient dirigés sur la France à mesure de leur guérison, et qu'enfin le

maréchal se mettrait en mouvement le 16 de novembre. Rien de tout cela

n'eut lieu. Qu'on juge donc de l'indignation que dut éprouver

l'empereur, déjà si profondément affligé de la capitulation de Dresde,

quand il apprit qu'au mépris des conventions stipulées, ses troupes

étaient faites prisonnières par le prince de Schwartzenberg. Je me

rappelle qu'un jour M. le prince de Neufchâtel étant dans le cabinet de

Sa Majesté, où je me trouvais en ce moment, l'empereur lui dit avec un

peu d'emportement: «Vous me parlez de la paix!.. Eh f.....! comment

voulez-vous que je croie à la bonne foi de ces gens-là?... Voyez ce qui

arrive à Dresde!... Non! vous dis-je, ils ne veulent pas traiter; ils

ne veulent que gagner du temps. C'est à nous de n'en pas perdre.» Le

prince ne répondit rien, ou du moins je n'entendis pas sa réponse, car

je sortis alors du cabinet où j'avais fini d'exécuter l'ordre qui m'y

avait appelé. Au surplus, je puis ajouter comme nouvelle preuve de la

confiance dont Sa Majesté daignait m'honorer, que jamais quand j'entrais

elle ne s'interrompait de ce qu'elle disait, quelle qu'en fût

l'importance, et j'ose affirmer que si ma mémoire était meilleure, ces

souvenirs seraient beaucoup plus riches qu'ils ne le sont.

Puisque j'ai parlé des mauvaises nouvelles qui assaillirent l'empereur

presque coup sur coup pendant les derniers mois de 1813, il en est une

que je ne saurais omettre, tant Sa Majesté en fut péniblement affectée:

je veux parler de la mort de M. le comte Louis de Narbonne. De toutes

les personnes qui n'avaient pas commencé leur carrière sous les yeux de

l'empereur, M. de Narbonne était peut-être celle qu'il affectionnait le

plus; et il faut convenir qu'il était impossible de joindre à un mérite

réel des manières plus séduisantes. L'empereur le regardait comme le

plus propre à amener à bien une négociation; aussi disait-il un jour de

lui: «Narbonne est né ambassadeur.» On savait dans le palais pourquoi

l'empereur l'avait nommé son aide-de-camp à l'époque où l'on forma la

maison de l'impératrice Marie-Louise. D'abord, l'intention de l'empereur

avait été de le nommer chevalier d'honneur de la nouvelle impératrice;

mais une intrigue savamment ourdie amena celle-ci à le refuser, et ce

fut en quelque sorte comme en dédommagement qu'il reçut la qualité

d'aide-de-camp de Sa Majesté. Or, il n'y en avait point alors en France

à laquelle on attachât un plus haut prix. Bien des princes étrangers,

des princes souverains même, sollicitèrent en vain cette haute faveur,

et parmi ceux-ci je puis citer le prince Léopold de Saxe-Cobourg, marié

à la princesse Charlotte d'Angleterre, et qui refuse d'être roi de la

Grèce, après n'avoir pu obtenir d'être aide-de-camp de l'empereur.

Je n'oserais pas dire, en consultant bien ma mémoire, que personne à la

cour ne fût jaloux de voir M. de Narbonne aide-de-camp de l'empereur;

mais j'ai oublié les noms. Quoi qu'il en soit, il devint bientôt en

faveur, et chaque jour l'empereur apprécia de plus en plus ses qualités

et ses services. Je me rappelle à cette occasion avoir entendu dire à Sa

Majesté, et je crois que ce fut à Dresde, qu'elle n'avait jamais bien

connu le cabinet de Vienne avant que _le nez fin de Narbonne_, ce sont

ses expressions, ait été _flairer_ ses vieux diplomates. Après le

simulacre de négociations dont j'ai parlé précédemment, et qui remplit

la durée de l'armistice de 1813 à Dresde, M. de Narbonne était demeuré

en Allemagne, où l'empereur lui avait confié le gouvernement de Torgau.

Ce fut là qu'il mourut, le 17 de novembre, à la suite d'une chute de

cheval, malgré les soins habiles que lui prodigua M. le baron

Desgenettes. Depuis la mort du maréchal Duroc et celle du prince

Poniatowski, je ne me rappelle pas avoir vu l'empereur témoigner plus de

regrets que dans cette circonstance.

Cependant, à peu près au moment où il perdit M. de Narbonne, mais avant

d'avoir appris sa mort, l'empereur avait pourvu au remplacement auprès

de sa personne de l'homme qu'il avait le plus aimé, sans excepter le

général Desaix. Il venait d'appeler M. le général Bertrand aux hautes

fonctions de grand maréchal du palais, et ce choix fut généralement

approuvé de toutes les personnes qui avaient l'honneur de connaître M.

le comte Bertrand. Mais que pourrais-je avoir à dire ici d'un homme dont

l'histoire ne séparera plus le nom du nom de l'empereur? La même époque

avait vu tomber M. le duc d'Istrie, l'un des quatre colonels-généraux de

la garde, et le maréchal Duroc; la même nomination réunit les noms de

leurs successeurs; et M. le maréchal Suchet fut ainsi nommé en même

temps que M. le général Bertrand, et remplaça M. le maréchal Bessières

comme colonel-général dans la garde.

En même temps Sa Majesté fit plusieurs autres changemens dans le

personnel de la haute administration de l'empire. Un sénatus-consulte

ayant déféré à l'empereur le droit de nommer à son choix le président du

corps législatif, Sa Majesté destina cette présidence à M. le duc de

Massa, qui fut remplacé dans ses fonctions de grand-juge par M. le comte

Molé, le plus jeune des ministres qu'ait eus l'empereur. M. le duc de

Bassano reprit le ministère de la secrétairerie d'état, et M. le duc de

Vicence reçut le porte-feuille des relations extérieures.

J'ai dit que pendant l'automne de 1813 Sa Majesté alla plusieurs fois

visiter les travaux publics. Elle allait ordinairement à pied et presque

seule voir ceux des Tuileries et du Louvre; ensuite elle montait à

cheval, accompagnée d'un ou de deux de ses officiers tout au plus, et de

M. Fontaine, pour examiner ceux qui étaient plus éloignés. Un jour,

c'était presque à la fin de novembre, ayant profité de l'absence de Sa

Majesté pour faire quelques courses au faubourg Saint-Germain, je me

trouvai inopinément sur son passage au moment où, se rendant au

Luxembourg, elle arriva à l'entrée de la rue de Tournon, et je ne

saurais dire avec quelle vive satisfaction j'entendais les cris de _vive

l'empereur_! retentir à son approche. Je me trouvai poussé par les flots

de la foule tout près du cheval de l'empereur; pourtant je ne me

figurais pas que l'empereur m'eût reconnu. À son retour, j'eus la preuve

du contraire: Sa Majesté m'avait vu; et comme je l'aidais à changer de

vêtemens: «Eh bien! M. le drôle, me dit gaîment l'empereur, ah! ah! que

faisiez-vous au faubourg Saint-Germain? Je vois ce que c'est!... Voilà

qui est bien!... Vous allez m'espionner quand je sors.» Et beaucoup

d'autres allocutions du même genre, car ce jour-là l'empereur était

très-gai; d'où j'augurai qu'il avait été satisfait de sa visite.

Quand, à cette époque, l'empereur éprouvait quelques soucis, je crus

remarquer que pour les dissiper il se plaisait à se montrer en public,

plus fréquemment peut-être que pendant ses autres séjours à Paris, mais

toujours sans affectation. Il alla même plusieurs fois au spectacle; et

grâce aux obligeantes bontés de M. le comte de Rémusat, je me trouvais

très-fréquemment à ces réunions, qui alors encore avaient toujours

l'appareil d'une fête. Certes, lorsque le jour de la première

représentation du ballet de _Nina_, à l'Opéra, Leurs Majestés entrèrent

dans leur loge, il aurait été difficile de supposer que l'empereur

comptait déjà des ennemis parmi ses sujets. Il est vrai que les mères et

les femmes en deuil n'étaient pas là; mais ce que je puis assurer, c'est

que jamais je n'avais vu plus d'enthousiasme. L'empereur en jouissait

alors du fond de son cœur, plus peut-être qu'après ses victoires. L'idée

d'être aimé des Français faisait sur lui l'impression la plus vive. Le

soir, il en parlait; il daignait m'en parler, oserai-je le dire, comme

un enfant qui s'enorgueillit de la récompense qu'il vient de recevoir.

Alors, dans sa simplicité d'homme privé, il répétait souvent: «Ma femme!

ma bonne Louise! elle a dû être bien contente!» La vérité est que le

désir de voir l'empereur au spectacle était tel à Paris, que, comme il

se plaçait toujours dans la loge de côté donnant sur l'avant-scène,

chaque fois que l'on y pressentait sa présence, les loges situées de

l'autre côté de la salle étaient louées avec un incroyable empressement;

on préférait même les loges les plus élevées aux premières loges de la

partie de la salle d'où on le voyait plus difficilement. Il n'est

personne qui, ayant habité alors Paris, ne puisse reconnaître

l'exactitude de ces souvenirs.

Quelque temps après la première représentation du ballet de _Nina_,

l'empereur assista à un autre spectacle où je me trouvai aussi. Comme

précédemment, l'impératrice y accompagna Sa Majesté; et je ne pouvais

m'empêcher, pendant la représentation, de penser que l'empereur

éprouvait peut-être quelques souvenirs capables de le distraire de

l'harmonie de la musique. C'était au Théâtre-Italien, placé alors à

l'Odéon. On donnait _la Cléopâtre_ de Nazzolini, et la représentation

était du nombre de celles que l'on nomme _extraordinaires_, puisqu'elle

avait lieu au bénéfice de madame Grassini. Depuis fort peu de temps

seulement cette cantatrice, célèbre à plus d'un titre, s'était montrée

pour la première fois en public sur un théâtre à Paris; je crois même

que ce jour-là elle n'y paraissait que pour la troisième ou la quatrième

fois, et je dois dire, pour être exact, qu'elle ne produisit pas sur le

public parisien tout l'effet que l'on attendait de son immense

réputation. Il y avait long-temps que l'empereur ne la recevait plus

particulièrement. Cependant jusque-là les sons de sa voix et de celle de

Crescentini avaient été réservés aux oreilles privilégiées des

spectateurs de Saint-Cloud ou du théâtre des Tuileries. En cette

occasion l'empereur se montra très-généreux pour la bénéficiaire; mais

il n'en résulta aucune entrevue; car, comme l'aurait dit un poëte du

temps, la Cléopâtre de Paris n'avait pas affaire à un nouvel Antoine.

Ainsi, comme on le voit, l'empereur dérobait aux immenses affaires qui

l'occupaient quelques soirées, moins pour jouir du spectacle que pour se

montrer en public. Tous les établissemens utiles étaient l'objet de ses

soins; et il ne s'en rapportait pas seulement aux renseignemens des

hommes le plus justement investis de sa confiance, il voyait tout par

lui-même. Parmi les établissemens spécialement protégés par Sa Majesté,

il en était un qu'elle affectionnait particulièrement. Je ne crois pas

que dans aucun des intervalles d'une guerre à l'autre l'empereur soit

venu à Paris sans faire une visite à l'établissement des demoiselles de

la Légion-d'Honneur, dont madame Campan avait la direction, d'abord à

Écouen, et ensuite à Saint-Denis. L'empereur y alla donc au mois de

novembre, et je me rappelle à cette occasion une anecdote que j'entendis

raconter à Sa Majesté, et qui la divertit beaucoup. Toutefois je ne

pourrais assurer si cette anecdote se rapporte à la visite de 1813 ou à

une visite antérieure.

D'abord il faut que l'on sache que, conformément aux statuts de la

maison des demoiselles de la Légion-d'Honneur, aucun homme, à

l'exception de l'empereur, n'était admis dans l'intérieur de

l'établissement; mais comme l'empereur y allait toujours avec quelque

apparat, bien que sans être attendu, sa suite faisait en quelque sorte

partie de lui-même, et y entrait avec lui. Outre ses officiers, deux

pages ordinairement l'accompagnaient. Or, il advint que le soir, en

revenant de Saint-Denis, l'empereur me dit en riant, en entrant dans sa

chambre, où je l'attendais pour le déshabiller: «Eh bien! voilà mes

pages qui veulent ressembler aux anciens pages. Les petits drôles!...

Savez-vous ce qu'ils font?... Quand je vais à Saint-Denis, ils se

disputent à qui sera de service!... Ah! ah!...» L'empereur, en parlant,

riait et se frottait les mains; puis, après avoir répété plusieurs fois

sur le même ton: «Les petits drôles!» il ajouta, par suite d'une de ces

réflexions bizarres qui lui venaient quelquefois: «Moi, Constant,

j'aurais été un très mauvais page; je n'aurais jamais eu une pareille

idée. Au surplus, ce sont de bons jeunes gens; il en est déjà sorti de

bons officiers. Cela fera un jour des mariages.» Il était rare, en

effet, qu'une chose frivole en apparence n'amenât de la part de

l'empereur une conclusion sérieuse. Moi-même, actuellement, sauf

quelques souvenirs du passé, il ne me restera plus que des choses

sérieuses et souvent bien tristes à raconter; car nous voilà parvenu au

point où tout prit une tournure grave et se revêtit de couleurs souvent

bien sombres.

Mémoires de Constant, premier valet de chambre de l'empereur, sur la vie privée de Napoléon, sa famille et sa cour. · 第 397 / 456 题