III

Et il y avait dans ce malheureux pays un poète qui était fort à

plaindre. Ce n’était point qu’ayant quelque belle maîtresse, il se

désespérât de ne plus dire et de ne plus entendre la parole volée; il

n’avait point de maîtresse, aimant trop les vers; mais c’était qu’il lui

était impossible de terminer un poème commencé la veille du jour où la

méchante Fée avait accompli sa vengeance. Et pourquoi? parce que le

poème, justement, devait s’achever par: «je vous aime!» et ne pouvait en

aucune façon s’achever autrement. Le poète se frappait le front, se

prenait la tête entre les mains, se demandait: «Serait-ce que je suis

fou?» Il était pourtant sûr d’avoir trouvé, avant d’entreprendre son

ode, les mots qui en précéderaient le dernier point d’exclamation. La

preuve qu’il les avait trouvés, ces mots, c’est que la rime dont ils

étaient la rime, écrite déjà, les attendait, les réclamait, n’en voulait

point d’autres, pareille à une bouche qui, pour devenir le baiser,

attend une bouche jumelle. Et, la phrase indispensable, fatale, il

l’avait oubliée, ne se souvenait même pas de l’avoir jamais sue!

Certainement il y avait là quelque mystère, et c’est à quoi le poète

rêvait sans trêve, avec une amère mélancolie--ô tristesse de poèmes

interrompus!--sur la lisière des bois, près des sources claires, où

c’est la coutume des fées de venir danser en rond, le soir, au clair des

étoiles.

Les oiseaux bleus · 第 39 / 74 题