L’empereur écrivit au roi pour lui représenter la lenteur des

opérations, et l’inaction des armées. Aussitôt S. M. entreprit

la conquête de l’Andalousie. Le duc de Cadore a dit à V. E. que

la soumission de cette province était illusoire, puisqu’elle se

trouve inondée de partis d’insurgés et de bandes de brigands.

Qu’on considère la vaste étendue de l’Andalusie; le petit nombre

de troupes françaises que l’obstination de Cadiz permêt d’y

repandre; les pièges de toute espèce que tendent les Anglais et

leurs continuelles attaques: qu’on parcoure l’histoire de toutes

les guerres contre l’Angleterre et l’on verra qu’indépendamment des

vingt mille Espagnols constamment stationés à St. Rocq, il était

encore nécessaire d’entretenir sur cette côté un nombre considérable

de troupes pour les opposer aux entreprises partielles de l’ennemi.

Si ces précautions étaient indispensables dans un tems de calme

et de tranquillité, qu’elles doivent être les espérances et les

moyens de l’Angleterre dans l’agitation actuelle de l’Espagne et

la nature de la guerre dont elle est le théâtre? Le roi peut dire

avec verité que la conquête militaire et morale de l’Andalousie est

son ouvrage, et que ses paroles, sa conduite, et les sages mesures

qu’il a prises, out preparé la tranquillité dont elle jouit. S. M.

y a organisé des gardes civiques chargées de défendre leurs foyers,

et malgré le voisinage de cette province avec l’Estremadure et les

instigations continuelles de la junte de Cadiz et des Anglais,

l’Andalousie renferme beaucoups moins de partis ou de bandes

d’insurgés que la Castille, la Biscaye, et la Navarre, qui ont été

placés sous le régime militaire. Enfin l’on trouve en Andalousie une

organisation complette de compagnies de Miguelettes, qui veillent a

la tranquillité des villes et à la sûreté des chemins. Leurs services

sont tellement utiles que le maréchal duc de Dalmatie a donné le plus

de développement possible à cette institution.

Si l’Andalousie n’est pas entièrement pacifiée, si la junte de Cadiz

existe encore, et si les Anglais y exercent leur fatale influence,

on doit l’attribuer en grande partie aux machinations et aux traines

ourdies par la junte et l’Angleterre au moment où parvint à leur

connaissance le décret du 8 Février qui établit des gouvernemens

militaires dans la Navarre, la Biscaye, l’Aragon, et la Catalogne.

Quelques gouverneurs français ayant traité ces provinces comme si

elles étaient absolument détachées de la monarchie, les membres de

la junte de Cadiz et les Anglais en profitèrent pour souffler de

nouveau le feu de la discorde et refuter les expressions du roi

qui répétait sans cesse, ‘Que la nation conserverait son intégrité

et son indépendance: que ses institutions s’amélioreraient sous

la protection d’un trône soutenu par les relations intimes du roi

avec l’empereur; qu’elle n’aurait à combattre que l’ennemi qui

voulait s’arroger l’empire exclusif des mers.’ Voila le sens qu’on

a toujours donné en Espagne aux mots indépendance et intégrité.

Ce langage est celui dont s’est servi S. M. I. non seulement avec

les Espagnols, mais à la face de l’univers: il ne peut donc être

odieux ni criminel dans la bouche du roi. Mais combien n’est-il

pas démenti par la conduite de certains gouverneurs qui paraissent

s’obstiner à prolonger l’insurrection d’Espagne à l’annihiler ou la

détruire plutôt qu’à la soumettre! car dans plusieurs endroits on ne

se contente pas d’exclure toute idée de l’autorité du roi en faisant

administrer la justice au nom de l’empereur, mais ce qui est pire,

on a exigé que les tribunaux civils de Valladolid et de Valencia

prêtassent serment de fidélité et d’obéissance à S. M. I. comme si la

nation Espagnole n’avait pas de roi.

Monsieur le due de Cadore se plaint de l’indulgence dont on en a usé

en Andalousie; S. M. a montré contre ses ennemis, dans les champs de

Talavera et Ocana, toute la fermeté de son caractère; mais serait-il

juste, conviendrait-il à ses intérêts et aux vues de l’empereur, que

S. M. deployât de la rigueur contre des vaincus, des prisonniers qui

doivent être ses sujets? Si le maréchal Ney eut suivi ce généreux

exemple dans les villes de Galice où il fut reçu à bras ouverts,

et n’eut pas au contraire opprimé et saccagé cette province, elle

serait heureuse et soumise, et non livrée aux maux de l’insurrection

comme tant d’autres à qui l’on a fait éprouver le même sort. Cette

conduite de S. M. dans des pays soumis est vraisemblablement ce

que le duc de Cadore appelle des graces accordées aux insurgés de

préférence aux personnes attachées à la cause du roi. Les insurgés

n’ont obtenu d’autres graces que elles qui leur furent offertes dans

les proclamations pour dissiper l’erreur dans laquelle les Anglais

les avaient induits. Si le sequestre mis sur les biens invendus

de quelques habitans ou réfugiés, a été levé posterieurement, cet

exemple d’indulgence a eu d’heureux résultats, puisqu’il a attiré

un grand nombre de personnes á l’obéissance du roi: et qu’on ne

croye pas que ces individus n’aient point subi le chatiment qui leur

était dû pour le retard qu’ils ont mis à se soumettre, car s’ils

possedaient des billets royaux, il les ont perdues pour ne les avoir

pas présenté à tems au timbre sec; et s’ils sont porteurs d’autres

titres de créances sur l’état, ils doivent, pour les valider,

solliciter un décret particulier.

Les avantages de la formation des corps Espagnols sont à la portée

de tout le monde: leur présence a influé plus qu’on ne pense

sur l’heureuse issue de la bataille d’Ocaña et de l’expédition

d’Andalousie. En y admettant un grand nombre d’officiers, on est

parvenu à éloigner de l’insurrection des hommes inquiets qui seraient

devenus chefs de brigands, et tout en avouant que la désertion a eu

lieu parmi les soldats, et qu’il en est resulté quelques maux, on

peut hardiment affirmer que la somme des biens est infiniment plus

grande, et qu’il n’y a pas de moyens qu’on ne doive employer pour

faire revenir de son égarement une nation de douze millions d’âmes

qu’il n’est pas facile d’assujettir par la force des bayonnettes, et

dont on veut d’ailleurs faire une amie et une alliée.

On a parlé du mauvais emploi des ressources de l’Espagne, et du

dénuement dans lequel ont été laissées les troupes françaises. Les

soldats ont eu en Espagne des vivres en abondance: les hôpitaux

français ont été les mieux pourvus, il a fallu pour cela exiger des

contributions extraordinaires et des emprunts forcés, et vaincre le

grand obstacle de l’interceptation des communications de province à

province, et souvent de ville à ville. L’Espagne se trouve divisé

en gouvernemens militaires de sorte que S. M. est à peine maître

de la capitale et de sa banlieue: n’est ce donc point par une

espèce de miracle qu’elle y fait subsister des troupes, et qu’elle

y soutient des hôpitaux. Les gouverneurs français imposent, il est

vrai, des contributions extraordinaires sur leurs provinces, mais

ils les vexent et les ruinent, et certes ce n’est pas là le moyen de

les maintenir dans l’obéissance, ni un exemple bien attrayant pour

les provinces soulevées: cette ressource est d’ailleurs précaire

et insuffisante comme le prouvera bientôt l’expérience. S. M. se

flatte de ce que les intentions de l’empereur en faveur de la nation

seraient mieux remplies et ses troupes mieux dirigées, si toutes

celles qui sont en Espagne étaient sous ses ordres, et si les

propositions qu’il a faites à son auguste frère étaient acceptées.

Le duc de Cadore a évalue à plusieurs millions les confiscations

de marchandises anglaises, et l’enlévement de l’argenterie des

églises et des couvents qu’on aurait dû faire en Andalousie. Les

confiscations eurent lieu par ordre des généraux français à leur

entrée dans chaque ville, et si leur valeur fut exagerée, dans le

principe, pour donner plus d’éclat aux entreprises militaires, on

reconnut dès qu’on en vint à l’examen l’erreur dans laquelle on

était tombé; et dans le fait comment ne pas apperçevoir qu’après la

bataille d’Ocaña l’invasion d’Andalousie devant être prévue, chacun

avait grand soin de faire refluer les marchandises confiscables

sur les points les plus capables de resistance, afin de les mettre

hors de la portée du vainqueur. L’argenterie d’église a beaucoup

d’apparence et fort peu de valeur. On a pris dans les couvents, où il

en restait très peu, ainsi que dans les églises toute celle qui n’a

pas été jugée nécessaire pour la decence du culte, et comme le roi ne

voulait ni ravager ni détruire, mais bien pacifier et conserver, il a

dû régler sa conduite sur ce principe.

Monsieur le duc de Cadore parle de dépenses, c’est vraiment une

fatalité qu’il soit si mal informé de faits généralement connus. Le

trésor public est ouvert à quiconque voudra s’assurer de la vérité.

On y verra que S. M. a reçu à peine chaque mois le cinquième de

l’assignation de la liste civile: qu’il a dû se reduire à la plus

stricte économie, et que non seulement il s’est vu faute de pouvoir

donner aux acteurs une légère avance, dans l’obligation de supprimer

le théâtre Italien qui était son unique délassement, mais encore de

vendre sa vaisselle platte, et de se défaire des choses les plus

nécessaires a l’ornement de sa cour. Aussi dans le repas que S. M.

donna, à l’occasion de la fête de l’empereur, à ses ministres, aux

grands officiers de la couronne, et à l’ambassadeur de France, la

table fut elle servie en fayence semblable à celle qu’ avait S.

M. au camp de Boulogne. Certainement l’embarras et la confusion

que cette excessive simplicité causait au roi n’aura pas échappé à

l’ambassadeur. Au milieu de tant de privations, et dans une situation

aussi contraire à sa dignité S. M. a la douleur de voir que ses

ministres, le conseil d’état, les tribunaux de la capitale, et les

employés civils, qui sont en petit nombre, ne perçoivent pas leur

traitement depuis plus de sept mois. Ce sont là les faveurs que S. M.

a dispensés avec tant de prodigalité. Le roi a donné, il est vrai,

quelques cédules aux officiers de sa maison, et à quelques individus

attachés à sa personne, pour les aider à acheter des biens nationaux:

on donne à ces bienfaits le nom de prodigalité, et d’un autre côté

l’on se plaint de l’abandon dans lequel S. M. laisse d’autres

individus, ce qui serait incompatible avec la façon de penser du roi

et la connaissances de ses devoirs comme homme et comme monarque.

C’est l’unique chose dont le roi puisse disposer dans la situation

où il se trouve et outre le but politique de ces donations, S. M. a

cru que c’était le seul moyen d’assurer à ces individus une médiocre

existence, et encore sa prévoyance à cet égard a-t-elle été trompée,

car les revenues des terres et des biens qui se trouvent dans les

personnes soumises au gouvernement militaire dont les limites

s’étendent jusqu’aux portes de Madrid, où ne se payent pas, tant

est grande la misère des fermiers, où les biens ne s’afferment pas

de crainte d’extorsions de la part des gouverneurs, où, enfin, les

revenus se trouvent absorbés par les contributions extraordinaires.

Les faits sont evidens, ils parlent d’eux-mêmes, et toute personne

impartiale peut en faire l’examen.

Mais il faut qu’elle soit de meilleure foi que celle qui a voulu

imputer à S. M. l’aliénation des biens confisqués par l’empereur,

et les griefs auxquels on vient de répondre. S. M. pourrait, à

bien plus juste titre, se plaindre de la conduite des gouverneurs

Français: de celle du général Dufour, par exemple, qui a exigé des

dix membres dont il composa à sa manière ce conseil de Navarre

qu’on s’est vu bientôt obligé de dissoudre, qu’ils rédigeassent

une adresse à l’empereur dans laquelle ils demandaient à S. M. I.

un code des lois, et se mettaient à sa discrétion. Trois de ces

membres réfusèrent de signer, les autres cédèrent à la violence.

S. M. pourrait citer encore une foule d’actes qui out exaspéré les

esprits, fourni des armes à l’insurrection, et donné aux Anglais

des prétextes pour supposer des projets qui n’existent pas, et

rendre la guerre interminable. Qu’on compte le nombre des bandes

de brigands et d’insurgés en Espagne, et l’on verra combien il

s’est accru depuis l’institution des gouvernemens militaires. S.

M. ne peut elle se plaindre avec autant de justice de la situation

équivoque dans laquelle elle se trouve? qu’on en juge par le fait

suivant. Le nouveau ministre de finances venait d’entrer en fonction,

et il s’agissait déjà de réunir les plus forts capitalistes de la

place pour les engager à avancer une bonne somme d’argent, lorsque

le payeur de l’armée, monsieur Crouchart, et l’intendant-général,

monsieur Denniers, assurèrent au ministre que des employés venaient

de Paris avec des lettres cachetées qu’ils avaient l’ordre de

n’ouvrir qu’à Madrid. On prétendit aussitôt qu’ils devaient se

charger de l’administration civile, que les rentrées seraient

invariablement affectées à l’entretien et à la solde de l’armée,

et le surplus seulement, à la liste civile. C’était annoncer la

dissolution de l’état. Des bruits de cette nature répandus dans

toute la ville par les employés français parvenus à la connaissance

de l’ambassadeur de S. M. I. et appuyés par des malveillans qui

abondent toujours dans les capitales surtout à la suite des guerres

d’opinions, ne pouvait produire que de malheureux effets. La

confiance de ce petit nombre d’hommes qui aurait pu faire des avances

s’eteignit à l’instant, et toutes les portes furent fermées. S. M.

ignorait l’arrivée des nouveaux employés du trésor de France, et il

n’a connu comme le dernier de ses sujets, le contenu des lettres dont

ils étaient porteurs qu’à leurs ouvertures.

Dans cet état de choses il est facile de se faire l’idée de la

confiance que peut inspirer le roi, et lorsque S. M. se trouve

hors d’état de faire le bonheur du pays qu’il doit gouverner et de

concourir à la réalisation des vues de son auguste frère: qu’il

voit enfin sa dignité avilée, doit on s’étonner qu’il ait manifesté

l’impossibilité de vivre plus long temps dans une situation aussi

précaire? Monsieur le duc de Cadore tout en reconnaissant les hautes

qualités du roi, a prétendu, que les personnes qui approchent S.

M. lui ont conseillé et lui conseillent sans cesse de se maintenir

dans l’indépendance de la France, et que ce principe se suivait

avec trop de rigueur. Monsieur le duc de Cadore sait que S. M. dans

aucune époque de sa longue et glorieuse carrière n’a eu besoin de

conseils et ne s’est soumis à aucune influence, surtout s’il s’est

agi de détruire son système inaltérable d’amitié sincère et éternelle

avec son auguste frère l’empereur; d’alliance et de bienveillance

affectueuse envers la nation Espagnole à la tête de laquelle il

est placé, et dont il s’efforcera de conserver la splendeur et le

bien-être, avec l’indépendance et l’intégrité de territoire. Les

vœux les plus constants de son cœur sont que les deux nations unies

entr’elles par les mêmes liens que leur monarques concourent d’une

manière uniforme à la félicité commune en forçant leur ennemie à

abandonner le sceptre des mers.’

Le prince don Fernando, ajoute le duc de Cadore, se prêterait à céder

les provinces qui conviennent à l’empereur et à toutes les conditions

qu’il voudrait lui imposer. Le roi ne veut entrer en comparaison avec

personne; mais il observera que ce ne fut pas dans ces sentimens

ni dans cette croyance qu’il accepta la couronne d’Espagne en

déposant celle de Naples: que l’empereur ni la France ne devraient

avoir confiances en des offres que la nation repousserait, et qui

ne pourrait avoir d’ailleurs qu’une exécution passagère; car comme

le sait très bien monsieur le duc de Cadore, les nations humiliées

dissimulent leur haine en attendant le moment favorable de venger

leurs outrages. Une semblable conduite serait incompatible avec le

façon de penser du roi, avec son noble caractère et celui de la

nation que S. M. gouverne. Elle est diamétralement en opposition

avec les assurances données par S. M. I. à la nation Espagnole

‘qu’il était nécessaire pour son bonheur qu’elle se régénérat sous

sa dynastie, et sous le prince qu’elle lui donnait égal en tout

à son auguste personne.’ A cette occasion le duc de Cadore parle

du peu d’avantages que rapporte à la France la guerre d’Espagne

en proportion des sacrifices immenses qu’elle a faits. Certes le

roi ne les ignore pas, et sa reconnaissance éclatera quand S. M.

se trouvera en état de les récompenser. Dans ce moment cela lui

est impossible; mais S. M. I. pourrait mettre le comble à ses bons

offices en s’offrant pour garant de l’emprunt ouvert en Hollande sous

les mêmes conditions que celui de Prusse, ou du moins en lui donnant

son assentiment, comme à celui d’Autriche. S. M. I. se convaincra

facilement que les liens du sang, les rélations les plus intimes

et les plus sûres d’une étroite amitié entre les deux nations, et

enfin la position même de ces armées seront les meilleurs garants de

l’exactitude des remboursements quelques sacrifices qu’ils exigent.

Quant aux avantages futurs que promettent les sacrifices actuels

de la France, ce serait faire injure aux lumières du duc de Cadore

que de la fatiguer en les lui developpant. Lorsque S. M. I. crut

nécessaire l’établissement en Espagne de sa dynastie, l’expérience

lui avait démontré que survenant des troubles dans le nord, il ne

pouvait jamais compter sans ce changement, sur la sûreté d’une

des plus importantes frontières de son empire. Un siècle d’amitié

presque non interrompue depuis le regne en Espagne et en France de

la maison de Bourbon, le pacte de famille et la tournure différente

que prirent les relations entre les deux pays après l’exclusion de

la maison d’Autriche, sont les témoignages les plus authentiques de

l’utilité des efforts et des sacrifices de la France pendant six

ans, au commencement du siècle dernier. La résistance opiniâtre de

presque toute l’Europe et surtout celle de l’Angleterre, qu’elle

renouvelle dans cette guerre avec un plus grand developpement de

moyens démontrent l’importance de cet événement pour la France.

Ses meilleurs écrivains politiques ont indiqué avec la plus grande

clarté les avantages qui en ont resulté pour le commerce Français

et les richesses qu’il a procurées à la nation. Que ne doit elle

pas attendre aujourd’hui de la réunion des deux couronnes dans

la même famille, de l’analogie de leurs codes politiques et de

leurs institutions, des qualités d’un roi sage et éclairé qui aime

tendrement son auguste frère et la France, et qui est pénétré de

la nécessité d’abattre l’orgueil de l’Angleterre! n’est ce pas le

plus grand fruit qu’elle puisse retirer de cette resolution et de

tels résultats ne valent ils pas les sacrifices momentanées qu’elle

s’impose?

Il a été bien sensible pour S. M. que les rapports mensongers de

personnes peu interessées à l’union et a l’amitié des deux frères

et des deux pays, ayant pu inspirer à S. M. I. un seul instant de

doutes. Quoique le roi a déjà écrit à l’empereur son auguste frère,

S. M. veut que V. E. ou en votre absence le marquis d’Almenara,

remette une copie de cette lettre à monsieur le duc de Cadore,

dans l’espérance que V. E. developpera à S. M. I. avec sa sagacité

ordinaire les causes qui ont influé sur la conduite du roi dans les

affaires d’Espagne, que S. E. lui dépeindra l’état véritable de la

nation, et qu’elle contribuera de cette manière à l’éxécution des

intentions des deux monarques qui n’ont été, et qui ne peuvent être

que les mêmes.

Le ministre secrétaire d’état,

(Signé) MARIANO LUIS D’ORQUIJO.

_Letters from king Joseph to his ministers._

_10 Février, 1811._

Je suis peiné que l’empereur ait cru nécessaire d’employer des

formes diplomatiques avec moi et même avec la reine. Qu’il me fasse

clairement connoître sa volonté et je n’aurai rien de plus agréable

que de m’y conformer puisqu’elle ne peut être ni compatible avec mon

honneur qui me paroit inséparable du sien, comme mon intérêt. Le fait

est que je désire complaire, à la fois, à l’empereur et à mon frère;

il m’a fait reconnoître roi de Naples, roi d’Espagne, et a garanti

mon existence politique sans que je l’aie demandé. Je n’ai pas

sollicité le trône j’y suis monté parce-qu’il l’a voulu, aujourd’hui

l’empereur désire-t-il que je rentrois dans la retraite. Je suis

d’autant plus prêt à le faire que les événemens de trois années out

levé bien des scrupules et empêcher venir bien des regrets.

J’ai dû croire que l’empereur vouloit que je quittâsse l’Espagne

dès que j’ai vu graduellement mon existence y devenir humiliant,

impossible, et qu’il doit savoir que je ne puis pas supporter

long-temps de me voir degradé: dans ce cas je désire partir pour

France. L’ordre publique sera assuré ici, je m’entendrai avec mon

frère, ou pour mieux dire je lui porterai moi-même mon blanc-seing.

Je m’abandonne entièrement à sa justice et à ses sentimens paternels

pour ma famille, aussi point de négociations particulières; je

rétourne dès ce moment à l’empereur tous les droits qu’il m’a

transmis sur l’Espagne si son ambassadeur juge que je puisse partir

demain pour Morfontaine, et s’il eu autorisé à croire que l’empereur

verra ce parti sans déplaisir.

L’empereur veut-il réellement que je reste au trône d’Espagne? Je

reste quelques qui soient les désagrémens indépendant de la volonté

qui m’y attendent. Mais il faut que je n’éprouve que ceux qu’il

ne peut m’éviter; je le répéte jamais les intérêts politiques ne

me diviseront avec lui, qu’il me fasse connoître sa volonté. Si

l’empereur venir ici, tout s’arrangera entre nous; s’il ne vient

pas en Espagne, qu’il me laisse aller le voir à Paris. S’il juge ce

voyage inopportun, qu’il rende mon existence tolerable pendant la

guerre: il sait mieux que personne ce qu’il doit faire pour cela.

Il faut un changement marqué dans tout, avancer ou reculer, vous

connoissez l’état actuel; j’ignore comment je pourrai gagner le mois

nécessaire pour connoître la determination de l’empereur.

(The following abdication, by Joseph, was drawn up but never made

public.)

L’expérience de trois années nous ayant convaincu que l’ordre social

ne peut être recomposé en Espagne qu’en cumulant dans les mêmes mains

les droits de souverainté dont nous sommes investés, et les moyens

de force et de puissance militaire dont dispose notre august frère

l’empereur des Français, de qui nous tenons les droits que nous

exerçons aujourd’hui sur la monarchie Espagnole, nous avons résolu de

notre pleine et libre volonté de rétrocéder à notre frère l’empereur

des Français les droits qu’il nous a remis et en vertu des quels nous

sommes entré dans ce royaume en 1808 à la suite de la constitution

que nous avons signée à Bayonne dans la même année.

C’est pourquoi par les presents signées de notre main nous declarons

céder, transporter, et remettre à notre dit frère l’empereur des

Français, tous les droits qu’il nous transmis en 1808 sur la

monarchie d’Espagne et des Indes dans toute leur integrité et tels

qu’il les reçut lui même du roi Charles Quatre.

Nous entendons que la présente rétrocession n’ait de force et valeur

que ce l’époque ou nous aurons pleine et entière connoissance de

l’acceptation de la présente rétrocession de la part de notre

frère l’empereur des Français: et comme nous ne sommes portés à

cet acte par aucune considération particulière, mais par l’unique

considération que nous avons exprimée plus haut et qu’en quittant

le trône d’Espagne nous n’avons en vue que le plus grand bien du

peuple Espagnol que nous ne pourrons pas rendre aussi heureux que

nous voudrions, et que nous n’avons d’autre ambition que celle de

rentrer dans la vie privée et dans la retraite la plus absolue. Nous

nous abandonnons entièrement à la justice de notre frère l’empereur

des Français pour le sort des personnes qui nous sont attachées au

sentimens de la gloire qui garantit ses efforts pour le bonheur de

l’Espagne et à ses sentimens paternels pour nos enfans, pour la

reine, notre épouse, et pour nous.

Nous nous engagerons à faire revêtir de toutes les formes qui

pourroient paroître plus authentiques le présent acte écrit, rédigé,

et signé de notre propre main. Ayant jugé que le plus grand secret

était indispensable jusqu’à ce que nous ayons connoissance de

l’acceptation de S. M. l’empereur des Français, roi d’Italie.

Fait à Madrid, etc. etc.

_Paris, 1811._

Depuis la conversation que j’ai eu avec vous sur ma position, elle

ne s’est pas améliorée; elle est telle aujourd’hui que je me voir

forcé d’embrasser le seul pratique qui me reste à prendre, celui de

la rétraite la plus absolue en France. Je serois déjà parti si je

ne venois d’être instruit que S. M. l’empereur qui a sû que j’avois

donné ordre d’acheter ou de louer une terre a cent lieues de Paris,

avoit disapprouvé cette demarche, et qu’il trouvait plus convenable,

si je persistois dans ma resolution, qui je me rendisse à ma terre de

Morfontaine après vous avoir prévenu de ma détermination, et avoir

assuré ici l’ordre publique après mon départ. Je dirai en partant que

je vais m’entendre avec l’empereur pour les affaires d’Espagne, et je

ferois les mêmes dispositions par rapport aux provinces qui entourent

Madrid que je fit lorsqu’il y a un an je partis pour l’expedition

d’Andalousie; cet état dura six mois sans nul désordre, et je ne

doute pas que les choses n’aillent de la même manière et ne donnent

le tems à l’empereur de prendre les dispositions définitives.

Je suis prêt à rendre l’empereur les droits qu’il me rémit à Bayonne

sur la monarchie d’Espagne et des Indes si ma position ici ne change

pas; parceque je dois croire que c’est le désir de l’empereur

puisqu’il est impossible qu’il veuille que je reste roi d’Espagne, et

qu’il m’ôte tous les moyens d’existence. Il en peut être malheureux

que l’empereur ait voulu me reconnoître roi de Naples, il y a six ans

lorsqu’à la tête de ses troupes je fis la conquête de ce royaume; ce

fut malgré moi, et mes instances pour rester au commandement de son

armée avec la simple qualité de son lieutenant furent le sujet d’une

lettre dont je me rappelle très-bien.

Lorsqu’en 1808 je fus proclamé roi d’Espagne, je l’ignorois encore;

cependant arrivé à Bayonne je fis tout ce que voulus l’empereur, je

signerais une constitution, je le signai appuyée par sa garantie.

Les événemens n’ayant pas répondu a nos espérances est ce ma faute?

Est celui qui en est le plus victim qui doit en porter la peine?

Cependant tant que la guerre dure je me suis soumis a tout ce que

l’on a voulu, mais je ne puis pas l’impossible; je ne puis pas rester

ici plus longtems si l’empereur ne vient à mon secours. En ordonnant

qu’il soit versé dans mon trésor à Madrid un million de francs par

mois, les autres provinces doivent contribuer aux besoins de la

capitale. Les troupes françoises qui sont dans les provinces du

centre (elles sont peu nombreuses) doivent être soldées par le trésor

de France.

A la pacification générale l’empereur exigera des indemnités;

s’entendrer alors il posséde de fait presque toutes les provinces

aujourd’hui, il sera bien le maître de ne les évacuer qu’à mesure

qu’il croira que l’Espagne aura satisfait aux obligations qu’il

lui aura imposées. En résume je suis prêt à faire la volonté de

l’empereur pourvu que je la connoîsse.

1º. Veut-il que je reste roi d’Espagne, je reste dès qu’il m’en donne

la possibilité, et je supporte tous les gouvernemens militaires qu’il

a établis puisqu’il les croit indispensables pendant la guerre.

2º. Préféreroit-il que je rentrasse dans la sein de ma famille à

Morfontaine d’abord et l’hiver dans le midi. Je suis prêt à partir

dès que je connoîtrai sa volonté. J’ajoute de plus que le parti de la

retraite me conviendra beaucoup plus que l’autre dès que je saurai

qu’il lui convient. Je suis sur alors qu’il aura quelques bontés pour

les Français qui se sont attachés à mon soit, et que je ne serai pas

à même de rendre aussi heureux qu’ils le méritent. Quant à moi, à la

reine, et à mes enfans, l’empereur me faisant payer mon traitement

de prince Français, nous en aurons assez, mon intention étant de

vivre dans la retraite en m’occupant de l’education des mes enfans,

laissant a l’empereur le soin de leur établissemens, car je ne doute

pas si ce projet se verifie que je ne retrouve le cœur de mon frère,

et que dans les intervalles où il se rappellera qu’il est homme, il

ne trouve encore quelque consolation en retrouvant mon cœur pour lui

aussi jeune qu’il y a trente ans.

Enfin j’aime mieux vivre sujet de l’empereur en France que de rester

en Espagne roi nominal, parceque je serai bon sujet en France, et

mauvais roi en Espagne, et que je veux rester digne de l’empereur, de

la France, et de moi-même.

_Marquis of Almenara to the minister secretary of state.

Translated from a deciphered Spanish letter._

_Fontainebleau, Novembre 4, 1810._

“This government is very uneasy about the military operations in

Portugal, from whence they receive no accounts except through

England, described therefore factitiously and with the strongest

hopes of resisting the French forces that oppose their army. This

problem will probably be already solved and its conclusion will

decide what is interesting to Spain. It is therefore very important

that our government should write all it knows, and what will prove

that it takes part in what belongs to both countries, because here

I am often asked what is said in Madrid on this subject, and people

are surprised that we limit ourselves entirely to the urgent points

of our negotiation. This explains the proofs of affection which the

prince royal of Sweden desired that the king should give to the

emperor, being convinced that the letters of his majesty, written in

his own familiar style when he explains his sentiments, produce a

great sensation with the emperor.”

SECTION 3.

_Letters from the prince de Neufchatel to king Joseph._

_Paris, 28 Janvier, 1811._

SIRE,—J’ai l’honneur de prévenir votre majesté que l’empereur par

sa décision du 21 Janvier a fixé les traitemens extraordinaires qui

pourront être payés en Espagne à date du 1^{er} de l’année 1811, dans

l’arrondissement des armées du midi, du nord, de l’Arragon, &c. Ces

traitemens sont détermines ainsi qu’il suit.

_Savoir_:

Fr. par mois.

Les généraux gouverneurs dans les quatre gouvernemens

comprises dans l’arrondissement de l’armée du nord 4000

Le général chef de l’état major-général de l’armée 3000

Généraux de division 1800

Généraux de brigade, inspecteurs aux revues et

commissaires ordonnateurs 1200

Adjudans commandans, colonels, et sous-inspecteurs

aux revues 750

Officiers de santé principaux 500

Chefs de bataillons, d’escadrons, commissaires de guerre,

et chefs d’administration des différens services 400

Commandans de place occupant dans } capitaines 400

l’armée un grade inférieur à ceux ci-dessus } lieutenans et }

désignées, savoir } sous-lieuts. } 300

Au moyen de ces indemnités il ne sera rien alloué au-dessus des

sommes fixées ni pour dépenses de bureaux ou de table, ni pour frais

extraordinaires de quelque nature qu’ils soient et sous quelque

prétexte que ce puisse être, et cette décision n’a aucun effet

rétroactif. J’écris à MM. les maréchaux et généraux commandant en

Espagne, pour leur faire connoître que, d’après les intentions de

l’empereur, tout militaire Français qui à l’avenir aurait exigé

ou reçu des traitemens extraordinaires plus forts que ceux fixés

par la décision du 21 Janvier, et qui s’en serait fait payer sans

une ordonnance régulière des intendans généraux ou commissaires

ordonnateurs, sera suspendu de ses fonctions et qu’il en sera rendu

compte dans les vingt-quatre heures pour prendre les ordres de

l’empereur. Votre majesté jugera sans doute convenable de donner ses

ordres au général Belliard pour que cette disposition soit suivie

dans l’arrondissement de l’armée du centre. Je prie votre majesté

d’agréer l’hommage de mon respect.

_Paris, 14 Février, 1811._

SIRE,—L’empereur ne m’a encore donné aucun ordre relatif à l’objet

de la lettre apportée par votre aide-de-camp le colonel Clermont

Tonnere. On pense que Valence ne se soumettra que par l’approche

d’une armée, et après la prise de Tarragone le corps du général

Suchet sera disponible.—Les affaires paroissent s’améliorer en

Portugal, le duc d’Istrie va établir l’ordre dans le nord de

l’Espagne. J’envoye mon aide-de-camp le colonel Le Jeune voir l’état

des choses à Grénade, Malaga, Cadiz et Badajos. Je prie votre

majesté d’avoir des bontés pour lui. L’empereur est en bonne santé,

l’imperatrice est bientôt à terme, et nous esperons un roi des

Romains. L’empereur affermit de plus en plus le grand empire. Votre

majesté le seconde mais nous apprécions ses peines et ses privations.

Une nouvelle armée de deux-cent-milles hommes se forme dans le nord

de la France, et l’empereur est en position d’en imposer à qui

tenteroit de contrarier ses grandes conceptions, tout est bien et va

bien en France.

_Paris, le 11 Avril, 1811._

SIRE,—J’ai eu l’honneur de mander votre majesté, que l’empereur

avoit donné des ordres pour qu’il lui fut envoyé chaque mois cent

mille francs, et je lui ai fait connoître combien il étoit important

que les troupes destinées pour l’Andalusie y arrivassent sans retard.

L’empereur pense qu’il seroit utile de chercher à tirer parti de

bons Espagnole pour réunir de vrais cortez qui pourroient avoir de

l’influence sur les esprits: l’intégrité de l’Espagne peut encore

être maintenue si les cortez operoient une réaction dans l’opinion:

le Perou et le Méxique se sont déjà déclarés independant, et toutes

les autres colonies sont échapper à l’Espagne: les vrais Espagnols

doivent savoir combien les Anglais les maltraitent. On voit par les

gazettes Anglaises que les cortez rassemblés dans l’île de Leon ne

furent qu’une miserable canaille et des gens obscures qui n’ont

autre projet que d’aller végéter dans les tavernes de Londres il ne

peut y avoir rien à faire avec de pareils hommes. Sa majesté trouve

qu’il y auroit un grand avantage à former des cortez tirer de toutes

les provinces de l’Espagne occupées par les armées françaises. Une

discussion éclairée qui s’établiroit auroit beaucoup d’influence

sur les esprits. L’empereur est oblige d’abandonner le projet qu’il

avoit de s’entendre avec les cortez de l’île de Leon, puisque ce

n’est qu’un composé de gens sans aveu: ce ne seroit donc qu’avec des

cortez formé d’hommes tirés de toutes les parties de l’Espagne qu’on

pourroit éclairer l’opinion des Espagnols qui aiment leur pays.

L’ambassadeur de l’empereur a transmis des plaintes sur votre

major-général. Votre majesté commande l’armée du centre. Par

conséquent la hiérarchie militaire ne peut pas permettre qu’il

s’écarte de ses devoirs. Si je correspond souvent avec le général

Belliard, c’est que votre majesté est un général roi, et que je dois

lui éviter des détails qu’un major-général lui soumet.

Aucun village d’Espagne n’a été réuni à la France, et l’empereur

tient à ce que votre majesté ait en Espagne toute la considération

qui lui est due. Tout depend encore du parti qu’on peut tirer de la

nation. Ce qu’il y a de certain, c’est que les Anglais n’ont qu’un

but; celui de ruiner la péninsule, de la détruire, parcequ’ils

sentent bien qu’elle doit finir par appartenir à la France ou à

un prince de la maison de l’empereur, et qu’ils trouvent un grand

avantage à diviser un pays qu’il savent ne pouvoir gardes.

Je présente à votre majesté l’hommage avec mon respect.

Le Prince Neufchatel, Major-Général,

ALEXANDRE.

_Paris, ce 6 Mai, 1811._

SIRE,—J’ai montré à l’empereur la lettre de votre majesté, en date

du 21 Avril par laqu’elle elle fait connoître qu’elle se met en

route pour Paris: l’empereur ne s’attendoit pas à cette resolution;

votre majesté lui ayant promis de ne pas quitter l’Espagne sans être

convenu à l’avance des mesures à prendre et qu’exige une pareille

détermination. L’empereur trouve que dans ces circonstances le départ

de votre majesté devoit être précédé de l’évacuation de l’Andalousie

afin de concentrer les armées. Car dans la position des choses, le

départ de votre majesté va donner une secousse défavorable à la

situation des armées de l’empereur. Si votre majesté avoit quitté

l’Espagne au mois de Janvier, où les armées étoient en position

sans agir, cela auroit eu moins d’inconvenient. Dans ce moment

votre arrivée met l’empereur dans de grandes inquiétudes, en vous

considérant comme roi d’Espagne, et comme général-en-chef, l’empereur

voit que votre retour sera interprété selon l’esprit et la tournure

que les Anglais voudront y donner, et fera un mauvais effet; qu’il

est pénible que votre majesté se soit portée à cette démarche dont

il ne peut résulter aucun avantage, et qui peut avoir beaucoup

d’inconvenients, car dans ce moment d’agitation, l’Espagne va se

trouver sans chef. Votre majesté ne voulant pas rester à Madrid,

l’empereur trouve qu’il auroit été très utile qu’elle allât passer la

revue de l’armée de Portugal ou de l’armée d’Andalousie; l’influence

de votre majesté auroit surtout été bien utile pour procurer à

l’armée de Portugal tout ce qui lui est nécessaire. L’empereur,

sire, est dans une grande anxiété de savoir à qui vous avez donné

le commandement de l’armée du centre; si vous avez prévenu le duc

de Dalmatie de votre départ, et qui étant aux mains avec l’ennemi

trouvera ses embarras augmentés, n’ayant aucune direction sur ses

derrières. S’il étoit possible que votre majesté reçut cette lettre

encore en Espagne, l’empereur m’ordonne d’engager votre majesté à

sentir les inconvéniens de son retour si contraire aux circonstances.

L’empereur n’a aucune nouvelle ni de l’armée d’Andalousie ni de

l’armée du centre. J’expédie à votre majesté un de mes aides-de-camp.

Etc. etc.

ALEXANDRE.

_Paris, le 1 Juin, 1811._

SIRE,—L’empereur a examiné attentivement les observations que votre

majesté lui a adressées, et me prescrit de me rendre auprès d’elle

pour avoir l’honneur de lui donner connoissance de ce qu’il juge le

plus convenable sur les divers points qui en sont l’objet. L’empereur

pense, sire, que votre majesté peut partir de Paris quand elle le

jugera à-propos, et même sans attendre son retour, si cela entrait

dans les intentions de votre majesté. L’armée du centre en Espagne

est pleinement entièrement sous les ordres de votre majesté, le

général Belliard ne doit point prendre le titre de major-général,

mais celui que lui ont toujours attribué les ordres émanées de

l’empereur, _de chef d’état-major de l’armée du centre_. Si votre

majesté n’est pas content de ce général, je vous engage, sire, à en

proposer un autre qui ait votre confiance. C’est à votre majesté,

sire, qu’il appartient de suspendre, de renvoyer, de traduire même

à des commissions militaires quand il y a lieu, les généraux et

officiers de l’armée du centre; d’administrer les provinces comprises

dans l’arrondissement de cette armée comme votre majesté le jugera le

plus convenable au bien du service. A l’armée du nord de l’Espagne,

l’empereur a besoin d’un maréchal qui soit chargé du commandement

des troupes stationées dans les provinces formant l’arrondissement

de cette armée. Le maréchal duc d’Istrie exerce maintenant ce

commandement; dans le cas, sire, où ce maréchal ne conviendroit

pas à V. M. l’empereur ne serait pas éloigné de le remplacer par

le maréchal Jourdan, si cette disposition étoit agréable à votre

majesté et à ce maréchal. Mais l’empereur ne juge pas qu’on puisse

rien changer à l’organisation de l’armée du nord; il est essentiel

que cette organisation reste telle qu’elle est, si ce n’est de mettre

cette armée sous les ordres d’un maréchal français qui posséde

d’avantage la confiance de votre majesté. Dans les gouvernemens

qui forment l’arrondissement de cette armée, c’est au nom de votre

majesté, sire, que la justice doit se rendre; le commandant doit

envoyer des rapports journaliers à V. M. l’intendant-général M.

Dudon doit envoyer à V. M. l’état de la perception des contributions

et de leur emploi. L’empereur pense que V. M. doit avoir auprès du

général-en-chef de l’armée du nord un commissaire Espagnol pour

veiller à ce que le quart du revenu des provinces de l’arrondissement

de cette armée, soit versé à Madrid pour le service de votre majesté

et pour sécourir l’armée du centre. L’empereur consent à ce que

toutes les fois que les provinces auraient les moyens nécessaires

pour se garder et se garantir des incursions des guerillas, elles

puissent rentrer entièrement sous l’administration Espagnole en ne

fournissant que ce qui sera convenu. Quant à l’armée du midi de

l’Espagne, l’empereur approuve qu’ ainsi qu’ à l’armée du nord, le

maréchal qui commande envoie des rapports à V. M. et l’instruire de

tout ce qui se passe; les budgets en recettes et en dépenses des

différentes provinces de l’armée du midi, doivent aussi être envoyés

à votre majesté, qui y tiendra un commissaire pour percevoir le quart

des revenues.

La même méthode sera pareillement appliquée à l’armée d’Arragon.

L’empereur, sire, satisfait aussi aux désirs exprimés par V. M. Quant

à ce qui concerne le commandement général de ses armées en Espagne,

sa majesté ne croit pas pouvoir donner un tel commandement qui doit

être simple et un; votre M. sentira qu’il est dans la nature des

choses qu’un maréchal résident à Madrid et dirigeant les opérations

voudrait en avoir la gloire avec la responsibilité, et que dans ce

cas, les commandans des armées du midi et de Portugal se croyant

moins réellement sous les ordres de votre M. que sous de son chef

d’état-major, pourraient ne pas obéir, ou exécuter ce qui leur serait

prescrit. Mais indépendamment du commandement de l’armée du centre,

V. M. sire, aurait le commandement des troupes qui entreraient dans

l’arrondissement de cette armée. Si l’armée du Midi se repliait sur

l’armée du centre, elle serait dès-lors sous les ordres de V. M. et

il en serait de même pour l’armée de centre.

Dans celles des armées ou V. M. se rendrait, elle aurait les honneurs

du commandement; mais, sire, l’empereur juge très important de ne

rien changer au commandement militaire ni à l’armée du nord, ni à

l’armée d’Arragon, ni aux armées du midi et de Portugal, excepté

ce qu’il est nécessaire d’établir pour que V. M. ait des rapports

de tout ce qui se passe, connaisse tout et puisse se servir de ces

relations, dans sa position centrale, pour instruire les autres

généraux: sa majesté pense que cette communication de renseignemens,

d’observations, de conseils, peut même avoir lieu par le canal du

ministre de la guerre de V. M. L’empereur désire, sire, que V. M.

veuille bien corresponds directement avec moi par des lettres signés

de sa main; j’aurai l’honneur d’adresser directement les miennes à

V. M. L’empereur désire également qu’elle s’en reserve l’ouverture

et fasse connaître ensuite à son chef d’état-major ce qu’elle jugera

convenable. Je prie votre M. de vouloir bien donner ses ordres pour

que tous les comptes rendus en états de situation me soient adressés,

que les rapports soient très exacts et que je sois instruit de tout

ce qui peut intéresser le service de l’empereur comme cela est

d’usage dans une armée. D’après les ordres de l’empereur une somme

de cinq cent mille francs par mois sera envoyée à V. M. jusqu’au 1er

Juillet, et à compter du 1er Juillet, cet envoi sera d’un million par

mois pendant le reste de l’année.

L’empereur, sire, me prescrit d’avoir l’honneur de concerter avec

votre majesté les mesures qu’elle jugera convenables à l’organization

de l’armée du centre ainsi que pour en retirer les généraux qui

ne conviendraient pas à votre majesté, faire des examples de ceux

qui auroient commis des dilapidations, leur faire restituer les

sommes qu’ils auraient dilapidées; enfin, sire, l’empereur se repose

essentiellement sur votre majesté du soin de maintenir les officiers

de son armée dans la discipline convenable et de faire des examples,

et il désire que V. M. envoie journellement des rapports détaillés

sur tout ce qui est important. Votre majesté, sire, reconnaîtra dans

ces dispositions que le désir de l’empereur est de faire tout ce

qui peut donner un nouvel éclat à l’entrée de V. M. en Espagne, en

maintenant d’ailleurs dans leur intégrité, ainsi que sa majesté le

gage indispensable, l’organisation de l’armée d’Andalousie et des

autres armées de l’Espagne. &c.

_Observations faites par le roi d’Espagne sur la lettre du

major-général, de la 1ère Juin, 1811._

Le roi demande.

1º. Que messrs. les maréchaux commandant-en-chef les armées de

l’empereur, à l’armée du nord, du Portugal, de midi, et de l’Arragon,

ne puissent augmenter les impôts existant à ce jour, =ni= lever

aucune contribution extraordinaire sans l’autorization du roi, ou de

l’empereur.

2º. Le roi désire que le maréchal Jourdan remplace le maréchal due

d’Istrie dans le commandement de l’armée du nord.

3º. Que les maréchaux commandant les armées de l’empereur et les

intendans général ne puissent vendre aucune bien national ou communal

sans l’autorization du roi; qu’il en soit de même pour les plombs et

vif argent appartenant à l’état.

4º. Que les administrations Espagnoles dans l’arrondissement des

armées du nord, du midi, de l’Arragon, resteront telles qu’elles

sont, et que si des changemens paroissent utiles, ils seront demandés

au roi.

5º. Qu’il soit specifié que le quart des revenues des provinces

occupées par les armées de l’empereur, en Espagne, sera versé net

dans le trésor du roi à Madrid, et que les trois autre quartes seront

employés aux besoin de l’armée dans les dites provinces, et en

payement des traitemens des administrations Espagnoles.

6º. Le roi se trouvant avoir l’honneur du commandement près des

armées ou il se trouve, pense qu’il est dans les intentions de

votre majesté qu’il puisse voir et réunir les autorités Espagnoles

comme bon lui semblera pour leur parler dans l’intérêt des affaires

d’Espagne: ce que le roi trouve utile de faire dans les lieux où il

l’arrêtera pour se rendre à Madrid.

7º. Il paroit entendu que le maréchal commandant l’armée de Portugal

rendra compte au roi des toutes les opérations, aussi que doivent le

faire les autres maréchaux.

8º. Le roi trouve utile pour les intérêts des affaires d’Espagne

de pouvoir s’attacher des officiers Espagnols ou autres qui

se trouveroient parmi les prisonniers, et qui par des motifs

particuliers il jugeroit convenable d’employer.

9º. Le roi de Westphalie qui ne peut pas recruter les régimens qu’il

a en Espagne est disposé à mettre le petit nombre d’hommes qui

restent aux drapeaux à la disposition du roi d’Espagne pour être à la

solde et à son service; le roi d’Espagne les placeroit utilement dans

la guarde.

10º. Le roi désire que le général Maurice Mathieu remplace le général

Lorge.

11º. Qu’il ne reste à Madrid que l’administration nécessaire pour

l’armée du centre, et que cette grande quantité d’administrateurs

appartenant à l’administration générale qui n’existe plus à Madrid

soit envoyée à Burgos ou en France.

12º. Que la solde des troupes françaises faisant partie de l’armée du

centre continue n’être payée par le trésor de France.

13º. Sa majesté conservera le général Belliard comme chef de son état

major.

14º. Le roi désire pouvoir prendre toutes les mesures politiques

qu’il jugera convenable, et faire toutes autres dispositions à

l’égard de cortez en se conformant aux vues contenues dans la lettre

que j’ai écrite d’après l’ordre de V. M. pour cet objet.

15º. Sur les 500,000 francs que V. M. met à la disposition du roi à

Madrid on en retient 100,000 francs pour l’arrière. Le roi demande

que cette somme soit pour le service courant.

_Paris, le 17 Juin, 1811._

SIRE,—L’empereur m’ordonne de vous envoyer la copie de la lettre que

j’adresse au duc d’Istrie: j’écris à-peu-près dans les mêmes termes

aux autres commandants. Je n’ai pas encore vu le maréchal Jourdan; je

le verrai demain et immédiatement après il partira pour Madrid, où

l’empereur apprendra avec plaisir qu’il est employé comme gouverneur.

Le duc de Raguse mande qu’il est en marche sur le Tage. L’empereur

désire que V. M. donne ses ordres pour qu’on lui procure tous les

secours dont il peut avoir besoin: il a avec lui vingt-huit mille

bayonnettes, trois mille hommes de cavalerie, et trent-six pièces

de canon. L’empereur désire que V. M. puisse l’appuyer avec dixhuit

cent chevaux, quinze à dixhuit pièces de canon et deux à trois mille

hommes d’infanterie: ce corps pourroit être placé à proximité afin

de pouvoir rejoindre et aider le duc de Raguse, s’il devoit donner

bataille aux Anglais. L’empereur verroit avec plaisir, Sire, qu’après

votre arrivée à Madrid vous vous rendissiez à l’armée de Portugal,

pour la passer en revue, l’animer, et prendre dans vôtre revue l’état

des emplois vacans.

J’écris au duc de Raguse que si l’on pouvoit retrancher Alcantara

et faire une tête de pont sur la rive droite, ce seroit une bonne

opération. Si l’armée de Portugal arrivoit à tems pour sécourir

l’armée du midi devant Badajoz, le petit corps de reserve dont je

viens de parler ci-dessus à votre majesté ne pourroit être que de la

plus grande utilité.

Le siège de Tarragone a déjà attiré une partie des bandes qui étoient

dans l’arrondissement de l’armée du centre. Deux divisions de l’armée

de reserve que forme l’empereur arriveront l’une à Pampelune, l’autre

à Vittoria vers le 14 Juillet: cela mettra à même d’envoyer encore

aux armées du midi et de Portugal environ douze milles hommes qui

sont en Navarre, et qui passeront par Madrid.

L’Empereur ne peut qu’engager votre majesté à envoyer à l’armée du

midi tout ce qui lui appartient, car c’est là que se portent les

grands coups et qu’ont lieu les opérations les plus importantes.

&c. &c.

ALEXANDRE.

_To the duke of Istria._

_Paris, Juin 1811._

J’ai prevénu, monsieur le maréchal, le général Monthion, les généraux

Caffarelli et Dorsenne directement les dispositions dont je vais

vous entretenir, et qui ont rapport aux intentions de l’empereur

rélativement au rétour de roi d’Espagne dans ses états.

Le roi commande en chef l’armée du centre, mais l’intention de

l’empereur est que vous correspondiez avec S. M. C. en lui faissant

le rapport de ce qui se passe afin de la mettre à même de connoître

l’ensemble des événemens en Espagne comme les autres généraux en

chef ont l’ordre d’en agir de même, le roi sera dans le cas de

pouvoir comme point central vous faire faire des communications qui

contribueront au succès des armes de l’empereur.

S. M. I. m’ordonne aussi de vous faire connaître, M. le duc, que

son intention est que pendant le voyage du roi dans son rétour à

Madrid, tous les honneurs lui soient rendus dans les gouvernemens et

dans l’arrondissement de l’armée du nord comme si S. M. commandait

cette armée. Le roi donnera l’ordre et recevra les honneurs du

commandement. Les gouverneurs l’accompagneront dans leur gouvernement

et lui feront fournir toutes les escortes qui lui seront nécessaires.

Il est à présumer que le roi séjournera quelque tems à Vittoria et à

Burgos, et qu’il profitera de son séjour pour rassembler les notables

du pays les éclairer sur la situation des affaires, et améliorer

l’esprit public. Vous seconderez, mons. le maréchal, les mesures

que le roi pourra prendre pour rendre les villes et les villages

responsibles des abus qui se commettent sur leur territoire. Vous

agirez de même si le roi accorde le pardon à quelques bandes de

guerillas qui se rendraient. Vous devez aider de tous vos moyens les

mesures que S. M. prendra pour le rétablissement de l’ordre et de

la tranquillité publique. Du reste les troupes composant l’armée du

nord doivent rester sous le commandement respectif de leurs chefs

et vos ordres doivent continuer à être exécutés sans qu’aucun ordre

de qui que ce soit puisse les changer. Quant à l’administration du

pays, elle doit continuer à marcher dans la direction donnée par les

instructions et les ordres de l’empereur; les fonds doivent être

destinées aux besoins de l’armée, à l’entretien des hôpitaux, et vous

devez défendre et empêcher toute espèce d’abus. Le roi ayant plus

particulièrement encore que vous, les moyens de connaître les abus

qu’ont lieu, l’empereur ordonne que vous profiteriez des lumières

que le roi pourra vous donner à cet égard pour les réprimer. Il est

nécessaire, monsieur le duc, que vous me fassiez connaître le budjet

des ressources et des dépenses afin de savoir la partie des revenues

qui pourront être versés à Madrid, dans la caisse du gouvernement

pour le service du roi et pour l’armée du centre.

Je n’ai pas besoin de vous répéter que la justice doit se rendre au

nom du roi; cela a toujours dû avoir lieu; le droit de faire grace ne

vous appartient pas pour les individus condamnés par les tribunaux;

vous n’êtes autorisé qu’à suspendre l’exécution dans les cas que vous

jugerez graciables. Le droit de faire grace n’appartient qu’au roi.

Vous n’avez pas non plus le droit de nommer à aucune place du clergé;

le roi y nomme dans toutes les parties de son royaume.

Si le roi juge à-propos de tenir près de vous et des gouverneurs un

commissaire Espagnol pour connaître les recettes et les dépenses,

vous devez donner à ce commissaire les renseignemens dont il aura

besoin pour remplir sa mission. Vous aurez soin, monsieur le

maréchal, de me rendre compte journellement de ce qui se sera fait

pendant le séjour du roi afin que j’en informe l’empereur.

&c. &c.

_Paris, le 24 Août, 1811._

SIRE,—J’ai l’honneur d’informer votre majesté que d’après les ordres

de l’empereur, je viens de faire connaître à M. le maréchal duc de

Raguse que l’armée de Portugal doit prendre désormais sa ligne de

communication sur Madrid; je lui mande que c’est là que doit être

son centre de dépôt, et que toute opération que l’ennemi ferait sur

la Coa ne peut déranger cette ligne; que si l’ennemi veut prendre

l’offensive il ne peut la prendre que dans l’Andalousie parceque de

ce côté il a un objet à remplir, qui est de faire lever le siège

de Cadiz, tandis que ses efforts dans le nord s’avença-t-il même

jusqu’à Valladolid, n’aboutiraient à rien puisque les troupes que

nous avons dans ces provinces en se repliant lui opposeraient une

armée considérable et qu’alors l’armée de Portugal devrait faire

pour l’armée du nord ce qu’elle ferait pour l’armée du midi. Je le

préviens que l’objet important est que sa ligne d’opérations soit sur

Talavera et Madrid parceque son armée est spécialement destinée à

protéger celle du midi. Je lui fais observer que l’armée de Portugal

étant attaquée de front, son mouvement de retraite est encore sur

Madrid parceque dans tous les cas possibles ce doit être sa ligne

d’opérations, qu’il faut donc que tous les dépôts quelconques

appartinant à l’armée de Portugal soient dirigés sur Talavera et

Madrid. Je donne l’ordre impératif au général Dorsenne de faire

partir dans les 24 heures tous les dépôts et détachemens qu’il a

appartenant à l’armée de Portugal; tout ce qui est en état de servir

sera dirigé en gros détachemens par Avila sur Placentia, et quant aux

hommes qui ne sont pas pour le moment en état de servir, le général

Dorsenne les fera diriger sur Madrid, et aura soin d’en informer à

l’avance votre majesté, de manière qu’il ne lui restera plus un seul

homme appartenant à l’armée de Portugal, sauf la garnison de Ciudad

Rodrigo qu’il fera relever et rejoindre aussitôt après l’arrivée des

renforts qui vont se rendre à l’armée du nord.

&c. &c.

_Boulogne, le 20 Sept. 1811._

SIRE,—L’empereur m’a demandé si j’avois reponse à la lettre que

j’ai eu l’honneur d’adresser à V. M. en lui rendant compte de la

reddition de Figueras. L’empereur m’ordonne d’annoncer à V. M. que

son intention est d’étendre à toute la rive gauche de l’Ebre la

mesure qu’elle à jugé devoir adopter pour la Catalogne. L’empereur

pense que V. M. temoin de la resistance qui éprouvent les armées et

des sacrifices des toutes espèces que la France est obligé de faire,

est trop juste pour ne point apprécier les motifs de la conduite

de l’Empereur, et je suis autorisé à assurer V. M. des sentimens

d’intérêt et d’amitié qui continuent à animer l’empereur pour V. M.

mais il ne pouvent pas faire negliger à S. M. I. et R. ce qu’elle

doit à la sureté de son empire et à la gloire de son règne.

&c. &c.

* * * * *

No. IV.

SECTION 1.

CONDUCT OF THE ENGLISH GOVERNMENT.

EXTRACT FROM MR. CANNING’S INSTRUCTIONS TO MR.

STUART AND MR. DUFF, 1808.

_To Mr. Stuart._

“You are to enter into no political engagements.”

_To James Duff, Esq_.

“_July 26, 1808._

“You will embark on board his majesty’s ship, Stately; on board

of that ship are embarked to the amount of one million of Spanish

dollars, three-fourths in dollars and one-fourth in bars, which sum

is consigned to your care and is destined by his majesty for the use

of the kingdom of Andalusia and the provinces of Spain connected with

them.”

“His majesty has no desire to annex any conditions to the pecuniary

assistance which he furnishes to Spain.”

“Military stores to a considerable amount are now actually shipping

for Cadiz, and the articles required for the clothing of the

Andalusian army will follow.”

“It was only by a direct but secret understanding with the government

of Spain, under the connivance of France, that any considerable

amount of dollars has been collected in England.”

“Each province of Spain made its own application with reference to

the full amount of its own immediate necessities, and to the full

measure of its own intended exertions, but without taking into

consideration that similar necessities and similar exertions lead

to similar demands from other parts, and that though each separate

demand might in itself be reasonably supposed to come within the

limits of the means of Great Britain, yet that the whole together

occasion a call for _specie_, such as never before was made upon this

country at any period of its existence.”

“In the course of the present year it is publicly notorious that a

subsidy is paid by Great Britain to Sweden of one million two hundred

thousand pounds, the whole of which, or nearly the whole, must be

remitted in specie, amounting to at least seven million dollars.

One million of dollars has already been sent to Gihon, another to

Coruña _in part_ of the respective demands of the principality of

Asturias and the kingdom of Gallicia, and the remainder of these

demands as already brought forward would require not less than

eight million dollars more to satisfy them.”——“An application from

Portugal has also been received for an aid, which will amount to

about twelve or thirteen hundred thousand dollars, one million as has

been stated goes in the ship with you to Cadiz, and the remainder

of the Andalusian demand would require between three and four

millions of dollars more. Here, therefore, there are not less than

three-and-twenty millions of dollars, of which near sixteen millions

for Spain and Portugal required to be suddenly drawn from the British

treasury.”

“In addition to this drain it is also to be considered that the

British armies are at the same moment sent forth in aid of the same

cause, and that every article of expence to be incurred by them on

foreign service in whatever country they may be employed, must be

defrayed by remittances in silver.”[1]——“You will be particularly

careful in entering upon the explanation with the junta of Seville,

to avoid any appearance of a desire to overrate the merit and value

of the exertions now making by Great Britain in favour of the Spanish

nation, or to lay the ground for restraining or limiting those

exertions within any other bounds than those which are prescribed by

the limits of the actual means of the country.”

FOOTNOTE:

[1] Note by Editor.—Nevertheless sir John Moore had only £25,000

in his military chest, and sir David Baird only £8,000 which were

given him by sir John Moore.

_Admiral De Courcy to Mr. Stuart, October 21, 1808._

“Mr. Frere will have told you that the Semiramis has brought a

million of dollars in order to lie at his disposal, besides £50,000

in dollars, which are to be presented to the army of the marquis

of Romana.”——“In the meantime the British troops remain in their

transports at Coruna, uncertain whether they shall be invited to

the war, and without a shilling to defray their expences.”

_Mr. Canning to Mr. Stuart._

_July 27, 1808._

“Already the deputy from Coruna has added to his original demand

for two millions of dollars, a further demand for three millions on

learning from the Asturian deputies that the demand from Asturias

had amounted to five millions in the first instance. Both profess in

conversation to include a provision for the interests of Leon and

of Old Castile in the demand. But this has not prevented a direct

application from Leon.”

“It is besides of no small disadvantage that the deputies from the

Asturias and Gallicia having left Spain at so early a period are

really not competent to furnish information or advice upon the more

advanced state of things in that country.”——“I have already stated

to you that in applications for succours, there is an under-ground

appearance of rivalry, which with every disposition to do every

thing that can be done for Spain, imposes a necessity of perpetual

caution with respect to the particular demands of each province. The

Asturians having been rebuked by their constituents for not having

applied for pecuniary aid as quickly as the Gallicians are bent upon

repairing this fault, and the Gallician having been commended for

promptitude, is ambitious of acquiring new credit by increasing the

amount of his demand. Whatever the ulterior demands, these several

provinces have to make, will be made with infinitely more effect

through you and Mr. Hunter respectively, as they will then come

accompanied with some detailed and intelligible exposition of the

grounds and objects of each particular application.”

_Mr. Stuart’s despatches to Mr. Canning._

_Coruna, July 22, 1808._

“Accounts of advantages in the quarters, which from the present

state of things can have little or no communication with this place,

appear to be numerous in proportion as the north of Spain is barren

of events agreeable to the existing government; and I am disposed to

consider unauthenticated reports of success in Catalonia, Valencia,

Murcia, and Andalusia, to be a mode of concealing or palliating

disasters in Leon, Castile, and the Montaña.”

_July 24, 1808._

“One thousand men, under de Ponte, is the utmost force the Asturias

have yet organized or sent into the field, and the contingents of

Leon are very trifling.

“Thirty thousand men, of which twenty thousand are regular troops

under Blake, were united to ten thousand Castilian recruits under

Cuesta. They went to Rio Seco to march against Burgos, and cut off

Bessieres’ retreat to France, but they lost seven thousand men at Rio

Seco.

“The Estremadura army under Gallegos is at Almaraz, consisting of

twenty-four thousand infantry and four thousand cavalry, but the

battle of Rio Seco has cut the communication which had been before

kept up to Andalusia.”

_Abstract of information sent to Mr. Canning by Mr. Stuart._

_July 26, 1808._

“The 29th of May the inhabitants of Coruna appointed a provisional

junta of forty members taken from the notables of the place, and

this junta despatched circulars to the seven provinces of St. Jago,

Betanços, Coruna, Mondonedo, Orense, Lugo, and Tuy, desiring that

deputies from each should come to Coruña to form a junta for Gallicia

entire. Seven persons came and immediately seized the government

and dissolved the local junta; the troops marched to the frontier,

deputies went to England, and all seemed to proceed well until

contributions were demanded. Then the provinces demurred saying,

their deputies were empowered only to signify their approbation of

what had past, but not to seize the government, and St. Jago insisted

upon sending more deputies, and having additional votes as being of

more consequence. It was then arranged that two deputies from each

province should be sent to Coruña with more power. The archbishop

and a Mr. Friere came from St. Jago, and others were arriving when

the first deputation resolved not to submit, and declared the second

to be an ordinary junta, chosen for the mere purpose of raising

money, and subordinate to themselves. The archbishop and the bishop

of Orense refused to act in such a capacity; but a letter from the

latter painting the true state of things being intercepted, he was

arrested and confined in the citadel. A body of troops was sent to

St. Jago, it was uncertain whether to seize the archbishop or to

awe the people; but Mr. Stuart was secretly assured it was for the

former purpose. The archbishop thought so also and came immediately

to Coruña. This transaction was studiously concealed from the English

envoy but he penetrated the secret. The people were discontented at

this usurpation of the junta of seven, but the lavish succours sent

to them by Mr. Canning and the presence of Mr. Stuart induced them to

submit, as thinking the junta were supported by England.

“This junta of seven adopted no measures in common with any

neighbouring province, but willingly entered into close alliance with

the insurgents of Portugal as one independent state with another; and

they withheld any share of the English supplies for the armies of

Asturias and Leon.

“The archbishop was an intriguing dangerous man, and secretly wrote

to Blake to march with the army against the junta, his letter being

intercepted six voted to arrest him, but the seventh with the

assistance of Mr. Stuart persuaded them to avoid so violent a measure

as tending towards a civil commotion. Tumults however did take place,

and the English naval officers were requested and consented to quell

a riot, and it proved that they had more influence over the people

than the junta.

“In August the archbishop was commanded to leave Coruña, he obeyed,

and the bishop of Orense was after some resistance made a member of

the junta.”

_Mr. Stuart to Mr. Canning_.

“_August 7._

“There is no common plan, and consequently no concert in their

proceedings. No province shares the succour granted by Great Britain

with its neighbour, although that advantage may not be useful to

themselves. No gun-boats have been sent from Ferrol to protect St.

Andero on the coast of Biscay, and the Asturians have in vain asked

for artillery from the depôts of Gallicia.

“The stores landed at Gihon, and not used by the Asturians have

remained in that port and in Oviedo, although they would have

afforded a reasonable relief to the army of Blake.

“The money brought by the Pluto for the province of Leon which has

not raised a man and was till this moment in the hands of the French,

remains unemployed in the port where it was landed. Estremadura is

said to have nine thousand cavalry, which are of little service since

the French quitted that province. Yet they have not sent a man to

Blake who cannot prudently stir from his present position without

cavalry. General Cuesta also has deprived him of six hundred horse

and his flying artillery with which he has actually quitted Salamanca

on his way to join the Estremadura army.”

_Ditto to Ditto_.

(Abstract.)

“_August 12._

“The duke of Infantado reached Blake’s quarters, after escaping from

France. Blake gave him his confidence and sent him to Madrid to form

a council of war, and to persuade Cuesta to send two thousand cavalry

to the army of Gallicia. The junta did not approve of this; they

suspected Infantado as a double dealer and in the French interest.

“After Baylen, the juntas of Seville and Murcia wished to establish a

despotism, differing in nothing from that of Charles III. and Charles

IV. save that Florida Blanca was to be the head of a regency. But

in the north they were all for liberty, and put forward the British

constitution as a model. The army spoke of Infantado as regent,

but the civilians disliked him. All the English guns sent out for

Gallicia went by mistake to the Asturias, the succours were absurdly

distributed and every thing was in confusion.”

_Mr. Stuart to Mr. Canning_.

“_Coruna, August 9._

“I am placed at the very extremity of the kingdom where I cannot

possibly obtain any sort of information respecting other provinces,

and my presence has very materially contributed to cherish the

project of separation from the rest of the peninsula in the minds of

the Gallicians.

“Besides the constant communication of the navy with the junta, a

military mission is placed here consisting of several persons who

communicate regularly with the government and the admiralty, and

whose correspondence with England being a mere duplicate of my own

renders the one or the other perfectly useless.

“The packet instead of coming weekly only arrived every fortnight,

being sent to Gihon to carry home Mr. Hunter’s letters, who I

understand has no order to report to me!

“The admiral having no official notice of my situation here on the

part of government, cannot be expected to detach vessels for the

purpose of sending my despatches at a time when he is occupied in

sending his own accounts of the events taking place in Spain to the

admiralty.”

SECTION 2.

LORD WELLESLEY’S INSTRUCTIONS TO MR. STUART.

(Extracts.)

“_January 5, 1810._

“In return for these liberal supplies, his majesty is entitled to

claim from the Portuguese government every assistance which can

be afforded to the British commander and troops, a faithful and

judicious application of the funds granted for the support of so

large a portion of the Portuguese force, which must otherwise be

supplied from the exclusive resources of Portugal.”

“I am commanded to signify to you the expectation that the

extraordinary efforts of his majesty’s government for the aid of

Portugal, and the consequent pressure upon the British resources,

will be met with corresponding exertions on the part of the regency,

and that all local and temporary prejudices will be submitted to the

urgent necessity of placing the finances of the kingdom in that state

which may render them available for its defence in the approaching

danger. You will direct your immediate and vigilant attention to

this most important object, nor will you refrain from offering, or

even from urging, your advice on any occasion which may open the

prospect of effecting any useful reduction in the civil charges, or

augmentation in the revenues or military resources of the country.”

“In addition to these arrangements his majesty will expect to receive

regular monthly accounts of the expenditure of the sums applicable

to the military charges of Portugal, under the orders issued to lord

Wellington, as well as accurate returns of the state and condition of

the several corps receiving British pay.”————“It is also desirable

that his majesty should be acquainted with the state and condition

of that part of the Portuguese force which is to be maintained from

the revenues of Portugal.”————“The crisis demands the most unreserved

confidence and communication between his majesty’s ministers and

the local government of the prince regent. No jealousy or suspicion

should be harboured under such a pressure of common danger; the great

sacrifices which we have made for the interests of our ally must not

be frustrated by any consideration inferior to the main purpose of

our mutual security, nor must we now hesitate to take the lead in

any measures necessary to enable Portugal to contribute a just share

of their own efforts and resources for the accomplishment of their

own safety.”

“The governing-power in Spain does not derive its authority from the

appointment of the sovereign, the disposition of some of its leading

members is at least equivocal, and its conduct has not satisfied any

expectations either of the Spanish nation or of the allies.”————“In

Spain, the assembly of the cortes is the only remedy to which that

country can resort for the purpose of investing the government with a

regular force or a national spirit, nor can any hope be entertained

of a sufficient exertion of the military resources of Spain, until a

governing power shall be so framed as to unite a due representation

of the crown with a just security for the interests and welfare of

all the estates of the realm.”————

SECTION 3.

CONDUCT OF THE ENGLISH GOVERNMENT.

_Lord Wellington to Mr. Stuart_.

“_Viseu, March 30, 1810._

“I don’t understand the arrangements which government have made

of the command of the troops there. I have hitherto considered

them as part of this army, and from the arrangements which I made

with the Spanish government they cost us nothing but their pay,

and all the money procured at Cadiz for bills was applicable to

the service in this country. Their instructions to general Graham

alter this entirely, and they have even gone so far as to desire

him to take measures to supply the Spaniards with provisions from

the Mediterranean, whereas I had insisted that they should feed our

troops. The first consequence of this arrangement will be, that we

shall have no more money from Cadiz. I had considered the troops

at Cadiz so much part of my army, that I had written to my brother

to desire to have his opinion whether, if the French withdrew from

Cadiz when they should attack Portugal, he thought I might bring into

Portugal at least the troops which I had sent there. But I consider

this now to be out of the question.”

_General Graham to Mr. Stuart_.

“_Isla, May 22, 1810._

“I add this note merely as a postscript to my last, to tell you that

lord Liverpool has decided the doubt, by declaring this a part of

lord Wellington’s army, but saying it is the wish of government that

though I am second in command to him I should be left here for the

present. This is odd enough. I mean that it should not have been left

to his judgement to decide where I was to be employed; one would

think he could judge fully better according to circumstances than

people in England.”

* * * * *

No. V.

SECTION 1.

MARMONT AND DORSENNE’S OPERATIONS.

_Intercepted letter from Foy to Girard, translated from the

cypher_.

“_Truxillo, 20 Août, 1811._

“MONSIEUR LE GÉNÉRAL,—Wellington bloque Rodrigo avec quarante mille

hommes; son avant-garde occupe la Sierra de Francia. On assure que

l’artillerie du train arrive de Porto pour faire le siège de cette

place. C’est approvisionnée pour trois mois. Marmont va se porter

vers le nord pour se réunir avec l’armée commandée par le général

Dorsenne et attaquer l’ennemi. Ma division partira le vingt six

pour passer le Tage et suivre le mouvement de Marmont. Huit mille

hommes de l’armée du centre nous remplaceront à Placentia et au Pont

d’Almaraz.

“Monsieur le maréchal due de Raguse me charge de vous écrire que

c’est à vous à contenir quatre mille Espagnols qui sont en ce moment

réunis devant Truxillo.” &c. &c.

“FOY.”

_Intercepted letter from general Wattier to the general commanding

at Ciudad Rodrigo_.

(Extract.)

“_Salamanca, Septembre 1, 1811._

“L’armée Espagnol de Galice, honteusement chassée de ses positions

de la Baneza et de Puente de Orvigo et poursuivie par l’avant-garde

au delà de Villa Franca, s’est retirée en grande hâte sur la Coruñe.

Le général-en-chef après avoir nettoyé ces parages, vient ici sous

six jours avec vingt-cinq mille hommes de la garde, et nous irons

tous ensemble voir s’il plait à ces illustres Anglais de nous

attendre, et de nous permettre de rompre quelques lances avec eux.

Le duc de Raguse à qui j’envoie de vos nouvelles est autour de vous

à Baños, Val de Fuentes, Placentia, &c., et nous agirons de concert

avec lui.”

_Intercepted letter from Marmont to Girard_.

“_Placencia, 7embre, 1811._

“GÉNÉRAL,—Je vous ai écrit pour vous prier de faire passer une

lettre que j’addressai au maréchal duc de Dalmatie. Les Anglais out

réuni toutes leurs forces auprès de Rodrigo, les corps Espagnols

même qui étoient sur la rive gauche du Tage passent en ce moment

cette rivière; vous n’avez presque personne devant vous. Il serait

extrêmement important que pendant que la presque totalité de l’armée

va se porter sur Rodrigo vous puissiez faire un mouvement pour opérer

une diversion utile et rapeller un portion de la force ennemie de

votre côté. J’ignore quelles sont vos instructions, mais je ne doute

pas que ce mouvement n’entre dans les intentions du duc de Dalmatie.”

_Du maréchal Marmont au général de division Foy._

“_Talavera, Octobre 21, 1811._

“GÉNÉRAL,—Je reçois seulement dans ce moment votre lettre du 18^{me}

avec la copie de celle du général d’Aultanne. Pour instruction

générale vous ne devez obéir à aucun ordre qui vous serait donné

au nom du roi lorsqu’elles sont contraires à mes intentions

particulières. Ne vous départez jamais de ces dispositions. L’armée

de Portugal ne doit point servir aux escortes, ni à la communication

de l’armée du midi,—nos troupes auront bien assez de courses à

faire pour assurer la rentré de nos approvisionnemens. Le roi a paru

désirer que je n’occupe point Illescas, à cause de son voisinage

de Madrid; par ce motif et plus encore en raison de l’éloignement

et du service pénible des troupes, je ne veux point l’occuper. Mon

intention était de ne point occuper Aranjuez; mais puisque les

ministres du roi out pris la mesure inconsiderée d’ordonner la

vente des magazins, ne perdez pas un seul instant pour envoyer un

détachement occuper Aranjuez, où le préfet de Toledo fera faire

le plus de biscuit possible. Prenez la même mesure pour tous les

points où il y a des magazins.—Emparez vous en,—et que personne

n’y touche.—L’empereur a indiqué la province de Toledo et non la

préfecture; ainsi ce sont les réssources de toute la province qui

nous sont affectés.—Emparez vous en,—et que le préfet administre

tous le pays. Dites bien au préfet qu’à quelque titre que ce soit

aucun des réssources en blé, argent de quelque source qu’elles

préviennent ne doit être distraits pour Madrid, et qu’elles doivent

toutes être conservés pour l’armée de Portugal. À la fin du mois la

division de dragons arrivera dans les environs de Tolede.—J’espère

qu’elle éloignera les guerillas. Dans le cas ou ils resteroient dans

le voisinage on leur donnera la chasse. Voyez à obtenir du préfet de

Tolede qu’il fasse un effort extraordinaire pour envoyer à Talavera

le blé et l’orge qui lui out été demandés, attendu que comme ici on

est obligé de faire des expéditions en avant, nous sommes dans un

besoin très pressant. Je désirerois rentrer dans la possession de

tout le blé qui a été vendu. On renverroit les acheteurs par devant

le gouvernement Espagnol pour être indemnisées,—s’il y a possibilité

engagez le préfet à prendre des mesures conservatoires en attendant

que je prenne un arrête à cet égard sur le rapport que vous me ferez.

Je me rends à Madrid où je passerai deux jours dans l’espérance

d’éclairer le roi sur la conduite que ses véritables intérêts lui

commandent de tenir envers l’armée française. De là je me rends à

Tolede. Je n’ai pas besoin de vous recommander, général, d’envoyer à

Aranjuez un officier sage et ferme, qui exécute ponctuellement les

ordres qui lui seroient donnés, qui se fasse obéir et qui mette le

plus grand soin à faire respecter l’habitation du roi.”

_Intercepted letter in cypher from general Montbrun to the

governor of Ciudad Rodrigo._

_Val de Fuentes, Septembre, 1811._

Je reçu le—du courant, mon cher général votre réponse du—à la

lettre que je vous écrivis le—, et je m’empressai d’en communiquer

le continue à S. E. le maréchal duc de Ragusa, qui me charge de

me mettre en communication avec vous. Je m’en acquitterai avec

plaisir puisque c’en est toujours un nouveau pour moi de récevoir

de vos nouvelles. Je vous annonce qu’un approvisionnement très

considérable se prépare à Salamanque par les soins du général-en-chef

Dorsenne, le maréchal, sur lequel vous pouvez compter aussi fait

des preparatifs pour vous envoyer des vivres. Tous les convois

partiront sous bonne escorte, et se mettront en marche d’après ce

que je presume du—au—du courant au plus tard. Dans tous les cas ne

vous impatientez pas. Nous sommes prêts à venir à votre sécours de

toutes les manières. Vous ne sauriez trop de votre côté nous mettre

au courant de la force de la position et enfin vous ne pourriez nous

donner trop de détails sur l’armée Anglo-Portugaise.

Je reçois à l’instant le billet que vouz avez écrit hier au général

Boyer, par lequel vous nous faites connoître que d’après tous les

renseignemens que vouz avez obtenus, vouz croyez que les sept

divisions Anglaises sont dans vos parages. Il importe de s’en assurer

positivement de connoître leur position, et, s’il est possible, leur

composition. II parait que vous n’avez pas beaucoup de monde dans

votre place sur qui vous puissiez compter. Proposez à l’homme que

je vous envoie d’aller reconnoître les Anglais à Gallegos et Fuente

Guinaldo, et de révenir par El Bodon, et vous me le renverriez

ensuite. Dites lui que je le paierai bien s’il veut faire cette

tournée, mais s’il s’y refuse je vous prie de ne pas l’y contraindre.

&c., &c.

_General Walker to lord Wellington._

“_Coruna, September 4, 1811._

“I saw the whole of the troops with him (general Abadia) in and

about a league in front of Astorga, having their advanced posts

on the Esla, the whole not amounting to above seven thousand men,

independent of a reserve of about fifteen hundred near Foncebadon

and Bembibre or on the road from Lugo. The force of the enemy in his

front when collected being estimated at about thirteen thousand men.

The wretched situation of the Gallician troops, in want almost of

every thing, one-third part at least without shoes, and dependent

on the precarious subsistence that can day by day be collected,

certainly does credit to their patience and good inclination.”

————“In consequence of this movement, (Abadia’s retreat,) the

great road by Manzanal and Bembibre being left open or nearly so,

the French pushed forward on it so rapidly that shortly after my

arrival here (Coruña) intelligence was received of their having

got possession of the important pass of Villa Franca, and that the

Gallician troops thus cut off from it, had been obliged to make their

retreat by the Valdes Orres. Without any correct information of the

force of the enemy, and the entrance of Gallicia thus left entirely

in his hands, a very considerable alarm was for some time occasioned

here, of which I took every advantage to urge upon the junta the

necessity of a full compliance with the recommendation and wishes

of the general to enable him to put the troops in such a state of

equipment as might render them, either for defence or attack, in

every way disposable in his hands; and at the same time to put Coruña

into temporary security by withdrawing to it all the guns (amounting

to no less than fifteen hundred) of the indefensible arsenal of

Ferrol, which would otherwise become a sure depôt for the enemy in

any attack he might contemplate on this place, and who might not

otherwise venture to bring with him heavy artillery on so distant an

excursion.”

SECTION 2.

_Official letters from the prince of Neufchatel to marshal

Marmont, extracted from the duke of Rovigo’s Memoirs._

“_Paris, le 21 Novembre, 1811._

“L’empereur me charge de vous faire connaître, monsieur le maréchal,

que l’objet le plus important en ce moment est la prise de Valence.

L’empereur ordonne que vous fassiez partir un corps de troupes qui,

réuni aux forces que le roi détachera de l’armée du centre, se dirige

sur Valence pour appuyer l’armée du maréchal Suchet jusqu’à ce qu’on

soit maître de cette place.

“Faites exécuter sans délai cette disposition de concert avec S.

M. le roi d’Espagne, et instruisez-moi de ce que vous aurez fait a

cet égard. Nous sommes instruits que les Anglais ont vingt mille

malades, et qu’ils n’ont pas vingt mille hommes sous les armes, en

sorte qu’ils ne peuvent rien entreprendre; l’intention de l’empereur

est donc que douze mille hommes, infanterie, cavalerie et sapeurs,

marchent de suite sur Valence, que vous détachiez même trois à quatre

mille hommes sur les derrières, et que vous, monsieur le maréchal,

soyez en mesure de soutenir la prise de Valence. Cette place prise,

le Portugal sera près de sa chute, parcequ’alors, dans la bonne

saison, l’armée de Portugal sera augmentée de vingt-cinq mille

hommes de l’armée du midi et de quinze mille du corps du général

Reille, de manière à réunir plus de quatre-vingt mille hommes. Dans

cette situation, vous recevriez l’ordre de vous porter sur Elvas, et

de vous emparer de tout l’Alemtejo dans le même temps que l’armée

du nord se porterait sur la Coa avec une armée de quarantre mille

hommes. L’équipage de pont qui existe à Badajoz servirait à jeter

des ponts sur le Tage; l’ennemi serait hors d’état de rien opposer

à une pareille force, qui offre toutes les chances de succès sans

presenter aucun danger. C’est donc Valence qu’il faut prendre. Le 6

Novembre nous étions maîtres d’un faubourg; il y a lieu d’espérer que

la place prise en Décembre, ce qui vous mettrait, monsieur le duc,

à portée de vous trouver devant Elvas dans le courant de Janvier.

Envoyez moi votre avis sur ce plan d’opérations, afin qu’après avoir

reçu l’avis de la prise de Valence, l’empereur puisse vous donner des

ordres positifs.

“Le prince de Wagram et de Neuchâtel, major-général.”

(Signé) “ALEXANDRE.”

“_Paris, le 15 Février, 1812._

“Sa majesté n’est pas satisfaite de la direction que vous donnez à la

guerre. Vouz avez la supériorité sur l’ennemi, et au lieu de prendre

l’initiative, vous ne cessez de la reçevoir. Quand le général Hill

marche sur l’armée du midi avec quinze mille hommes c’est ce qui peut

vous arriver de plus heureux; cette armée est assez forte et assez

bien organisée pour ne rien craindre d’armée Anglaise, aurait-elle

quatre ou cinq divisions réunies.

“Aujourd’-hui l’ennemi suppose que vous allez faire le siège de

Rodrigo; il approche le général Hill de sa droite afin de pouvoir

le faire venir à lui à grandes marches, et vous livrer bataille

réunis, si vous voulez reprendre Rodrigo. C’est donc au duc de

Dalmatie à tenir vingt mille hommes pour le contenir et l’empêcher

de faire ce mouvement, et si général Hill passe le Tage, de se

porter à sa suite, ou dans l’Alemtejo. Vous avez le double de la

lettre que l’empereur m’a ordonné d’écrire au duc de Dalmatie le

10 de ce mois, en réponse à la demande qu’il vous avait faite de

porter des troupes dans le midi; c’est vous, monsieur le maréchal,

qui deviez lui écrire pour lui demander de porter un grand corps de

troupes vers la Guadiana, pour maintenir le général Hill dans le

midi et l’empêcher de se réunir à lord Wellington.... Les Anglais

connaîssent assez l’honneur français pour comprendre que ce succès

(la prise de Rodrigo) peut devenir un affront pour eux, et qu’au lieu

d’améliorer leur position, l’occupation de Ciudad Rodrigo les met

dans l’obligation de défendre cette place. Ils nous rendent maîtres

du choix du champ de bataille, puisque vous les forcez à venir au

sécours de cette place et à combattre dans une position si loin de

la mer.... Je ne puis que vous répéter les ordres de l’empereur.

Prenez votre quartier-général à Salamanque, travaillez avec activité

à fortifier cette ville, réunissez-y un nouvel équipage du siège

pour servir à armer la ville, formez-y des approvisionnemens, faites

faire tous les jours le coup de fusil avec les Anglais, placez deux

fortes avant gardes qui menacent, l’une Rodrigo, et l’autre Almeida;

menacez les autres directions sur la frontière de Portugal, envoyez

des partis qui ravagent quelques villages, enfin employez tout ce

qui peut tenir l’ennemie sur le qui-vive. Faites réparer les routes

de Porto et d’Almeida. Tenez votre armée vers Toro, Benavente. La

province d’Avila a même de bonnes parties où l’on trouverait des

ressources. Dans cette situation qui est aussi simple que formidable,

vous reposez vos troupes, vous formez des magasins, et avec de

simples démonstrations bien combinées, qui mettent vos avant-postes

à même de tirer journellement des coups de fusil avec l’ennemi, vous

aurez barre sur les Anglais, qui ne pourront vous observer.... Ce

n’est donc pas à vous, monsieur le duc, à vous disséminer en faveur

de l’armée du midi. Lorsque vous avez été prendre le commandement

de votre armée elle venait d’éprouver un échec par sa retraite de

Portugal; ce pays était ravagé, les hôpitaux et les magasins de

l’ennemi étaient à Lisbonne; vos troupes étaient fatiguées, dégoutées

par les marches forcées, sans artillerie, sans train d’équipages.

Badajoz était attaqué depuis long temps; une bataille dans le midi

n’avait pu faire lever le siège de cette place. Que deviez vous faire

alors? Vous portez sur Almeida pour menacer Lisbonne? Non, parceque

votre armée n’avait pas d’artillerie, pas de train d’équipages, et

qu’elle était fatiguée. L’ennemi à cette position, n’aurait pas cru

à cette menace; il aurait laissé approcher jusqu’à Coimbre, aurait

près Badajos, et ensuite serait venu sur vous. Vous avez donc fait

à cette époque ce qu’il fallait faire; vous avez marché rapidement

au secours de Badajoz; l’ennemi avait barre sur vous, et l’art de la

guerre était de vous y commettre. Le siège a été levé, et l’ennemi

est rentré en Portugal; c’est ce qu’il y avait à faire. .... Dans

ce moment, monsieur le duc, votre position est simple et claire,

et ne demande pas de combinaisons d’esprit. Placez vos troupes de

manière qu’en quatre marches elles puissent se réunir et se grouper

sur Salamanque; ayez-y votre quartier-général; que vos ordres, vos

dispositions annoncent à l’ennemi que la grosse artillerie arrive

à Salamanque, que vous y former des magasins.... Si Wellington se

dirige sur Badajoz, laissez le aller; réunissez aussitôt votre armée,

et marcher droit sur Almeida; poussez des partis sur Coïmbre, et

soyez persuadé que Wellington reviendra bien vîte sur vous.

“Ecrivez au duc de Dalmatie et sollicitez le roi de lui écrire

également, pour qu’il exécute les ordres impératifs que je lui donne,

de porter un corps de vingt mille hommes pour forcer le général Hill

à rester sur la rive gauche du Tage. Ne pensez donc plus, monsieur

le maréchal, à aller dans le midi et marchez droit sur le Portugal,

si lord Wellington fait la faute de se porter sur la rive gauche

du Tage.... Profitez du moment où vos troupes se réunissent pour

bien organiser et mettre de l’ordre dans le nord. Qu’on travaille

jour et nuit à fortifier Salamanque qu’on y fasse venir de grosses

pièces, qu’on fasse l’équipage de siège; enfin qu’on forme des

magasins de subsistances. Vous sentirez, monsieur le maréchal,

qu’en suivant ces directions et en mettant pour les exécuter toute

l’activité convenable, vous tiendrez l’ennemi en échec.... En

recevant l’initiative au lieu de la donner, en ne songeant qu’ à

l’armée du midi qui n’a pas besoin de vous, puisqu’elle est forte

de quatre-vingt mille hommes des meilleures troupes de l’Europe,

en ayant des sollicitudes pour les pays qui ne sont pas sous votre

commandement et abandonnant les Asturies et les provinces qui vous

regardent, un combat que vous éprouveriez serait une calamité qui se

ferait sentir dans toute l’Espagne. Un échec de l’armée du midi la

conduirait sur Madrid ou sur Valence et ne serait pas de même nature.

“Je vous le répète, vous êtes le maître de conserver barre sur

lord Wellington, en placant votre quartier-général à Salamanque,

en occupant en force cette position, et poussant de fortes

reconnaissances sur les débouches. Je ne pourrais que vous rédire

ce que je vous ai déjà expliqué ci-dessus. Si Badajoz était cerné

seulement par deux ou trois divisions Anglaises, le duc de Dalmatie

le débloquerait; mais alors lord Wellington, affaibli, vous mettrait

à même de vous porter dans l’intérieur du Portugal, ce qui secourrait

plus efficacement Badajoz que toute autre opération.... Je donne

l’ordre que tout ce qu’il sera possible de fournir vous soit

fourni pour completer votre artillerie et pour armer Salamanque.

Vingt-quatre heures après la réception de cette lettre l’empereur

pense que vous partirez pour Salamanque, à moins d’événemens

inattendus; que vous changerez une avant-garde d’occuper les

débouches sur Rodrigo, et une autre sur Almeida; que vous aurez dans

la main au moins la valeur d’une division; que vous ferez revenir la

cavalerie et artillerie qui sont à la division du Tage.... Réunissez

surtout votre cavalerie, dont vous n’avez pas de trop et donc vous

avez tant de besoin....”

“_Valladolid, le 23 Février, 1812._

“_Au Prince de Neuchâtel._

“MONSEIGNEUR,—J’ignore si sa majesté aura daigné accueillir d’une

manière favorable la demande que j’ai eu l’honneur d’adresser à

votre altesse pour supplier l’empereur de me permettre de faire

sous ses yeux la campagne qui va s’ouvrir; mais qu’elle que soit sa

décision, je regarde comme mon devoir de lui faire connaître, au

moment où il semble prêt à s’éloigner, la situation des choses dans

cette partie de l’Espagne.

“D’après les derniers arrangemens arrêtés par sa majesté, l’armée de

Portugal n’a plus le moyen de remplir la tâche qui lui est imposée,

et je serais coupable, si, en ce moment, je cachais la verité. La

frontière se trouve très affaiblie par le départ des troupes qui

ont été rappelées par la prise de Rodrigo, qui met l’ennemi à même

d’entrer dans le cœur de la Castille en commençant un mouvement

offensif; ensuite par l’immense étendue de pays que l’armée est dans

le devoir d’occuper, ce qui rend toujours son rassemblement lent et

difficile, tandis qu’il y a peu de temps elle était toute réunie et

disponible.

“Les sept divisions qui la composent s’éleveront, lorsqu’elles

auront reçu les régimens de marche annoncés, à quarante-quatre mille

hommes d’infanterie environ; il faut au moins cinq mille hommes pour

occuper les points fortifiés et les communications qui ne peuvent

être abandonnés; il faut à peu près pareille force pour observer

l’Esla et la couvrir contre l’armée de Galice, qui évidemment, dans

le cas d’un mouvement offensif des Anglais, se porterait à Bénavente

et à Astorga. Ainsi, à supposer que toute l’armée soit réunie entre

le Duero et la Tormes, sa force ne peut s’élever qu’à trente-trois

ou trente-quatre mille hommes, tandis que l’ennemi peut présenter

aujourd’hui une masse de plus de soixante mille hommes, dont plus de

moitié Anglais, bien outillés et bien pourvus de toutes choses: et

cependant que de chances pour que les divisions du Tage se trouvent

en arrière! Qu’elles n’aient pu être ralliées promptement, et soient

separées de l’armée pendant les momens les plus importans de la

campagne; alors la masse de nos forces réunies ne s’éleverait pas à

plus de vingt-cinq mille hommes. Sa majesté suppose, il est vrai,

que, dans ce pas l’armée du nord soutiendrait celle de Portugal par

deux divisions; mais l’empereur peut-il être persuadé que, dans

l’ordre de chose actuel, ces troupes arriveront promptement et à

temps?

“L’ennemi parait en offensive: celui qui doit le combattre prépare

ses moyens; celui qui doit agir hypothétiquement attend sans

inquiétude, et laisse écouler en pure perte un temps précieux;

l’ennemi marche à moi, je réunis mes troupes d’une manière méthodique

et précise, je sais à un jour près le moment où le plus grand nombre

au moins sera en ligne, à qu’elle époque les autres seront en liaison

avec moi, et, d’après cet état de choses, je me détermine à agir ou

à temporiser; mais ces calculs, je ne puis les faire que pour des

troupes qui sont purement et simplement à mes ordes. Pour celles qui

n’y sont pas, que de lenteurs! que d’incertitudes et de temps perdu.

J’annonce la marche de l’ennemi et je demande des secours, on me

répond par des observations; ma lettre n’est parvenue que lentement

parceque les communications sont difficiles dans ce pays; la réponse

et ma réplique vient de même, et l’ennemi sera sur moi. Mais comment

pourrai-je même d’avance faire des calculs raisonnables sur les

mouvemens de troupes dont je ne connais ni la force ni l’emplacement?

Lorsque je ne sais rien de la situation du pays ni des besoins de

troupes qu’on y éprouve. Je ne puis raisonner que sur ce qui est à

mes ordres, et puisque les troupes qui n’y sont pas me sont cependant

nécessaires pour combattre, et sont comptées comme partie de la force

que je dois opposer à l’ennemi, je puis en fausse position, et je

n’ai les moyens de rien faire méthodiquement et avec connaissance de

cause.

“Si l’on considère combien il faut de prévoyance pour exécuter

le plus petit mouvement en Espagne, on doit se convaincre de la

nécessité qu’il y a de donner d’avance mille ordres préparatoires

sans lesquels les mouvemens rapides sont impossibles. Ainsi les

troupes du nord m’étant étrangères habituellement, et m’étant

cependant indispensables pour combattre, le succès de toutes mes

opérations est dépendant du plus ou du moins de prévoyance et

d’activité d’un autre chef: je ne puis donc pas être responsable des

événemens.

“Mais il ne faut pas seulement considérer l’état des choses pour la

défensive du nord, il faut la considérer pour celle du midi. Si lord

Wellington porte six divisions sur la rive gauche du Tage le duc de

Dalmatie a besoin d’un puissant secours; si dans ce cas, l’armée du

nord ne fournit pas de troupes pour réléver une partie d’armée de

Portugal dans quelques-uns des postes qu’elle doit évacuer alors

momentanement, mais qu’il est important de tenir, et pour la sûreté

du pays et pour maintenir la Galice et observer les deux divisions

ennemies qui seraient sur l’Agueda, et qui feraient sans doute

quelques demonstrations offensives; si dis-je l’armée du nord ne

vient pas à son aide, l’armée de Portugal, trop faible, ne pourra

pas faire un détachement d’une force convenable, et Badajoz tombera.

Certes, il faut des ordres pour obtenir de l’armée du nord un

mouvement dans cette hypothèse, et le temps utile pour agir; si on

s’en tenait à des propositions et à des négociations, ce temps, qu’on

ne pourrait remplacer, serait perdu en vaines discussions. Je suis

autorisé à croire ce résultat.

“L’armée de Portugal est en ce moment la principale armée d’Espagne;

c’est à elle à couvrir l’Espagne contre les entreprises des Anglais;

pour pouvoir manœuvrer, il faut qu’elle ait des points d’appui, des

places, des forts, des têtes-de-pont, etc.

“Il faut pour cela du matériel d’artillerie, et je n’ai ni canons ni

munitions à y appliquer, tandis que les établissemens de l’armée du

nord en sont tout remplis; j’en demanderai, on m’en promettra, mais

en résultat je n’obtiendrai rien.

“Après avoir discuté la question militaire, je dirai un mot de

l’administration. Le pays donné à l’armée de Portugal a des products

présumés le tiers de ceux des cinq gouvernemens.

“L’armée de Portugal est beaucoup plus nombreuse que l’armée du

nord; le pays qu’elle occupe est insoumis; on n’arrache rien qu’avec

la force, et les troupes de l’armée du nord ont semblé prendre à

tâche, en l’évacuant, d’en enléver toutes les ressources. Les autres

gouvernemens, malgré les guérillas, sont encore dans la soumission,

et acquittent les contributions sans qu’il soit besoin de contrainte.

D’après cela il y a une immense différence dans le sort de l’une et

de l’autre et comme tout doit tendre au même but, que partout ce

sont les soldats de l’empereur, que tous les efforts doivent avoir

pour objet le succès des opérations, ne serait-il pas juste que les

ressources de tous ces pays fussent partagées proportionnellement aux

besoins de chacun; et comment y parvenir sans une autorité unique?

“Je crois avoir demontré que, pour une bonne défensive du nord, le

général de l’armée de Portugal doit avoir toujours à ses ordres les

troupes et le territoire de l’armée du nord, puisque ces troupes sont

appelées à combattre avec les siennes, et que les ressources de ce

territoire doivent être en partie consacrées à les entretenir.

“Je passe maintenant à ce qui regarde le midi de l’Espagne. Une

des tâches de l’armée de Portugal est de soutenir l’armée du midi,

d’avoir l’œil sur Badajoz et de couvrir Madrid; et pour cela, il

faut qu’un corps assez nombreux occupe la vallée du Tage; mais ce

corps ne pourra subsister et ne pourra préparer des ressources pour

d’autres troupes qui s’y rendraient pour le soutenir, s’il n’a pas un

territoire productif, et ce territoire, quel autre peut-il être que

l’arrondissement de l’armée du centre? Quelle ville peut offrir des

ressources et des moyens dans la vallée du Tage si ce n’est Madrid?

Cependant aujourd’hui l’armée de Portugal ne possède sur le nord du

Tage, qu’un désert qui ne lui offre aucune espèce de moyens, ni pour

les hommes ni pour les chevaux, et elle ne rencontre de la part des

autorités de Madrid, que haine, qu’animosité. L’armée du centre, qui

n’est rien, possède à elle seule un territoire plus fertile, plus

étendu que celui qui est accordé pour toute l’armée de Portugal;

cette vallée ne peut s’exploiter faute de troupes, et tout le monde

s’oppose à ce que nous en tirions des ressources. Cependant si les

bords du Tage étaient évacués par suite de la disette, personne à

Madrid ne voudrait en apprécier la véritable raison, et tout le monde

accuserait l’armée de Portugal de découvrir cette ville.

“Il existe, il faut le dire, une haine, une animosité envers les

Français, qu’il est impossible d’exprimer, dans le gouvernement

espagnol. Il existe un désordre à Madrid qui présente le spectacle

le plus révoltant. Si les subsistances employées en de fausses

consommations dans cette ville eussent été consacrées à former un

magasin de ressources pour l’armée de Portugal, les troupes qui sont

sur le Tage seraient dans l’abondance et pourvues pour long-temps;

on consomme 22 mille rations par jour à Madrid, et il n’y a pas

3,000 hommes: c’est qu’on donne et laisse prendre à tout le monde,

excepté à ceux qui servent. Mais bien plus, je le répete, c’est un

crime que d’aller prendre ce que l’armée du centre ne peut elle-même

ramasser. Il est vrai qu’il parait assez conséquent que ceux qui,

depuis deux ans, trompent le roi, habillent et arment chaque jour des

soldats qui, au bout de deux jours, vont se joindre à nos ennemis, et

semblent en vérité avoir ainsi consacré un mode régulier decrutement

des bandes que nous avons sur les bras, s’occupent de leur réserver

des moyens de subsistances à nos dépens.

“La seule communication carrossable entre la gauche et le reste de

l’armée de Portugal est par la province de Ségovie, et le mouvement

des troupes et des convois ne peut avoir lieu avec facilité,

parceque, quoique ce pays soit excellent et plein de ressources, les

autorités de l’armée du centre refusent de prendre aucune disposition

pour assurer leurs subsistances.

“Si l’armée de Portugal peut être affranchie du devoir de sécourir

le midi, de couvrir Madrid, elle peut se concentrer dans la

Vieille-Castille, et elle s’en trouvera bien; alors tout lui

devient facile; mais si elle doit au contraire remplir cette double

tâche, elle ne le peut qu’en occupant la vallée du Tage, et dans

cette vallée elle ne peut avoir les ressources nécessaires pour y

vivre, pour y manœuvrer, pour y préparer des moyens suffisans pour

toutes les troupes qu’il faudra y envoyer, qu’en possédant tout

l’arrondissement de l’armée du centre et Madrid. Ce territoire doit

conserver les troupes qui l’occupent à présent, afin qu’en marchant à

l’ennemi, l’armée ne soit obligée de laisser personne en arrière mais

qu’au contraire elle en tire quelque secours pour sa communication.

Elle a besoin surtout d’être délivrée des obstacles que fait naître

sans cesse un gouvernement veritablement ennemi des armes françaises;

quelles que soient les bonnes intentions du roi, il parait qu’il ne

peut rien contre l’intérêt et les passions de ceux qui l’environnent;

il semble également que jusqu’à présent il n’a rien pu contre les

désordres qui out lieu à Madrid, contre l’anarchie qui règne à

l’armée du centre. Il peut y avoir de grandes raisons en politique

pour que le roi réside à Madrid, mais il y a mille raisons positives

et de sûreté pour les armes françaises, qui sembleraient devoir lui

faire choisir un autre séjour. Et en effet, ou le roi est général

et commandant des armées, et dans ce cas il doit être au milieu des

troupes, voir leurs besoins, pourvoir à tout, et être responsable;

ou il est étranger à toutes les opérations, et alors, autant pour sa

tranquillité personnelle que pour laisser plus de liberté dans les

opérations, il doit s’éloigner du pays qui en est le théâtre et des

lieux qui servent de points d’appui aux mouvemens de l’armée.

“La guerre d’Espagne est difficile dans son essence, mais cette

difficulté est augmentée de beaucoup par la division des commandemens

et par le grande dimunition des troupes que cette division rend

encore plus funeste. Si cette division a déjà fait tant de mal,

lorsque l’empereur, étant à Paris, s’occupant sans cesse de ses

armées de la péninsule, pouvait en partie remédier à tout, on doit

fremir du résultat infallible de ce système, suivi avec diminution de

moyens, lorsque l’empereur s’eloigne de trois cents lieues.

“Monseigneur, je vous ai exposé toutes les raisons qui me semblent

démontrer jusqu’à l’évidence la nécessité de réunir sous la même

autorité toutes les troupes et tout le pays, depuis Bayonne jusques

et y compris Madrid et la Manche; en cela, je n’ai été guidé que par

mon amour ardent pour la gloire de nos armes et par ma conscience.

Si l’empereur ne trouvait pas convenable d’adopter ce système j’ose

le supplier de me donner un successeur dans le commandement qu’il

m’avait confié. J’ai la confiance et le sentiment de pouvoir faire

autant qu’un autre, mais tout restant dans la situation actuelle la

charge est au-dessus de mes forces. De quelques difficultés que soit

le commandement général, quelqu’imposante que soit la responsabilité

qui l’accompagne, elles me paraissent beaucoup moindres que celles

que ma position entraine en ce moment.

“Quelque flatteur que soit un grand commandement, il n’a de prix

à mes yeux que lorsqu’il est accompagné des moyens de bien-faire:

lorsque ceux-ci me sont enlevés, alors tout me paraît préférable, et

mon ambition se réduit à servir en soldat. Je donnerai ma vie sans

regret, mais je ne puis rester dans la cruelle position de n’avoir

pour résultat de mes efforts et de mes soins de tous les momens, que

la triste perspective d’attacher mon nom à des événemens facheux et

peu dignes de la gloire de nos armes.

“(Signé) LE MARÉCHAL DUC DE RAGUSE.”

_Joseph to Napoleon._

_Madrid, May 18, 1812._

SIRE,—Il y a aujourd’hui un mois et demi que j’ai reçu la lettre

du prince de Neufchatel en dâte du 16 Mars dernier, qui m’annonce

que votre majesté impériale et royale me confiait le commandement de

ses armées en Espagne, et me prévenait que les généraux-en-chef des

armées du Nord, de Portugal, du midi, et de l’Arragon recevaient les

ordres convenables.

History of the war in the Peninsula and in the south of France from the year 1807 to the year 1814, vol. 4 · 第 13 / 14 章