Il ne la consola pas si bien qu’elle ne fût prise de langueur, à cause
de son amour déçu, et ne vînt à mourir. Pour la porter au sépulcre
royal, on la mit sur une jonchée d’œillets blancs et de roses blanches,
où elle était plus blanche que les fleurs; suivi d’une foule en larmes,
le roi marchait à côté de la civière parfumée, en poussant des cris
déchirants, qui eussent ému un cœur de marbre. Comme on était arrivé au
cimetière, et qu’on se disposait à mettre dans la tombe la jolie
trépassée, un rossignol ramagea, perché sur une branche de bouleau.
--Roi! que donnerais-tu à celui qui te rendrait vivante la princesse que
tu pleures?
--A qui me la rendrait, s’écria le roi, je la donnerais elle-même, je le
jure, et avec elle la moitié de mon royaume!
--Conserve tout ton royaume! Ta fille me suffit. Mais donne-toi bien
garde de manquer à ton serment.
Après ces mots, le rossignol descendit de l’arbre, se posa sur le menton
de la morte, et l’on vit que, du bout du bec, il lui mettait un brin
d’herbe entre les lèvres. C’était un brin de l’herbe qui fait revivre.
La princesse ressuscita tout de suite.
--Ah! mon père, dit-elle, je pense que vous tiendrez votre promesse
enfin, et que vous me permettrez d’avoir pour mari le rossignol du
rosier grimpant.
Hélas! le roi ne craignit pas de se parjurer encore; dès qu’il eut entre
ses bras sa fille bien vivante, il ordonna à ses courtisans de chasser
l’impertinent oiseau.
Alors il se passa une chose qui sembla fort étonnante à beaucoup de
personnes.
La petite fille du roi parut plus petite encore et, diminuant toujours
comme un flocon de neige au soleil, elle finit par être une frêle
créature ailée moins grosse qu’un poing d’enfantelet. La plus jolie des
princesses était devenue la plus jolie des oiselles! et tandis que son
père, se repentant trop tard de son ingratitude, tendait des bras
désespérés, elle s’envola avec le rossignol vers les grands bois voisins
où elle apprit bien vite comment on fait les nids.