Vérité des tableaux de Téniers.--Beaux paysages et affreuse
population.--Influence de la vie sédentaire et de l'abus du
café.--Séjour à Aix-la-Chapelle.--L'impératrice à la
préfecture.--Heureux hasard.--Mauvaise habitude et mauvaise humeur
de madame de L....--L'auteur citée pour modèle par
Joséphine.--Lésinerie de madame de L....--L'eau de Cologne de J. M.
Farina.--Adoration perpétuelle devant l'empereur.--Napoléon
questionneur.--M. de R....... courtisan parfait.--Définition du
courtisan par le duc d'Orléans, régent.--Jalousie excitée par la
broderie d'un habit.--Colère de M. d'Aubusson.--Plaisanterie
cruelle.--Portrait de madame de La Rochefoucault.--Ambition et
désappointement.--Piége de cour.--Le général Franceschi.--Naïveté
de sa femme.--Querelles et coups de pincettes.--Diplomatie féminine
à propos de révérences.--La révérence en pirouette.--Embarras,
consultations et explication.--Les visages et les
masques.--Gaucherie germanique.--Passion d'une princesse pour M. de
Caulaincourt.--Colère de Napoléon excitée par la laideur d'une
actrice.--Réintégration de M. Méchin destitué.--Humanité du prince
primat.--Attention de ce prince pour l'auteur.--L'éventail brisé et
remplacé.--Erreur légère et chagrin de Joséphine.--Audiences de
Marie-Louise.--Questions habituelles de l'empereur répétées par
Marie-Louise.--Gaucherie impériale.--Mauvaise mémoire de
Marie-Louise.
EN traversant la Belgique, on retrouve toute la vérité des tableaux de
Téniers; les plus beaux paysages, et le peuple le plus affreux que j'aie
jamais vus. Quand tous ces ouvriers sortaient de leurs manufactures pour
voir l'impératrice, ils présentaient un spectacle affligeant. Ce
contraste entre ce beau pays et ses habitans m'étonna; on me dit que
c'était la conséquence de la vie sédentaire des peuples manufacturiers,
et surtout leur mauvaise nourriture, dont le café est la base. Avec
l'argent qu'il leur coûte, ils pourraient se procurer des alimens plus
substantiels.
En arrivant à Aix-la-Chapelle, nous fûmes tous très-mal logés dans une
maison achetée par l'empereur. Après quelques jours, M. Méchin, préfet
d'alors, quitta l'hôtel de la préfecture pour le céder à Joséphine, et
fut avec toute sa famille s'établir dans une auberge. Tout le service
fut dispersé dans les maisons voisines de la préfecture. Je ne sais
comment il arriva, dans ce voyage que presque toujours M. de Ségur, qui
faisait les fonctions de maréchal-des-logis de la cour, désignait mon
logement dans la maison occupée par l'impératrice. Il m'arriva
très-rarement d'être logée ailleurs. Ce hasard (car sans doute ce
n'était que cela) donnait beaucoup d'humeur à madame de L***. Elle
avait la mauvaise habitude de n'être jamais prête. Je n'ai jamais vu
aucune promenade, aucun départ qui ne fût un peu retardé par elle; ce
qui donnait beaucoup d'humeur à Joséphine. Un jour même, cette humeur
fut exprimée un peu sèchement. Elle eut la bonté de me citer pour
exemple, comme ayant toujours une toilette très-soignée, et cependant me
trouvant toujours la première dans le salon. Madame de L*** répondit
que cela m'était très-facile, que j'étais toujours logée dans le palais,
ou que, si je n'y étais pas, j'étais toujours très-près; que les
coureurs chargés, les jours de départ, d'aller éveiller les femmes de
chambre, n'arrivaient jamais chez elle qu'après avoir fait leur tournée.
C'était un peu vrai, mais aussi madame de L*** ne stimulait jamais
leur zèle par quelque gratification. Avec une belle fortune, elle
cherchait à éviter les plus petites dépenses. Cette lésinerie était
poussée à un point ridicule. Elle faisait payer par les personnes qui se
trouvaient près d'elle mille bagatelles, sous le prétexte qu'elle
n'avait sur elle que des napoléons. Entre mille exemples j'en citerai
un: En quittant Cologne, nous avions toutes acheté beaucoup d'eau de
Jean-Marie Farina; j'en avais gardé seulement dans un nécessaire pour le
temps du voyage, et j'avais fait emballer le reste. Madame de L***,
qui avait fait de même, mais qui n'en avait pas gardé assez, au lieu de
déballer sa caisse, me tourmenta pouf me faire défaire la mienne, et
envoya un jour la chercher chez ma femme de chambre: le tout pour
s'éviter la peine d'un déballage, qu'elle ne voulait, disait-elle, faire
qu'à Paris.
Madame de L*** était en adoration perpétuelle devant l'empereur; sa
soumission pour tout ce qu'il disait ou voulait était entière. Je ne
pense pas qu'elle ait eu jamais une seule pensée à elle. Ce qui, dans
ses facultés, pouvait lui appartenir, était tellement confondu avec son
admiration, que je suis bien sûre qu'elle-même n'aurait pas su en faire
la distinction. Un jour, en partant pour la chasse, qu'elle devait
suivre en calèche, je l'entendis dire à sa fille: Mais, Lucie, allez
donc changer cette robe; vous savez que l'empereur n'aime pas cette
couleur. Un autre jour, avant de descendre dans le salon, elle lui fit
répéter sa leçon, et revoir ses cahiers d'extraits d'histoire qu'elle
avait apportés avec elle. «_L'empereur vous fera des questions, et vous
ne saurez que répondre_,» lui disait-elle. Il est vrai que souvent il
questionnait les femmes, particulièrement les jeunes, et toutes
généralement avaient grand'peur de se tromper en lui répondant.
L'empereur, en quittant Boulogne, vint joindre Joséphine à
Aix-la-Chapelle. Parmi les personnes qui raccompagnaient, se trouvait M.
de R... On eût pu le citer comme modèle d'un parfait courtisan; non
cependant dans le sens de la définition donnée par le duc d'Orléans
régent, qui disait que, _pour être un parfait courtisan, il fallait être
sans honneur et sans humeur_. M. de R... était premier chambellan, et,
comme tel, l'ordonnance lui attribuait une broderie plus large que celle
des habits des chambellans. Cette distinction et quelques habitudes de
M. de R... mettaient M. d'Aubusson dans des colères continuelles. Un
jour entre autres, en parlant de cette différence de l'habit du premier
chambellan avec celui des autres, il fit une plaisanterie peu applicable
d'ailleurs à celui contre qui elle était dirigée. «L'habit du premier
chambellan, dit-il, doit être surtout bien rembourré sur les épaules.»
M. d'Aubusson était arrivé à cette cour un peu comme un chien qu'on
fouette. Vingt fois je le vis au moment de donner sa démission de sa
place, tant il s'en trouvait ennuyé. Madame de La Rochefoucault ne
cessait de l'encourager à rester. Elle avait un vif désir de retrouver à
cette cour ses habitudes et les gens de sa société. C'était une femme
d'un esprit très-agréable. Sa physionomie était fine, spirituelle. Elle
eût été jolie si elle n'eût pas été contrefaite. Son esprit était
empreint d'une légère teinte de moquerie, mais de cette moquerie de
bonne compagnie, qui n'était jamais offensante pour personne, et qui
était tempérée par une sensibilité vraie. Je la vis souvent s'attendrir
au récit de belles actions. Tout en rendant justice à son cœur, aux
qualités aimables qui la distinguaient, je dois, à regret, convenir
qu'elle eut quelque tort avec Joséphine à l'époque du divorce. Sa place
était marquée près d'elle: jamais elle n'eût dû la quitter; dans cette
occasion, elle fut tout-à-fait dupe de l'empereur et de sa propre
ambition.
Napoléon avait un vif désir de lui voir donner sa démission. Si elle ne
l'eût pas fait, elle restait, de droit et de fait, dame d'honneur de
l'impératrice Marie-Louise. On lui fit insinuer, sous le voile de
l'intérêt, que puisqu'elle ne voulait pas suivre Joséphine et s'attacher
à son sort, elle ne pouvait pas rester, au moins volontairement, près de
la nouvelle impératrice; mais que, si elle donnait sa démission, ce
moyen concilierait tout, ce qu'elle devait à Joséphine et ce qu'elle
devait à sa famille, dont l'intérêt exigeait qu'elle restât à la cour de
Napoléon; que celui-ci ne manquerait certainement pas de la renommer
dame d'honneur de Marie-Louise; qu'il s'en était expliqué, et qu'ainsi
elle aurait envers Joséphine et envers le public l'excuse de
l'impossibilité de résister aux volontés de l'empereur.
Elle donna dans ce piége. Elle dit à Joséphine que sa santé, ses enfans,
sa famille l'empêchaient de la suivre, si elle s'éloignait de Paris et
de la France (comme on le croyait alors), mais qu'elle ne resterait pas
attachée à celle qui venait occuper son trône, et qu'elle donnait sa
démission. Elle la donna en effet. C'était ce que voulait l'empereur.
Chacun sait que, libre par cette résolution, ce fut de madame la
duchesse de Montebello qu'il fit choix. Dans cette circonstance, madame
de La Rochefoucault fut mal conseillée par son ambition; elle l'eût été
mieux sans doute, si elle eût écouté son cœur et qu'elle fût restée près
de Joséphine.
Je reviens à Aix-la-Chapelle, dont je me suis éloignée. Le cercle
habituel se composait du service, et des personnes admises à faire leur
cour. Elles étaient en assez petit nombre. Le général Franceschi s'y
trouvait avec sa femme. Celle-ci ne pouvait pas se consoler d'avoir pu
épouser Joseph Bonaparte, et de l'avoir refusé: «_Mais aussi_,
disait-elle naïvement, _qui eut jamais pu prévoir ce qui est arrivé_?»
Je crois que ce souvenir entrait bien pour quelque chose dans les
querelles violentes qu'elle avait avec son mari, et dans lesquelles,
disait-on, les pincettes figuraient quelquefois à défaut de meilleur
argument. Une autre dame allemande, dont le mari, qui était Français,
commandait à Cologne, était venue passer à Aix tout le temps de notre
séjour en cette ville. Comme elle savait qu'en la quittant la cour se
rendrait à Cologne, elle voulait prémunir ses amies contre les
gaucheries qu'elles auraient pu faire, et elle leur donna ses
instructions pour les présentations. Elle leur mandait qu'on devait
faire trois révérences, une à la porte du salon, une au milieu, et une
troisième quelques pas plus loin, en pirouette. Cette instruction pensa
tourner toutes les têtes à Cologne (au moins celles des personnes qui
prétendaient à l'honneur d'être présentées.) Le plus grand nombre était
des dames âgées, plusieurs étaient d'une taille qui aurait pu leur
rendre très-difficile et même dangereuse la tentative d'une pirouette.
Madame Duchaylar, que je connaissais, et dont le mari occupait une place
à Cologne, s'empressa, aussitôt mon arrivée dans cette ville, de venir
me voir et me demander l'explication de cette troisième révérence, pour
laquelle ces dames s'exerçaient depuis quinze jours. Après en avoir ri
beaucoup ensemble, et à force d'y penser, je me rappelai qu'en effet la
dame dont j'ai parlé plus haut, en faisant sa troisième révérence, se
retournait un peu vers la place où nous étions assises, sans doute pour
nous y faire participer; c'était sans doute cela qu'elle appelait une
révérence en pirouette.
Il y avait bien dans ce qui composait ce cercle habituel certaines
personnes qui présentaient quelques traits assez plaisans à peindre. Une
personne de ma connaissance me le demandait dernièrement, mais c'est une
œuvre fort difficile.
À la cour, on ne voit pas de visage, on ne voit que des masques. À la
vérité, ce masque se dérange quelquefois, et laisse voir le bout de
l'oreille; mais si on veut le peindre, on dit qu'on est méchant. Et
pour, ne dessiner que des masques, ce n'est pas la peine; on en trouve
partout. Il me semble que si j'étais souverain, je serais bien ennuyé de
n'avoir jamais autour de moi que des êtres pensant et agissant d'après
ma volonté. Autant vaudrait n'avoir pour compagnie que sa propre image
répétée dans beaucoup de miroirs.
Je trouverais au contraire piquant de pouvoir jouir de la conversation
de quelques personnes bien indépendantes, ayant en toute propriété leurs
pensées, qu'elles ne craindraient pas d'exprimer. Mais à la cour, il en
est des pensées comme des habits: il faut qu'elles soient déguisées par
un certain tour d'expression convenu, et il est quelquefois aussi
impossible de montrer ses idées qu'il le serait de paraître vêtu comme
on l'était il y a deux siècles.
Si les grâces sont le complément de la beauté, comme le goût est celui
de l'esprit, les Françaises doivent remercier la nature qui les a si
bien traitées; car, toute prévention à part, je suis obligée de dire que
les femmes de notre nation se distinguent parmi toutes les autres.
Les différentes cours d'Allemagne que nous passâmes en revue pendant ce
voyage nous fournirent les preuves de la justesse de cette observation;
nous ne rencontrâmes pas une de ces princesses dont la tournure pût
rivaliser avec celle de la moins élégante de nos ouvrières en modes.
Je suis persuadée que la princesse de ***, que nous nous honorons de
compter à présent parmi nos compatriotes, et qui se met très-bien,
rirait de tout son cœur, si elle revoyait la parure qu'elle portait le
jour où elle fut présentée à l'empereur.
Nous retrouvâmes à Mayence la princesse M... que nous avions déjà vue un
instant à Aix-la-Chapelle; passionnée pour M. de Caulaincourt, elle le
suivait partout; ce qu'il y a de remarquable dans cette promenade
sentimentale, c'est qu'elle traînait à sa suite son mari, qui
l'accompagnait toujours. Elle oubliait tellement les convenances qu'au
spectacle, placée sur le côté de la salle, elle passait toute la soirée
entièrement tournée du côté opposé au théâtre, parce que M. de
Caulaincourt s'y trouvait, oubliant tout-à-fait la scène et les acteurs.
En parlant de ceux-ci, je me rappelle un accès de colère de Napoléon,
comme je ne lui en avais jamais vu.
M. de R... fut la victime sur laquelle l'orage éclata. Le premier
chambellan était chargé de l'organisation du théâtre français; c'est lui
qui avait désigné ceux des acteurs qui viendraient à Mayence, pendant la
réunion des princes, qui s'y rendaient pour la confédération du Rhin.
Désirant leur rendre la cour agréable, on avait voulu y réunir un bon
spectacle.
Ce jour on avait joué _Cinna_, mademoiselle Raucourt avait rempli le
rôle d'Émilie, et vraiment c'était un contre-sens choquant de lui
entendre dire:
Si j'ai séduit Cinna, j'en séduirai bien d'autres.
L'empereur était furieux qu'on eût donné aux princes réunis à Mayence un
tel échantillon de nos actrices; il disait avec raison qu'ils devaient
supposer que dans cette circonstance on avait fait un choix des
meilleures, et qu'ils emporteraient dans leur pays une opinion bien
désavantageuse de notre premier théâtre. Il gronda vivement M. de B...
et lui dit qu'à l'exception d'un très-petit nombre de rôles dont
mademoiselle Raucourt pouvait encore être chargée, on devait lui
interdire tous les autres.
Ce fut à Mayence, où M. Méchin avait suivi l'empereur, qu'il obtint une
nouvelle préfecture en remplacement de celle qui venait de lui être
enlevée par sa destitution. Depuis le départ d'Aix-la-Chapelle, nous
l'avions rencontré dans toutes les villes où la cour séjournait, à
Cologne, à Coblentz; on était sûr, en traversant l'antichambre, d'y
trouver M. Méchin.
L'impératrice contribua beaucoup à calmer la colère de l'empereur; c'est
à elle, à ses pressantes sollicitations, que M. Méchin dut sa
nomination. Mais la préfecture de la Roër n'en était pas moins
regrettable; c'était la première de France pour les produits, qui
excédaient 25,000 fr., tandis que celle de Laon n'en valait pas douze.
Joséphine avait beaucoup vu la famille de M. Méchin pendant le voyage
d'Aix-la-Chapelle; il avait quitté l'hôtel de la préfecture pour le lui
offrir, et avait passé tout le temps qu'elle l'avait habité dans une
auberge avec toute sa famille. Elle mit tant d'instance et de suite dans
ses sollicitations qu'elle obtint qu'il fût replacé à Laon. Le hasard
d'une promenade me rendit témoin, pendant mon séjour à Mayence, de
l'arrivée du prince primat (depuis grand-duc de Francfort). Le cortége
qui se rendit hors de la ville à sa rencontre était la chose du monde la
plus touchante.
Cet excellent prince, aussi bon que spirituel, était coadjuteur de son
oncle l'électeur de Mayence.
Quoique la révolution arrivée en France l'eût privé de cette succession
(puisqu'on s'était emparé de Mayence), il n'en payait pas moins des
pensions à tous les anciens serviteurs de son oncle.
Je citerai de lui une attention très-aimable pour moi. Au bal donné par
la ville de Mayence à l'empereur, il vint s'asseoir sur le siége que je
venais de quitter pour danser une valse avec le prince d'Isembourg. J'y
avais laissé mon éventail; il le brisa en s'asseyant.
La danse finie, je cherchai mon éventail un instant, mais quelqu'un
m'ayant dit ce qui était arrivé, je cessai bien vite de m'en occuper.
Deux mois après je reçus à Paris un éventail charmant.
Joséphine avait l'habitude, avant les audiences diplomatiques, de voir
la liste des présentations, en sorte qu'elle était ou se mettait
parfaitement au courant des ambassadeurs et des ministres qui devaient
en faire partie; elle savait à peu près avant ce qu'elle devait dire à
chacun. Il arriva cependant un jour qu'en répondant à M. de Lima, et lui
disant, _je reçois avec plaisir les félicitations du prince régent de
Portugal_, elle se trompa et dit _le prince régnant_, pour _le prince
régent_. Elle était désolée après l'audience; je ne sais quelle était la
sotte personne qui avait pu l'avertir de cette bévue; lui en parler
était très-inconvenant et très-méchant, car on était certain qu'elle
s'en affligerait.
Au reste, je dois dire que toutes les audiences auxquelles j'ai assisté
se passaient de la manière la plus convenable; et ce qui pourra
surprendre, c'est qu'il n'en était pas ainsi de Marie-Louise, qui
cependant devait en avoir pris l'habitude à la cour d'Autriche. Mais en
vérité rien de plus pitoyable que la plupart des réceptions de cette
jeune et malheureuse princesse. Madame la duchesse de Montebello tenait
la feuille contenant les noms des personnes présentées; souvent elle
lisait mal les noms étrangers; quand elle avait dit: «J'ai l'honneur de
présenter à Votre Majesté impériale et royale Monsieur...,» elle
s'arrêtait, hésitait, balbutiait. Marie-Louise alors se penchait pour
lire elle-même le nom; puis, à l'exemple de Napoléon, elle demandait à
la personne présentée: _Êtes-vous marié? avez-vous des enfans?_ et
quelquefois elle ajoutait comme son époux: _Que faites-vous_? Le
ministre de Saxe, le comte d'Einselden, que je voyais très-souvent
alors, me disait à chaque audience de Marie-Louise: _En vérité
l'impératrice devrait savoir que je ne suis pas marié, que je n'ai pas
d'enfans, car je le lui ai déjà dit tout autant de fois que je l'ai vue.
Il paraît qu'elle a peu de mémoire._