III

A quelque temps de là, le trésorier du palais disparut sans que personne

pût savoir où il s’était enfui, et l’on trouva vide le grand coffre de

cèdre et d’or qui contenait naguère tant de rubis, de diamants et de

perles. Le roi, assez avare de son naturel, se montra fort chagrin

d’avoir été dépouillé de la sorte; encore qu’il eût beaucoup d’autres

trésors, il ne cessait de se plaindre comme un mendiant à qui on aurait

dérobé tous les sous amassés en dix ans de «la charité, s’il vous

plaît,» et de «Dieu vous le rende!» Il fit crier par des hérauts, dans

les royaumes des environs, qu’il donnerait sa fille en mariage à celui

qui, prince ou non, découvrirait le voleur et rapporterait les

pierreries. Cela ne servit de rien; beaucoup de jours se passèrent, on

n’eut point de nouvelles du trésorier ni du trésor. Mais, un matin,

comme le roi soulevait avec mélancolie le couvercle du coffre, il poussa

un cri de joie! toutes les perles étaient là, et tous les rubis, et tous

les diamants! Vous eussiez dit, tant il s’y allumait de clartés, que la

chambre était pleine d’étoiles.

On imagine aisément la satisfaction du roi; cependant, il aurait bien

voulu connaître la personne qui avait rapporté les pierreries.

--Mon père, dit la princesse, c’est à l’oiseau que j’aime qu’il faut

rendre grâce de cet heureux événement. Il avait guetté et suivi le

voleur, il savait où le trésor était enfoui. Pendant bien des nuits,

pendant bien des jours, avec beaucoup de peine,--portant un rubis dans

sa patte gauche, une perle dans sa patte droite, un diamant dans son

bec,--il a voyagé de la cachette au coffre; je lui tenais la fenêtre

ouverte pendant votre sommeil ou lorsque vous étiez à la chasse. Je

pense que vous tiendrez votre promesse et que vous me permettrez d’avoir

pour mari le rossignol du rosier grimpant.

Mais le roi n’était pas moins obstiné qu’avare. Comme les gens qui sont

dans leur tort, il prit le parti de se fâcher, et déclara à sa fille

qu’il l’enfermerait dans une tour si elle lui reparlait jamais de

mariage avec un tel mari.

Le soir, tandis que le rossignol préludait sous les branches pâles de

lune:

--Ah! bel oiseau que j’adore, dit-elle, il n’est plus temps de se

réjouir; car, mon père, bien que vous lui ayez rendu son trésor, ne veut

pas consentir à nos épousailles.

Le rossignol répondit:

--Ne vous mettez pas en peine, ma princesse; tout ira bien, puisque nous

nous aimons.

Et il la consola en lui chantant de nouvelles chansons qu’il avait

composées pour elle et étaient les plus douces qu’elle eût jamais ouïes.

Les oiseaux bleus · 第 23 / 74 题