GRAND-MAÎTRE DES CÉRÉMONIES.

Lorsque l'empereur ordonnait une cérémonie publique et solennelle, telle

qu'ont été le sacre, la réception des membres de la Légion-d'Honneur, la

fête du Champ-de-Mars, l'ouverture de la session du corps législatif,

etc., etc., etc., le grand-maître dressait le projet de cette cérémonie,

en réglait le lieu, le temps, etc., y assignait les places et rangs de

chacun, suivant les localités et l'ordre de préséance combiné avec la

nécessité du service.

Lorsque le projet était fait, il le présentait à Sa Majesté. Quand le

projet était approuvé par Sa Majesté, le grand-maître l'envoyait aux

princes, princesses, grands-officiers, présidens de corps, etc., etc.,

etc.

Le jour de la cérémonie, il faisait exécuter ponctuellement toutes les

parties du cérémonial, se tenait, pendant la cérémonie, en avant et près

de Sa Majesté, et prenait ses ordres à chaque partie de la cérémonie.

* * *

L'empereur avait douze aides-de-camp. Ils prenaient rang entre eux, non

par leur grade militaire, mais par leur ancienneté de service auprès de

Sa Majesté.

Il y avait toujours un aide-de-camp de jour auprès de l'empereur:

l'aide-de-camp entrant et celui sortant devaient s'y trouver et prendre

ses ordres.

L'aide-de-camp de jour avait toujours un cheval sellé ou une voiture

attelée, dans une remise du palais, et à portée pour pouvoir être à même

de remplir les commissions que l'empereur voulait lui donner.

Depuis le moment où l'empereur était couché, l'aide-de-camp de jour

était plus spécialement chargé de la garde de sa personne, et il

couchait dans la pièce voisine de celle dans laquelle Sa Majesté

reposait.

Toute dépêche arrivant la nuit pour l'empereur était remise à

l'aide-de-camp de jour: qui que ce fût ne pouvait entrer dans la pièce

dans laquelle Sa Majesté reposait, ni dans celle de l'aide-de-camp, et

dont il tenait la porte fermée en dedans par un verrou: il allait

recevoir dans le premier salon ou dans la pièce qui précédait, la

personne qui voulait lui parler ou lui remettre une dépêche; en revenant

il devait fermer le verrou sur lui; pour que l'on ne pût le suivre ni

dans son appartement, ni dans la chambre à coucher de l'empereur; et

alors seulement il frappait à la porte de l'empereur.

L'aide-de-camp de jour pouvait introduire les personnes qui avaient à

parler à Sa Majesté, soit qu'elle se tînt dans le grand appartement de

représentation, ou dans celui d'honneur, ou dans l'intérieur; mais il ne

le faisait que par une commission spéciale de l'empereur.

Quand, d'après l'ordre de l'empereur, l'aide-de-camp de jour devait lui

parler, il pouvait se présenter à la porte de l'appartement dans lequel

se trouvait Sa Majesté; mais quand ce n'était pas pour affaire pressante

et par ordre de l'empereur, il devait se faire introduire par le

chambellan.

Quand Sa Majesté sortait avec un piquet, et qu'elle avait demandé deux

voitures, l'aide-de-camp de jour se plaçait dans la seconde avec le

chambellan de jour.

À la chasse à tir, l'aide-de-camp de jour se tenait à cheval derrière

l'empereur.

L'aide-de-camp de jour qui accompagnait à cheval la voiture de Sa

Majesté se plaçait sur un des côtés de manière à être prêt à recevoir

les ordres de Sa Majesté, laissant toutefois aux officiers de service

les places d'honneur auxquelles ils avaient droit.

Dans les parades et mouvemens militaires, les aides-de-camp marchaient

devant l'empereur; celui de jour se tenait immédiatement devant et à six

pas.

À l'armée, les aides-de-camp de l'empereur faisaient le service de

chambellans.

* * *

LE PALAIS IMPÉRIAL DES TUILERIES ÉTAIT DISTRIBUÉ

EN GRAND APPARTEMENT DE REPRÉSENTATION,--APPARTEMENT

ORDINAIRE DE L'EMPEREUR,--APPARTEMENT

ORDINAIRE DE L'IMPÉRATRICE.

Le grand appartement de représentation se composait d'une salle de

concert, d'un premier salon, d'un second salon, d'une salle du trône, du

salon de l'empereur, et d'une galerie.

Les pages se tenaient dans la salle de concert.

Tous les officiers du service d'honneur de Leurs Majestés, ceux des

maisons des princes et princesses de la famille impériale ou de

l'empire, lorsqu'ils les accompagnaient, les membres du sénat et du

conseil-d'état, les généraux de division, les archevêques et évêques

entraient de droit dans le second salon.

Les princes et princesses de la famille impériale et de l'empire, les

ministres, les grands-officiers de l'empire, les présidens du sénat, du

corps législatif, entraient de droit dans la salle du trône.

Lorsque l'impératrice recevait dans la salle du trône, les dames

d'honneur, d'atours et du palais avaient le droit d'y entrer.

Les dames d'honneur ou de service près des princesses les accompagnaient

lorsqu'elles entraient dans la salle du trône.

Les hommes et les dames saluaient le trône en traversant la salle où il

était placé.

L'empereur et l'impératrice seuls entraient dans le salon de l'empereur;

tout autre individu, quels que fussent son rang et ses fonctions, n'y

entrait que lorsque Sa Majesté le faisait appeler.

Le chambellan de jour y entrait pour prendre les ordres de Leurs

Majestés, mais après en avoir fait demander la permission par un

huissier.

Lorsque Leurs Majestés ne se trouvaient pas dans le grand appartement de

représentation, les officiers du service d'honneur de Leurs Majestés et

les pages pouvaient le traverser et communiquer pour leur service.

* * *

L'appartement ordinaire de l'empereur se divisait en appartement

d'honneur et appartement intérieur.

L'appartement d'honneur se composait d'une salle des gardes, d'un

premier salon et d'un second salon.

L'appartement intérieur se composait d'un cabinet de travail, d'un

arrière-cabinet, d'un bureau topographique, et d'une chambre à coucher.

Les huissiers faisaient le service de l'appartement d'honneur, et les

valets de chambre celui de l'appartement intérieur.

Dans la salle des gardes se tenaient les pages de service, un

sous-officier du piquet de la garde à cheval. Il n'y entrait aucun

domestique. Un portier d'appartement en tenait la porte.

Le colonel-général de service, les grands-officiers de la couronne,

l'aide-de-camp de jour, le préfet de service, entraient de droit dans le

premier salon.

Le chambellan de jour faisait entrer dans le premier salon ou dans

celui que lui désignait Sa Majesté, les personnes admises à son

audience, ou appelées pour affaires de service et travailler.

Lorsque le chambellan de jour avait besoin de prévenir Sa Majesté qui se

trouvait dans son appartement intérieur, il traversait le salon de

l'empereur, et frappait à la porte de l'appartement intérieur:

cependant, lorsqu'il ne s'agissait que d'annoncer à Sa Majesté l'arrivée

d'un officier de sa maison, ou d'un ministre qu'elle avait fait

demander, il suffisait que le chambellan de jour en prévînt l'huissier

de service qui annonçait à Sa Majesté. Le chambellan avait soin de faire

entrer ces personnes dans le salon de l'empereur, afin que Sa Majesté

les y trouvât lorsqu'elle sortait de son appartement intérieur.

L'aide-de-camp, le préfet et l'écuyer de service qui avaient à prendre

les ordres de Sa Majesté ou à la prévenir pour leur service, pouvaient

le faire directement, sans passer par l'intermédiaire du chambellan.

Le préfet et l'écuyer qui venaient annoncer à Sa Majesté qu'elle était

servie, ou que ses voitures et chevaux étaient prêts, lorsqu'elle était

dans son appartement intérieur, pouvaient même le dire à l'huissier de

service, afin de déranger le moins possible l'empereur.

Un gardien du porte-feuille tenait la porte de l'arrière-cabinet; le

gardien du porte-feuille ne laissait entrer dans l'arrière-cabinet que

par ordre de l'empereur, la personne qui en avait obtenu le droit.

Personne ne pouvait traverser le cabinet dans lequel Sa Majesté

travaillait ordinairement, à moins d'y être appelé par l'empereur.

* * *

Mémoires de Constant, premier valet de chambre de l'empereur, sur la vie privée de Napoléon, sa famille et sa cour. · 第 220 / 456 题