I
En ce temps-là, dans ce pays, il y avait une enfant de quinze ans,
appelée Martine, qui était sur le point de rendre l’âme. La maladie
l’avait prise tout à coup; maintenant elle allait trépasser. Ses
parents, de pauvres campagnards qui ne possédaient rien autre chose
qu’une vieille chaumière au milieu d’un maigre champ, éprouvaient une
cruelle affliction; car ils aimaient tendrement la jolie moribonde. La
mère surtout se désespérait; d’abord, parce qu’elle était la mère, et
puis parce que, la chaumière se trouvant très loin du village, elle
craignait que M. le curé n’arrivât pas avant la mort de Martine. Très
dévote, elle pleurait en songeant que sa fille cesserait de vivre sans
s’être confessée et sans avoir reçu l’absolution.
--Pour ce qui est de cela, n’ayez point de souci, madame, dit une voix
si douce que les parents, malgré leur douleur, en eurent l’ouïe
enchantée.
En même temps, ils voyaient, derrière le lit de l’agonisante, se lever
une forme blanche, un peu vague, avec des ailes.
La voix reprit:
--Je suis l’ange gardien de Martine, et je pense qu’un ange peut
remplacer un prêtre sans aucun désavantage. Tenez-vous dans ce coin,
là-bas, ne retournez pas la tête. Votre enfant me dira ses péchés: comme
elle est tout à fait innocente, ce sera l’affaire d’un moment.