CHAPITRE IV.

Mort de M. de Belloy, archevêque de Paris.--Vie d'un siècle et trop

courte.--Beau trait de l'archevêque de Gênes.--L'enfant du

bourreau.--Retour d'Espagne du grand-duc de Berg.--Départ de

Marrac.--Tabatières prodiguées par l'empereur.--La chambre du

premier roi Bourbon.--Souvenir d'Égypte.--La pyramide et les

mamelucks.--Les balladeurs.--Visite de l'empereur au grand-duc de

Berg.--Préparatifs inutiles.--Le plus vieux soldat de France.--Le

centenaire.--Hommage de l'empereur à la vieillesse.--Le soldat

d'Égypte.--Arrivée à Saint-Cloud.--Le 15 août.--L'empereur avare de

louanges.--Mauvaise humeur de l'empereur.--Napoléon et le dieu

Mars.--L'ambassadeur de Perse.--Audience solennelle.--Élégance et

générosité d'Asker-kan.--Les sabres de Tamerlan et de

Kouli-kan.--Galanterie persanne.--Goût d'Asker-kan pour les

sciences et les arts.--Le _prix long_ et le _prix

court_.--L'indienne préférée au cachemire.--Divertissement

oriental.--Les armes du sophi et le chiffre de

l'empereur.--Asker-kan à la Bibliothèque impériale.--Le

Coran.--Portrait du sophi.--Le grand ordre du Soleil donné au

prince de Bénévent.--Chute d'Asker-kan au concert de

l'impératrice.--M. de Barbé-Marbois, médecin malgré lui.

DANS ce temps-là, on apprit à Bayonne que M. de Belloy, archevêque de

Paris, venait de mourir d'un catarrhe, à l'âge de plus de

quatre-vingt-dix-huit ans.

Le lendemain du jour où arriva cette triste nouvelle, l'empereur, à qui

elle causait un chagrin sincère, parla des grandes et bonnes qualités du

vénérable prélat. Sa Majesté raconta elle-même qu'ayant un jour dit,

sans trop y réfléchir, à M. de Belloy, déjà âgé de plus de

quatre-vingt-seize ans, qu'il vivrait un siècle, le bon archevêque

s'était écrié en souriant: «Pourquoi Votre Majesté veut-elle que je

n'aie plus que quatre ans à vivre?»

Je me rappelle qu'une des personnes qui assistaient au lever de

l'empereur cita à propos de M. de Belloy, le trait suivant du vertueux

archevêque de Gênes, pour lequel l'empereur faisait profession du plus

grand respect.

La femme du bourreau de Gênes était accouchée d'une fille, qui ne put

être baptisée parce que personne ne voulait lui servir de parrain. En

vain le père priait, suppliait le peu de personnes qu'il connaissait, en

vain même il offrit de l'argent, ce fut une chose impossible. La pauvre

petite fille resta ainsi sans baptême quatre ou cinq mois; sa santé

heureusement ne donnait aucune inquiétude. Enfin on parla de cette

singulière circonstance à l'archevêque. Le bon prélat écouta l'histoire

avec beaucoup d'intérêt, se plaignit de ne pas avoir été instruit plus

tôt, et donna l'ordre à l'instant qu'on lui amenât la petite fille. Il

la fit baptiser dans son palais, et fut lui-même son parrain.

Au commencement de juillet, le grand-duc de Berg revint d'Espagne,

fatigué, malade, et de mauvaise humeur. Il ne resta que deux ou trois

jours; il eut à peu près autant d'entrevues avec Sa Majesté, qui ne

parut guère plus contente de lui qu'il ne l'était d'elle, et partit

ensuite pour les eaux de Barèges.

Leurs majestés l'empereur et l'impératrice quittèrent le château de

Marrac le 10 juillet, à six heures du soir. Ce voyage de l'empereur fut

un de ceux qui coûtèrent le plus de tabatières à entourage de diamans.

Sa Majesté n'en était point économe.

Leurs Majestés arrivèrent à Pau le 22, à dix heures du matin. Elles

descendirent au château de Gelos, situé à distance d'un quart de lieue

de la patrie du bon Henri, sur le bord de la rivière. La journée fut

employée en réceptions et en promenades à cheval. L'empereur alla voir

le château où fut élevé le premier roi de la maison de Bourbon, et prit

beaucoup d'intérêt à cette visite, qu'il prolongea jusqu'à l'heure du

dîner.

Sur la limite du département des Hautes-Pyrénées, et justement dans la

partie la plus aride et la plus misérable, était élevé un arc de

triomphe en verdure, qui semblait un prodige tombé du ciel, au milieu de

ces landes incultes et brûlées par le soleil; une garde d'honneur

attendait Leurs Majestés, rangée autour de ce monument champêtre, et

commandée par un ancien maréchal de camp, M. de Noé, âgé de plus de

quatre-vingts ans. Ce respectable militaire prit aussitôt place à côté

de la voiture, et fit son service à cheval pendant un jour et deux

nuits, sans témoigner la moindre fatigue.

Nous trouvâmes plus loin, sur le plateau d'une petite montagne, une

pyramide en pierre de quarante à cinquante pieds de haut, couverte aux

quatre faces d'inscriptions à la louange de Leurs Majestés: une

trentaine d'enfans, habillés en mamelucks, semblaient garder ce

monument, qui rappelait à l'empereur de glorieux souvenirs. Au moment où

Leurs Majestés parurent, nous vîmes s'élancer d'un bois voisin, des

_balladeurs_ ou danseurs du pays, costumés de la manière la plus

pittoresque, portant des bannières de différentes couleurs, et

reproduisant avec une souplesse et une vigueur peu commune la danse

traditionnelle des montagnards méridionaux.

Plus près de la ville de Tarbes, était une montagne factice, plantée de

sapins, qui s'ouvrit pour laisser passer le cortége, et fit place à un

aigle impérial suspendu dans les airs, et tenant une banderolle, sur

laquelle était écrit: _Il ouvrira nos Pyrénées_.

Arrivé à Tarbes, l'empereur monta aussitôt à cheval, pour rendre visite

au grand-duc de Berg, qui était malade dans un des faubourgs. Nous

repartîmes le lendemain, sans voir Barèges et Bagnères, où les

préparatifs les plus brillans avaient été faits pour recevoir Leurs

Majestés.

On présenta à l'empereur, lors de son passage à Agen, un brave homme,

nommé _Printemps_, âgé de cent quatorze ans; il avait servi sous Louis

XIV, Louis XV et Louis XVI, et quoique chargé d'années et de fatigues,

lorsqu'il se vit en présence de l'empereur, il repoussa doucement deux

de ses petits-fils qui le soutenaient, disant avec une espèce de petite

colère, qu'il irait bien tout seul. Sa Majesté, vivement émue, fit la

moitié du chemin, et se pencha avec bonté vers le centenaire, qui, à

genoux, sa tête blanche découverte et les yeux pleins de larmes, lui dit

d'une voix tremblante: «Ah! Sire, j'avais bien peur de mourir avant de

vous avoir vu.» L'empereur l'ayant relevé, le conduisit à une chaise sur

laquelle il le fit asseoir lui-même, et s'assit à côté de lui sur une

autre qu'il me fit signe de lui avancer. «Je suis content de vous voir,

mon père _Printemps_, bien content. Vous avez entendu parler de moi

dernièrement?» (Sa Majesté avait fait à ce brave homme une pension

réversible sur la tête de sa femme.) Printemps mit la main sur son cœur,

et dit: «Oui! j'ai entendu parler de vous!» L'empereur prit plaisir à le

faire parler de ses campagnes, et le congédia après un entretien assez

long, avec cinquante napoléons dont il lui fit cadeau.

On présenta aussi à Leurs Majestés un soldat natif d'Agen qui avait

perdu la vue à la suite de l'expédition d'Égypte. L'empereur lui donna

300 francs, et lui promit une pension, qu'il lui a faite depuis.

Le lendemain de leur arrivée à Saint-Cloud, l'empereur et l'impératrice

se rendirent à Paris pour assister aux fêtes du 15 août. Je n'ai pas

besoin de dire que ces fêtes furent magnifiques. À peine entré aux

Tuileries, l'empereur se mit à parcourir le château pour voir les

réparations et les embellissemens qu'on avait faits pendant son absence.

Selon son habitude, il critiqua plus qu'il ne loua ce qu'il voyait; et,

regardant par la fenêtre de la salle des maréchaux, il demanda à M. de

Fleurieu, gouverneur du palais, pourquoi le haut de l'arc-de-triomphe du

Carrousel était couvert d'une toile. On répondit à Sa Majesté que

c'était à cause des dispositions nécessaires pour la pose de sa statue

dans le char auquel étaient attelés les chevaux de Corinthe, ainsi que

pour l'achèvement des deux Victoires qui devaient conduire les quatre

chevaux. «Comment! s'écria vivement l'empereur, mais je ne veux pas

cela! je n'en ai rien dit! je ne l'ai pas demandé!» Puis, se tournant

vers M. Fontaine, il continua: «Monsieur Fontaine, est-ce que ma statue

était dans le dessin que vous m'avez présenté?--Non, sire; c'était celle

du dieu Mars.--Eh bien, pourquoi m'avoir mis à la place du dieu

Mars?--Sire, ce n'est pas moi..... M. le directeur-général des

Musées....--M. le directeur-général a eu tort, interrompit l'empereur

avec impatience; je veux qu'on ôte cette statue, entendez-vous, Monsieur

Fontaine? je veux qu'on l'ôte... c'est la chose la plus inconvenante.

Comment donc! est-ce à moi à me faire des statues? Que le char et les

Victoires soient achevés, mais que le char..... que le char reste vide!»

L'ordre fut exécuté, et la statue de l'empereur, descendue et cachée

dans l'orangerie, y est peut-être encore. Elle était en plomb doré, fort

belle et très-ressemblante.

Le dimanche qui suivit l'arrivée de l'empereur, Sa Majesté reçut aux

Tuileries l'ambassadeur de Perse Asker-kan. M. Jaubert l'accompagnait,

et lui servait d'interprète: ce savant orientaliste était allé, d'après

les ordres de l'empereur, recevoir Son Excellence aux frontières de

France, avec M. Outrey, vice-consul de France à Bagdad. Plus tard, Son

Excellence eut une seconde audience. Celle-là fut solennelle et au

palais de Saint-Cloud.

L'ambassadeur était un fort bel homme, de haute taille, d'une figure

aimable, régulière et noble. Ses manières, pleines de politesse et

d'aisance, à l'égard des dames surtout, avaient quelque chose de la

galanterie française. Sa suite, composée d'hommes choisis, et tous

magnifiquement habillés, était, à son départ d'Erzeroum, de plus de

trois cents personnes; mais les difficultés innombrables du voyage

avaient obligé Son Excellence à laisser en route une grande partie de

son monde. Ainsi réduite, cette suite était encore une des plus

nombreuses que jamais ambassadeur eût amenées en France. L'ambassadeur

logeait avec elle rue de Fréjus, à l'ancien hôtel de mademoiselle de

Conti.

Les présens que son souverain l'avait chargé d'offrir à l'empereur

étaient très-précieux. C'était plus de quatre-vingts cachemires de

toutes sortes; une grande quantité de perles fines de diverses

grosseurs, quelques-unes énormes; une bride orientale avec son mors,

ornée de perles, de turquoises, d'émeraudes, etc.; enfin le sabre de

Tamerlan et celui de Thamas-Kouli-kan; le premier couvert de perles et

de pierreries; le second très-simplement monté, tous deux ayant des

lames indiennes d'une finesse extraordinaire, avec des arabesques en or

incrustées.

J'ai pris plaisir dans le temps à recueillir quelques détails sur cet

ambassadeur. Il était d'un caractère fort doux, plein de complaisance et

d'égards pour toutes les personnes qui allaient le voir, donnant aux

dames de l'essence de roses; aux hommes du tabac, des parfums, des

pipes. Il prenait plaisir à comparer les bijoux français avec ceux qu'il

avait apportés de son pays, et poussait quelquefois la galanterie

jusqu'à proposer aux dames des échanges toujours avantageux pour elles:

un refus le chagrinait beaucoup. Quand une jolie femme entrait chez lui,

il souriait d'abord, et l'écoutait parler avec une sorte d'extase

muette; puis, il s'empressait à la faire asseoir, à lui mettre sous les

pieds des coussins, des tapis en cachemire (car il n'y avait que de

cette étoffe chez lui), son linge de corps même et les draps de son lit

étaient en tissu de cachemire extraordinairement fin. Asker-kan ne se

gênait pas pour se laver la figure, la barbe et les mains devant le

monde: il s'asseyait pour cette opération en face d'un esclave qui lui

présentait à genoux une aiguière de porcelaine.

L'ambassadeur avait beaucoup de goût pour les sciences et les arts; il

était lui-même très-savant. MM. Dubois et Loyseau tenaient à côté de

son hôtel une maison d'éducation qu'il allait visiter fort souvent. Il

aimait surtout à assister aux séances de physique expérimentale; et les

questions qu'il faisait proposer par son interprète prouvaient de sa

part une connaissance fort étendue des phénomènes de l'électricité. Les

marchands de curiosités et d'objets d'art l'aimaient beaucoup, parce

qu'il leur achetait sans trop marchander. Cependant, un jour qu'il avait

besoin d'un télescope, il fit venir un fameux opticien, qui pensa

pouvoir lui surfaire énormément le prix. Mais Asker-kan, après avoir

examiné l'instrument, qu'il trouva très-convenable, fit dire à

l'opticien: «Vous m'avez donné votre _prix long_; donnez-moi maintenant

votre _prix court_.»

Il admirait surtout les indiennes de la manufacture de Jouy, dont il

trouvait le tissu, les dessins et les couleurs préférables même aux

cachemires; et il en fit acheter plusieurs robes pour les envoyer en

Perse, afin de servir de modèles.

Le jour de la fête de l'empereur, Son Excellence donna dans les jardins

de son hôtel un divertissement à l'orientale. Les musiciens persans

attachés à l'ambassade exécutèrent des chants guerriers étonnans de

vigueur et d'originalité. Il y eut un feu d'artifice, où l'on remarqua

les armes du sophi, sur lesquelles se dessinait avec beaucoup d'art le

chiffre de Napoléon.

Son Excellence visita la Bibliothèque impériale, où M. Jaubert lui

servit d'introducteur. L'ambassadeur fut saisi d'admiration en voyant

l'ordre qui règne dans cette immense collection de livres. Il s'arrêta

une demi-heure dans la salle des manuscrits, qu'il trouva fort beaux, et

dont il reconnut plusieurs pour avoir été copiés par des écrivains

très-renommés en Perse. Un exemplaire de l'Alcoran le frappa surtout, et

il dit en le regardant qu'il _n'était point d'homme en Perse qui ne

vendît ses enfans pour acquérir un pareil trésor_.

En quittant la Bibliothèque, Asker-kan fit faire des complimens aux

conservateurs, et promit d'enrichir la bibliothèque de plusieurs

manuscrits précieux qu'il avait apportés de son pays.

Quelques jours après sa présentation, l'ambassadeur alla visiter le

Musée. La vue d'un tableau qui représentait le roi de Perse son maître

lui fit une vive impression, et il ne sut comment témoigner sa joie et

sa reconnaissance, lorsqu'on lui présenta plusieurs épreuves de la

gravure de ce tableau. Les tableaux d'histoire, principalement les

batailles, captivèrent ensuite toute son attention; il demeura un quart

d'heure devant celui qui représente _la reddition de la ville de

Vienne_.

Arrivé au bout de la galerie d'Apollon, Asker-kan s'assit pour se

reposer, demanda une pipe, et se mit à fumer. Quand il eut fini, il se

leva, et, voyant autour de lui beaucoup de dames, que la curiosité avait

attirées, il leur fit, par l'organe de M. Jaubert, des complimens

extrêmement flatteurs. Puis, quittant le Musée, Son Excellence alla se

promener aux Tuileries, où bientôt elle se vit entourée et suivie par

une foule immense: ce jour-là, Son Excellence remit au prince de

Bénévent, de la part de son souverain, le grand-ordre du Soleil,

décoration magnifique, qui consiste en un soleil de diamans attaché par

un cordon d'étoffe rouge couvert de perles.

Asker-kan produisait à Paris plus d'effet que l'ambassadeur turc; il

était plus généreux, plus galant, faisait sa cour avec plus d'adresse,

et se conformait plus facilement aux usages et aux mœurs françaises. Le

turc était irascible, austère et bourru, tandis que le persan entendait

assez bien la plaisanterie. Un jour pourtant il se fâcha tout rouge, et

il faut convenir qu'il en avait bien quelque sujet.

C'était à un concert donné dans les appartemens de l'impératrice

Joséphine. Asker-kan, qu'apparemment cette musique n'amusait pas

prodigieusement, commença pourtant par y applaudir par des gestes et

des roulemens d'yeux. Mais la nature l'emporta à la fin sur la

politesse, et l'embassadeur s'endormit d'un profond somme. L'attitude de

Son Excellence n'était pourtant pas des plus commodes pour le sommeil;

elle était debout, le dos appuyé au lambris, et les deux pieds étayés

contre un fauteuil dans lequel une dame était assise. Quelques officiers

du palais trouvèrent plaisant d'enlever prestement à Asker-kan son point

d'appui. La chose était des plus faciles à exécuter; ils s'entendirent

avec la dame qui occupait le fauteuil. Elle se leva subitement, le siége

glissa sur le parquet, les pieds de Son Excellence suivirent le

mouvement, et l'ambassadeur, privé tout à coup du contrepoids qui

l'avait tenu en équilibre, allait s'étendre tout de son long, lorsqu'il

se réveilla en sursaut, et s'arrêta dans sa chute en s'accrochant à ses

voisins, aux meubles et aux draperies, non sans faire un bruit

épouvantable. Les officiers qui lui avaient joué ce mauvais tour

l'engagèrent avec le sérieux le plus comique à s'établir dans un bon

fauteuil, pour éviter le retour d'un semblable accident, tandis que la

dame qui s'était faite leur complice dans cette espiéglerie avait la

plus grande peine à étouffer ses éclats de rire, et que Son Excellence

était tout animée d'une colère qu'elle ne pouvait exprimer que par ses

regards et par ses gestes.

On parla et on rit long-temps à la cour d'une autre aventure

d'Asker-kan. Se sentant malade depuis plusieurs jours, il crut que la

médecine française parviendrait plus promptement à le guérir que la

médecine persane, et il ordonna qu'on fît venir M. Bourdois, l'un des

plus habiles médecins de Paris, dont il connaissait le nom, ayant

toujours soin de s'informer de toutes nos célébrités dans tous les

genres. On s'empresse d'exécuter les ordres de l'ambassadeur; mais, par

une singulière méprise, ce n'est pas M. le docteur Bourdois qu'on prie

de se rendre auprès d'Asker-kan, mais le président de la cour des

comptes, M. Marbois, qui s'étonne beaucoup de l'honneur que lui fait

l'ambassadeur persan, ne voyant pas d'abord quels rapports il pouvait y

avoir entre eux. Cependant il se rendit avec empressement auprès

d'Asker-kan, qui put sans peine prendre le costume sévère de M. le

président de la cour des comptes pour un costume de médecin. À peine M.

Marbois est-il entré que l'ambassadeur lui présente la main, lui tire la

langue en le regardant; M. Marbois est un peu surpris de cet accueil;

mais pensant que c'était sans doute la manière orientale de saluer les

magistrats, il s'incline profondément, serrant humblement la main qu'on

lui présentait. Il était dans cette position respectueuse lorsque quatre

des serviteurs de l'ambassadeur lui apportent et lui mettent sous le

nez, à titre de renseignemens, un vase d'or à signes non équivoques. M.

Marbois reconnut l'usage avec une surprise et une indignation

inexprimables. Il recule avec colère, demande vivement ce que signifie

tout cela, et s'entendant appeler M. le docteur,--Comment! s'écria-t-il,

M. le docteur!--Mais oui, M. le docteur Bourdois.--M. Marbois est

confondu. C'est la parité de désinence de son nom et de celui du docteur

qui l'a exposé à cette désagréable visite.

Mémoires de Constant, premier valet de chambre de l'empereur, sur la vie privée de Napoléon, sa famille et sa cour. · 第 319 / 456 题