[Illustration: PALAIS-ROYAL. (MARCHAND AMBULANT, CARDEUSE DE MATELAS,
PORTEUR D’EAU, ETC.)
(Par Schmidt) (Coll. J. B.)]
combien inconcevable à des Anglais!...
Une raison, je suppose, pour laquelle Paris est tellement plus amusant à
regarder que Londres, c’est qu’il contient beaucoup plus de gens, en
proportion de sa population, qui n’ont rien à faire en ce monde que de
divertir eux-mêmes et les autres.
Il y a ici beaucoup d’hommes oisifs qui se contentent pour vivre de
revenus que l’on regarderait chez nous comme à peine suffisants pour
subvenir au logement; de petits rentiers qui préfèrent vivre libres avec
peu de revenu que de travailler dur et d’être souvent _ennuyés_ avec
plus d’argent.
Je ne sais si cette manière de faire rend aussi heureux quand la
jeunesse est passée; tout au moins, pour beaucoup, il est probable que,
quand la force, la santé, l’intelligence s’amoindrissent, un peu plus de
confortable et de facilité de vie deviennent alors désirables, mais il
est trop tard pour les gagner; pour les autres, pour tous ceux qui
forment le cercle autour duquel l’oisif homme de plaisir voltige
légèrement, cette manière de vivre offre une ressource qui ne tarit
jamais. Que deviendraient toutes les parties de plaisir qui ont lieu à
Paris, le matin, l’après-midi et le soir, si cette race-là n’existait
plus? Qu’ils soient mariés ou célibataires, ces oisifs sont également
nécessaires, également les bienvenus partout où se divertir est
l’affaire principale. Chez nous, seulement une petite classe privilégiée
peut se permettre d’aller où le plaisir l’appelle; mais en France,
aucune dame, lorsqu’elle arrange une fête, n’a à se poser cette terrible
question: «Mais quels hommes pourrais-je avoir?»