Dans le fait, les Génois avancèrent jusqu'à Malamocco, à cinq

milles de la capitale; mais leur propre danger et l'orgueil de leurs

ennemis donnèrent du courage aux Vénitiens, qui firent de prodigieux

efforts et de grands sacrifices individuels, soigneusement rapportés

par leurs historiens. Victor Pisani fut placé à la tête de

trente-quatre galères. Les Génois furent repoussés de Malamocco, et

se retirèrent à Chioza, en octobre. Mais ils menacèrent de nouveau

Venise, qui fut réduite à l'extrémité. Dans ces circonstances,

1er janvier 1380, arriva Carlo Zeno qui avait été en croisière

sur les côtes de Gênes avec quatorze galères. Alors les Vénitiens

furent assez forts pour assiéger les Génois. Doria fut tué le 22

janvier par un boulet de pierre du poids de cent quatre-vingt-quinze

livres, lancé par une bombarde nommée la Trévisane. Alors Chioza

fut étroitement bloquée. Cinq mille auxiliaires, parmi lesquels se

trouvaient quelques _Condottieri_ anglais, commandés par un capitaine

nommé Ceccho, joignirent les Vénitiens. Les Génois à leur tour

sollicitèrent des conditions; mais aucune ne fut accordée, jusqu'à

la fin: ils se rendirent à discrétion; et le 24 juin 1380, le

doge Contarini fit son entrée triomphale dans Chioza. Quatre mille

prisonniers, dix-neuf galères, plusieurs petits navires et des

barques, avec toutes leurs armes et leurs munitions, tombèrent dans

les mains des vainqueurs qui, sans la réponse inexorable de Doria,

auraient tristement réduit leur domination à la ville de Venise. Le

détail de ces transactions se trouve dans un ouvrage intitulé: _la

guerre de Chioza_, écrit par Daniel Chinazzo, qui était à Venise à

cette époque[A].

[Note A: _Chronica della guerra di Chioza_, etc., script. Rer. ital.,

tome XV, page 699 à 804.]

NOTE 9, STANCE 14.

«_Plante le Lion_.»--C'est-à-dire le lion de Saint-Marc,

étendard de la république, qui est l'origine du mot

_Pantalon_--_pianta-leone_, Pantaléon--pantalon.

NOTE 10, STANCE 15.

La population de Venise, à la fin du dix-septième siècle,

s'élevait à près de deux cent mille ames. Au dernier recensement,

fait il y a deux ans, elle ne s'élevait à guère plus de cent trois

mille, et elle diminue de jour en jour. Le commerce et les emplois

du gouvernement, qui étaient la source inépuisable de la grandeur

vénitienne, ont disparu.[A] Beaucoup de maisons patriciennes

sont désertes, et elles disparaîtraient graduellement, si le

gouvernement, alarmé par la démolition de soixante et douze d'entre

elles, pendant ces dernières années, n'eût défendu expressément

cette triste ressource de la pauvreté. Beaucoup de débris de la

noblesse vénitienne sont maintenant dispersés et confondus avec les

juifs les plus riches sur les bords de la Brenta, dont les palais sont

tombés, ou tombent journellement en ruines. On connaît encore le nom

de _gentil-uomo veneto_, et voilà tout. Cette noblesse n'est plus que

l'ombre d'elle-même, mais elle est encore polie et aimable. On peut

sûrement lui pardonner si elle regrette sa puissance, quels qu'aient

été les vices de la république, et quoique le terme naturel de son

existence soit regardé par les étrangers comme étant arrivé à son

dernier période; un seul sentiment doit être attendu des Vénitiens.

À aucune époque les sujets de la république ne furent si unanimes

dans leurs résolutions de se rallier autour de l'étendard de

Saint-Marc, comme lorsqu'il fut déployé dans ses derniers tems, et

que la lâcheté et la trahison d'un petit nombre de patriciens qui

recommandaient une neutralité fatale, furent bornées aux personnes

des traîtres eux-mêmes.

[Note A: «_Nonnullorum è nobilitate immensæ sunt opes, adeo ut

vix æstimari possint: id quod tribus e rebus oritur, parcimonia,

commercio, atque iis emolumentis, quæ e repub. percipiunt, quæ hanc

ob causam diuturna fore creditur_.» Voyez _De Principatibus Italiæ

Tractatus_, édit. 1631.]

La génération actuelle ne peut penser à regretter la perte de ses

anciennes formes aristocratiques, et son gouvernement trop despotique;

elle ne pense qu'à son indépendance évanouie. Les Vénitiens se

désolent à ce souvenir, qui leur fait suspendre pour un moment

leur gaie bonne humeur. On peut dire, en se servant des paroles de

l'Écriture: que Venise _meurt tous les jours_; et sa décadence

est si générale et si visible qu'elle attriste même l'étranger,

inaccoutumé à voir une nation tout entière expirant comme si elle

était devant ses yeux. Une création si artificielle, ayant perdu le

principe qui lui avait donné la vie et qui soutenait son existence,

devait tomber pièces par pièces et s'évanouir plus promptement

qu'elle ne s'était élevée. L'horreur de l'esclavage qui entraîna

les Vénitiens sur les mers, les a forcés, depuis leur malheur, à

chercher une autre patrie, où ils se trouvent au moins confondus dans

la foule d'êtres dépendans; et ils ne présentent pas le spectacle

humiliant d'une nation entière chargée de chaînes récentes. Leur

vivacité, leur affabilité, et cette heureuse indifférence, que peut

seule donner la constitution du tempérament, car la philosophie

y aspire en vain, n'ont point succombé sous les événemens. Mais

beaucoup de particularités de costumes et de manières se sont

perdues par degrés, et les nobles, avec cet orgueil commun à tous

les Italiens qui ont été maîtres, n'ont pas pensé à parer leur

insuffisance. Cette splendeur qui était une preuve et une partie de

leur pouvoir, ils n'ont pas voulu la dégrader sous les chaînes de

leur servitude. Ils se sont retirés des palais qu'ils occupaient sous

les yeux de leurs concitoyens; leur continuation d'y séjourner aurait

été une marque d'adhésion et une insulte à ceux qui ont souffert

pour les malheurs communs. Ceux-là qui sont restés dans la capitale

dégradée peuvent être plutôt regardés comme fréquentant les

lieux de leur puissance évanouie que vivant parmi eux. La pensée:

_qui opprime et qui est opprimé_? fera naître difficilement un

commentaire dans l'esprit de celui qui est nationalement l'ami et

l'allié du vainqueur. On peut cependant accorder qu'à ceux qui

désirent recouvrer leur indépendance, quelques-uns de leurs maîtres

doivent être un objet de haine, et on peut prédire avec certitude

que cette aversion sans profit ne cessera pas avant que Venise ait

disparu sous le limon de ses canaux comblés.

NOTE 11, STANCE 16.

L'histoire est racontée dans la vie de Nicias par Plutarque.

NOTE 12, STANCE 18.

_Venise sauvée_, les _Mystères d'Udolphe_, l'_Ombre du Devin_,

l'_Arménien_, _le Marchand de Venise_, _Othello_.

NOTE 13, STANCE 20.

_Tannen_, est le pluriel de _tanne_, espèce de sapin particulier aux

Alpes, qui ne croît seulement que sur des rochers, où se trouve à

peine assez de terre pour alimenter ses racines. Il s'élève dans ces

lieux à une plus grande hauteur qu'aucun autre arbre de montagne.

NOTE 14, STANCE 28.

La description ci-dessus pourra sembler fantastique ou exagérée à

ceux qui n'ont jamais vu un ciel oriental ou italien. Cependant ce

n'est qu'une peinture exacte et à peine suffisante d'une soirée du

mois d'août (dix-huitième jour), telle que je l'ai contemplée sur

les bords de la Brenta, près de la Mira, dans une de mes nombreuses

courses à cheval.

NOTE 15, STANCE 30.

Grâce au génie critique d'un Écossais, nous connaissons aussi

peu Laure que jamais[A]. Les découvertes de l'abbé de Sade, ses

triomphes, ses plaisanteries ne peuvent instruire ou amuser plus

long-tems[B]. Nous ne devons pas croire cependant que ces mémoires

sont autant un roman que _Bélisaire_ ou _les Incas_, quoiqu'un grand

nom, le docteur Beattie, nous l'assure positivement, mais c'est une

faible autorité[C]. Le _travail_ de l'abbé de Sade n'a pas été

infructueux: toutefois son _amour_, comme beaucoup d'autres passions,

l'a rendu ridicule[D]. L'hypothèse qui renversait les querelles

italiennes élevées à ce sujet, et entraînait des critiques moins

intéressés dans son mouvement, est détruite elle-même. Nous

avons une autre preuve que nous ne pouvons jamais être sûrs que

le paradoxe le plus bizarre, et par conséquent ayant l'air le plus

agréable et le plus authentique, ne cédera pas la place à l'ancien

préjugé rétabli.

[Note A: Voyez un _Essai historique et critique sur la vie et le

caractère de Pétrarque_, et une _Dissertation sur une hypothèse

historique de l'abbé de Sade_. Le premier parut vers l'année 1784;

l'autre est insérée dans le quatrième volume des _Transactions_

de la Société royale d'Édimbourg, et ces deux ouvrages ont été

réunis dans un volume publié sous le premier titre, par Ballantyne,

en 1810.]

[Note B: _Mémoires pour la vie de Pétrarque_.]

[Note C: _Vie de Beattie_, par sir W. Forbes, tome II, page 106.]

[Note D: Gibbon appelait ces Mémoires _un travail d'amour_ (Voyez

_Décadence et chute_, etc., chap. 70, note 1).]

Il semble d'abord que Laure naquit, vécut, mourut et fut ensevelie,

non à Avignon, mais dans la campagne. Les sources de la Sorgue, les

buissons de Cabrières peuvent ressaisir leurs prétentions; et _de

la Bastie_ si conspué peut être consulté avec complaisance.

L'hypothèse de l'abbé n'a pas de meilleurs soutiens que le sonnet

en parchemin et la médaille trouvée sur le squelette de la femme

de Hugues de Sade, et la note manuscrite du Virgile de Pétrarque

maintenant dans la bibliothèque ambroisienne. Si ces preuves étaient

incontestables, la poésie eût été écrite, la médaille composée,

fondue et déposée dans l'espace de douze heures, et ces devoirs

délibérés auraient été remplis auprès du cadavre d'une personne

morte de la peste, et qui fut enterrée le jour même de sa mort.

C'est pourquoi ces documens sont trop décisifs: ils prouvent, non le

fait, mais la supercherie. Le sonnet ou la note du Virgile ne peuvent

être qu'une falsification. L'abbé les cite tous les deux comme

incontestablement authentiques et vrais; la conséquence est

inévitable,--ils sont tous deux évidemment faux[A].

[Note A: Le sonnet avait déjà éveillé les soupçons de M. Horace

Valpole. Voyez sa lettre à Wharton, en 1763.]

Secondement, Laure ne fut jamais mariée; elle fut plutôt une fière

et hautaine pucelle que cette _tendre et sage_ épouse qui honora

Avignon en faisant de cette ville le théâtre d'une honnête passion

à la française, et qui joua, pendant vingt et un ans, par son _petit

manége_ de faveurs alternatives et de refus ménagés[A], le premier

poète de son siècle. Il eût été trop injuste, il est vrai,

de rendre une femme responsable de onze enfans, sur la foi d'une

abréviation mal interprétée et par la décision d'un libraire[B].

Il est toutefois satisfaisant de penser que l'amour de Pétrarque

ne fut pas platonique. Le bonheur qu'il désirait si vivement de

posséder une seule fois, pendant un seul moment, n'était sûrement

pas une jouissance de l'ame[C], et on pourrait peut-être découvrir

dans six endroits au moins de ses sonnets quelque chose de vraiment

réel comme un projet de mariage avec une personne qu'il nomme une

nymphe aérienne[D]. L'amour de Pétrarque n'était ni platonique,

ni poétique, et si dans un passage de ses œuvres il le nomme _amore

veementissimo ma unico ed onesto_, il avoue, dans une lettre à un

ami, que cet amour était criminel et pervers, qu'il l'absorbait

entièrement, et que son cœur en était déchiré[E].

[Note A: «Par ce petit manége, cette alternative de faveurs et de

rigueurs bien ménagée, une femme tendre et sage amuse, pendant vingt

et un ans, le plus grand poète de son siècle, sans faire la moindre

brèche à son honneur.» _Mémoires pour la vie de Pétrarque_,

Préface aux Français. L'éditeur italien de l'édition de Londres de

Pétrarque, qui a traduit lord Woodhouselee, rend la _femme tendre et

sage_, par: _raffinata civetta. Riflessioni intorno a madonna Laura_,

page 234, vol. III, édit. 1811.]

[Note B: Dans un dialogue avec saint Augustin, Pétrarque a peint

Laure comme ayant un corps épuisé par de nombreuses _ptubs_. Les

anciens éditeurs lisaient et imprimaient _perturbationibus_; mais M.

Caperonier, libraire du roi de France en 1762, qui vit le MS. dans

la bibliothèque de Paris, affirme que: _on lit et qu'on doit lire_,

partubus exhaustum. De Sade joignit les noms de MM. Boudot

et Béjot à celui de M. Caperonier, et dans tout le cours de

cette discussion sur le _ptubs_ il se montra lui-même un pied-plat

littéraire. Voyez _Riflessioni_, etc., p. 267. Thomas d'Aquin est

appelé en témoignage pour savoir si la maîtresse de Pétrarque fut

une _chaste_ vierge, ou une _continente_ épouse.]

[Note C:

_Pigmalion, quanto lodar ti dei

Dell' imagine tua, se mille volte

N' avesti quel ch' i' sol una vorrei!_

_Sonetto_ 58. _Quando giunse a Simon l' alto concetto_. _Le Rime_,

etc., part. I, page 189, éd. Ven. 1756.]

[Note D: Voyez _Riflessioni_, etc., page 291.]

[Note E: _Quella rea e perversa passione chesolo tutto mi occupava e

mi regnava nel cuore_.]

Cependant, dans cette circonstance, il fut, peut-être, alarmé de

la criminalité de ses désirs; car l'abbé de Sade, lui-même, qui

certainement n'aurait pas été si scrupuleux, ni si délicat, s'il

avait pu prouver sa descendance de Pétrarque et de Laure, est forcé

à défendre courageusement sa vertueuse aïeule. Pour tout ce qui

concerne le poète, nous n'avons aucun garant de son innocence,

excepté, peut-être, la constance de sa passion. Il nous assure,

dans son Épître à la Postérité, que, arrivé à sa quarantième

année, il avait non-seulement en horreur toute _irrégularité_[A],

mais qu'il ne s'en rappelait aucune. Et cependant la naissance de sa

fille naturelle ne peut être assignée à un terme au-delà de sa

trente-neuvième année. La mémoire ou la moralité du poète ont

dû faillir quand il oublie cette chute (_slip_[B]). Le plus faible

argument en faveur de la pureté de cet amour a été tiré de sa

durée, parce qu'il a survécu à l'objet de sa passion. La réflexion

de M. de La Bastie: _Que la vertu seule est capable de produire des

impressions que la mort ne peut effacer_, est une de celles que tout

le monde applaudit, et que chacun trouve fausse, du moment où il

examine son propre cœur, ou les souvenirs des sentimens humains[C].

De tels apophthegmes ne peuvent rien pour Pétrarque, ou pour la cause

de la morale, excepté auprès des esprits faibles ou jeunes.

Celui qui a fait le moindre chemin au-delà de l'ignorance et de sa

minorité, ne peut être édifié que de la seule vérité. Ce que

l'on appelle venger l'honneur d'un individu ou d'une nation, est ce

qu'il y a de plus futile, de plus ennuyeux, et de moins instructif

parmi tous les écrits, quoique ce genre d'ouvrage rencontre toujours

plus d'applaudissemens qu'une critique sage et éclairée, attribuée

au malin désir de réduire un grand homme aux proportions communes

de l'humanité. Après tout, il n'est pas invraisemblable que notre

historien ait eu de bonnes raisons pour soutenir son hypothèse

favorite, qui rassure l'auteur, bien qu'elle sauve difficilement

l'honneur de la maîtresse encore inconnue de Pétrarque[D].

[Note A: _Azion disonesta_ sont ses propres termes.]

[Note B: _A questa confessionne cosi sincera diede forse occasione una

nuova_ caduta _ch' ei fece_. Tiraboschi, _Storia_, etc., tome V, lib.

IV, part. II, page 492.]

[Note C: «Il n'y a que la vertu seule qui soit capable de produire

des impressions que la mort n'efface pas.» M. de Bimard, baron de

La Bastie, dans les _Mémoires de l'Académie des Inscriptions et

Belles-Lettres_, pour 1740 et 1751. Voyez aussi _Riflessioni_, etc.,

page 295.]

[Note D: «Et si la vertu ou la sagesse de Laure fut inexorable, il

jouit, et il put s'enorgueillir de la jouissance de la nymphe de la

poésie.» Gibbon, _Décadence et chute_, etc., ch. 70, page 327,

vol. XII, in-8º. Peut-être le _si_ (_if_) doit ici s'entendre par

_quoique_ (_although_).]

NOTE 16, STANCE 31.

Pétrarque se retira à Arquà immédiatement après son retour de

Rome, où il ne put parvenir à voir Urbain V, l'année 1370; et, à

l'exception du célèbre voyage qu'il fit à Venise, accompagné

de Francesco Novello da Carrara, il paraît avoir passé les quatre

dernières années de sa vie dans cette charmante solitude et à

Padoue: car, pendant les quatre mois qui précédèrent sa mort, il

fut dans un état continuel de langueur, et le matin du 19 juillet de

l'année 1374, il fut trouvé mort sur sa chaise de bibliothèque,

la tête appuyée sur un livre. On montre encore la chaise parmi

les monumens précieux d'Arquà; et, d'après la vénération non

interrompue qui a été attachée aux choses relatives à ce grand

homme depuis le moment de sa mort jusqu'à nos jours, on peut croire

qu'elles possèdent un plus haut degré d'authenticité que les

monumens shakspeariens de Stratford sur l'Arvon.

Arquà (car la dernière syllabe est accentuée dans la prononciation)

est à douze milles de Padoue, et à environ trois milles sur

la droite de la grande route de Rovigo, au sein des collines

Euganéennes. Après une marche de vingt minutes, à travers une

prairie unie et boisée, vous arrivez à un petit lac bleu, limpide,

mais très-profond, et au pied d'une succession de monticules et de

collines couverts de vignes et de vergers, ornés de sapins et de

grenadiers, et de toutes sortes d'arbres à fruits. Des bords du

lac la route serpente entre les collines, et l'église d'Arquà se

découvre bientôt à travers un défilé que forment deux rochers

élevés vis-à-vis l'un de l'autre, et qui ceignent presque

entièrement le village. Les maisons sont dispersées à quelque

distance sur les penchans de ces sommités, et celle du poète est

située sur une petite élévation qui domine deux descentes, et d'où

l'on a la vue non-seulement des jardins verdoyans qui couvrent les

vallons immédiatement au-dessous, mais encore des vastes plaines

au-dessus desquelles de petits bois de mûriers et de saules forment

une masse sombre épaissie par des festons de vignes, des cyprès; et,

dans le lointain, on aperçoit les clochers de plusieurs villes. Ces

plaines s'étendent jusqu'aux embouchures du Pô et aux rivages de

l'Adriatique. Le climat de ces collines volcaniques est très-chaud,

et les vendanges commencent plus tôt que dans les plaines de Padoue.

Pétrarque est déposé, on ne pas dire enseveli dans un sarcophage

de marbre rouge soutenu par quatre pilastres portés sur une base

élevée qui empêche de confondre cette tombe avec les autres. Ce

sarcophage isolé est très-apparent, mais il sera bientôt caché par

quatre lauriers plantés récemment. La fontaine de Pétrarque, car

ici tout porte son nom, jaillit et coule sous une voûte artificielle,

un peu au-dessous de l'église; elle est très-abondante, même dans

la plus aride saison, de cette eau salutaire qui faisait l'ancienne

richesse des collines Euganéennes. Elle serait plus attrayante, si

elle n'était pas, dans quelques saisons, couverte de frelons et de

guêpes. Aucune autre analogie ne pourrait assimiler les tombes

de Pétrarque et d'Archiloque. Les révolutions des siècles ont

épargné ces vallées solitaires, et la seule violation qu'aient

soufferte les cendres de Pétrarque fut occasionée, non par la haine,

mais par la vénération. Une tentative a été faite pour dérober le

trésor du sarcophage, et un Florentin parvint à en enlever un bras

à travers une fente qui se voit encore aujourd'hui. L'outrage n'a pas

été oublié, il a servi à identifier le poète avec le pays qui

le vit naître, mais où il ne voulut pas vivre. Un jeune paysan

d'Aquila, à qui on demandait ce qu'était Pétrarque, répondit que

tous les habitans du village connaissaient tout ce qui le concernait,

mais que lui savait seulement que c'était un Florentin.

M. Forsyth[A] n'a pas été tout-à-fait exact quand il a dit que

Pétrarque n'était jamais retourné en Toscane depuis qu'il l'avait

quittée étant encore enfant. Il paraît qu'il passa par Florence

dans son voyage de Parme à Rome, et à son retour, l'année 1350,

et qu'il y séjourna assez long-tems pour faire connaissance avec les

habitans les plus distingués. Un gentilhomme florentin, honteux de

l'aversion du poète pour sa terre natale, s'empressa de détruire

cette impression commune et défavorable, dans l'esprit de notre

illustre voyageur, qu'il connaissait et qu'il respectait pour sa

capacité extraordinaire, son érudition étendue, et son goût

raffiné, réunis à cette simplicité de manières engageante qui a

été si souvent reconnue comme la marque la plus sûre (quoiqu'elle

ne soit certainement pas indispensable) d'un génie supérieur.

[Note A: _Remarques_, etc., _sûr l'Italie_, page 95, note, 2e

édit.]

Chaque pas de l'amant de Laure a été recherché et rappelé avec

beaucoup de soins. On montre à Venise la maison dans laquelle

il demeura. Les habitans d'Arezzo, afin de décider l'ancienne

controverse entre leur ville et leurs voisins d'Ancise où Pétrarque

fut porté à l'âge de sept mois, et où il resta jusqu'à sa

septième année, ont indiqué par une longue inscription le lieu

où naquit leur célèbre concitoyen. Une table de marbre lui a

été érigée à Parme, dans la chapelle de Sainte-Agathe, à la

cathédrale[A], parce qu'il était archidiacre de ce chapitre, et il

ne fut pas enterré dans leur église à cause seulement de sa

mort _étrangère_. Une autre table qui porte son buste lui a été

érigée à Pavie, parce qu'il avait passé l'automne de 1368 dans

cette cité, avec son gendre Brossano. La condition politique qui a

pour long-tems éloigné les Italiens de la critique des vivans, a

concentré leur attention sur l'illustration des morts.

[Note A: Voici l'épigraphe qu'elle porte:

D. O. M.

francisco Petrarchæ,

Parmensi archidiacono,

parentibus præclaris, genere perantiquo,

ethices christianæ scriptori eximio,

romanæ linguæ restitutori,

etruscæ principi,

Africæ ob carmen hac in urbe peractum regibus accito.

S. P. Q. R. laurea donato;

tanti viri

juvenilium juvenis, senilium senex

studiosissimus

comes Nicolaus canonicus Cicognarus,

marmorea proxima ara excitata,

ibique condito

divæ Januariæ cruento corpore,

H. M. P.

suffectum

sed infra meritum Francisci sepulcro,

summa hac in æde efferri mandantis,

si Parmæ occumberet,

extera morte heu nobis erepti.

]

NOTE 17, STANCE 34.

La lutte est aussi vraisemblable avec les démons qu'avec nos

meilleures pensées. Satan choisit le désert pour tenter notre

Sauveur. Et notre pur Jean Locke préférait la présence d'un enfant

à une complète solitude.

NOTE 18, STANCE 38.

Peut-être le passage dans lequel Boileau déprécie le Tasse pourrait

servir comme beaucoup d'autres à justifier l'opinion émise sur

l'harmonie des vers français.

À Malherbe, à Racan, préférer Théophile,

Et le clinquant du Tasse à tout l'or de Virgile.

(_Satire IX_, vers 176-7.)

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 03 avec notes et commentaires comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 18 / 27 段