CHAPITRE XI.

Coalition de la Russie et de l'Angleterre contre

l'empereur.--L'armée de Boulogne en marche vers le Rhin.--Départ de

l'empereur.--Tableau de l'intérieur des Tuileries, avant et après

le départ de l'empereur pour l'armée.--Les courtisans _civils_ et

le jour sans soleil.--Arrivée de l'empereur à Strasbourg, et

passage du pont de Kehl.--Le rendez-vous.--L'empereur inondé de

pluie.--Le chapeau de charbonnier.--Les généraux Chardon et

Vandamme.--Le rendez-vous oublié, et pourquoi.--Les douze

bouteilles de vin du Rhin.--Mécontentement de l'empereur.--Le

général Vandamme envoyé à l'armée wurtembergeoise.--Courage et

rentrée en grâce.--L'empereur devance sa suite et ses bagages, et

passe tout seul la nuit dans une chaumière.--L'empereur devant

Ulm.--Combat à outrance.--Courage personnel et sang-froid de

l'empereur.--Le manteau militaire de l'empereur servant de linceul

à un vétéran.--Le canonnier blessé à mort.--Capitulation d'Ulm;

trente mille hommes mettent bas les armes aux pieds de

l'empereur.--Entrée de la garde impériale dans Augsbourg.--Passage

à Munich.--Serment d'alliance mutuelle, prêté par l'empereur de

Russie et le roi de Prusse, sur le tombeau du grand Frédéric;

rapprochement.--Arrivée des Russes.--Le Couronnement, et la

bataille d'Austerlitz.--L'empereur au bivouac.--Sommeil de

l'empereur.--Visite des avant-postes.--Illumination

militaire.--L'empereur et ses braves.--Bivouac des gens de

service.--Je fais du punch pour l'empereur.--Je tombe de fatigue et

de sommeil.--Réveil d'une armée.--Bataille d'Austerlitz.--Le

général Rapp blessé; l'empereur va le voir.--L'empereur d'Autriche

au quartier-général de l'empereur Napoléon.--Traité de

paix.--Séjour à Vienne et à Schœnbrunn.--Rencontre

singulière.--Napoléon et la fille de M. de Marbœuf.--Le courrier

Moustache envoyé à l'impératrice Joséphine.--Récompense digne d'une

impératrice.--Zèle et courage de Moustache.--Son cheval tombe mort

de fatigue.

L'EMPEREUR ne resta que quelques jours à Paris, après notre retour

d'Italie, et repartit bientôt pour son camp de Boulogne. Les fêtes de

Milan ne l'avaient point empêché de suivre les plans de sa politique, et

l'on se doutait bien que ce n'était pas sans raison qu'il avait crevé

ses chevaux, depuis Turin jusqu'à Paris. Cette raison fut bientôt

connue; l'Autriche était entrée secrètement dans la coalition de la

Russie et de l'Angleterre contre l'empereur. L'armée rassemblée au camp

de Boulogne reçut l'ordre de marcher sur le Rhin, et Sa Majesté partit

pour rejoindre ses troupes, sur la fin de septembre. Selon sa coutume il

ne nous fit connaître qu'une heure à l'avance l'instant du départ.

C'était quelque chose de curieux que le contraste du bruit et de la

confusion qui précédaient cet instant, avec le silence qui le suivait. À

peine l'ordre était-il donné, que chacun s'occupait à la hâte des

besoins du maître et des siens. On n'entendait que courses dans les

corridors de domestiques allant et venant, bruit de caisses que l'on

fermait, de coffres que l'on transportait. Dans les cours, grand nombre

de voitures, de fourgons et d'hommes occupés à les garnir, éclairés par

des flambeaux; partout des cris d'impatience et des juremens. Les

femmes, chacune dans son appartement, s'occupaient tristement du départ

d'un mari, d'un fils, d'un frère. Pendant tous ces préparatifs,

l'empereur faisait ses adieux à sa majesté l'impératrice, ou prenait

quelques instans de repos; à l'heure dite, il se levait, on l'habillait,

et il montait en voiture. Une heure après, tout était muet dans le

château; on n'apercevait plus que quelques personnes isolées passant

comme des ombres; le silence avait succédé au bruit, la solitude au

mouvement d'une cour brillante et nombreuse. Le lendemain au matin, on

ne voyait que des femmes s'approchant les unes des autres, le visage

pâle, les yeux en larmes, pour se communiquer leur douleur et leur

inquiétude. Bon nombre de courtisans qui n'étaient pas du voyage

arrivaient pour faire leur cour et restaient tout stupéfaits de

l'absence de Sa Majesté. C'était pour eux comme si le soleil n'eût pas

dû se lever ce jour-là.

L'empereur alla sans s'arrêter jusqu'à Strasbourg; le lendemain de son

arrivée dans cette ville, l'armée commença à défiler sur le pont de

Kehl.

Dès la veille de ce passage, l'empereur avait ordonné aux officiers

généraux de se rendre sur les bords du Rhin le jour suivant, à six

heures précises du matin. Une heure avant celle du rendez-vous, Sa

Majesté, malgré la pluie qui tombait en abondance, s'était transportée

seule à la tête du pont pour s'assurer de l'exécution des ordres qu'elle

avait donnés. Elle reçut continuellement la pluie jusqu'au moment du

déploiement des premières divisions qui s'avancèrent sur le pont, et il

en était tellement trempé, que les gouttes qui découlaient de ses habits

se réunissaient sous le ventre de son cheval et y formaient une petite

chute d'eau. Son petit chapeau était si fort maltraité par la pluie, que

le derrière en retombait sur les épaules de l'empereur, à peu près comme

le grand feutre des charbonniers de Paris. Les généraux qu'il attendait

vinrent l'entourer; quand il les vit rassemblés il leur dit: «Tout va

bien, Messieurs, voilà un nouveau pas fait vers nos ennemis, mais où

donc est Vandamme? Pourquoi n'est-il pas ici? Serait-il mort?» Personne

ne disait mot: «Répondez-moi donc, Messieurs, qu'est devenu Vandamme?»

Le général Chardon, général d'avant-garde très-aimé de l'empereur, lui

répondit: «Je crois, Sire, que le général Vandamme dort encore; nous

avons bu ensemble hier soir une douzaine de bouteilles de vin du Rhin,

et sans doute...--Il a bien fait, de boire, Monsieur, mais il a tort de

dormir quand je l'attends.» Le général Chardon se disposait à envoyer un

aide-de-camp à son compagnon d'armes, mais l'empereur le retint en lui

disant: «Laissons dormir Vandamme, plus tard je lui parlerai.» En ce

moment le général Vandamme parut: «Eh! vous voilà, Monsieur, il paraît

que vous aviez oublié l'ordre que j'ai donné hier.--Sire, c'est la

première fois que cela m'arrive, et...--Et pour éviter la récidive, vous

irez combattre sous les drapeaux du roi de Wurtemberg; j'espère que vous

donnerez aux Allemands des leçons de sobriété.» Le général Vandamme

s'éloigna, non sans chagrin, et il se rendit à l'armée wurtembergeoise,

où il fit des prodiges de valeur. Après la campagne, il revint auprès

de l'empereur; sa poitrine était couverte de décorations, et il était

porteur d'une lettre du roi de Wurtemberg à Sa Majesté, qui, après

l'avoir lue, dit à Vandamme: «Général, n'oubliez jamais que si j'aime

les braves, je n'aime pas ceux qui dorment quand je les attends.» Il

serra la main du général et l'invita à déjeuner ainsi que le général

Chardon, à qui cette rentrée en grâce faisait autant de plaisir qu'à son

ami.

Avant d'entrer à Augsbourg l'empereur, qui était parti en avant, fit une

si longue course que sa maison ne put le rejoindre. Il passa la nuit,

sans suite et sans bagages, dans la maison la moins mauvaise d'un

très-mauvais village. Lorsque nous atteignîmes Sa Majesté le lendemain,

elle nous reçut en riant et en nous menaçant de nous faire relancer

comme traîneurs par la gendarmerie.

D'Augsbourg l'empereur se rendit au camp devant Ulm, et fit des

dispositions pour l'assaut de cette place.

À peu de distance de la ville, un combat terrible et opiniâtre s'engagea

entre les Français et les Autrichiens, et il durait depuis deux heures,

quand tout à coup on entendit des cris de _vive l'empereur_! Ce nom qui

portait toujours la terreur dans les rangs ennemis, et qui encourageait

partout nos soldats, les électrisa à tel point qu'ils culbutèrent les

Autrichiens. L'empereur se montra sur la première ligne, criant en

avant! et faisant signe aux soldats d'avancer. De temps en temps le

cheval de Sa Majesté disparaissait au milieu de la fumée du canon.

Durant cette charge furieuse, l'empereur se trouva près d'un grenadier

blessé grièvement. Ce brave grenadier criait comme les autres «_en

avant! en avant!_» L'empereur s'approcha de lui et lui jeta son manteau

militaire en disant: «Tâche de me le rapporter, je te donnerai en

échange la croix que tu viens de gagner.» Le grenadier, qui se sentait

mortellement blessé, répondit à Sa Majesté que le linceul qu'il venait

de recevoir valait bien la décoration, et il expira enveloppé dans le

manteau impérial.

Le combat terminé, l'empereur fit relever le grenadier, qui était un

vétéran de l'armée d'Égypte, et voulut qu'il fût enterré dans son

manteau.

Un autre militaire, non moins courageux que celui dont je viens de

parler, reçut aussi de Sa Majesté des marques d'honneur. Le lendemain du

combat devant Ulm, l'empereur visitant les ambulances, un canonnier de

l'artillerie légère, qui n'avait plus qu'une cuisse, et qui criait de

toutes ses forces: _vive l'empereur_! attira son attention. Il

s'approcha du soldat et lui dit: «Est-ce donc là tout ce que tu as à me

dire?--Non, Sire, je puis aussi vous apprendre que j'ai à moi seul

démonté quatre pièces de canon aux Autrichiens; et c'est le plaisir de

les voir enfoncés qui me fait oublier que je vais bientôt tourner l'œil

pour toujours.» L'empereur, ému de tant de fermeté, donna sa croix au

canonnier, prit le nom de ses parens et lui dit: «Si tu en reviens, à

toi l'hôtel des Invalides.--Merci, Sire, mais la saignée a été trop

forte; ma pension ne vous coûtera pas bien cher; je vois bien qu'il faut

descendre la garde, mais vive l'empereur quand même!» Malheureusement ce

brave homme ne sentait que trop bien son état; il ne survécut pas à

l'amputation de sa cuisse.

Nous suivîmes l'empereur à Ulm, après l'occupation de cette place, et

nous vîmes une armée ennemie de plus de trente mille hommes mettre bas

les armes aux pieds de Sa Majesté, en défilant devant elle; je n'ai

jamais rien vu de plus imposant que ce spectacle. L'empereur était à

cheval, quelques pas en avant de son état-major. Son visage était calme

et grave, mais sa joie perçait malgré lui dans ses regards. Il levait à

chaque instant son chapeau, pour rendre le salut aux officiers

supérieurs de la division autrichienne.

Lorsque la garde impériale entra dans Augsbourg, quatre-vingts

grenadiers marchaient en tête des colonnes, portant chacun un drapeau

ennemi. L'empereur, arrivé à Munich, fut accueilli avec les plus grandes

attentions par l'électeur de Bavière, son allié. Sa Majesté alla

plusieurs fois au spectacle et à la chasse, et donna un concert aux

dames de la cour. Ce fut, comme on l'a su depuis, pendant le séjour de

l'empereur à Munich que l'empereur Alexandre et le roi de Prusse, se

promirent à Postdam, sur le tombeau de Frédéric II, de réunir leurs

efforts contre Sa Majesté. Un an après, l'empereur Napoléon fit aussi

une visite au tombeau du grand Frédéric.

La prise d'Ulm avait achevé la défaite des Autrichiens et ouvert à

l'empereur les portes de Vienne; mais les Russes s'avançaient à marches

forcées au secours de leurs alliés. Sa Majesté se porta à leur

rencontre; et le 1er décembre, les deux armées ennemies se trouvèrent

en face l'une de l'autre. Par un de ces hasards qui n'étaient faits que

pour l'empereur, le jour de la bataille d'Austerlitz était aussi le jour

anniversaire du couronnement.

Je ne sais plus pourquoi il n'y avait pas à Austerlitz de tente pour

l'empereur; les soldats lui avaient dressé avec des branches une espèce

de baraque, avec une ouverture dans le haut pour le passage de la fumée.

Sa Majesté n'avait pour lit que de la paille; mais elle était si

fatiguée, la veille de la bataille, après avoir passé la journée à

cheval sur les hauteurs du Santon, qu'elle dormait profondément quand le

général Savary, un de ses aides-de-camp, entra pour lui rendre compte

d'une mission dont il avait été chargé. Le général fut obligé de toucher

l'épaule de l'empereur et de le pousser pour l'éveiller. Alors il se

leva et remonta à cheval pour visiter ses avant-postes. La nuit était

profonde, mais tout à coup le camp se trouva illuminé comme par

enchantement. Chaque soldat mit une poignée de paille au bout de sa

baïonnette, et tous ces brandons se trouvèrent allumés en moins de temps

qu'il n'en faut pour l'écrire. L'empereur parcourut à cheval toute sa

ligne, adressant la parole aux soldats qu'il reconnaissait. «Soyez

demain, mes braves, tels que vous avez toujours été, leur disait-il, et

les Russes sont à nous, nous les tenons!» L'air retentissait des cris de

_vive l'empereur_! et il n'y avait officier ni soldat qui ne comptât

pour le lendemain sur une victoire.

Sa Majesté, en visitant la ligne d'attaque où les vivres manquaient

depuis quarante-huit heures, (car on n'avait distribué dans cette

journée qu'un pain de munition pour huit hommes), vit, en passant de

bivouac en bivouac, des soldats occupés à faire cuire des pommes de

terre sous la cendre. Se trouvant devant le 4e régiment de ligne dont

son frère était colonel, l'empereur dit à un grenadier du 2e

bataillon, en prenant et mangeant une des pommes de terre de l'escouade:

«Es-tu content de ces pigeons-là?--Hum! çà vaut toujours mieux que rien;

mais ces pigeons-là, c'est bien de la viande de carême.--Eh bien, mon

vieux,» reprit Sa Majesté en montrant aux soldats les feux de l'ennemi,

«aide-moi à débusquer ces b...-là, et nous ferons le mardi-gras à

Vienne.»

L'empereur revint, se recoucha et dormit jusqu'à trois heures du matin.

Le service était rassemblé autour d'un feu de bivouac, près de la

baraque de Sa Majesté; nous étions couchés sur la terre, enveloppés dans

nos manteaux, car la nuit était des plus froides. Depuis quatre jours je

n'avais pas fermé l'œil, et je commençais à m'endormir quand, sur les

trois heures, l'empereur me fit demander du punch; j'aurais donné tout

l'empire d'Autriche pour reposer une heure de plus. Je portai à Sa

Majesté le punch que je fis au feu du bivouac; l'empereur en fit prendre

au maréchal Berthier, et je partageai le reste avec ces messieurs du

service. Entre quatre et cinq heures, l'empereur ordonna les premiers

mouvemens de son armée. Tout le monde fut sur pied en peu d'instans et

chacun à son poste; dans toutes les directions on voyait galoper les

aides-de-camp et les officiers d'ordonnance, et au jour la bataille

commença.

Je n'entrerai dans aucun détail sur cette glorieuse journée qui, suivant

l'expression de l'empereur lui-même, _termina la campagne par un coup de

tonnerre_. Pas une des combinaisons de Sa Majesté n'échoua, et en

quelques heures les Français furent maîtres du champ de bataille et de

l'Allemagne tout entière. Le brave général Rapp fut blessé à Austerlitz,

comme dans toutes les batailles où il a figuré. On le transporta au

château d'Austerlitz, et le soir, l'empereur alla le voir et causa

quelque temps avec lui. Sa Majesté passa elle-même la nuit dans ce

château.

Deux jours après, l'empereur François vint trouver Sa Majesté et lui

demander la paix. Avant la fin de décembre un traité fut conclu, d'après

lequel l'électeur de Bavière et le duc de Wurtemberg, alliés fidèles de

l'empereur Napoléon, furent créés rois. En retour de cette élévation

dont elle était l'unique auteur, Sa Majesté demanda et obtint pour le

prince Eugène, vice-roi d'Italie, la main de la princesse Auguste-Amélie

de Bavière.

Pendant son séjour à Vienne, l'empereur avait établi son

quartier-général à Schœnbrunn, dont le nom est devenu célèbre par

plusieurs séjours de Sa Majesté, et qui, dit-on, est encore aujourd'hui,

par une singulière destinée, la résidence de son fils.

Je ne saurais assurer si ce fut pendant ce premier séjour à Schœnbrunn

que l'empereur fit la rencontre extraordinaire que je vais rapporter. Sa

Majesté, en costume de colonel des chasseurs de la garde, montait tous

les jours à cheval. Un matin qu'il se promenait sur la route de Vienne,

il vit arriver dans une voiture ouverte un ecclésiastique et une femme

baignée de larmes qui ne le reconnut pas. Napoléon s'approcha de la

voiture, salua cette dame, et s'informa de la cause de son chagrin, de

l'objet et du but de son voyage. «Monsieur, répondit-elle, j'habitais

dans un village à deux lieues d'ici, une maison qui a été pillée par des

soldats, et mon jardinier a été tué. Je viens demander une sauve-garde à

votre empereur qui a beaucoup connu ma famille, à laquelle il a de

grandes obligations.--Quel est votre nom, madame?--De Bunny; je suis

fille de M. de Marbœuf, ancien gouverneur de la Corse.--Je suis charmé,

madame, reprit Napoléon, de trouver une occasion de vous être agréable.

C'est moi qui suis l'empereur.» Madame de Bunny resta tout interdite.

Napoléon la rassura et continua son chemin en la priant d'aller

l'attendre à son quartier-général. À son retour, il la reçut et la

traita à merveille, lui donna pour escorte un piquet de chasseurs de sa

garde, et la congédia heureuse et satisfaite.

Dès que la bataille d'Austerlitz avait été gagnée, l'empereur s'était

empressé d'envoyer en France le courrier Moustache, pour en annoncer la

nouvelle à l'impératrice. Sa Majesté était au château de Saint-Cloud. Il

était neuf heures du soir, lorsqu'on entendit tout à coup pousser de

grands cris de joie, et le bruit d'un cheval qui arrivait au galop. Le

son des grelots et les coups répétés du fouet annonçaient un courrier.

L'impératrice, qui attendait avec une vive impatience des nouvelles de

l'armée, s'élance vers la fenêtre et l'ouvre précipitamment. Les mots de

_victoire_ et d'_Austerlitz_ frappent son oreille. Impatiente de savoir

les détails, elle descend sur le perron, suivie de ses dames. Moustache

lui apprend de vive voix la grande nouvelle, et remet à Sa Majesté la

lettre de l'empereur. Joséphine, après l'avoir lue, tira un superbe

diamant qu'elle avait au doigt, et le donna au courrier. Le pauvre

Moustache avait fait au galop plus de cinquante lieues dans la journée,

et il était tellement harassé qu'on fut obligé de l'enlever de dessus

son cheval. Il fallut quatre personnes pour procéder à cette opération,

et le transporter dans un lit. Son dernier cheval, qu'il avait sans

doute encore moins ménagé que les autres, tomba mort dans la cour du

château.

Mémoires de Constant, premier valet de chambre de l'empereur, sur la vie privée de Napoléon, sa famille et sa cour. · 第 204 / 456 题