CHAPITRE X.

Vérité des tableaux de Téniers.--Beaux paysages et affreuse

population.--Influence de la vie sédentaire et de l'abus du

café.--Séjour à Aix-la-Chapelle.--L'impératrice à la

préfecture.--Heureux hasard.--Mauvaise habitude et mauvaise humeur

de madame de L....--L'auteur citée pour modèle par

Joséphine.--Lésinerie de madame de L....--L'eau de Cologne de J. M.

Farina.--Adoration perpétuelle devant l'empereur.--Napoléon

questionneur.--M. de R....... courtisan parfait.--Définition du

courtisan par le duc d'Orléans, régent.--Jalousie excitée par la

broderie d'un habit.--Colère de M. d'Aubusson.--Plaisanterie

cruelle.--Portrait de madame de La Rochefoucault.--Ambition et

désappointement.--Piége de cour.--Le général Franceschi.--Naïveté

de sa femme.--Querelles et coups de pincettes.--Diplomatie féminine

à propos de révérences.--La révérence en pirouette.--Embarras,

consultations et explication.--Les visages et les

masques.--Gaucherie germanique.--Passion d'une princesse pour M. de

Caulaincourt.--Colère de Napoléon excitée par la laideur d'une

actrice.--Réintégration de M. Méchin destitué.--Humanité du prince

primat.--Attention de ce prince pour l'auteur.--L'éventail brisé et

remplacé.--Erreur légère et chagrin de Joséphine.--Audiences de

Marie-Louise.--Questions habituelles de l'empereur répétées par

Marie-Louise.--Gaucherie impériale.--Mauvaise mémoire de

Marie-Louise.

EN traversant la Belgique, on retrouve toute la vérité des tableaux de

Téniers; les plus beaux paysages, et le peuple le plus affreux que j'aie

jamais vus. Quand tous ces ouvriers sortaient de leurs manufactures pour

voir l'impératrice, ils présentaient un spectacle affligeant. Ce

contraste entre ce beau pays et ses habitans m'étonna; on me dit que

c'était la conséquence de la vie sédentaire des peuples manufacturiers,

et surtout leur mauvaise nourriture, dont le café est la base. Avec

l'argent qu'il leur coûte, ils pourraient se procurer des alimens plus

substantiels.

En arrivant à Aix-la-Chapelle, nous fûmes tous très-mal logés dans une

maison achetée par l'empereur. Après quelques jours, M. Méchin, préfet

d'alors, quitta l'hôtel de la préfecture pour le céder à Joséphine, et

fut avec toute sa famille s'établir dans une auberge. Tout le service

fut dispersé dans les maisons voisines de la préfecture. Je ne sais

comment il arriva, dans ce voyage que presque toujours M. de Ségur, qui

faisait les fonctions de maréchal-des-logis de la cour, désignait mon

logement dans la maison occupée par l'impératrice. Il m'arriva

très-rarement d'être logée ailleurs. Ce hasard (car sans doute ce

n'était que cela) donnait beaucoup d'humeur à madame de L***. Elle

avait la mauvaise habitude de n'être jamais prête. Je n'ai jamais vu

aucune promenade, aucun départ qui ne fût un peu retardé par elle; ce

qui donnait beaucoup d'humeur à Joséphine. Un jour même, cette humeur

fut exprimée un peu sèchement. Elle eut la bonté de me citer pour

exemple, comme ayant toujours une toilette très-soignée, et cependant me

trouvant toujours la première dans le salon. Madame de L*** répondit

que cela m'était très-facile, que j'étais toujours logée dans le palais,

ou que, si je n'y étais pas, j'étais toujours très-près; que les

coureurs chargés, les jours de départ, d'aller éveiller les femmes de

chambre, n'arrivaient jamais chez elle qu'après avoir fait leur tournée.

C'était un peu vrai, mais aussi madame de L*** ne stimulait jamais

leur zèle par quelque gratification. Avec une belle fortune, elle

cherchait à éviter les plus petites dépenses. Cette lésinerie était

poussée à un point ridicule. Elle faisait payer par les personnes qui se

trouvaient près d'elle mille bagatelles, sous le prétexte qu'elle

n'avait sur elle que des napoléons. Entre mille exemples j'en citerai

un: En quittant Cologne, nous avions toutes acheté beaucoup d'eau de

Jean-Marie Farina; j'en avais gardé seulement dans un nécessaire pour le

temps du voyage, et j'avais fait emballer le reste. Madame de L***,

qui avait fait de même, mais qui n'en avait pas gardé assez, au lieu de

déballer sa caisse, me tourmenta pouf me faire défaire la mienne, et

envoya un jour la chercher chez ma femme de chambre: le tout pour

s'éviter la peine d'un déballage, qu'elle ne voulait, disait-elle, faire

qu'à Paris.

Madame de L*** était en adoration perpétuelle devant l'empereur; sa

soumission pour tout ce qu'il disait ou voulait était entière. Je ne

pense pas qu'elle ait eu jamais une seule pensée à elle. Ce qui, dans

ses facultés, pouvait lui appartenir, était tellement confondu avec son

admiration, que je suis bien sûre qu'elle-même n'aurait pas su en faire

la distinction. Un jour, en partant pour la chasse, qu'elle devait

suivre en calèche, je l'entendis dire à sa fille: Mais, Lucie, allez

donc changer cette robe; vous savez que l'empereur n'aime pas cette

couleur. Un autre jour, avant de descendre dans le salon, elle lui fit

répéter sa leçon, et revoir ses cahiers d'extraits d'histoire qu'elle

avait apportés avec elle. «_L'empereur vous fera des questions, et vous

ne saurez que répondre_,» lui disait-elle. Il est vrai que souvent il

questionnait les femmes, particulièrement les jeunes, et toutes

généralement avaient grand'peur de se tromper en lui répondant.

L'empereur, en quittant Boulogne, vint joindre Joséphine à

Aix-la-Chapelle. Parmi les personnes qui raccompagnaient, se trouvait M.

de R... On eût pu le citer comme modèle d'un parfait courtisan; non

cependant dans le sens de la définition donnée par le duc d'Orléans

régent, qui disait que, _pour être un parfait courtisan, il fallait être

sans honneur et sans humeur_. M. de R... était premier chambellan, et,

comme tel, l'ordonnance lui attribuait une broderie plus large que celle

des habits des chambellans. Cette distinction et quelques habitudes de

M. de R... mettaient M. d'Aubusson dans des colères continuelles. Un

jour entre autres, en parlant de cette différence de l'habit du premier

chambellan avec celui des autres, il fit une plaisanterie peu applicable

d'ailleurs à celui contre qui elle était dirigée. «L'habit du premier

chambellan, dit-il, doit être surtout bien rembourré sur les épaules.»

M. d'Aubusson était arrivé à cette cour un peu comme un chien qu'on

fouette. Vingt fois je le vis au moment de donner sa démission de sa

place, tant il s'en trouvait ennuyé. Madame de La Rochefoucault ne

cessait de l'encourager à rester. Elle avait un vif désir de retrouver à

cette cour ses habitudes et les gens de sa société. C'était une femme

d'un esprit très-agréable. Sa physionomie était fine, spirituelle. Elle

eût été jolie si elle n'eût pas été contrefaite. Son esprit était

empreint d'une légère teinte de moquerie, mais de cette moquerie de

bonne compagnie, qui n'était jamais offensante pour personne, et qui

était tempérée par une sensibilité vraie. Je la vis souvent s'attendrir

au récit de belles actions. Tout en rendant justice à son cœur, aux

qualités aimables qui la distinguaient, je dois, à regret, convenir

qu'elle eut quelque tort avec Joséphine à l'époque du divorce. Sa place

était marquée près d'elle: jamais elle n'eût dû la quitter; dans cette

occasion, elle fut tout-à-fait dupe de l'empereur et de sa propre

ambition.

Napoléon avait un vif désir de lui voir donner sa démission. Si elle ne

l'eût pas fait, elle restait, de droit et de fait, dame d'honneur de

l'impératrice Marie-Louise. On lui fit insinuer, sous le voile de

l'intérêt, que puisqu'elle ne voulait pas suivre Joséphine et s'attacher

à son sort, elle ne pouvait pas rester, au moins volontairement, près de

la nouvelle impératrice; mais que, si elle donnait sa démission, ce

moyen concilierait tout, ce qu'elle devait à Joséphine et ce qu'elle

devait à sa famille, dont l'intérêt exigeait qu'elle restât à la cour de

Napoléon; que celui-ci ne manquerait certainement pas de la renommer

dame d'honneur de Marie-Louise; qu'il s'en était expliqué, et qu'ainsi

elle aurait envers Joséphine et envers le public l'excuse de

l'impossibilité de résister aux volontés de l'empereur.

Elle donna dans ce piége. Elle dit à Joséphine que sa santé, ses enfans,

sa famille l'empêchaient de la suivre, si elle s'éloignait de Paris et

de la France (comme on le croyait alors), mais qu'elle ne resterait pas

attachée à celle qui venait occuper son trône, et qu'elle donnait sa

démission. Elle la donna en effet. C'était ce que voulait l'empereur.

Chacun sait que, libre par cette résolution, ce fut de madame la

duchesse de Montebello qu'il fit choix. Dans cette circonstance, madame

de La Rochefoucault fut mal conseillée par son ambition; elle l'eût été

mieux sans doute, si elle eût écouté son cœur et qu'elle fût restée près

de Joséphine.

Je reviens à Aix-la-Chapelle, dont je me suis éloignée. Le cercle

habituel se composait du service, et des personnes admises à faire leur

cour. Elles étaient en assez petit nombre. Le général Franceschi s'y

trouvait avec sa femme. Celle-ci ne pouvait pas se consoler d'avoir pu

épouser Joseph Bonaparte, et de l'avoir refusé: «_Mais aussi_,

disait-elle naïvement, _qui eut jamais pu prévoir ce qui est arrivé_?»

Je crois que ce souvenir entrait bien pour quelque chose dans les

querelles violentes qu'elle avait avec son mari, et dans lesquelles,

disait-on, les pincettes figuraient quelquefois à défaut de meilleur

argument. Une autre dame allemande, dont le mari, qui était Français,

commandait à Cologne, était venue passer à Aix tout le temps de notre

séjour en cette ville. Comme elle savait qu'en la quittant la cour se

rendrait à Cologne, elle voulait prémunir ses amies contre les

gaucheries qu'elles auraient pu faire, et elle leur donna ses

instructions pour les présentations. Elle leur mandait qu'on devait

faire trois révérences, une à la porte du salon, une au milieu, et une

troisième quelques pas plus loin, en pirouette. Cette instruction pensa

tourner toutes les têtes à Cologne (au moins celles des personnes qui

prétendaient à l'honneur d'être présentées.) Le plus grand nombre était

des dames âgées, plusieurs étaient d'une taille qui aurait pu leur

rendre très-difficile et même dangereuse la tentative d'une pirouette.

Madame Duchaylar, que je connaissais, et dont le mari occupait une place

à Cologne, s'empressa, aussitôt mon arrivée dans cette ville, de venir

me voir et me demander l'explication de cette troisième révérence, pour

laquelle ces dames s'exerçaient depuis quinze jours. Après en avoir ri

beaucoup ensemble, et à force d'y penser, je me rappelai qu'en effet la

dame dont j'ai parlé plus haut, en faisant sa troisième révérence, se

retournait un peu vers la place où nous étions assises, sans doute pour

nous y faire participer; c'était sans doute cela qu'elle appelait une

révérence en pirouette.

Il y avait bien dans ce qui composait ce cercle habituel certaines

personnes qui présentaient quelques traits assez plaisans à peindre. Une

personne de ma connaissance me le demandait dernièrement, mais c'est une

œuvre fort difficile.

À la cour, on ne voit pas de visage, on ne voit que des masques. À la

vérité, ce masque se dérange quelquefois, et laisse voir le bout de

l'oreille; mais si on veut le peindre, on dit qu'on est méchant. Et

pour, ne dessiner que des masques, ce n'est pas la peine; on en trouve

partout. Il me semble que si j'étais souverain, je serais bien ennuyé de

n'avoir jamais autour de moi que des êtres pensant et agissant d'après

ma volonté. Autant vaudrait n'avoir pour compagnie que sa propre image

répétée dans beaucoup de miroirs.

Je trouverais au contraire piquant de pouvoir jouir de la conversation

de quelques personnes bien indépendantes, ayant en toute propriété leurs

pensées, qu'elles ne craindraient pas d'exprimer. Mais à la cour, il en

est des pensées comme des habits: il faut qu'elles soient déguisées par

un certain tour d'expression convenu, et il est quelquefois aussi

impossible de montrer ses idées qu'il le serait de paraître vêtu comme

on l'était il y a deux siècles.

Si les grâces sont le complément de la beauté, comme le goût est celui

de l'esprit, les Françaises doivent remercier la nature qui les a si

bien traitées; car, toute prévention à part, je suis obligée de dire que

les femmes de notre nation se distinguent parmi toutes les autres.

Les différentes cours d'Allemagne que nous passâmes en revue pendant ce

voyage nous fournirent les preuves de la justesse de cette observation;

nous ne rencontrâmes pas une de ces princesses dont la tournure pût

rivaliser avec celle de la moins élégante de nos ouvrières en modes.

Je suis persuadée que la princesse de ***, que nous nous honorons de

compter à présent parmi nos compatriotes, et qui se met très-bien,

rirait de tout son cœur, si elle revoyait la parure qu'elle portait le

jour où elle fut présentée à l'empereur.

Nous retrouvâmes à Mayence la princesse M... que nous avions déjà vue un

instant à Aix-la-Chapelle; passionnée pour M. de Caulaincourt, elle le

suivait partout; ce qu'il y a de remarquable dans cette promenade

sentimentale, c'est qu'elle traînait à sa suite son mari, qui

l'accompagnait toujours. Elle oubliait tellement les convenances qu'au

spectacle, placée sur le côté de la salle, elle passait toute la soirée

entièrement tournée du côté opposé au théâtre, parce que M. de

Caulaincourt s'y trouvait, oubliant tout-à-fait la scène et les acteurs.

En parlant de ceux-ci, je me rappelle un accès de colère de Napoléon,

comme je ne lui en avais jamais vu.

M. de R... fut la victime sur laquelle l'orage éclata. Le premier

chambellan était chargé de l'organisation du théâtre français; c'est lui

qui avait désigné ceux des acteurs qui viendraient à Mayence, pendant la

réunion des princes, qui s'y rendaient pour la confédération du Rhin.

Désirant leur rendre la cour agréable, on avait voulu y réunir un bon

spectacle.

Ce jour on avait joué _Cinna_, mademoiselle Raucourt avait rempli le

rôle d'Émilie, et vraiment c'était un contre-sens choquant de lui

entendre dire:

Si j'ai séduit Cinna, j'en séduirai bien d'autres.

L'empereur était furieux qu'on eût donné aux princes réunis à Mayence un

tel échantillon de nos actrices; il disait avec raison qu'ils devaient

supposer que dans cette circonstance on avait fait un choix des

meilleures, et qu'ils emporteraient dans leur pays une opinion bien

désavantageuse de notre premier théâtre. Il gronda vivement M. de B...

et lui dit qu'à l'exception d'un très-petit nombre de rôles dont

mademoiselle Raucourt pouvait encore être chargée, on devait lui

interdire tous les autres.

Ce fut à Mayence, où M. Méchin avait suivi l'empereur, qu'il obtint une

nouvelle préfecture en remplacement de celle qui venait de lui être

enlevée par sa destitution. Depuis le départ d'Aix-la-Chapelle, nous

l'avions rencontré dans toutes les villes où la cour séjournait, à

Cologne, à Coblentz; on était sûr, en traversant l'antichambre, d'y

trouver M. Méchin.

L'impératrice contribua beaucoup à calmer la colère de l'empereur; c'est

à elle, à ses pressantes sollicitations, que M. Méchin dut sa

nomination. Mais la préfecture de la Roër n'en était pas moins

regrettable; c'était la première de France pour les produits, qui

excédaient 25,000 fr., tandis que celle de Laon n'en valait pas douze.

Joséphine avait beaucoup vu la famille de M. Méchin pendant le voyage

d'Aix-la-Chapelle; il avait quitté l'hôtel de la préfecture pour le lui

offrir, et avait passé tout le temps qu'elle l'avait habité dans une

auberge avec toute sa famille. Elle mit tant d'instance et de suite dans

ses sollicitations qu'elle obtint qu'il fût replacé à Laon. Le hasard

d'une promenade me rendit témoin, pendant mon séjour à Mayence, de

l'arrivée du prince primat (depuis grand-duc de Francfort). Le cortége

qui se rendit hors de la ville à sa rencontre était la chose du monde la

plus touchante.

Cet excellent prince, aussi bon que spirituel, était coadjuteur de son

oncle l'électeur de Mayence.

Quoique la révolution arrivée en France l'eût privé de cette succession

(puisqu'on s'était emparé de Mayence), il n'en payait pas moins des

pensions à tous les anciens serviteurs de son oncle.

Je citerai de lui une attention très-aimable pour moi. Au bal donné par

la ville de Mayence à l'empereur, il vint s'asseoir sur le siége que je

venais de quitter pour danser une valse avec le prince d'Isembourg. J'y

avais laissé mon éventail; il le brisa en s'asseyant.

La danse finie, je cherchai mon éventail un instant, mais quelqu'un

m'ayant dit ce qui était arrivé, je cessai bien vite de m'en occuper.

Deux mois après je reçus à Paris un éventail charmant.

Joséphine avait l'habitude, avant les audiences diplomatiques, de voir

la liste des présentations, en sorte qu'elle était ou se mettait

parfaitement au courant des ambassadeurs et des ministres qui devaient

en faire partie; elle savait à peu près avant ce qu'elle devait dire à

chacun. Il arriva cependant un jour qu'en répondant à M. de Lima, et lui

disant, _je reçois avec plaisir les félicitations du prince régent de

Portugal_, elle se trompa et dit _le prince régnant_, pour _le prince

régent_. Elle était désolée après l'audience; je ne sais quelle était la

sotte personne qui avait pu l'avertir de cette bévue; lui en parler

était très-inconvenant et très-méchant, car on était certain qu'elle

s'en affligerait.

Au reste, je dois dire que toutes les audiences auxquelles j'ai assisté

se passaient de la manière la plus convenable; et ce qui pourra

surprendre, c'est qu'il n'en était pas ainsi de Marie-Louise, qui

cependant devait en avoir pris l'habitude à la cour d'Autriche. Mais en

vérité rien de plus pitoyable que la plupart des réceptions de cette

jeune et malheureuse princesse. Madame la duchesse de Montebello tenait

la feuille contenant les noms des personnes présentées; souvent elle

lisait mal les noms étrangers; quand elle avait dit: «J'ai l'honneur de

présenter à Votre Majesté impériale et royale Monsieur...,» elle

s'arrêtait, hésitait, balbutiait. Marie-Louise alors se penchait pour

lire elle-même le nom; puis, à l'exemple de Napoléon, elle demandait à

la personne présentée: _Êtes-vous marié? avez-vous des enfans?_ et

quelquefois elle ajoutait comme son époux: _Que faites-vous_? Le

ministre de Saxe, le comte d'Einselden, que je voyais très-souvent

alors, me disait à chaque audience de Marie-Louise: _En vérité

l'impératrice devrait savoir que je ne suis pas marié, que je n'ai pas

d'enfans, car je le lui ai déjà dit tout autant de fois que je l'ai vue.

Il paraît qu'elle a peu de mémoire._

Mémoires de Constant, premier valet de chambre de l'empereur, sur la vie privée de Napoléon, sa famille et sa cour. · 第 252 / 456 题