Confusion et tumulte à Mayence.--Décrets de Mayence.--Convocation
du Corps-Législatif.--Ingratitude du général de Wrede.--Désastres
de sa famille.--Emploi du temps de l'empereur, et redoublement
d'activité.--Les travaux de Paris.--Troupes équipées comme par
enchantement.--Anxiété des Parisiens.--Première anticipation sur la
conscription.--Mauvaises nouvelles de l'armée.--Évacuation de la
Hollande et retour de l'archi-trésorier.--Capitulation de
Dresde.--Traité violé et indignation de l'empereur.--Mouvement de
vivacité.--Confiance dont m'honorait Sa Majesté.--Mort de M. le
comte de Narbonne.--Sa première destination.--Comment il fut
aide-de-camp de l'empereur.--Vaine ambition de plusieurs
princes.--Le prince Léopold de Saxe-Cobourg.--Jalousie causée par
la faveur de M. de Narbonne.--Les noms oubliés.--Opinion de
l'empereur sur M. de Narbonne.--Mot caractéristique.--Le général
Bertrand, grand maréchal du palais.--Le maréchal Suchet,
colonel-général de la garde.--Changement dans la haute
administration de l'empire.--Droit déféré à l'empereur de nommer le
président du corps législatif.--M. de Molé et le plus jeune des
ministres de l'empire.--Détails sur les excursions de l'empereur
dans Paris.--Sa Majesté me reconnaît dans la foule.--Gaîté de
l'empereur.--L'empereur se montrant plus souvent en public.--Leurs
Majestés à l'Opéra, et le ballet de _Nina_.--Vive satisfaction
causée à l'empereur par les acclamations populaires.--L'empereur et
l'impératrice aux Italiens; représentation extraordinaire et madame
Grassini.--Visite de l'empereur à l'établissement de
Saint-Denis.--Les pages, et gaîté de l'empereur.--Réflexion
sérieuse.
JE me suis un peu éloigné dans le chapitre précédent de mes souvenirs de
Paris, depuis notre retour d'Allemagne, après la bataille de Leipzig et
le court séjour de l'empereur à Mayence. Je ne puis aujourd'hui encore
tracer le nom de cette dernière ville, sans me rappeler le spectacle de
tumulte et de confusion qu'elle offrait après la glorieuse trouée de
Hanau, où furent si vigoureusement battus les Bavarois, la première fois
que dans une affaire sérieuse, ils se présentèrent comme ennemis à ceux
dans les rangs desquels ils avaient précédemment combattu. Ce fut, si je
ne me trompe, à cette dernière affaire que le général Bavarois de Wrede
et sa famille même furent immédiatement victimes de leur trahison. Le
général, que l'empereur avait comblé de bontés, fut blessé
mortellement; tous les parens qu'il avait dans l'armée bavaroise furent
tués, et son gendre le prince d'Oettingen éprouva le même sort. C'était
un de ces événemens qui ne manquaient guère de frapper l'esprit de Sa
Majesté, parce qu'ils rentraient dans ses idées de fatalité. Ce fut
également de Mayence que l'empereur rendit le décret de convocation du
Corps-Législatif pour le 2 décembre; mais, comme on le verra,
l'ouverture en fut retardée, et plut à Dieu que la réunion en eût été
indéfiniment ajournée; car alors Sa Majesté n'aurait pas éprouvé les
tribulations que lui causèrent plus tard les symptômes d'opposition qui
se manifestèrent pour la première fois, et d'une manière au moins
intempestive.
Une des choses qui m'étonnaient le plus, et qui m'étonne encore bien
plus aujourd'hui quand j'y pense, c'est l'inconcevable activité de
l'empereur: bien loin de diminuer, elle semblait prendre chaque jour une
nouvelle extension, comme si l'exercice même de ses forces les avait
doublées. À l'époque dont je parle, je ne saurais donner une idée de la
manière dont le temps de Sa Majesté était rempli. Depuis, d'ailleurs,
qu'il avait revu l'impératrice et son fils, l'empereur avait repris sa
sérénité: alors je ne surpris même que très-rarement en lui de ces
signes extérieurs d'abattement qu'il n'avait pas toujours dissimulés
dans son intérieur, après notre retour de Moscou. Il s'occupa plus
ostensiblement encore que de coutume des nombreux travaux qu'il faisait
exécuter dans Paris. C'était une utile distraction à ses grandes pensées
de guerre et aux nouvelles affligeantes qui lui arrivaient de l'armée.
Presque chaque jour des troupes équipées comme par enchantement étaient
passées en revue par Sa Majesté, et dirigées immédiatement sur le Rhin,
dont la ligne était presque entièrement menacée; le danger, auquel nous
ne songions guère, dut paraître alors imminent aux habitans de la
capitale, qui n'étaient pas tous entraînés comme nous par l'espèce de
charme que l'empereur répandait sur tous ceux qui avaient l'honneur
d'approcher son auguste personne. En effet, on vit alors pour la
première fois demander au sénat un contingent d'hommes par anticipation
sur l'année suivante, et d'ailleurs chaque jour apportait des nouvelles
fâcheuses. Nous vîmes ainsi revenir dans le courant de l'automne le
prince archi-trésorier, forcé de quitter la Hollande après l'évacuation
de ce royaume par nos troupes, tandis que M. le maréchal Gouvion
Saint-Cyr était contraint de signer à Dresde une capitulation pour lui
et les trente mille hommes qu'il avait conservés dans cette place.
La capitulation de M. le maréchal Saint-Cyr ne tiendra sûrement jamais
une place honorable dans l'histoire du cabinet de Vienne. Il ne
m'appartient pas de juger ces combinaisons de la politique; mais je ne
puis oublier l'indignation que tout le monde manifesta au palais, quand
on apprit que cette capitulation avait été outrageusement violée par
ceux qui étaient devenus les plus forts. Il était dit dans la
capitulation que le maréchal reviendrait en France avec les troupes sous
ses ordres; qu'il amènerait avec lui une partie de son artillerie; que
ces troupes pourraient être échangées contre un pareil nombre de troupes
des puissances alliées; que les malades français restés à Dresde
seraient dirigés sur la France à mesure de leur guérison, et qu'enfin le
maréchal se mettrait en mouvement le 16 de novembre. Rien de tout cela
n'eut lieu. Qu'on juge donc de l'indignation que dut éprouver
l'empereur, déjà si profondément affligé de la capitulation de Dresde,
quand il apprit qu'au mépris des conventions stipulées, ses troupes
étaient faites prisonnières par le prince de Schwartzenberg. Je me
rappelle qu'un jour M. le prince de Neufchâtel étant dans le cabinet de
Sa Majesté, où je me trouvais en ce moment, l'empereur lui dit avec un
peu d'emportement: «Vous me parlez de la paix!.. Eh f.....! comment
voulez-vous que je croie à la bonne foi de ces gens-là?... Voyez ce qui
arrive à Dresde!... Non! vous dis-je, ils ne veulent pas traiter; ils
ne veulent que gagner du temps. C'est à nous de n'en pas perdre.» Le
prince ne répondit rien, ou du moins je n'entendis pas sa réponse, car
je sortis alors du cabinet où j'avais fini d'exécuter l'ordre qui m'y
avait appelé. Au surplus, je puis ajouter comme nouvelle preuve de la
confiance dont Sa Majesté daignait m'honorer, que jamais quand j'entrais
elle ne s'interrompait de ce qu'elle disait, quelle qu'en fût
l'importance, et j'ose affirmer que si ma mémoire était meilleure, ces
souvenirs seraient beaucoup plus riches qu'ils ne le sont.
Puisque j'ai parlé des mauvaises nouvelles qui assaillirent l'empereur
presque coup sur coup pendant les derniers mois de 1813, il en est une
que je ne saurais omettre, tant Sa Majesté en fut péniblement affectée:
je veux parler de la mort de M. le comte Louis de Narbonne. De toutes
les personnes qui n'avaient pas commencé leur carrière sous les yeux de
l'empereur, M. de Narbonne était peut-être celle qu'il affectionnait le
plus; et il faut convenir qu'il était impossible de joindre à un mérite
réel des manières plus séduisantes. L'empereur le regardait comme le
plus propre à amener à bien une négociation; aussi disait-il un jour de
lui: «Narbonne est né ambassadeur.» On savait dans le palais pourquoi
l'empereur l'avait nommé son aide-de-camp à l'époque où l'on forma la
maison de l'impératrice Marie-Louise. D'abord, l'intention de l'empereur
avait été de le nommer chevalier d'honneur de la nouvelle impératrice;
mais une intrigue savamment ourdie amena celle-ci à le refuser, et ce
fut en quelque sorte comme en dédommagement qu'il reçut la qualité
d'aide-de-camp de Sa Majesté. Or, il n'y en avait point alors en France
à laquelle on attachât un plus haut prix. Bien des princes étrangers,
des princes souverains même, sollicitèrent en vain cette haute faveur,
et parmi ceux-ci je puis citer le prince Léopold de Saxe-Cobourg, marié
à la princesse Charlotte d'Angleterre, et qui refuse d'être roi de la
Grèce, après n'avoir pu obtenir d'être aide-de-camp de l'empereur.
Je n'oserais pas dire, en consultant bien ma mémoire, que personne à la
cour ne fût jaloux de voir M. de Narbonne aide-de-camp de l'empereur;
mais j'ai oublié les noms. Quoi qu'il en soit, il devint bientôt en
faveur, et chaque jour l'empereur apprécia de plus en plus ses qualités
et ses services. Je me rappelle à cette occasion avoir entendu dire à Sa
Majesté, et je crois que ce fut à Dresde, qu'elle n'avait jamais bien
connu le cabinet de Vienne avant que _le nez fin de Narbonne_, ce sont
ses expressions, ait été _flairer_ ses vieux diplomates. Après le
simulacre de négociations dont j'ai parlé précédemment, et qui remplit
la durée de l'armistice de 1813 à Dresde, M. de Narbonne était demeuré
en Allemagne, où l'empereur lui avait confié le gouvernement de Torgau.
Ce fut là qu'il mourut, le 17 de novembre, à la suite d'une chute de
cheval, malgré les soins habiles que lui prodigua M. le baron
Desgenettes. Depuis la mort du maréchal Duroc et celle du prince
Poniatowski, je ne me rappelle pas avoir vu l'empereur témoigner plus de
regrets que dans cette circonstance.
Cependant, à peu près au moment où il perdit M. de Narbonne, mais avant
d'avoir appris sa mort, l'empereur avait pourvu au remplacement auprès
de sa personne de l'homme qu'il avait le plus aimé, sans excepter le
général Desaix. Il venait d'appeler M. le général Bertrand aux hautes
fonctions de grand maréchal du palais, et ce choix fut généralement
approuvé de toutes les personnes qui avaient l'honneur de connaître M.
le comte Bertrand. Mais que pourrais-je avoir à dire ici d'un homme dont
l'histoire ne séparera plus le nom du nom de l'empereur? La même époque
avait vu tomber M. le duc d'Istrie, l'un des quatre colonels-généraux de
la garde, et le maréchal Duroc; la même nomination réunit les noms de
leurs successeurs; et M. le maréchal Suchet fut ainsi nommé en même
temps que M. le général Bertrand, et remplaça M. le maréchal Bessières
comme colonel-général dans la garde.
En même temps Sa Majesté fit plusieurs autres changemens dans le
personnel de la haute administration de l'empire. Un sénatus-consulte
ayant déféré à l'empereur le droit de nommer à son choix le président du
corps législatif, Sa Majesté destina cette présidence à M. le duc de
Massa, qui fut remplacé dans ses fonctions de grand-juge par M. le comte
Molé, le plus jeune des ministres qu'ait eus l'empereur. M. le duc de
Bassano reprit le ministère de la secrétairerie d'état, et M. le duc de
Vicence reçut le porte-feuille des relations extérieures.
J'ai dit que pendant l'automne de 1813 Sa Majesté alla plusieurs fois
visiter les travaux publics. Elle allait ordinairement à pied et presque
seule voir ceux des Tuileries et du Louvre; ensuite elle montait à
cheval, accompagnée d'un ou de deux de ses officiers tout au plus, et de
M. Fontaine, pour examiner ceux qui étaient plus éloignés. Un jour,
c'était presque à la fin de novembre, ayant profité de l'absence de Sa
Majesté pour faire quelques courses au faubourg Saint-Germain, je me
trouvai inopinément sur son passage au moment où, se rendant au
Luxembourg, elle arriva à l'entrée de la rue de Tournon, et je ne
saurais dire avec quelle vive satisfaction j'entendais les cris de _vive
l'empereur_! retentir à son approche. Je me trouvai poussé par les flots
de la foule tout près du cheval de l'empereur; pourtant je ne me
figurais pas que l'empereur m'eût reconnu. À son retour, j'eus la preuve
du contraire: Sa Majesté m'avait vu; et comme je l'aidais à changer de
vêtemens: «Eh bien! M. le drôle, me dit gaîment l'empereur, ah! ah! que
faisiez-vous au faubourg Saint-Germain? Je vois ce que c'est!... Voilà
qui est bien!... Vous allez m'espionner quand je sors.» Et beaucoup
d'autres allocutions du même genre, car ce jour-là l'empereur était
très-gai; d'où j'augurai qu'il avait été satisfait de sa visite.
Quand, à cette époque, l'empereur éprouvait quelques soucis, je crus
remarquer que pour les dissiper il se plaisait à se montrer en public,
plus fréquemment peut-être que pendant ses autres séjours à Paris, mais
toujours sans affectation. Il alla même plusieurs fois au spectacle; et
grâce aux obligeantes bontés de M. le comte de Rémusat, je me trouvais
très-fréquemment à ces réunions, qui alors encore avaient toujours
l'appareil d'une fête. Certes, lorsque le jour de la première
représentation du ballet de _Nina_, à l'Opéra, Leurs Majestés entrèrent
dans leur loge, il aurait été difficile de supposer que l'empereur
comptait déjà des ennemis parmi ses sujets. Il est vrai que les mères et
les femmes en deuil n'étaient pas là; mais ce que je puis assurer, c'est
que jamais je n'avais vu plus d'enthousiasme. L'empereur en jouissait
alors du fond de son cœur, plus peut-être qu'après ses victoires. L'idée
d'être aimé des Français faisait sur lui l'impression la plus vive. Le
soir, il en parlait; il daignait m'en parler, oserai-je le dire, comme
un enfant qui s'enorgueillit de la récompense qu'il vient de recevoir.
Alors, dans sa simplicité d'homme privé, il répétait souvent: «Ma femme!
ma bonne Louise! elle a dû être bien contente!» La vérité est que le
désir de voir l'empereur au spectacle était tel à Paris, que, comme il
se plaçait toujours dans la loge de côté donnant sur l'avant-scène,
chaque fois que l'on y pressentait sa présence, les loges situées de
l'autre côté de la salle étaient louées avec un incroyable empressement;
on préférait même les loges les plus élevées aux premières loges de la
partie de la salle d'où on le voyait plus difficilement. Il n'est
personne qui, ayant habité alors Paris, ne puisse reconnaître
l'exactitude de ces souvenirs.
Quelque temps après la première représentation du ballet de _Nina_,
l'empereur assista à un autre spectacle où je me trouvai aussi. Comme
précédemment, l'impératrice y accompagna Sa Majesté; et je ne pouvais
m'empêcher, pendant la représentation, de penser que l'empereur
éprouvait peut-être quelques souvenirs capables de le distraire de
l'harmonie de la musique. C'était au Théâtre-Italien, placé alors à
l'Odéon. On donnait _la Cléopâtre_ de Nazzolini, et la représentation
était du nombre de celles que l'on nomme _extraordinaires_, puisqu'elle
avait lieu au bénéfice de madame Grassini. Depuis fort peu de temps
seulement cette cantatrice, célèbre à plus d'un titre, s'était montrée
pour la première fois en public sur un théâtre à Paris; je crois même
que ce jour-là elle n'y paraissait que pour la troisième ou la quatrième
fois, et je dois dire, pour être exact, qu'elle ne produisit pas sur le
public parisien tout l'effet que l'on attendait de son immense
réputation. Il y avait long-temps que l'empereur ne la recevait plus
particulièrement. Cependant jusque-là les sons de sa voix et de celle de
Crescentini avaient été réservés aux oreilles privilégiées des
spectateurs de Saint-Cloud ou du théâtre des Tuileries. En cette
occasion l'empereur se montra très-généreux pour la bénéficiaire; mais
il n'en résulta aucune entrevue; car, comme l'aurait dit un poëte du
temps, la Cléopâtre de Paris n'avait pas affaire à un nouvel Antoine.
Ainsi, comme on le voit, l'empereur dérobait aux immenses affaires qui
l'occupaient quelques soirées, moins pour jouir du spectacle que pour se
montrer en public. Tous les établissemens utiles étaient l'objet de ses
soins; et il ne s'en rapportait pas seulement aux renseignemens des
hommes le plus justement investis de sa confiance, il voyait tout par
lui-même. Parmi les établissemens spécialement protégés par Sa Majesté,
il en était un qu'elle affectionnait particulièrement. Je ne crois pas
que dans aucun des intervalles d'une guerre à l'autre l'empereur soit
venu à Paris sans faire une visite à l'établissement des demoiselles de
la Légion-d'Honneur, dont madame Campan avait la direction, d'abord à
Écouen, et ensuite à Saint-Denis. L'empereur y alla donc au mois de
novembre, et je me rappelle à cette occasion une anecdote que j'entendis
raconter à Sa Majesté, et qui la divertit beaucoup. Toutefois je ne
pourrais assurer si cette anecdote se rapporte à la visite de 1813 ou à
une visite antérieure.
D'abord il faut que l'on sache que, conformément aux statuts de la
maison des demoiselles de la Légion-d'Honneur, aucun homme, à
l'exception de l'empereur, n'était admis dans l'intérieur de
l'établissement; mais comme l'empereur y allait toujours avec quelque
apparat, bien que sans être attendu, sa suite faisait en quelque sorte
partie de lui-même, et y entrait avec lui. Outre ses officiers, deux
pages ordinairement l'accompagnaient. Or, il advint que le soir, en
revenant de Saint-Denis, l'empereur me dit en riant, en entrant dans sa
chambre, où je l'attendais pour le déshabiller: «Eh bien! voilà mes
pages qui veulent ressembler aux anciens pages. Les petits drôles!...
Savez-vous ce qu'ils font?... Quand je vais à Saint-Denis, ils se
disputent à qui sera de service!... Ah! ah!...» L'empereur, en parlant,
riait et se frottait les mains; puis, après avoir répété plusieurs fois
sur le même ton: «Les petits drôles!» il ajouta, par suite d'une de ces
réflexions bizarres qui lui venaient quelquefois: «Moi, Constant,
j'aurais été un très mauvais page; je n'aurais jamais eu une pareille
idée. Au surplus, ce sont de bons jeunes gens; il en est déjà sorti de
bons officiers. Cela fera un jour des mariages.» Il était rare, en
effet, qu'une chose frivole en apparence n'amenât de la part de
l'empereur une conclusion sérieuse. Moi-même, actuellement, sauf
quelques souvenirs du passé, il ne me restera plus que des choses
sérieuses et souvent bien tristes à raconter; car nous voilà parvenu au
point où tout prit une tournure grave et se revêtit de couleurs souvent
bien sombres.