L'erreur semble si bien une distraction de plume (par la grande

_ressemblance_ des deux mots, et _l'absence totale d'erreur_ du

leviathan littéraire), que je l'aurais passée ici sous silence,

ainsi que dans le texte, si je n'avais aperçu dans la _Revue

d'Édimbourg_ beaucoup de gaîtés facétieuses, à propos de telles

découvertes, particulièrement une récente, dans laquelle les mots

et les syllabes sont discutés et transposés. Le passage ci-dessus

mentionné me porte involontairement à lui apprendre qu'il est

plus facile de critiquer que de bien faire. Ces _messieurs_ ayant si

souvent joui d'un _triomphe_ après de semblables victoires, qu'ils me

permettent cette petite _ovation_ pour le présent.]

Dans Gibbon, vol. 10, p. 161, on trouve le passage suivant: «Le

dialecte vulgaire de Constantinople était grossier et barbare,

quoique les compositions d'église et de palais affectassent

quelquefois de copier la pureté des modèles attiques.» Quoi qu'on

ait pu dire à ce sujet, il est difficile de concevoir que les dames

de Constantinople parlassent, sous le règne du dernier César, un

dialecte plus pur que celui dans lequel Anna Comnène avait écrit

trois siècles avant, et ces royales pages ne sont pas regardées

comme les meilleurs modèles de composition, bien que la princesse

γλωτταν ειχεν ΑΚΡΙΒΩΣ αττιχιζουσαν.

C'est au fanal et à Yanina que l'on parle le meilleur grec; à

Yanina, il y a une école florissante sous la direction de Psalida.

Il vient d'arriver à Athènes un élève de Psalida, qui fait un

voyage d'observation dans la Grèce; il est intelligent et mieux

instruit qu'un pensionnaire de la plupart de nos colléges.

Je rapporte ceci comme une preuve que l'esprit de recherche et

d'observation ne sommeille pas chez les Grecs.

L'écrivain de la Revue désigne M. Wright, l'auteur du beau poème

intitulé: _Horœ Ionicœ_, comme propre à donner des détails sur

ces Romains de nom et Grecs dégénérés, ainsi que sur leur langue.

Mais M. Wright, quoique bon poète et homme capable, a commis une

erreur en assurant que le dialecte albanais du romaïque approche

le plus de l'hellénique; cependant les Albanais parlent un dialecte

aussi notoirement corrompu que l'écossais du comté d'Aberdeen, ou

l'italien de Naples. Yanina (où l'on parle le grec le plus pur après

le Fanal), quoique la capitale des possessions d'_Ali-Pacha_, n'est

point en Albanie, mais en Épire; et au-delà de Delvinachi, dans

l'Albanie propre, jusqu'à Argyrocastro et Tépalin (au-delà de

laquelle je ne suis point allé), on parle un grec encore plus mauvais

qu'à Athènes même. J'ai eu à mon service, un an et demi, deux de

ces singuliers montagnards, dont la langue mère est l'illyrien, et je

ne les ai jamais entendu louer, ni leurs compatriotes (que j'ai vus,

non-seulement dans leurs demeures, mais au nombre de vingt mille dans

l'armée de _Veli-Pacha_), pour leur grec; mais ils étaient souvent

raillés pour leurs barbarismes de province.

J'ai en ma possession près de vingt-cinq lettres (parmi lesquelles il

s'en trouve quelques-unes du bey de Corinthe) qui me furent écrites

par Notaras, le Cogia-Bachi, et d'autres par le drogman du Caïmacam

de la Morée (qui gouverne maintenant en l'absence de Véli-Pacha).

On m'a dit que c'étaient de favorables spécimens de leur style

épistolaire. J'en ai aussi reçu quelques-unes à Constantinople de

la part de quelques particuliers; elles sont écrites dans le style le

plus hyperbolique, mais avec le vrai caractère antique.

L'écrivain de la Revue, après quelques remarques sur la langue

grecque dans son état passé et présent, arrive à ce paradoxe

(page 59) que la connaissance de sa langue maternelle à dû être

très-nuisible à Coray pour apprendre l'ancien grec; comme s'il

était moins capable de le comprendre à cause qu'il sait parfaitement

le moderne! Cette observation suit un paragraphe où l'on recommande

en termes explicites l'étude du romaïque comme _un puissant

auxiliaire_, non-seulement au voyageur et au marchand étranger, mais

aussi à celui qui fait ses études classiques; en un mot, à toute

personne, excepté seulement celle qui peut s'en rendre l'usage

familier; et, par une parité de raisonnement, notre vieux langage est

regardé comme plus facile à acquérir par les _étrangers_ que

par nous-mêmes! Je suis toutefois porté à croire qu'un Allemand,

étudiant l'anglais (quoique lui-même d'un sang saxon), serait

fort embarrassé pour expliquer _Sir Tristrem_, ou quelque autre des

_Auchinlech_ manuscrits, avec ou sans le secours d'une grammaire ou

d'un glossaire. Il paraîtra évident à tous les esprits qu'il n'y a

qu'un natif qui puisse obtenir une connaissance compétente, je ne

dis pas complète, de nos idiomes tombés en désuétude. Nous devons

avoir confiance dans le critique pour son ingénuité, mais nous ne

le croirons pas plus que le Lismahago de Smollet, qui soutient que

l'anglais le plus pur se parle à Édimbourg. Que Coray ait pu se

tromper, c'est possible; mais, s'il en est ainsi, la faute en est à

l'homme plutôt qu'à sa langue maternelle, qui est, comme cela doit

être, du plus grand secours à l'étudiant grec. Ici l'écrivain de

la Revue arrive à l'œuvre des traducteurs de Strabon; j'y termine

aussi mes remarques.

Sir W. Drummond, M. Hamilton, lord Aberdeen, le Dr. Clarke, le

capitaine Leake, M. Geil, M. Walpole, et beaucoup d'autres personnes

qui se trouvent maintenant en Angleterre, ont tout ce qu'il faut

pour donner des renseignemens certains sur ce peuple déchu. Le petit

nombre d'observations que j'ai publiées n'auraient pas vu le jour, si

l'article en question, et, par-dessus tout, le lieu où je l'ai lu, ne

m'avaient conduit à méditer attentivement ces pages, que l'avantage

de ma situation présente me mettait à même d'éclaircir, ou au

moins d'essayer de le faire.

Je me suis efforcé de repousser tous les sentimens personnels

qui s'élèvent malgré moi dans tout ce qui concerne la Revue

d'Édimbourg; non par le désir de me concilier la faveur de ses

écrivains, ou pour effacer le souvenir d'une syllabe de ce que j'ai

publié dans le tems; mais simplement parce que je sens l'inconvenance

de mêler des ressentimens privés à une discussion de cette espèce,

principalement à cette distance de tems et de lieux.

NOTE ADDITIONNELLE SUR LES TURKS.

Les difficultés de voyager en Turquie ont été beaucoup exagérées,

ou plutôt ont considérablement diminué depuis quelques années.

Les musulmans ont été amenés à une espèce de civilité

très-favorable aux voyageurs.

Il est hasardeux de s'étendre beaucoup au sujet des Turks et de la

Turquie, puisqu'il est possible de vivre vingt ans parmi eux sans

apprendre à les connaître, au moins par eux-mêmes. Autant que ma

faible expérience m'a permis d'en juger, je n'ai pour ma part aucune

plainte à former; mais je suis redevable de beaucoup de civilités

(je puis dire aussi d'amitié) et d'une agréable hospitalité à Ali

Pacha, à son fils Véli, pacha de Morée, et à beaucoup d'autres

personnes de haut rang dans les provinces. Suleyman Aga, ex-gouverneur

d'Athènes, et maintenant gouverneur de Thèbes, était un _bon

vivant_; il était d'un caractère si sociable qu'il était toujours

accroupi à table. Pendant le carnaval, lorsque nos compatriotes

faisaient des mascarades, lui et son successeur étaient plus heureux

de _recevoir les masques_, qu'aucune douairière de la place du

Grand-Veneur (_Grosvenor square_). Dans une occasion où il soupait au

couvent, son ami et son hôte, le cadi de Thèbes, se laissa tomber de

table, tandis que le waywode lui-même semblait triompher de sa chute.

Dans toutes mes relations monétaires avec les musulmans, j'ai

toujours rencontré l'honneur le plus strict, le plus grand

désintéressement. En traitant d'affaires avec eux, on ne rencontre

point ces honteuses retenues cachées sous le nom d'intérêt,

de différence de change, de commissions, etc., que l'on éprouve

uniformément en ayant affaire à un consul grec, qui vous donne des

lettres de change même sur les premières maisons de Péra.

Quant à présent, d'après une coutume établie dans l'Orient, vous

vous trouverez rarement en perte, parce qu'une bonne lettre de change

est généralement retournée par une autre d'une semblable valeur,

comme un cheval ou un shawll.

Dans la capitale et à la cour, les citoyens et les courtisans sont

formés à la même école que ceux de la chrétienté; mais il

n'existe pas un caractère plus honorable, plus aimable et plus

courtois que le provincial aga, vraiment turk, ou le gentilhomme

musulman de province. On n'entend pas désigner ici les gouverneurs

des villes, mais ces agas qui, par une espèce d'alleu féodal,

possèdent des terres et des maisons plus ou moins considérables en

Grèce et dans l'Asie-Mineure.

Les basses classes sont dans un état de soumission aussi tolérable

que le bas peuple dans des contrées qui ont des prétentions plus

grandes à la civilisation. Un musulman, en parcourant les rues de

nos villes de province, se trouverait plus gêné en Angleterre qu'un

Frank dans une pareille situation en Turquie. L'uniforme militaire est

le meilleur habillement pour voyager.

On peut trouver des notions satisfaisantes sur la religion et les

différentes sectes de l'islamisme dans l'ouvrage français de

d'Hosson, et sur leurs manières, etc., peut-être dans l'ouvrage de

l'anglais Thornton. Les Ottomans, avec tous leurs défauts, ne sont

pas un peuple à mépriser. Égaux au moins aux Espagnols, ils sont

supérieurs aux Portugais. S'il est difficile de dire ce qu'ils sont,

on peut au moins dire ce qu'ils _ne sont pas_: ils _ne sont pas_

traîtres, ils _ne sont pas_ lâches, ils _ne brûlent pas_ les

hérétiques, ils _ne sont pas_ assassins, quand même l'ennemi

marcherait à _leur_ capitale. Ils sont fidèles à leur sultan

jusqu'à ce qu'il devienne incapable de gouverner, et ils sont

dévoués à leur dieu sans inquisition. S'ils étaient chassés

demain de Ste.-Sophie, et si les Russes ou les Français occupaient

leur empire, ce serait une question de savoir si l'Europe gagnerait au

change? L'Angleterre y perdrait certainement[A].

[Note A: Cet aveu est remarquable dans la bouche de Lord Byron.]

Quant à cette ignorance dont ils sont si généralement, et

quelquefois si justement accusés, on peut mettre en doute, en

exceptant toujours la France et l'Angleterre, dans quels points usuels

de connaissances ils sont surpassés par les autres nations. Est-ce

dans les arts habituels de la vie? dans leurs manufactures? Un sabre

turk est-il inférieur à un sabre de Tolède? ou un Turk est-il plus

mal habillé, logé, nourri et instruit qu'un Espagnol? Leurs pachas

sont-ils plus mal élevés qu'un grand d'Espagne? ou un effendi qu'un

chevalier de Saint-Jacques? Je ne le crois pas.

Je me rappelle que Mahmout, le petit-fils d'Ali-Pacha, me demanda si

mon compagnon de voyage et moi étions de la haute ou basse Chambre

du Parlement. Cette question d'un enfant de dix ans prouve que son

éducation n'avait pas été négligée. On pourrait douter si un

jeune anglais de cet âge connaît la différence du divan et d'un

collége de derviches; mais je suis bien sûr qu'un Espagnol ne la

connaît pas. Comment le petit Mahmout, entouré entièrement comme il

l'avait été par ses gouverneurs turks, eût-il appris qu'il y avait

un Parlement en Angleterre, à moins de supposer que ses instituteurs

ne bornaient pas ses études au Koran?

Dans toutes les mosquées, il y a des écoles établies qui sont

régulièrement fréquentées; et les pauvres sont instruits sans que

l'église turque soit en péril. Je crois que le système d'éducation

n'est pas encore imprimé (bien qu'il existe déjà des presses

turques, et que des livres soient imprimés pour l'instruction

militaire du Nizam Gedidd); je n'ai pas entendu dire si le Muphti et

les Mollas ont souscrit, ou si le Caïmacam et le Tefterdar ont pris

l'alarme, dans la crainte que le jeune homme instruit du turban soit

appris à ne pas _demander à Dieu sa voie_. Les Grecs aussi, espèce

de papistes irlandais de l'Orient, ont un collége de leur

propre religion à Maynouth,--non, à Haivali, où les chrétiens

hétérodoxes reçoivent la même protection des Ottomans, que le

collége catholique de la législation anglaise. Qui, alors, osera

affirmer que les Turks sont d'ignorans bigots, lorsqu'ils montrent

ainsi la même proportion de charité chrétienne qui est tolérée

dans le plus prospère et le plus orthodoxe de tous les royaumes

possibles? Mais, quoiqu'ils accordent toutes ces choses, ils ne

souffriraient pas que les Grecs participassent à leurs priviléges;

non: qu'ils se battent bien à la guerre, et paient exactement leur

haratch (taxe); qu'ils soient battus dans ce monde et damnés dans

l'autre. Émancipons-nous nos hilotes irlandais? Mahomet nous en

défende! Nous serions alors de mauvais musulmans et d'indignes

chrétiens. À présent, nous réunissons tout à la fois deux

excellentes choses: la foi jésuitique, et quelque chose qui n'est pas

beaucoup inférieur à la tolérance turque[A].

[Note A: Il y a un fait qui a eu lieu depuis ces sarcasmes de

Lord Byron contre sa patrie: c'est l'émancipation des catholiques

d'Irlande. Quant à la foi jésuitique et à la tolérance dont il

parle, nous n'en sommes pas juges.

(_N. du Tr._)]

APPENDIX.

Chez un peuple esclave, obligé d'avoir recours à des presses

étrangères, même pour ses livres de religion, il est moins

étonnant de trouver un si petit nombre de publications sur des sujets

généraux, que d'en trouver quelques-unes sur un sujet quelconque.

Le nombre total des Grecs, dispersés dans l'empire turc et partout

ailleurs, peut s'élever tout au plus à trois millions; et cependant,

pour un si petit nombre, il est impossible de trouver une nation riche

d'une si grande proportion de livres et d'auteurs que les Grecs

du siècle actuel. «Oui!» diront les généreux avocats de la

servitude, qui, tandis qu'ils affirment l'ignorance des Grecs,

désirent les empêcher de la dissiper. «Oui! ce sont pour la

plupart, si ce ne sont tous, des traités ecclésiastiques, et, par

conséquent, utiles à rien.» Fort bien! Que peuvent-ils écrire

autre chose, je vous demande? Il est assez plaisant d'entendre un

Frank, principalement un Anglais, qui abuse ainsi le gouvernement

de son propre pays; ou un Français, qui peut abuser tout autre

gouvernement, excepté le sien, et qui peut écrire à sa volonté

sur chaque sujet philosophique, religieux, scientifique, sceptique ou

moral, méprisant les légendes grecques! Un Grec ne peut écrire

sur la politique, et ne peut esquisser aucune science, faute

d'instruction; s'il doute, il est excommunié et damné: c'est

pourquoi ses compatriotes ne sont pas empoisonnés par la philosophie

moderne; et quant aux écrits moraux, remerciez-en les Turcs: ils ne

connaissent pas ces choses-là. Que leur reste-t-il donc, si le

cercle dans lequel ils peuvent écrire est tracé? La religion et la

biographie sacrée; et il est assez naturel que ceux qui ont si peu

de choses en partage dans cette vie jettent leurs regards sur la vie

future. Alors on ne devra pas être surpris que dans un catalogue que

j'ai maintenant sous les yeux, de cinquante-cinq écrivains grecs,

dont la plupart étaient encore vivans il y a peu d'années, il ne

s'en trouve pas plus de quinze qui aient traité autre chose que la

religion. Le catalogue en question est contenu dans le vingt-sixième

chapitre du quatrième volume de l'_Histoire Ecclésiastique_ de

Mélétius. J'extrais de ce catalogue une liste des auteurs qui

ont écrit sur des sujets généraux; elle sera suivie de quelques

spécimens en romaïque[A].

[Note A: On doit observer que les noms cités ne le sont pas dans un

ordre chronologique; mais ils sont pris au hasard parmi ceux qui

ont brillé depuis la prise de Constantinople jusqu'au tems de

Mélétius.]

LISTE D'AUTEURS ROMAÏQUES[A].

[Note A: Nous avons cru inutile de reproduire à la fin de cette liste

les spécimens romaïques dont parle Byron. Le très grand nombre de

nos lecteurs n'y auraient rien compris; et les savans les chercheront

plus naturellement dans le texte original.

(_N. du Tr._)]

Néophitus, diakonos (le diacre) de la Morée, a publié une grammaire

étendue et aussi quelques réglemens politiques, qui ont été

laissés inachevés à sa mort.

Prokopius, de Moscopolis (ville de l'Épire), a écrit et publié un

catalogue des Grecs savans.

Séraphin, de Périclée, est l'auteur de beaucoup d'ouvrages en

langue turque, mais en caractère grec, pour les chrétiens de

la Caramanie, qui ne parlent pas le romaïque, mais qui lisent ce

caractère.

Eustathius Psalida, de Bucharest, médecin, fit le voyage de

l'Angleterre dans le but de s'instruire (χάρευ μαθήσεως);

mais quoique son nom soit cité, on ne dit pas qu'il ait publié

quelque ouvrage.

Kalliuikus Torgeraus, patriarche de Constantinople. On a de lui

plusieurs poèmes et des traités en prose, ainsi qu'une liste des

patriarches, depuis la dernière prise de Constantinople.

Anastasius Macedon, de Naxos, membre de l'académie royale de

Varsovie: c'est un biographe d'église.

Démétrius Pamperis, de Moscopolis, a écrit plusieurs ouvrages,

particulièrement un commentaire sur _le Bouclier d'Hercule_,

d'Hésiode, et deux cents contes (on ne dit pas sur quels sujets);

et il a publié sa correspondance avec le célèbre George de

Trébisonde, son contemporain.

Mélétius, célèbre géographe, auteur du livre d'où cette liste

est tirée.

Dorothéus, de Mitylène, philosophe aristotélicien. Ses ouvrages

helléniques sont en grande réputation, et il est estimé par

les modernes (je cite les paroles de Mélétius): μετά τόν

Θόυχυδίδην καἰ Ξενοψωντα ἀριϛοϛ

Ελλἠνων. J'ajoute, sur l'autorité d'un Grec bien informé,

qu'il était si célèbre parmi ses compatriotes, qu'ils avaient

l'habitude de dire: Si Thucydide et Xénophon étaient perdus, il

serait capable de réparer cette perte.

Marinus, comte Tharboures, de Céphalonie, professeur de chimie à

l'académie de Padoue, et membre de cette académie, ainsi que de

celles de Stockholm et d'Upsal. Il a publié, à Venise, un aperçu de

quelques animaux marins, et un traité sur les propriétés du fer.

Marcus, frère du précédent, fameux dans les mécaniques. Il dirigea

sur Saint-Pétersbourg l'immense rocher de marbre sur lequel la statue

de Pierre-le-Grand fut posée en 1769. Voyez la dissertation qu'il

publia à Paris en 1777.

George Constantin a publié un lexique en quatre langues.

George Ventote, un lexique en français, en italien et en romaïque.

Il existe beaucoup d'autres dictionnaires en latin, en romaïque,

en français, etc., et des grammaires dans chaque langue moderne,

excepté en anglais.

Parmi les auteurs vivans, ceux qui suivent sont les plus

célèbres[A]:

[Note A: Ces noms ne sont tirés d'aucune publication.

(_Note de Lord Byron_.)

On trouvera des renseignemens plus étendus sur ce sujet à la fin des

notes du quatrième chant.]

Athanasius Parios a écrit un traité de rhétorique hellénique.

Christodoulos, Acarnanien, a publié à Vienne quelques traités sur

la physique, en hellénique.

Panagiotes Kodrikas, Athénien, le traducteur romaïque de _la

Pluralité des mondes_ de Fontenelle (ouvrage en grande faveur parmi

les Grecs), est destiné à une chaire de langues hellénique et arabe

à Paris[A], langues qu'il possède d'une manière distinguée.

[Note A: M. Kodrikas n'a point été nommé professeur de langue arabe

à Paris, depuis cette note de Lord Byron. Les événemens politiques

qui ont eu lieu l'en ont peut-être empêché.

(_N. du Tr._)]

Athanasius, de Paros, auteur d'un traité sur la rhétorique.

Vicenzo Damodos, de Céphalonie, a écrit: Εἰς το

μεσοβάρβαρον, sur la logique et la physique.

Jean Kamarasis, Byzantin, a traduit en français, Ocellus, sur

l'Univers. On le dit excellent helléniste et latiniste.

Grégoire Démétrius a publié, à Vienne, un ouvrage géographique.

Il a aussi traduit plusieurs auteurs italiens, et a imprimé ses

versions à Venise.

Des notices sur Coray et Psalida ont déjà été données

précédemment.

Chant Troisième.

Afin que cette application vous forçât de penser à autre

chose: il n'y a en vérité de remède que celui-là et le

tems.

(_Lettre du roi de Prusse à d'Alembert_, 7 septembre 1776.)

1. Ton visage est-il semblable à celui de ta mère, ma belle enfant!

Ada! seule fille de ma maison et de mon cœur? Quand je vis la

dernière fois tes jeunes yeux bleus, ils souriaient, et nous nous

séparâmes alors,--non comme nous nous séparons aujourd'hui, mais

avec une espérance.--M'éveillant en sursaut, je vois les vagues se

soulever autour de moi, et dans les airs les voix des vents se font

entendre: Je pars; où vais-je?--Je n'en sais rien; car le tems n'est

plus où les rivages d'Albion, disparaissant à mes regards, pouvaient

faire naître en moi de la tristesse ou de la joie.

2. Une fois encore sur les ondes! oui, une fois encore! Les vagues

bondissent sous moi comme un fougueux coursier qui reconnaît son

cavalier. Salut! salut à leur mugissement! rapide soit leur marche,

quels que soient les lieux où elles me conduisent! Quand même le

mât ployé du navire tremblerait comme un roseau, quand les voiles

déchirées flotteraient en lambeaux emportés par les vents, je

poursuivrais encore ma route sur les mers, car je suis comme l'algue

marine, arrachée du rocher, et entraînée sur l'écume de l'Océan

pour voguer partout où les lames se soulèvent et où règne le

souffle de la tempête.

3. Dans l'été de mes jours j'entrepris de chanter un jeune homme,

l'errant exil de son esprit sombre; je reprends un thème que j'avais

à peine commencé. Je le porte avec moi, comme le vent fougueux porte

et roule des nuages dans les airs; je retrouve dans cette histoire

les traces de pensées qui ne sont plus, et de larmes taries qui n'ont

laissé après elles que de stériles vestiges, sur lesquels toutes

mes années voyageuses foulent lentement les derniers sables de la

vie.--Désert stérile où n'apparaît aucune fleur.

4. Depuis mes jeunes jours de passion,--de joie et de douleur,

peut-être mon cœur et ma lyre auront perdu leur secret d'harmonie.

Peut-être serait-ce en vain que je voudrais essayer de chanter comme

je chantais. Cependant, quelque tristes que soient mes accords, je

veux y livrer mon ame, s'ils peuvent m'arracher au rêve accablant

d'une douleur ou d'une gaîté personnelle;--s'ils peuvent répandre

l'oubli autour de moi.--Alors ces chants, du moins pour moi, ne seront

point sans quelque charme.

5. Celui qui a vieilli dans ce monde de douleurs par ses actions et

non par ses années, perçant les profondeurs mystérieuses de la vie,

à tel point qu'aucun étonnement ne peut désormais le surprendre, et

dont l'amour, la douleur, la renommée, l'ambition, ne peuvent

blesser le cœur avec le glaive aigu de la souffrance silencieuse

et déchirante; celui-là pourra dire pourquoi la pensée cherche un

refuge dans les grottes solitaires, peuplées, pour elle, d'images

aériennes et de formes qui subsistent encore sans altération,

malgré leur âge, dans la retraite fréquentée de l'ame.

6. C'est pour créer, et pour vivre, en créant, d'une vie plus

intense, que nous donnons des formes à nos rêveries, obtenant

nous-mêmes comme nous la donnons, la vie que nous rêvons, ainsi que

je l'éprouve maintenant. Que suis-je? Rien; mais tu n'es pas ainsi,

ame de ma pensée! avec toi, être invisible, mais doué de la

faculté de contemplation, je traverse la terre; embrasé de ton

esprit, partageant ton essence immortelle, et recouvrant avec toi une

sensibilité qui paraissait avoir été brisée par le malheur.

7. Cependant je dois penser plus sagement:--j'_ai_ pensé trop

long-tems, j'ai eu des idées trop sombres, jusqu'à ce que mon

cerveau soit devenu dans ses propres et tournoyantes ébullitions,

un gouffre enflammé de conceptions et de rêveries extraordinaires.

Ainsi, n'ayant point appris dans ma jeunesse à dompter mon cœur, les

sources de ma vie ont été empoisonnées. Il est trop tard! cependant

je suis bien changé; quoique je sois encore assez le même en force

pour supporter ce que le tems ne peut abattre, et me nourrir encore de

fruits plus amers sans accuser le sort.

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 03 avec notes et commentaires comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 8 / 27 段