vue des côtes de l'Italie, est moins connue que l'Amérique. Des
circonstances de trop peu d'importance pour les rapporter ici, nous
ont conduits, M. Hobbouse et moi, dans cette contrée, avant que nous
eussions visité aucune autre partie de la domination ottomane, et,
à l'exception du major Leake[A], alors résident officiel de
l'Angleterre à Janina, aucun autre Anglais n'a jamais été plus loin
dans l'intérieur que cette capitale, ainsi que ce gentilhomme nous
l'a dernièrement assuré. _Ali-Pacha_, à cette époque (octobre
1809, était en guerre avec _Ibraïm-Pacha_, qu'il avait obligé de
s'enfermer dans Bérat, forteresse qu'il assiégeait alors. À
notre arrivée à Janina, nous fûmes invités à Tépalin, lieu de
naissance de sa grandeur le pacha, où était son sérail favori, à
une journée de distance seulement de Bérat; c'est là que le vizir
avait établi son quartier-général.
[Note A: Probablement l'auteur des _Researches in Greece_, in-4º,
_Londres_, 1814, qui renferment des remarques fort curieuses sur les
langages parlés aujourd'hui en Grèce: le grec moderne, dont il donne
une grammaire; l'albanais, les langues bulgare et walaque.
(_N. du Tr._)]
Après avoir séjourné quelques jours dans la capitale de l'Albanie,
nous nous rendîmes à son invitation; mais, quoique prémunis de tout
ce qui pouvait nous être utile et escortés par un secrétaire du
vizir, nous fûmes neuf jours (à cause des pluies) à faire un voyage
qui, à notre retour, n'en dura que quatre.
Nous rencontrâmes, sur notre route, deux villes: Argyrocastro et
Libochabo, peu inférieures, à ce qu'il nous parut, à Janina, et le
pinceau et la plume ne pourraient rendre dignement les beautés des
sites qu'offre le voisinage de Zitza et de Delvinachi, village placé
sur la frontière de l'Épire et de l'Albanie proprement dite.
Je ne m'étendrai pas sur l'Albanie et ses habitans, parce que cette
tâche sera beaucoup mieux remplie par mon compagnon de voyage dans un
livre dont la publication précédera probablement celle du mien, et
qu'il me conviendrait aussi peu d'imiter que de précéder; mais un
petit nombre d'observations sont nécessaires à l'intelligence du
texte.
Les Arnautes ou Albanais me frappèrent beaucoup par leur ressemblance
avec les montagnards de l'Écosse, dans leur habillement, leur figure
et leur manière de vivre. Leurs montagnes même me parurent des
montagnes calédoniennes avec un plus beau climat. Le kilt (espèce de
jupon que portent les montagnards de l'Écosse) quoique blanc, leurs
formes minces et souples, leur dialecte celtique dans ses sons, et
leurs habitudes hardies, tout me transportait à Morven. Aucune nation
n'est si détestée ni si redoutée de ses voisins que les Albanais;
les Grecs les regardaient à peine comme chrétiens, et les Turcs
comme mahométans: dans le fait, ils ont un mélange de ces deux
religions, et quelquefois ils n'en suivent aucune. Leurs habitudes
sont vagabondes et portées au pillage; ils sont tous armés: et les
Arnautes aux schawls rouges, les Monténégrins, les Chimariotes et
les Gegdes sont perfides. Les autres Albanais diffèrent un peu dans
le costume, et essentiellement dans le caractère. Aussi loin que va
mon expérience, j'en puis parler favorablement. J'étais accompagné
par deux, un infidèle et un musulman, à Constantinople et dans
toutes les parties de la Turquie que j'ai visitées, et on trouverait
rarement quelqu'un plus fidèle dans le péril et plus infatigable
dans le service. L'infidèle se nommait Basilius, le musulman Derwich
Tahiri. Le premier était un homme d'un moyen âge, et le second
avait à peu près le mien. Basili était expressément chargé par
_Ali-Pacha_ en personne de nous accompagner; et Derwich était l'un
des cinquante qui nous servirent d'escorte pour traverser les forêts
de l'Acarnanie jusque sur les bords de l'Achéloüs, du côté de
Missolunghi; dans l'Étolie. C'est là que je le pris à mon service,
et je n'ai pas eu l'occasion de m'en repentir jusqu'au moment de mon
départ.
Lorsqu'on 1810, après le départ de mon ami, M. Hobbouse, pour
l'Angleterre, je fus saisi d'une violente fièvre en Morée, ces
deux hommes me sauvèrent la vie en repoussant mon médecin, qu'ils
menacèrent de lui couper le cou, s'il ne me guérissait pas dans
un tems donné. C'est à l'assurance consolante d'une rétribution
posthume et au refus absolu d'exécuter les ordonnances du docteur
Romanelli que j'attribuai ma guérison. J'avais laissé le dernier
domestique anglais qui me restait, à Athènes; mon drogman était
aussi malade que moi, et mes bons Arnautes me soignèrent avec une
attention qui eût fait honneur à la civilisation.
Ils eurent de nombreuses aventures, car le musulman Derwich, étant un
fort bel homme, était toujours en querelle avec les maris d'Athènes;
de telle sorte que quatre des principaux Turcs me firent une visite de
remontrance au couvent où je logeais, parce qu'il avait enlevé
une femme du bain,--femme qu'il avait légalement achetée
cependant,--chose très-contraire à l'étiquette.
Basili aussi était fort galant à sa manière, et il avait la plus
grande vénération pour l'église, en même tems que le plus haut
mépris pour les hommes d'église, qu'il souffletait dans l'occasion
de la manière la plus hétérodoxe. Cependant il ne passait jamais
devant une église sans se signer, et je me rappelle encore les
risques qu'il courut en entrant dans Sainte-Sophie, à Constantinople,
parce que cette mosquée avait été autrefois consacrée à son
culte. Lorsqu'on lui faisait des remontrances sur sa conduite
irrégulière, il répondait toujours: «Notre église est sainte,
mais nos prêtres sont des voleurs,» et alors il se signait comme
il en avait coutume, et il _boxait_ les oreilles des premiers _papas_
(prêtres grecs) qui refusaient de l'aider dans une opération
requise, comme il s'en rencontre toujours, où la présence d'un
prêtre qui a de l'influence sur le Codjia-Bachi de son village est
nécessaire. Il est vrai que l'on ne peut trouver une race abandonnée
de mécréans plus abjecte que les derniers ordres du clergé grec.
Quand je fis les préparatifs de mon retour, mes Albanais furent
appelés pour recevoir leurs gages. Basili prit les siens avec une
démonstration maladroite de regrets de mon départ, et il s'en alla
bien vite avec son sac de piastres. J'envoyai chercher de nouveau
Derwich, mais on fut quelque tems à le trouver; à la fin, il entra,
juste au moment où le signor _Logotheti_, père du ci-devant consul
anglais à Athènes, et quelques autres Grecs de ma connaissance,
me rendaient visite. Derwich prend l'argent, mais il le jette
tout-à-coup par terre, et, joignant ses mains, qu'il éleva jusqu'à
son front, il se précipita de l'appartement en pleurant amèrement.
De ce moment jusqu'à l'heure où je m'embarquai, il continua ses
lamentations, et tous nos efforts pour le consoler ne tiraient de lui
que cette réponse: μα ψεινει! _il m'abandonne!_ Le signor
Logotheti, qui jusque-là n'avait pleuré que pour la perte d'un
_para_[A], s'attendrit; le père du couvent, mes domestiques, les
personnes qui étaient venues me visiter, se mirent aussi à pleurer,
et je crois aussi que le gras et écervelé marmiton de Sterne aurait
laissé lui-même sa poissonnière pour sympathiser avec le chagrin
sincère et spontané de ce barbare.
[Note A: À peu près le quart d'un liard.]
Pour ma propre part, quand je me rappelai que, peu de tems avant mon
départ de l'Angleterre, un noble personnage, avec qui j'avais été
intimement lié, s'excusa de prendre congé de moi, parce qu'il avait
à accompagner une de ses parentes chez _sa marchande de modes_, je
me sentis non moins surpris qu'humilié par la comparaison du présent
avec mes souvenirs du passé.
Que Derwich me quittât avec quelque regret, je devais m'y attendre:
quand le maître et le domestique ont gravi ensemble les montagnes
d'une douzaine de provinces, ils ne se séparent qu'à regret. Mais
la sensibilité présente de Derwich, en contraste avec sa férocité
native, améliora l'opinion que j'avais du cœur humain. Je crois que
cette fidélité, presque féodale, est fréquente parmi les Albanais.
Un jour, pendant notre voyage sur le Parnasse, un Anglais à mon
service apostropha brusquement Derwich dans une dispute concernant mes
bagages, et l'Albanais crut que l'autre avait voulu le frapper: il ne
dit rien, mais il s'assit, appuyant sa tête sur ses mains. Prévoyant
les conséquences qui allaient arriver, nous nous efforçâmes de lui
faire comprendre qu'on n'avait pas voulu lui faire un affront. Il ne
donna que la réponse suivante: «J'ai été _un voleur_, je _suis_ un
soldat: jamais un chef ne m'a frappé: _Vous_ êtes mon maître: j'ai
mangé votre pain; mais, par ce _pain_! (c'est un serment habituel)
s'il en eût été autrement, j'aurais poignardé votre chien de
domestique, et je me serais retiré dans les montagnes.» Ainsi finit
l'affaire; mais, depuis ce jour, il ne pardonna jamais complètement
à celui qui l'avait insulté involontairement.
Derwich excellait dans la danse de son pays, que l'on suppose être un
reste de l'ancienne Pyrrhique. Que cela soit ou non, c'est une
danse mâle et qui exige une prodigieuse agilité. Elle diffère
essentiellement de la stupide Romaïque et de la ronde lourde
des Grecs, dont notre compagnie (_party_) athénienne a tant
d'échantillons.
Les Albanais en général (je n'entends point les cultivateurs dans
les provinces, qui portent aussi ce nom, mais les montagnards) ont
une contenance distinguée; et les plus belles femmes que j'aie
jamais vues, pour les formes et pour les traits du visage, je les vis
_nivelant un chemin_ qui avait été dégradé par des torrens
entre _Delvinachi_ et _Libochabo_. La démarche des Albanais est
tout-à-fait théâtrale, mais cette gravité est probablement l'effet
de leur habillement, dont une partie est une capote ou manteau qui
est attaché sur une épaule. Leurs longs cheveux rappellent ceux
des Spartiates, et leur courage, dans leurs courtes expéditions
militaires, est incontestable. Quoiqu'ils aient un peu de cavalerie
parmi les Gegdes, je n'ai jamais vu un bon cavalier arnaute; les deux
qui étaient à mon service préféraient les selles anglaises, dont
cependant ils ne purent jamais faire usage. Mais à pied, ils ne
peuvent être domptés par la fatigue.
NOTE 12, STANCE 39.
Ithaque.
NOTE 13, STANCE 40.
Actium et Trafalgar n'ont pas besoin d'autre mention. La bataille
de Lépante fut aussi sanglante et importante; mais elle est moins
connue. Elle se donna dans le golfe de Patras: c'est là que l'auteur
de don Quichote perdit sa main gauche.
NOTE 14, STANCE 41.
Leucade, aujourd'hui Sainte-Maure. De son promontoire (le
Saut-de-l'Amour), on dit que Sapho se précipita dans les flots.
NOTE 15, STANCE 45.
On rapporte que le jour qui précéda la bataille d'Actium Antoine
avait treize rois à son lever.
NOTE 16, STANCE 45.
Nicopolis, dont les ruines sont très-étendues, est à quelque
distance d'Actium; on y voit encore quelques fragmens des murs de
l'Hippodrome.
NOTE 17, STANCE 47.
Selon M. Pouqueville, c'est le lac de Yanina; mais Pouqueville est
toujours inexact[A].
[Note A: Byron ne parle ici que d'un premier ouvrage de M.
Pouqueville, où plusieurs erreurs s'étaient glissées, faute de
renseignemens exacts: elles ont été rectifiées dans les deux grands
ouvrages qu'il a publiés depuis, et que n'a point connus Lord Byron.
(_N. du Tr._)]
NOTE 18, STANCE 47.
Le célèbre Ali-Pacha. On trouvera, sur cet homme extraordinaire, une
notice incorrecte dans les _Voyages de Pouqueville_.
NOTE 19, STANCE 47.
Cinq mille Souliotes, occupant les rochers et le château de Souli,
résistèrent à trente mille Albanais, pendant dix-huit ans. Le
château fut pris à la fin par trahison. Dans cette guerre il y eut
beaucoup de traits dignes des meilleurs jours de la Grèce.
NOTE 20, STANCE 48.
Le couvent et le village de Zitza sont à quatre heures de Yanina, ou
de Joanina, la capitale du pachalik. Dans la vallée coule la rivière
de Kalamas (autrefois l'Achéron), qui forme une belle cataracte
non loin de Zitza. Le site est peut-être le plus beau de la Grèce,
quoique les environs de Delvinachi et quelques parties de l'Étolie et
de l'Acarnanie puissent lui disputer la palme. Delphes, le Parnasse,
et, dans l'Attique, le cap Colonna et le port Raphti lui sont bien
inférieurs, ainsi que plusieurs scènes de l'Ionie et de la Troade;
et je suis très-porté à y ajouter les approches de Constantinople;
mais la comparaison ne pourrait guère se soutenir avec les
différentes perspectives de cette dernière ville.
NOTE 21, STANCE 49.
Les moines grecs se nomment _Caloyers_.
NOTE 22, STANCE 51.
Les monts chimariotes paraissent avoir été volcaniques.
NOTE 23, STANCE 51.
L'Achéron se nomme aujourd'hui Kalamas.
NOTE 24, STANCE 52.
Manteau albanais.
NOTE 25, STANCE 55.
Anciennement le mont Tomarus.
NOTE 26, STANCE 55.
La rivière de Laos était grosse à l'époque où l'auteur la passa,
et, immédiatement au-dessus de Tépalin, elle paraissait à l'œil
aussi large que la Tamise à Westminster, au moins dans l'opinion de
l'auteur et de son compagnon de voyage, M. Hobbouse. En été, elle
doit être beaucoup moins grande. C'est certainement la plus belle
rivière du levant, et ni l'Achéloüs, ni l'Alphée, ni l'Achéron,
ni le Scamandre, ni le Caïstre, n'en approchent en beauté ou en
largeur.
NOTE 27, STANCE 66.
Allusion aux pillards de Cornouailles.
NOTE 28, STANCE 71.
Les Albanais musulmans ne s'abstiennent pas de vin, comme la plupart
des autres musulmans.
NOTE 29, STANCE 71.
Palikar, sans voyelle finale, en s'adressant à une seule personne,
de Παλεχαρε, nom général appliqué à tous les soldats
parmi les Grecs et les Albanais qui parlent romaïque. Ce mot signifie
proprement _un garçon_.
NOTE 30, STANCE 72.
Comme spécimen du dialecte albanais ou arnaute de l'Illyrie,
j'insérerai ici deux des chants les plus populaires qui sont
ordinairement chantés en dansant par les hommes ou les femmes
indistinctement. Les premiers mots sont purement une espèce de chœur
ou de refrain sans signification, comme on en trouve dans notre propre
langue et dans les autres.
I.
_Bo, bo, bo, bo, bo, bo_,
_Naciarura popuso_.
I.
La, la, je viens, je viens, garde
le silence.
II.
_Naciarura na civin_
_Ha penderini ti hin_.
II.
Je viens, je cours, ouvre la porte,
afin que je puisse entrer.
III.
_Ha pe udiri escrotini_
_Ti vin ti mar serveniti_.
III.
Ouvre la porte à moitié, afin que
je puisse prendre mon turban.
IV.
_Caliriote me surme_
_Ea ha pe pse dua tive_.
IV.
Caliriote[A] aux yeux noire, ouvre
la porte, pour que je puisse entrer.
V.
_Buo, bo, bo, bo, bo_,
_Gi egem spirta esimiro_.
V.
La, la, je t'entends, mon ame.
VI.
_Caliriote vu le funde_
_Edve vete tunde tunde_.
VI.
Une jeune Arnaute, richement
parée, marche avec grâce et orgueil.
VII.
_Caliriote me surme_
_Timi put e poi mi le_.
VII.
Caliriote, vierge des yeux noirs,
donne-moi un baiser.
VIII.
_Se ti puta citi mora_
_Si mi ri ni veti udo gia_.
VIII.
--Quand je t'ai donné un baiser,
qu'y as-tu gagné? mon ame est consumée de feu.
IX.
_Va le ni il cadale_
_Celo more, more celo_.
IX.
--Danse légèrement, avec grâce,
avec plus de grâce encore.
X.
_Plu hari ti tirete_:
_Plu huron cia pra seti_.
X.
Ne fais pas tant de poussière;
elle gâterait tes chaussures brodées.
[Note A: Les Albanais, particulièrement les femmes, sont fréquemment
nommés _Caliriotes_: j'en ai vainement cherché la raison.]
La dernière stance pourrait embarrasser un commentateur. Les hommes,
en Albanie, ont certains brodequins, de la texture la plus belle;
mais les dames (auxquelles on suppose que le chant qui précède
est adressé) n'ont rien sous leurs petites bottes jaunes et leurs
pantoufles qu'une jambe bien tournée et quelquefois très-blanche.
Les jeunes Albanaises sont beaucoup plus jolies que les Grecques, et
leur costume est beaucoup plus pittoresque. Elles conservent leurs
formes plus long-tems belles, parce qu'elles sont toujours au grand
air. On doit remarquer que l'arnaute n'est pas un langage _écrit_:
c'est pourquoi les mots de la chanson qui précède et de celle qui
suit sont orthographiés d'après leur prononciation. Ils ont été
transcrits par une personne qui parle et comprend parfaitement le
dialecte, et qui est native d'Athènes.
I.
_Ndi sefda tinde ulavossa_
_Vettimi upri vi lofsa_.
I.
Je suis blessé par ton amour, et
je n'ai aimé que pour me déchirer moi-même.
II.
_Ah vaisisso mi privi lofse_
_Si mi rini mi la vosse_.
II.
Tu m'as consumé; ah! jeune
fille! tu m'as blessé au cœur.
III.
_Uti tasa roba stua_
_Siti eve tulati dua_.
III.
J'ai dit que je ne demandais de
douaire que tes yeux et tes œillades.
IV.
_Roba stinoris sidua_
_Qu mi sini vetti dua_.
IV.
Je n'ai pas besoin de ce maudit
douaire, je n'ai besoin que de toi.
V.
_Qurmini dua civileni_
_Roba ti siarmi tildi eni_.
V.
Donne-moi tes charmes, et que
ta dot alimente la flamme du foyer.
VI.
_Utara pisa vaisisso me simi rin ti_
_hapti_
_Eti mi bire a piste si gui dendroi_
_tiltati_.
VI.
Je t'ai aimée, jeune fille, avec
une ame sincère; mais tu m'as
abandonné comme un arbre desséché.
VII.
_Udi vura udorini udiri cicova cilti_
_mora_,
_Udorini talti hollna u ede caimoni_
_mora_.
VII.
Si j'ai placé ma main sur ton
sein, qu'y ai-je gagné? j'ai retiré
ma main; mais j'en ai emporté
des flammes!
Je crois que les deux dernières stances, comme étant d'une mesure
différente, doivent appartenir à une autre ballade. Une idée qui
a quelque analogie avec la pensée des dernières lignes citées
ci-dessus, fut exprimée par Socrate, lorsque, ayant appuyé son
bras sur un de ses ύποχολπιοι, Critobule ou Cléobule,
le philosophe se plaignit pendant quelques jours d'une douleur
pénétrante qui se faisait ressentir jusqu'à l'épaule; c'est
pourquoi il résolut très-convenablement d'enseigner ses disciples à
l'avenir sans les toucher.
NOTE 31, STANCE 1.
Ces stances sont en partie prises de différens chants albanais,
autant que j'ai été capable de les comprendre à l'aide de
traductions romaïques et italiennes.
NOTE 32, STANCE 8.
Prévise fut pris d'assaut sur les Français.
NOTE 33, STANCE 73.
On trouvera quelques idées sur ce sujet dans les fragmens qui
suivent.
NOTE 34, STANCE 74.
Phylé, qui commande une belle vue d'Athènes, conserve encore des
ruines considérables; elle fut prise par Thrasybule, la veille de
l'expulsion des trente tyrans.
NOTE 35, STANCE 77.
Lorsqu'elle fut prise par les latins, et conservée pendant plusieurs
années. (Voyez _Gibbon_.)
NOTE 36, STANCE 77.
La Mecque et Médine furent prises il y a quelque tems par les
Wahabis, secte qui s'accroît chaque jour.
NOTE 37, STANCE 85.
Sur un grand nombre de montagnes, particulièrement Liakura, la neige
ne se fond jamais entièrement, malgré la chaleur intense de l'été;
mais je n'en ai jamais vu durer dans la plaine, même en hiver.
NOTE 38, STANCE 86.
Le mont Pentélicus, d'où le marbre qui servit à construire les
édifices publics d'Athènes fut tiré. Son nom moderne est le _mont
Mendéli_. Une immense excavation, formée par l'exploitation des
carrières, subsiste encore, et subsistera probablement jusqu'à la
fin des tems.
NOTE 39, STANCE 89.
«Siste, viator, heroa calcas!» était l'épitaphe du fameux comte
Merci. Quels doivent être alors nos sentimens quand nous foulons
la tombe des deux cents (Grecs) qui succombèrent à Marathon? Le
principal tombeau a été récemment ouvert par Fauvel; on n'y trouva
que peu d'antiquités, comme vases, etc. On m'offrit de me vendre la
plaine de Marathon pour la somme de 16,000 piastres, à peu près 900
livres sterling (22,500 fr.[A])! Hélas! «Expende quot _libras_ in
duce summo invenies!» La cendre de Miltiade ne valait-elle pas déjà
davantage? Elle n'aurait guère moins rapporté si on l'avait vendue
au poids.
[Note A: Je ne sais pourquoi M.A.P. traduit ce passage: _The plain
of Marathon was offered to me for sale at the sum of sixteen thousand
piastres, about nine hundred pounds_! par: «On m'offrit de me vendre
la terre de Marathon pour 1,600 piastres, ce qui fait à peu près 90
livres d'Angleterre.» Ce ne pouvait être pour déprécier encore le
sol grec: c'était probablement une erreur de son texte.
(_N. du Tr._)]
ADDITIONS AUXQUELLES RENVOIE LA NOTE 33.
I.
Avant de rien dire d'une ville dont tout le monde, voyageur ou non,
a cru nécessaire de dire quelque chose, je prierai Miss Owenson,
si elle choisit bientôt une héroïne athénienne pour ses quatre
volumes, d'avoir la bonté de la marier à quelqu'un de meilleure
condition qu'un _Disdar-Aga_ (qui, par parenthèse, n'est pas un aga),
le plus impoli de tous les petits officiers, et le plus grand patron
de rapine qu'Athènes ait jamais vu (excepté lord Elgin). C'est le
plus indigne des habitans de l'Acropolis, qui reçoit un traitement
annuel de 150 piastres (8 livres sterling), outre lequel on lui donne
encore de quoi payer sa garnison, le corps le plus indiscipliné de
tous les corps indisciplinés de l'empire ottoman. Je dis ceci par
amitié, me rappelant que je fus autrefois la cause que le mari de
l'_Ida d'Athènes_ manqua de recevoir la bastonnade. Le dit _Disdar_
est un turbulent mari qui bat sa femme, tellement que je supplie Miss
Owenson de solliciter une séparation de corps pour son _Ida_. Ayant
donné ces préliminaires, aux lecteurs de romans, sur une matière
de cette importance, j'abandonne Ida pour parler de son lieu de
naissance.
Mettant de côté la magie des noms et toutes ces associations
d'idées qu'il serait pédantesque et superflu de récapituler, la
seule situation d'Athènes suffirait pour la rendre la favorite de
tous les hommes qui ont des yeux pour admirer l'art et la nature. Le
climat, à moi du moins, paraît un printems perpétuel; pendant
huit mois, je n'ai pas passé un jour sans monter plusieurs heures à
cheval; la pluie est extrêmement rare, la neige ne séjourne jamais
dans les plaines, et un jour nuageux est une agréable rareté. En
Espagne, en Portugal, et dans tous les lieux de l'Orient que j'ai
visités, excepté l'Ionie et l'Attique, je n'ai point trouvé de
climat d'une telle supériorité au nôtre; et à Constantinople, où
je passai mai, juin, et une partie de juillet (1810), on peut _damner
le climat et se plaindre du spleen_ cinq jours au moins sur sept.
L'air de la Morée est pesant et malsain; mais, du moment où vous
passez l'isthme dans la direction de Mégare, le changement est
très-sensible. Je crains bien qu'Hésiode ne soit encore trouvé
exact dans sa description d'un hiver béotien.
Nous avons trouvé à Livadie un _esprit fort_, dans la personne d'un
évêque grec. Ce digne hypocrite se moquait de sa propre religion
avec une grande intrépidité (mais non pas devant son troupeau), et
se riait de la messe comme d'une _coglioneria_. Il était impossible
d'avoir meilleure idée de lui pour cela; mais, pour un Béotien, il
était vif avec toute son absurdité. Ce phénomène (à l'exception
de Thèbes, des ruines de Chéronée, de la plaine de Platée,
d'Orchomène, de Livadie, et de sa grotte de Trophonius) fut la seule
chose remarquable que nous vîmes avant de passer le mont Cythéron.
La fontaine de Dircé fait tourner un moulin: du moins mon compagnon
(qui, ayant résolu d'être tout à la fois propre et classique, se
baigna dans ses flots) assura que c'était la fontaine de Dircé,
et toute personne qui le jugera convenable pourra le contredire.
À Castri, nous goûtâmes de l'eau d'une demi-douzaine de petits
ruisseaux (qui, dans quelques-uns, n'était pas des plus pures) avant
de décider à notre satisfaction quelle était celle de Castalie; et
celle sur laquelle notre choix s'arrêta avait un goût désagréable,
qui venait probablement de l'alimentation des neiges; cette
expérience ne nous jeta point dans une fièvre épique comme ce
pauvre Dr. Chandler.
Du fort de Phylé, dont les ruines considérables existent encore, la
plaine d'Athènes, le Pentélique, l'Hymette, l'Acropolis, et la
mer Égée, apparaissent tout ensemble aux regards. Selon moi, cette
perspective est plus magnifique encore que celle de Cintra et de
Constantinople. La vue même de la Troade, qui embrasse l'Ida,
l'Hellespont et le mont Athos dans le lointain, ne pourrait l'égaler,
quoique supérieure en étendue.