Puck sortit d’un buisson d’asphodèles; il portait un habit de deuil fait
avec deux moitiés d’une tulipe noire; une petite toile d’araignée était
le crêpe de son bonnet de fou.
--Yolaine, pauvre Yolaine, dit Puck, pourquoi te désoles-tu si fort?
--Mon seul amour est mort, et je ne puis le suivre.
--Est-ce ton amour, ce fantôme qui vient de passer sur la route?
--C’est lui-même. On lui a arraché ses cheveux couleur de la nuit, et,
de regret de perdre sa bien-aimée, il a pleuré ses yeux bleus comme le
ciel.
--Je sais les herbes qui font revivre et je sais les herbes qui font
mourir. Retrouve le corps de ton préféré, je te donnerai l’herbe qui
fait revivre.
--O Puck, tu m’as déçue! Mais, si tu trompes quand il s’agit de faire le
bien, tu dis vrai, quand il s’agit de faire le mal. Donne-moi l’herbe
qui fait mourir.
--Prends-la donc dit le malicieux Puck. Dès que tu seras morte, tu
rejoindras ton amour, et jamais plus vous ne vous quitterez.
Il lui donna quatre brins d’une herbe qu’en souvenir d’une histoire
d’amour on appelle la Simonne; lorsque Puck fut rentré dans le buisson
d’asphodèles, Yolaine porta l’herbe à ses lèvres et mourut sans
souffrances.
V
Mais Puck, cette fois encore, avait trompé la princesse. Comme l’âme
d’Yolaine montait vers le ciel, elle vit une âme qui descendait vers
l’enfer. A la lueur d’une étoile, elle reconnut l’âme du beau jeune
homme.
--Où vas-tu, âme de mon seul ami?
--Hélas! hélas! j’ai parlé d’amour à ma bien-aimée dans ses rêves, et
mes baisers posthumes ont effleuré sa bouche, comme un papillon noir qui
tremble sur une rose. Je suis damné, je vais en enfer.
--Veux-tu que je te suive, moi qui suis morte pour te revoir? Je te
consolerai dans les tourments, je te relèverai dans les défaillances, je
t’aimerai dans l’éternité. Mon amour sera la source de calme et de
résignation offerte aux lèvres de ta douleur. Veux-tu que je te suive?
--Non, le souvenir de ma bien-aimée doit seul m’accompagner.
Et l’âme du beau jeune homme se perdit dans les ténèbres, tandis que
l’âme de la jeune fille s’élevait, seule, vers l’affreux Paradis!
Pendant ce temps, Puck, satisfait du succès de ses ruses, préparait dans
la mousse d’un chêne, avec des brindilles en croix, des pièges où se
prendraient les coccinelles réveillées.