Dernière célébration de l'anniversaire du couronnement.--Amour de
l'empereur pour la France.--Sa Majesté plus populaire dans le
malheur.--Visite au faubourg Saint-Antoine.--Conversation avec les
habitans.--Enthousiasme général.--Cortége populaire de Sa
Majesté.--Fausse interprétation et clôture des grilles du
Carrousel.--L'empereur plus ému que satisfait.--Crainte du désordre
et souvenirs de la révolution.--Enrôlemens volontaires et nouveau
régiment de la garde.--Spectacles gratis.--Mariage de douze jeunes
filles.--Résidence aux Tuileries.--Émile et Montmorency.--Mouvement
des troupes ennemies.--Abandon du dernier allié de
l'empereur.--Armistices entre le Danemarck et la Russie.--Opinion
de quelques généraux sur l'armée française en Espagne.--Adhésion de
l'empereur aux bases des puissances alliées.--Négociations, M. le
duc de Vicence et M. de Metternich.--Le duc de Massa président du
corps législatif.--Ouverture de la session.--Le sénat et le
conseil-d'état au corps législatif.--Discours de
l'empereur.--Preuve du désir de Sa Majesté pour le rétablissement
de la paix.--Mort du général Dupont-Derval et ses deux
veuves.--Pension que j'obtiens de Sa Majesté pour l'une
d'elles.--Décision de l'empereur.--Aversion de Sa Majesté pour le
divorce et respect pour le mariage.
UNE dernière fois encore on célébra à Paris la fête anniversaire du
couronnement de Sa Majesté. Les bouquets de l'empereur, pour cette fête,
étaient d'innombrables adresses qu'il recevait de toutes les villes de
l'empire, et dans lesquelles les offres de sacrifices et les
protestations de dévouement semblaient augmenter avec la difficulté des
circonstances. Hélas! quatre mois suffirent pour faire connaître la
valeur de ces protestations; et comment, cependant, dans cet accord
unanime, aurait-on pu croire à une non moins complète unanimité
d'abandon? Cela eût été impossible à l'empereur, qui, jusqu'à la fin de
son règne, se crut aimé de la France de tout l'amour qu'il avait pour
elle; la vérité, vérité bien démontrée par les événemens qui ont suivi,
c'est que l'empereur devint plus populaire, dans cette partie des
habitans que l'on appelle le peuple, quand il commença à être
malheureux. Sa Majesté en eut la preuve dans une visite qu'elle fit au
faubourg Saint-Antoine, et il est bien certain que si, dans d'autres
circonstances, elle eût pu plier son caractère à caresser le peuple,
moyen auquel l'empereur répugnait à cause de ses souvenirs de la
révolution, on eût vu le peuple entier des faubourgs de Paris s'armer
pour sa défense. Comment, en effet, pourrait-on en douter après avoir lu
le fait auquel je fais ici allusion?
L'empereur s'était donc rendu vers la fin de 1813 ou au commencement de
1814, au faubourg Saint-Antoine: car je ne saurais aujourd'hui préciser
la date de cette visite inattendue. Quoi qu'il en soit, il se montra
dans cette circonstance familier jusqu'à la bonhomie, au point même
d'enhardir ceux qui l'approchaient de plus près, à lui adresser la
parole. Or, voilà la conversation qui s'établit entre Sa Majesté et
plusieurs habitans, conversation qui a été fidèlement recueillie et
reconnue exacte par plusieurs témoins de cette scène vraiment touchante.