Notre vénération pour les Médicis commence avec Cosme, et finit

avec son petit-fils. Ce ruisseau n'est pur qu'à sa source; c'est

pour rechercher quelques monumens des vertueux républicains de cette

famille, que nous visitons l'église de Saint-Lorenzo à Florence.

La chapelle brillante et inachevée que l'on voit dans cette église,

désignée pour les mausolées des ducs de Toscane, et entourée de

tombeaux et de couronnes, ne fait naître aucun sentiment que celui du

mépris pour la vanité prodigue d'une race de despotes, tandis

qu'une dalle du pavé simplement consacrée au père de son pays,

nous réconcilie avec le nom de Médici[A]. Il était bien naturel que

Corinne[B] supposât que la statue élevée au duc d'Urbain, dans

la _capella de' despoti_, l'eût été à son grand homonyme; mais

Laurent le Magnifique n'occupe qu'un petit tombeau placé dans

une niche de la sacristie. La décadence de la Toscane date de la

souveraineté des Médicis. Notre Sidney nous a tracé une peinture

brillante, mais fidèle, du calme sépulcral qui a succédé à

l'établissement des familles régnantes en Italie. «Malgré toutes

les séditions de Florence et des autres villes de la Toscane, les

horribles factions des Guelfes et des Gibelins, des Noirs et des

Blancs, des nobles et des communes, ces villes continuèrent à être

populeuses, fortes et très-riches; mais dans l'espace de moins de

cent cinquante années, le paisible règne des Médicis est supposé

avoir réduit à un dixième la population de cette province. Il est

remarquable, entre autres indices, que lorsque Philippe II d'Espagne

donna Sienne au duc de Florence, son ambassadeur, alors à Rome, lui

écrivit qu'il venait d'abandonner plus de six cent cinquante mille

sujets; et on ne croit pas qu'il y ait maintenant plus de vingt mille

ames dans cette ville et dans son territoire. Pise, Pistoie, Arezzo,

Cortone et d'autres villes, qui étaient alors riches et populeuses,

sont réduites à une semblable proportion, et Florence plus qu'aucune

d'elles. Lorsque cette cité était troublée par des séditions,

des soulèvemens et des guerres, pour la plupart malheureuses, elle

conservait cependant une telle force que lorsque Charles VIII, roi

de France, reçu comme ami avec toute son armée, qui bientôt après

conquit le royaume de Naples, essaya de s'en rendre maître, le

peuple, prenant les armes, lui inspira une telle frayeur qu'il

se trouva heureux de s'éloigner aux conditions qu'il prétendait

imposer. Machiavelli rapporte qu'à cette époque Florence seule, avec

le _Val d'Arno_, petit territoire appartenant à cette ville, aurait

pu, en peu d'heures, au son d'une cloche, rassembler cent trente-cinq

mille hommes armés; au lieu que maintenant Florence et toutes les

autres villes de la province sont tombées dans un tel état de

faiblesse, de misère, de pauvreté et d'avilissement, qu'elles ne

peuvent ni résister à l'oppression de leur propre souverain, ni se

défendre, ainsi que lui, contre les attaques d'un ennemi étranger.

Les citoyens sont dispersés à Venise, à Gênes, Rome, Naples et

Lucques. Ce n'est point l'effet de la guerre ou de la peste; ils

jouissent d'une parfaite paix, et ne souffrent pas d'autres plaies

que le gouvernement qui pèse sur eux[C].» Depuis l'usurpateur Cosme

jusqu'à l'imbécille Gaston, nous cherchons vainement à trouver

quelques-unes de ces qualités sans mélange qui pourraient élever

un patriote au commandement de ses concitoyens. Les grands ducs, et

particulièrement Cosme III, ont opéré un changement si complet dans

le caractère toscan, que les naïfs Florentins, pour excuser quelques

imperfections du système philanthropique de Léopold, sont obligés

d'avouer que le souverain était le seul homme libéral de ses états.

Cependant cet excellent prince lui-même, n'a pas d'autre notion d'une

assemblée nationale, que d'être un corps destiné à représenter

les besoins et les désirs, mais non la volonté du peuple.

[Note A: _Cosmus Medices, Decreto Publico, Pater Patriœ_.]

[Note B: _Corinne_, livre XVIII, chap. 3, vol. III, page 248.]

[Note C: _Sur le gouvernement_, chap. II, sect. XXVI,

page 208, édit. 1751. Sidney est avec Locke et Hoadley, un des

_méprisables_ écrivains de Hume.]

NOTE 35, STANCE 63.

«Et tel fut leur mutuel acharnement, telle fut leur application au

combat, que le tremblement de terre, qui renversa en grande partie

plusieurs villes d'Italie, qui changea le cours de rivières rapides,

porta les flots de la mer dans les fleuves, et fit ébouler les

montagnes elles-mêmes, ne fut senti par aucun des combattans[A].»

Tel est le récit de Tite-Live. Il est douteux que les tacticiens

modernes admettent une pareille abstraction.

[Note A: _Tantusque fuit ardor animorum, adeò intentus pugnœ

animus, ut eum terrœ motum qui multarum urbium Italiœ magnas partes

prostravit, avertitque cursu rapido amnes, mare fluminibus invexit,

montes lapsu ingenti proruit, nemo pugnantium senserit_. Tit. Liv.

lib. XXII, cap. 12.]

On ne peut se méprendre sur le lieu de la bataille de Trasimène. En

se rendant du village de Cortona à Casa di Piano, qui en est le plus

prochain relais sur la route de Rome, on a pendant les deux ou trois

premiers milles, autour de soi, mais plus particulièrement à sa

droite, ces plaines qu'Annibal ravagea afin d'engager le consul

Flaminius à sortir d'Arezzo. À gauche et en face, se trouve une

chaîne de collines, se dirigeant en pente vers le lac de Trasimène,

nommées par Tite-Live _Montes Cortonenses_, et appelées aujourd'hui

_La Gualandra_. Le voyageur s'approche de ces collines à Ossaja,

village que les itinéraires prétendent avoir été ainsi dénommé

à cause des os qu'on y a trouvés: mais il n'y a point eu d'os

trouvés en ce lieu; et la bataille s'est livrée de l'autre côté

de la colline. À partir d'Ossaja, la route commence à monter un peu,

mais elle ne s'engage dans les montagnes qu'à la soixante-septième

pierre milliaire depuis Florence. Cette montée n'est pas rude, mais

elle continue sans interruption durant vingt minutes. On aperçoit

bientôt le lac en bas sur la droite, ainsi que Borghetto, tour ronde

au milieu des eaux; et les collines en partie couvertes de bois, à

travers lesquelles tourne la route, descendent peu à peu et comme par

ondulations successives jusque dans les marais qui avoisinent la

tour. C'est au-dessous de la route, et sur la droite, au milieu de

ces éminences boisées, qu'Annibal plaça sa cavalerie[A], dans les

gorges ou plutôt au-dessus du défilé qui était entre le lac et

la route actuelle, et très-probablement près de Borghetto, au pied

même du plus bas de ces _tumuli_[B]. Au sommet d'une colline, sur

la gauche, au-dessus de la route, est un édifice ruiné de

forme circulaire, que les paysans appellent _la tour d'Annibal le

Carthaginois_. Arrivé au plus haut point de la route, le voyageur

découvre en partie la plaine fatale, qui s'ouvre tout entière à ses

regards lorsqu'il descend la Gualandra. Il se trouve bientôt dans

une vallée renfermée, à droite, en face et par derrière, entre

les collines de la Gualandra, qui forment un segment plus que

semi-circulaire et aboutissent à chaque extrémité au lac qui se

dirige obliquement à droite, et constitue la corde de cet arc de

montagnes. La position ne peut être devinée, à la considérer des

plaines de Cortona, et elle ne paraît aussi complètement fermée

qu'à celui qui est au beau milieu de ces collines. Elle semble

donc «un emplacement fait exprès pour un piége,» _locus insidiis

natus_. Borghetto se trouve dans un défilé étroit et marécageux

entre la colline et le lac, tandis que du côté opposé il n'y a

d'issue que par la petite ville de Passignano, qui baigne pour ainsi

dire dans l'eau, au pied d'un coteau élevé et hérissé de rocs[C].

Il y a une éminence boisée s'étendant des montagnes à la plus

haute extrémité de la plaine du côté de Passignano, et sur cette

éminence est un village tout blanc, nommé Torre. Polybe semble

désigner cette hauteur comme celle où Annibal campa et mit en

évidence ses Africains et ses Espagnols pesamment armés[D]. De là

le général carthaginois dépêcha ses frondeurs des îles baléares

et ses troupes légères sur toute l'étendue de sa droite au milieu

de la Gualandra, en sorte que ce détachement arrivât, sans être

aperçu, se mît en embuscade dans les fonds que la route actuelle

traverse, et fût prêt à manœuvrer sur le flanc gauche de l'ennemi

qu'il dominerait, tandis que la cavalerie fermerait le passage par

derrière. Flaminius atteignit le lac près de Borghetto au coucher

du soleil; et, sans envoyer quelques espions au devant de lui, il

s'engagea dans le défilé le lendemain matin avant que le jour fût

complètement levé, de sorte qu'il n'aperçut point la cavalerie et

les troupes légères qui le dominaient et l'environnaient, et ne vit

que les Carthaginois pesamment armés en face de lui sur la hauteur de

Torre[E]. Le consul commença à étendre son armée dans la plaine,

et en même tems la cavalerie qui était en embuscade occupa derrière

lui le passage de Borghetto. Ainsi les Romains furent complètement

cernés, ayant à droite le lac, en front le gros de l'armée ennemie

sur la hauteur de Torre, sur leur flanc gauche les collines de la

Gualandra pleines de troupes légères, et sur leurs derrières la

cavalerie qui à mesure qu'ils avançaient s'emparait de toutes les

issues et barrait la retraite. Un brouillard qui s'éleva du lac

couvrit alors toute l'armée du consul: les hauteurs au contraire

étaient éclairées par le soleil levant, et les différens corps

placés en embuscade regardaient la hauteur de Torre pour concerter

leurs attaques. Annibal donna le signal, et descendit de sa position

élevée. Au même moment toutes ses troupes, du haut des éminences

qui dominaient les derrières et le flanc gauche de Flaminius,

se précipitèrent, comme d'un commun accord, dans la plaine.

Les Romains, qui formaient leurs rangs au milieu du brouillard,

entendirent tout-à-coup les cris de l'ennemi retentir au milieu d'eux

de l'un et l'autre côté, et avant qu'ils pussent se mettre en

ordre de bataille, tirer leurs épées et voir par qui ils étaient

attaqués, ils sentirent qu'ils étaient environnés et perdus.

[Note A: _Equites ad ipsas fauces saltils tumulis aptè tegentibus

locat_. Tit. Liv., liv. XXII, cap. 4.]

[Note B: _Ubi maximè montes Cortonenses Thrasimenus subit_. Ibid.]

[Note C: _Indè colles assurgunt_. Ibid.]

[Note D: Τὸν μὲν πρόσωπον τῆς πορείας

λόφον αὐτὸς κατέλαϐετο καὶ τοὺς

Λὶϐυας καὶ τοὺς Ἲϐηρας ἒχων ἐᾠ

αὐτοῦ πατεστρατοπέδευσε. Hist. lib. III,

cap. LXXXIII. Le récit de Polybe ne s'accorde pas aussi aisément que

celui de Tite-Live avec l'état actuel des lieux. Il parle de collines

à la droite et à la gauche du défilé et de la vallée; mais quand

Flaminius fut entré, il n'eut que le lac à la droite.]

[Note E: _A tergo et super caput decepere insidiæ_. Tit. Liv., etc.]

Il y a deux petits ruisseaux qui coulent de la Gualandra dans le lac.

Le voyageur traverse le premier de ces ruisseaux environ un mille

après être descendu dans la plaine, et c'est même la limite du

territoire toscan et des États du Saint-Siége. Le second ruisseau,

environ un quart de mille plus loin, est appelé _le ruisseau

sanglant_, et les paysans montrent, sur la gauche, entre le

_Sanguinetto_ et les collines, une place découverte qui fut,

disent-ils, le théâtre principal du carnage. L'autre partie de la

plaine est couverte d'oliviers plantés fort près les uns des autres

au milieu de champs de blé, et n'est nulle part d'un niveau uniforme,

excepté sur le bord du lac. Il est, à la vérité, fort probable que

la bataille se livra à cette extrémité de la vallée; car les six

mille Romains qui, au commencement de l'action, enfoncèrent l'ennemi,

parvinrent au sommet d'une éminence qui a dû se trouver dans ces

environs: autrement ils auraient eu à traverser toute la plaine et à

percer le gros de l'armée d'Annibal.

Les Romains combattirent en désespérés pendant trois heures: mais

la mort de Flaminius fut le signal d'une déroute générale. La

cavalerie carthaginoise fondit alors sur les fuyards, et le lac, le

marais de Borghetto, mais surtout la plaine du Sanguinetto et les

défilés de la Gualandra, furent jonchés de morts. Près de quelques

vieux murs, sur une éminence à la gauche du ruisseau, on a souvent

trouvé des os humains, et ceci a confirmé les droits et le nom du

ruisseau de _sang_.

Chaque district de l'Italie a son héros. Dans le nord, c'est un

peintre qui est le génie ordinaire du lieu, et l'étranger Julio

Romano fait plus que partager les honneurs de Mantoue avec Virgile,

l'enfant de cette ville. Dans le sud, nous entendons des noms romains.

Près du lac Trasimène, la tradition est encore fidèle à la

renommée d'un ennemi, et Annibal le Carthaginois est le seul

nom ancien dont on ait gardé le souvenir sur les bords du lac de

Pérouse. Flaminius est inconnu; mais les postillons de cette route

ont été instruits à montrer le lieu même où _il console romano_

fut tué. De tous ceux qui combattirent et succombèrent à la

bataille de Trasimène, l'histoire elle-même n'a conservé qu'un seul

nom, après ceux des généraux, celui de Maharbal. Vous rencontrez

encore le Carthaginois sur cette route en allant à Rome.

L'antiquaire, c'est-à-dire le valet d'écurie de la poste de

Spolette, vous raconte que sa ville repoussa l'ennemi victorieux, et

vous montre la porte qu'on nomme encore _Porta di Annibale_. Il est à

peine digne de remarque qu'un voyageur français, bien connu sous

le nom du président Dupaty, a vu le lac de Trasimène dans celui de

Bolsena, qui se trouva fort à propos sur sa route de Sienne à Rome.

NOTE 36, STANCE 66.

Aucun livre de voyages n'a omis de s'étendre sur le temple de

Clitumnus, entre Foligno et Spolette: aucun site, aucune scène, même

en Italie, n'est plus digne d'une longue description. Quant au récit

du pillage de ce temple, le lecteur est renvoyé aux _Historical

Illustrations of the fourth Canto of Childe Harold_.

NOTE 37, STANCE 71.

J'ai vu la _Cascata del marmore_ de Terni deux fois, à différentes

époques: une fois du sommet du précipice, une autre fois du fond

de la vallée. La vue d'en bas est de beaucoup préférable, si le

voyageur n'a pas le tems de la voir dans ses deux sens: mais, dans

l'un ou dans l'autre, vue d'en haut ou d'en bas, ce spectacle vaut

toutes les cascades et tous les torrens de la Suisse: le Staubach,

le Reichenbach, le Pisse-Vache, la chute d'Arpena, etc., sont des

ruisseaux en comparaison. Quant à la chute du Rhin à Schaffouse, je

ne puis en parler, ne l'ayant pas encore vue.

NOTE 38, STANCE 72.

Le lecteur peut avoir vu, dans une note de _Manfred_, une courte

description du tems, du lieu et des qualités de cette sorte d'Iris.

La cascade ressemble si fort à _un enfer d'eau_, qu'Addisson

croyait que le lac sans fond par où Alecto plonge dans les régions

infernales, y fait allusion. Il est assez extraordinaire que deux des

plus belles cascades d'Europe soient artificielles,--celle du Vélino

et celle de Tivoli. Je recommande fort au voyageur de suivre le

Vélino jusqu'au petit lac nommé _Piè di Lupo_. Le territoire

Réatin était la vallée de Tempé de l'Italie[A], et Pline le

naturaliste a remarqué, entre autres beautés, les arcs-en-ciel

quotidiens du lac Vélinus[B]. Un savant célèbre a consacré un

traité à ce seul district[C].

[Note A: _Reatini me ad sua Tempe duxerunt_. Cicer. ep. ad Att. XV,

liv. IV.]

[Note B: _In eodem lacu nullo non die apparere arcus_. Pl. Hist. Nat.

II, 62.]

[Note C: _Ald. Manut. de Reatina urbe agroque, ap. Sallengre Thesaur_.

Tome I, page 773.]

NOTE 39, STANCE 73.

Dans la plus grande partie de la Suisse, les avalanches sont connues

sous le nom de _lauwine_.

NOTE 40, STANCE 75.

Ces stances rappelleront probablement au souvenir du lecteur les

remarques de l'_Enseigne Northerton_: «D--n homo etc.» Mais les

motifs de notre dégoût ne sont pas exactement les mêmes. Je désire

faire entendre que nous sommes las de l'auteur dont l'étude nous est

imposée comme une tâche avant que nous puissions en comprendre

la beauté; que nous apprenons par routine avant que nous puissions

apprendre par sentiment; que le charme de la nouveauté est détruit,

que le plaisir et l'avantage à venir sont tués et anéantis par

cette anticipation didactique à un âge où nous ne pouvons ni sentir

ni comprendre des ouvrages qui, pour plaire ou faire réfléchir,

demandent une certaine expérience de la vie tout aussi bien que du

latin et du grec. Par la même raison nous ne pouvons jamais sentir

toute la beauté de quelques-uns des plus sublimes endroits de

Shakspeare (_to be or not to be_ par exemple), attendu qu'on nous en a

martelé la cervelle à l'âge de huit ans; que ça été un exercice,

non d'intelligence, mais de mémoire; de telle sorte que parvenus à

l'âge où nous serions capables d'en jouir, notre goût est perdu et

notre appétit est blasé. En certains pays du continent, les jeunes

gens s'instruisent dans les auteurs les plus ordinaires, et ne lisent

les classiques qu'à un âge plus mûr. Je ne parle pas de cela

par quelque sentiment de dépit ou d'aversion contre le lieu de

ma première éducation. Je fus un enfant paresseux, mais non pas

imbécile: et je crois que personne n'a pu ou ne peut être plus

attaché à l'école de Harrow que je ne l'ai été moi-même, et ce

n'est pas sans raison;--une partie du tems que j'y ai passé a été

la plus heureuse partie de ma vie; et mon maître (le révérend

docteur Joseph Drury) fut le meilleur et le plus digne ami que j'aie

jamais eu. Je ne me suis que trop bien souvenu de ses avertissemens,

quoique trop tard,--après que j'eus failli: et ce sont ses conseils

que j'ai suivis toutes les fois que j'ai été bon et sage. Si jamais

cet imparfait témoignage de mes sentimens parvient jusques à ses

yeux, puisse-t-il lui rappeler celui qui ne pense jamais à lui

qu'avec reconnaissance et vénération,--celui qui serait encore plus

heureux de se dire son élève, si en suivant plus exactement les

sages injonctions de son maître, il eût pu réfléchir sur lui,

quelque honneur.

NOTE 41, STANCE 79.

Pour commentaire de cette stance et des deux suivantes, le lecteur

peut consulter les _Historical Illustrations of the fourth canto of

Childe Harold_.

NOTE 42, STANCE 82.

Orose porte les triomphes au nombre de trois cent vingt. Il est

suivi par Pauvinius, et Pauvinius l'est par Gibbon et les écrivains

modernes.

NOTE 43, STANCE 83.

Certes, sans ces deux traits de la vie de Sylla, auxquels je fais

allusion dans cette stance, nous devrions le regarder comme un monstre

sans aucune admirable qualité qui rachetât ses crimes. L'_Expiation_

à laquelle il se soumit en résignant volontairement le pouvoir,

doit peut-être nous satisfaire comme elle semble avoir satisfait les

Romains, qui, s'ils n'eussent eu aucun respect pour Sylla, l'auraient

sans doute fait périr. Il ne put y avoir division d'opinions, il ne

put y avoir de milieu: tous durent penser comme Eucrate, que ce qui

avait paru ambition était amour de la gloire, et que ce qui avait

été pris à tort pour orgueil était réelle grandeur d'ame[A].

[Note A: Seigneur, vous changez toutes mes idées, de la façon dont

je vous vois agir. Je croyais que vous aviez de l'ambition, mais aucun

amour pour la gloire: je voyais bien que votre ame était haute; mais

je ne soupçonnais pas qu'elle fût grande.

(_Dialogue de Sylla et d'Eucrate_.)]

NOTE 44, STANCE 86.

Le 3 septembre, Cromwell gagna la victoire de Dunbar; un an après il

obtint son _crowning mercy_ de Worcester; et peu d'années après, le

même jour, il lui advint ce qu'il avait toujours regardé comme la

plus heureuse chose pour lui, il mourut.

NOTE 45, STANCE 87.

Le projet de diviser la _statua di Pompeio_ a déjà été mentionné

par l'historien de la décadence et de la chute de l'empire romain.

Gibbon l'a trouvé dans les Mémoires de Flaminius Vacca[A]; et l'on

peut encore ajouter à son récit, que le pape Jules III donna cinq

cents écus à ceux qui se disputaient la statue, et la céda au

cardinal Capo di Ferro, qui avait empêché qu'on n'exécutât sur

elle le jugement de Salomon. Dans un âge plus civilisé, cette statue

fut exposée à une mutilation réelle: car les Français qui jouaient

le Brutus de Voltaire dans le Colisée, décidèrent que leur César

tomberait aux pieds de ce Pompée, qui était supposé avoir été

arrosé du sang du véritable dictateur. Le héros de neuf pieds fut

donc transporté dans l'arène de l'amphithéâtre, et, pour la plus

grande facilité du transport, souffrit l'amputation temporaire de son

bras droit. Les tragédiens républicains dirent, pour leur défense,

que le bras était une pièce rapportée; mais leurs accusateurs ne

croient pas que l'intégrité de la statue l'eût protégée contre la

mutilation. Le désir de trouver des coïncidences a signalé le vrai

sang de César dans une tache qui est près du genou droit; mais une

critique plus froide a renié, non-seulement le sang, mais l'image

elle-même, et a considéré le globe que tient la statue dans la

main, comme appartenant plutôt au premier des empereurs qu'au dernier

chef républicain de Rome. Winkelmann[B] accorde à regret que ce

soit la statue héroïque d'un citoyen romain; mais l'Agrippa Grimani,

presque contemporain, est héroïque; et les figures romaines toutes

nues sont à la vérité rares, mais pas complètement proscrites. Le

visage s'accorde beaucoup mieux avec le _hominem integrum, et castum

et gravem_[C], qu'avec aucun des bustes d'Auguste; et il est trop

sévère pour celui qui fut beau, dit Suétone, à toutes les époques

de sa vie. La ressemblance prétendue avec Alexandre-le-Grand ne

peut être distinguée; mais les traits se rapportent à ceux de la

médaille de Pompée[D]. Le globe si objecté peut avoir été une

flatterie assez bien adressée à celui qui trouva l'Asie-Mineure

frontière de l'empire, et l'en laissa le centre. Il semble que

Winkelmann a commis une erreur, en disant qu'on ne peut fonder

aucune preuve de l'identité de cette statue avec celle qui reçut

le sanglant sacrifice, sur la considération du lieu où elle fut

découverte[E]. Flaminius Vacca dit, _sotto una cantina_, et cette

_cantina_ est connue pour avoir été dans le _Vicolo de' Lentari_,

près la _Cancellaria_, position exactement correspondante à celle

du Janus devant la basilique du théâtre de Pompée, où Auguste

fit transférer la statue après que la _Curia_ eut été brûlée ou

abattue[F]. Une partie du portique, _ombrage de Pompée_[G], existait

au commencement du quinzième siècle; et l'_atrium_ était encore

nommé _satrum_. Ainsi dit Blondus[H]. Quoi qu'il en soit, si

imposante est la majesté sévère de la statue, si mémorable est

l'histoire, que le jeu de l'imagination ne laisse pas de place à

l'exercice du jugement, et que la fiction, si fiction il y a, opère

sur le spectateur avec un effet non moins puissant que ne le ferait la

vérité elle-même.

[Note A: _Memorie_, num. LVII, page 9, _ap._ Montfaucon, _Diarium

italicum_.]

[Note B: _Storia delle arti_, etc., lib. IX, cap. I, pages

321, 322, tome II.]

[Note C: Cicero, _Epist. ad Atticum_, XI, 6.]

[Note D: Publiée par Causéus dans son _Museum romanum_.]

[Note E: _Storia delle arti_, etc., lib. IX, cap. I, pages

321, 322, tome II.]

[Note F: _Sueton. in Vit. Augusti_, cap 31, et _in Vit. C.J. Cæsar._,

cap. 38. Appien dit qu'elle fut brûlée. Voir une note de Pitiscus à

Suétone, page 224.]

[Note G: _Tu modò Pompeiá lenta spatiare sub umbrá_.

Ovid. _Ars amandi_.]

[Note H: _Roma instaurata_, lib. II, fº 31.]

NOTE 46, STANCE 88.

L'ancienne Rome, comme la moderne Sienne, abondait très-probablement

en images de la nourrice de son fondateur: mais il y a deux louves

dont l'histoire fait particulièrement mention. L'une, _en airain et

de travail antique_[A], a été vue par Denys d'Halicarnasse dans le

temple de Romulus, au pied du Palatin, et on croit généralement que

c'est celle mentionnée par l'historien Latin comme ayant été faite

avec la monnaie provenant d'une amende sur les usuriers, et comme

ayant été placée sous le figuier Ruminal[B]. La seconde est celle

que Cicéron[C] a célébrée en prose et en vers, et que l'historien

Dion mentionne aussi comme ayant souffert l'accident auquel l'orateur

fait allusion[D]. La question agitée par les antiquaires est celle de

savoir si la louve qui est aujourd'hui dans le palais du conservateur

est celle de Tite-Live et de Denys d'Halicarnasse ou celle de

Cicéron, ou si elle n'est ni l'une ni l'autre. Les anciens écrivains

diffèrent autant que les modernes: Lucius Faunus[E] dit que c'est

celle que mentionnent Tite-Live et Cicéron, ce qui est impossible,

et dont parle aussi Virgile, ce qui peut être. Fulvius Ursinus[F]

l'appelle la leuve de Denys d'Halicarnasse, et Marlianus[G] en parle

comme de celle mentionnée par Cicéron. Rycquius donne à celui-ci

son assentiment en tremblant[H]. Nardini incline à croire que c'est

une des nombreuses louves conservées dans l'ancienne Rome: mais à

choisir entre les deux ci-dessus mentionnées, il penche pour celle

de Cicéron[I]. Montfaucon tient cela pour un point hors de doute[J].

Parmi les écrivains plus modernes, le tranchant Winkelmann[K]

déclare que cette louve a été trouvée dans l'église de

Saint-Théodore, dans l'emplacement de laquelle ou près de laquelle

était le temple de Romulus, et par conséquent il en fait la louve

de Denys d'Halicarnasse. Il se fonde sur l'autorité de Lucius Faunus,

qui, pourtant, dit seulement que la louve _fut placée_, non pas

_trouvée_ auprès du _ficus Ruminalis_ vers le Comitium: par quoi

il ne semble pas du tout faire entendre l'église de Saint-Théodore.

Rycquius a le premier fait la méprise, et Winkelmann a suivi

Rycquius. Flaminius Vacca conte une histoire toute différente, et dit

qu'il a entendu raconter que la _louve aux deux jumeaux_ fut trouvée

près l'arc de triomphe de Septime Sévère[L]. Le commentateur de

Winkelmann est de la même opinion que ce savant, et s'emporte contre

Nardini qui, dit-il, n'a pas remarqué que Cicéron, en parlant de la

louve foudroyée au capitole, se sert du tems prétérit. Mais, j'en

demande pardon à l'Abbé, Nardini n'affirme pas positivement que la

statue soit celle de Cicéron, et, l'eût-il affirmé, l'assertion

n'aurait peut-être pas été si présomptueuse. L'Abbé lui-même est

obligé d'avouer qu'il y a des traces fort semblables à celles que

la foudre aurait pu laisser sur les jambes de derrière de la louve

actuelle, et, pour couper court à l'objection, ajoute que la louve

vue par Denys d'Halicarnasse peut aussi avoir été frappée par la

foudre, ou avoir souffert quelque autre dommage analogue.

[Note A: Χάλχεα ποιήματα παλαιᾶς

ἐργασἰας. _Antiq. rom._ lib. I.]

[Note B: _Ad ficum Ruminalem simulacra infantium conditorum urbis sub

uberibus lupæ posuerunt. Liv. Hist._ lib. X, cap. 69. C'était dans

l'an de Rome 455 ou 457.]

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 03 avec notes et commentaires comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 21 / 27 段