I
Quoiqu’elle fût de très petite taille et qu’on l’eût volontiers prise
pour la sœur aînée de sa poupée, la fille du roi de l’Ile d’Or était la
plus jolie princesse de la terre; quand il la vit en âge d’aimer et
d’être aimée, son père lui demanda si elle se sentait de la répugnance
pour le mariage.
--Oh! non pas, dit-elle.
--Je vais donc inviter à des carrousels et à des bals tous les jeunes
princes des environs afin que vous puissiez faire un choix digne de vous
et de moi-même.
--Gardez-vous bien, mon père, de recevoir tant de princes à la cour!
Cela vous occasionnerait beaucoup de dépense, inutilement. Il y a
longtemps que j’ai un ami par amour, et je n’aurai plus rien à désirer
si vous me donnez pour mari le rossignol qui ramage tous les soirs dans
le rosier grimpant de ma fenêtre.
Le roi, comme on pense, eut beaucoup de peine à garder le sérieux qui
convient aux têtes couronnées. Sa fille voulait épouser un oiseau! Il
aurait un gendre emplumé! Et c’était dans un arbre sans doute, ou dans
une cage, que l’on ferait la noce? Ces moqueries affligèrent cruellement
la princesse, qui se retira le cœur gros; et, le soir, accoudée à sa
fenêtre, tandis que le rossignol préludait parmi l’épine en fleur:
--Ah! bel oiseau que j’adore, dit-elle, il n’est plus temps de se
réjouir, car mon père ne veut pas consentir à nos épousailles.
Le rossignol répondit:
--Ne vous mettez pas en peine, ma princesse; tout ira bien, puisque nous
nous aimons.
Et il la consola en lui chantant les belles chansons qu’il savait.