II

Il arrive peu souvent qu’une jeune fille se confesse à un ange; la chose

arriva en ce temps-là dans ce pays. Martine eut bientôt fait d’avouer

ses menues peccadilles; le divin messager allait la bénir, pardonnée,

non des mains, mais des ailes, lorsqu’elle se souvint d’une grosse faute

qu’elle avait commise, la semaine passée. Envieuse d’un mouchoir de cou,

en soie rose, si joli, que lui avait montré une voisine, elle l’avait

dérobé pour s’en parer. Double crime: coquetterie et larcin. L’ange

demeura perplexe.

--Je ne sais, dit-il, si je dois vous absoudre d’un tel péché. Où

est-il, ce mouchoir?

--Sous l’oreiller, mon bon ange.

--Il faudrait le restituer.

--Oh! ce serait de grand cœur. Mais le puis-je? Malade comme je suis, je

ne saurais faire un pas ni même descendre de mon lit; et la maison de la

voisine est de l’autre côté du petit bois.

--Qu’à cela ne tienne, dit l’ange gardien qui avait réponse à tout.

Faisons un troc, pour un instant: donnez-moi votre maladie, prenez ma

bonne santé; et je resterai dans le lit au lieu de vous, tandis que vous

irez rapporter le mouchoir. Vos parents ne s’apercevront de rien; je

cacherai mes ailes sous le drap.

--Je ferai comme il vous plaira, dit Martine.

--Mais surtout gardez-vous de perdre le temps en chemin! Imaginez ce qui

arriverait si l’heure marquée pour votre mort sonnait avant votre

retour: il me faudrait mourir à votre place; ce qui serait tout à fait

malséant, puisque je suis immortel.

--N’ayez crainte, mon ange! Je ne vous exposerai pas à un si grand

malheur. Quelques minutes suffiront pour que j’aille et revienne.

Là-dessus, se sentant aussi dispose qu’il est possible de l’être, elle

sauta du lit et se vêtit à la hâte, en silence, pour ne pas attirer

l’attention de ses parents; quand ceux-ci se retournèrent, ils virent

sur l’oreiller un doux visage pâle, avec des cheveux blonds; sans doute

c’était l’ange, qui cachait ses ailes sous le drap.

Les oiseaux bleus · 第 67 / 74 题