III

Mais le malicieux Puck, qui se plaît à ces jeux, avait trompé la

princesse. Vainement elle marcha tout le jour et tout le soir, elle ne

rejoignit point le cavalier dont les yeux étaient bleus comme le ciel.

Seulement, à minuit, sur la route, elle vit passer, sur un spectre de

cheval, un grand fantôme blanc.

--Oh! qui es-tu, forme qui passes? demanda Yolaine.

--J’étais un beau jeune homme aux cheveux couleur de la nuit;

maintenant, je ne suis plus rien. J’ai rencontré au carrefour voisin le

neveu de l’empereur de Golconde, mon rival; nous nous sommes battus, et

mon rival m’a tué.

--Où vas-tu? reprit-elle.

--Je vais à la ville, dans le logis où dort ma bien-aimée.

--Tu lui feras grand’peur! Penses-tu qu’elle t’aimera mort, toi qu’elle

n’aima point vivant? Viens avec moi, qui t’ai choisi; je te ferai de mon

lit un tombeau nuptial; je m’y endormirai pour toujours auprès de toi et

nous aurons de belles funérailles.

--Non. Cette nuit, profitant du sommeil de ma bien-aimée, je veux lui

dire adieu dans ses rêves; je baiserai, sur ses lèvres endormies, le

songe de sa chanson.

--Permets du moins que je t’accompagne; laisse-moi monter en croupe

auprès de toi!

--Ce n’est point la coutume des fantômes d’aller visiter leurs

bien-aimées avec une femme en croupe.

Et la forme s’évanouit. La fille du roi pleurait, plus désespérée

encore. Comme il était minuit passé, la lune, mélancoliquement,

argentait l’horizon, les champs, la route, d’une lueur de neige; et les

pinsons, avec les linots, endormis parmi le silence des feuilles,

rêvaient de leurs folles volées à travers les bois printaniers.

Les oiseaux bleus · 第 57 / 74 题