A quelque temps de là, le trésorier du palais disparut sans que personne
pût savoir où il s’était enfui, et l’on trouva vide le grand coffre de
cèdre et d’or qui contenait naguère tant de rubis, de diamants et de
perles. Le roi, assez avare de son naturel, se montra fort chagrin
d’avoir été dépouillé de la sorte; encore qu’il eût beaucoup d’autres
trésors, il ne cessait de se plaindre comme un mendiant à qui on aurait
dérobé tous les sous amassés en dix ans de «la charité, s’il vous
plaît,» et de «Dieu vous le rende!» Il fit crier par des hérauts, dans
les royaumes des environs, qu’il donnerait sa fille en mariage à celui
qui, prince ou non, découvrirait le voleur et rapporterait les
pierreries. Cela ne servit de rien; beaucoup de jours se passèrent, on
n’eut point de nouvelles du trésorier ni du trésor. Mais, un matin,
comme le roi soulevait avec mélancolie le couvercle du coffre, il poussa
un cri de joie! toutes les perles étaient là, et tous les rubis, et tous
les diamants! Vous eussiez dit, tant il s’y allumait de clartés, que la
chambre était pleine d’étoiles.
On imagine aisément la satisfaction du roi; cependant, il aurait bien
voulu connaître la personne qui avait rapporté les pierreries.
--Mon père, dit la princesse, c’est à l’oiseau que j’aime qu’il faut
rendre grâce de cet heureux événement. Il avait guetté et suivi le
voleur, il savait où le trésor était enfoui. Pendant bien des nuits,
pendant bien des jours, avec beaucoup de peine,--portant un rubis dans
sa patte gauche, une perle dans sa patte droite, un diamant dans son
bec,--il a voyagé de la cachette au coffre; je lui tenais la fenêtre
ouverte pendant votre sommeil ou lorsque vous étiez à la chasse. Je
pense que vous tiendrez votre promesse et que vous me permettrez d’avoir
pour mari le rossignol du rosier grimpant.
Mais le roi n’était pas moins obstiné qu’avare. Comme les gens qui sont
dans leur tort, il prit le parti de se fâcher, et déclara à sa fille
qu’il l’enfermerait dans une tour si elle lui reparlait jamais de
mariage avec un tel mari.
Le soir, tandis que le rossignol préludait sous les branches pâles de
lune:
--Ah! bel oiseau que j’adore, dit-elle, il n’est plus temps de se
réjouir; car, mon père, bien que vous lui ayez rendu son trésor, ne veut
pas consentir à nos épousailles.
Le rossignol répondit:
--Ne vous mettez pas en peine, ma princesse; tout ira bien, puisque nous
nous aimons.
Et il la consola en lui chantant de nouvelles chansons qu’il avait
composées pour elle et étaient les plus douces qu’elle eût jamais ouïes.