_Rue Beaurepaire._ Elle donne d'un bout dans la rue Montorgueil, et de

l'autre dans celle des Deux-Portes. Cette rue, qui existoit dès 1255, se

trouve indiquée dans les cartulaires de l'évêché de cette année[478],

sous le nom de _Bellus locus_; on la trouve encore dans un acte de 1258

sous celui de _Vicus qui dicitur Bellus Reditus_[479]. Dès l'an 1313 cette

rue et le terrain sur lequel elle étoit située avoient changé leur nom

latin en celui de _Beaurepaire_. En 1478 on y voyoit une plâtrière qui

portoit le même nom.

[Note 478: Fol. 162, _verso_, cart. 219.--Fol. 80, _verso_,

cart. 3.]

[Note 479: _Parv. cart._, fol. 117, _recto_.--Cart. 185.]

_Rue de Bourbon[480]._ Cette rue, qui aboutit d'un côté aux rues des

Petits-Carreaux et Montorgueil, et de l'autre vient finir à la porte

Saint-Denis, doit son nom à dame Jeanne de Bourbon, abbesse de

Fontevrault, à qui les dames de la communauté des Filles-Dieu, sorties de

cet ordre, voulurent faire honneur; en effet ce furent elles qui

changèrent son ancienne dénomination, laquelle étoit rue _Saint-Côme_ et

_rue du Milieu des Fossés_, noms qu'elle portoit conjointement avec celles

qui couvroient le fossé qu'on avoit creusé en cet endroit. On la trouve

indiquée, dès 1639, sous le nom de rue de Bourbon.

[Note 480: Pendant la révolution elle a porté le nom de rue

_d'Aboukir_. Les bâtiments de cette rue n'étoient pas encore

entièrement achevés au commencement du dix-huitième siècle.]

_Rue du Bourg-l'Abbé._ Elle aboutit d'un côté dans la rue aux Oues (ou aux

Ours), et de l'autre dans la rue Greneta. Il y a plusieurs opinions sur

l'étymologie du nom de cette rue. Sauval[481] prétend qu'elle le doit à un

particulier nommé _Simon du Bourg-l'Abbé_ ou _du Bourlabbé_; Jaillot

présume qu'elle le doit à un ancien bourg qui existoit sous les rois de la

seconde race. Ce bourg s'étant accru, on y construisit la chapelle de

Saint-Georges, dont nous avons déjà parlé, laquelle prit depuis le nom de

Saint-Magloire; et comme elle dépendoit de l'abbé de ce monastère, il lui

paroît vraisemblable que le bourg voisin, qui s'augmentait tous les jours,

en prit le nom de _Bourg-l'Abbé_.

[Note 481: T. I, p. 115.]

Le commissaire Delamare a cru que ce nom venoit de l'abbé de

Saint-Martin-des-Champs[482], sur la censive duquel ce bourg étoit,

dit-il, en partie situé; mais il a confondu le Beaubourg, qui étoit

véritablement dans la censive de Saint-Martin-des-Champs, avec le

Bourg-l'Abbé, qui a été jusqu'aux derniers temps dans celle de

Saint-Magloire.

[Note 482: Traité de la Pol., t. I, p. 139.]

_Rue du Petit-Carreau_ ou _des Petits-Carreaux_. Elle commence à la rue

Saint-Sauveur, et va jusqu'à celle de Cléri, en faisant la continuation de

la rue Montorgueil. La plupart des anciens plans ne la distinguent point

de cette dernière rue; mais ils indiquent en cet endroit _les

Petits-Carreaux_, qui étoient l'enseigne d'une maison, laquelle subsistoit

encore à la fin du siècle dernier, et devoit ce nom au lieu où elle étoit

située. En 1628 le registre des ensaisinements désigne aussi la rue sous

le nom _des Petits-Carreaux_; Sauval lui donne le même nom. Ce n'est que

dans les plans et nomenclatures modernes qu'elle est nommée _du

Petit-Carreau_. La partie de cette rue qui tient à la rue Poissonnière

contenoit plusieurs étaux de bouchers, et s'appeloit, en 1637, rue _des

Boucheries_[483].

[Note 483: Il y avoit autrefois dans cette rue deux

culs-de-sacs. Le premier s'appeloit de la Corderie. Il forme

aujourd'hui l'entrée de la rue Thévenot et le cul-de-sac de

l'Étoile.

Le second a porté différents noms; en 1622 on l'appeloit ruelle

du Crucifix, et il le portoit encore en 1646. Suivant les

censiers de l'archevêché, de Chuyes et Valleyre le nomment

cul-de-sac du Petit-Jésus; et sur plusieurs plans on le trouve

sous la dénomination de cul-de-sac _de Saint-Claude_. Ces

différents noms viennent des enseignes qu'on a substituées les

unes aux autres. Il avoit repris son nom _du Crucifix_ au milieu

du dix-septième siècle, et il est encore énoncé ainsi dans un

arrêt du conseil du 9 août 1768, et dans les lettres-patentes

expédiées en conséquence le 1er septembre suivant, en vertu

desquelles, de l'avis du prévôt des marchands et des échevins,

donné le 7 mars précédent, il est permis au sieur _Pierre

Leprieur_ de le supprimer et d'employer le terrain à son profit,

moyennant 3 deniers de cens par toise, et une redevance

annuelle de 30 livres au domaine.]

_Rue Saint-Claude._ Cette rue, qui aboutit d'un côté dans la rue

Sainte-Foi, et de l'autre dans la rue de Cléri, n'est ouverte que depuis

1652. On lui donna d'abord le nom de _Sainte-Anne_; celui qu'elle porte

aujourd'hui lui vient d'une maison faisant l'un des coins de la rue de

Bourbon, laquelle avoit pour enseigne l'image de Saint-Claude[484].

[Note 484: Reg. des ensaisin. de l'archev., 1666.]

_Rue de Cléri._ La partie de cette rue qui dépend de ce quartier commence

à la rue des Petits-Carreaux, et se termine à celle de Saint-Denis. On a

déjà remarqué qu'elle devoit son nom à l'hôtel de Cléri, et qu'elle le

portoit, dès 1540, dans toute son étendue. Il y a quelques actes du

dix-septième siècle dans lesquels la partie de cette rue qui s'étend du

côté de la porte Saint-Denis est nommée rue _Mouffetard_.

Il y a dans cette rue une ruelle, autrefois sans nom, qui va dans la rue

Beauregard; on la nomme aujourd'hui rue _des Degrés_.

_Rue Saint-Denis._ La partie de cette rue qui dépend de ce quartier

commence aux rues aux Oues et Mauconseil, et aboutit à la porte

Saint-Denis. Nous avons déjà remarqué qu'on l'appeloit anciennement _la

chaussée_ et _la grant rue Saint-Denys_.

Il y a dans la rue Saint-Denis quatre culs-de-sac.

Le premier se nomme _cul-de-sac des Peintres_; il est situé près de

l'endroit où étoit l'ancienne porte de l'enceinte de Philippe-Auguste,

laquelle fut démolie en 1535. C'étoit anciennement une ruelle appelée de

l'_Arbalète_, de l'enseigne d'une maison dans laquelle étoient deux jeux

de paume pratiqués le long des anciens murs. On la nomma ensuite ruelle

_sans chef_, _dite des Étuves_, puis ruelle _de l'Asne-Rayé_, de

l'enseigne d'une hôtellerie qui lui étoit contiguë; enfin on croit que ce

cul-de-sac a pris le nom qu'il porte aujourd'hui d'un peintre nommé Guyon

Le Doux, qui fit bâtir une maison avec une tournelle en saillie au coin de

cette ruelle: d'autres pensent que cette dénomination lui vient d'une

famille qui y demeuroit au treizième siècle; car en 1303 la maison de

l'Arbalète appartenoit aux enfants de _Gilles le Peintre_, ce qui est

prouvé par un acte authentique de cette même année.

Le second, situé du même côté, près la Trinité, a le nom de _cul-de-sac de

Bas-Four_; il a porté successivement ceux de _rue sans-chef_, _ruelle

sans-chef_, _aboutissant à la Trinité_; _ruelle sans-chef_ appelée

_Bas-Four_. On ignore l'étymologie de ce dernier nom, qui a prévalu.

Le troisième, appelé _cul-de-sac de l'Empereur_[485], est situé de l'autre

côté de la rue. Il doit ce nom à l'enseigne d'une maison, et le portoit

dès 1391; cependant il paroît que cette ruelle, ainsi que la rue Thévenot,

portoient aussi les noms de rue _des Cordiers_ et _de la Corderie_, parce

qu'elles renfermoient plusieurs ateliers de ce genre. On la trouve

indiquée sous ce dernier nom, et en même temps sous celui de l'_Empereur_

dans un titre de 1591.

[Note 485: On le nomme maintenant _cul-de-sac Mauconseil_.]

Le quatrième cul-de-sac, appelé _cour Sainte Catherine_, doit son nom à

une maison et à un jardin anciennement appelés le _Pressoir_, lesquels

appartenoient aux religieuses de Sainte-Catherine; elles avoient acquis

cette propriété pour venir y prendre de temps en temps quelque repos, et y

avoient fait construire une chapelle en 1641.

_Rue des Degrés._--Voyez _rue de Cléri_.

_Rue du Faubourg-Saint-Denis._ Elle commence à la porte Saint-Denis, et

finit à la maison de Saint-Lazare et au coin de la rue Saint-Laurent.

_Rue Neuve-Saint-Denis._ Elle traverse de la rue Saint-Denis dans celle de

Saint-Martin. On l'appela d'abord rue _des Deux-Portes_, parce qu'elle

aboutissoit aux portes Saint-Denis et Saint-Martin. On la trouve indiquée,

dès 1655, sous le nom de rue _Neuve Saint-Denis_[486].

[Note 486: Arch. de l'archev.]

_Rue Basse-Saint-Denis._ Cette rue règne le long du boulevart, et

continuoit autrefois jusqu'à la rue du Faubourg-Poissonnière; mais vers

1770 elle fut coupée presque à la moitié de son ancienne étendue. On

l'appeloit autrefois rue _des Fossés-Saint-Denis_, _Basse-Villeneuve_,

_Neuve-des-Filles-Dieu_.

Il y a dans cette rue trois culs-de-sac.

1º. Le _cul-de-sac Saint-Laurent_, qui doit sans doute son nom au

territoire où il est situé, lequel dépendoit de la paroisse Saint-Laurent.

2º. Le _cul-de-sac des Filles-Dieu_, parce qu'il se trouve sur le terrain

de leur ancien enclos. Ce cul-de-sac s'appeloit anciennement _ruelle

Couvreuse_.

3º. _Le cul-de-sac des Babillards._ On ignore l'étymologie de cette

dénomination; à l'extrémité de cette rue, du côté du faubourg

Poissonnière, étoit le cimetière de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle[487].

[Note 487: Sur l'emplacement qu'il occupoit on a élevé une

maison particulière.]

_Rue de l'Échiquier._ Cette rue, construite depuis 1780, traverse de la

rue du Faubourg-Poissonnière dans celle de Saint-Denis. Elle a pris ce nom

d'une maison dite de l'_Échiquier_, située sur une partie du terrain au

travers duquel elle a été percée.

_Rue des Petites-Écuries._ Elle donne aussi d'un bout dans la rue du

Faubourg-Saint-Denis, et de l'autre dans celle du Faubourg-Poissonnière,

et doit son nom aux petites-écuries du roi, situées autrefois dans la

première de ces deux rues.

_Rue d'Enghien[488]._ Cette rue, parallèle à celle de l'Échiquier, et plus

avancée dans le faubourg, traverse également de la rue du

Faubourg-Poissonnière à celle du Faubourg-Saint-Denis. Elle a été ouverte

quelques années avant la rue de l'Échiquier.

[Note 488: Pendant la révolution elle avoit pris le nom de rue

de _Mably_.]

_Rue Saint-Étienne_ ou _rue Neuve-Saint-Étienne-à-la-Villeneuve_. Un de

ses bouts donne dans la rue Beauregard, l'autre sur le boulevart. Elle

étoit connue sous ce nom en 1540, et on le lui a redonné, environ cent ans

après, lorsqu'on a rebâti les maisons de la Villeneuve.

_Rue des Filles-Dieu._ Elle va de la rue Saint-Denis dans celle de

Bourbon. Le censier de l'archevêché de 1530 la nomme _rue Neuve de

l'Ursine_ alias _des Filles-Dieu_. Dans celui de 1643 on indique une _rue

Saint-Guillaume_ entre les rues Neuve-des-Fossés et de Cléri, et une

maison sise rues Saint-Guillaume et Sainte-Foi. Ainsi l'on doit en

conclure que la rue Saint-Guillaume est représentée par le retour

d'équerre que fait aujourd'hui la rue des Filles-Dieu dans celle de

Bourbon.

_Rue Sainte-Foi._ Elle commence à la rue Saint-Denis, et se termine à

celle des Filles-Dieu. On l'appela _rue du Rempart_, ensuite _des

Corderies_, enfin rue _Sainte-Foi_. Elle portoit ce dernier nom dès 1644.

_Rue Françoise._ Elle traverse de la rue Mauconseil dans la rue Pavée. Le

premier nom qu'elle ait porté étoit simplement _rue Neuve_. On la trouve

ainsi indiquée dans plusieurs actes concernant la vente et l'adjudication

de l'hôtel de Bourgogne. On la voit désignée sous celui de _rue

Neuve-Saint-François_ dans Sauval; et un autre auteur ajoute à ce nom

l'épithète de _Percée_. Corrozet ne l'indique que sous le nom général de

_rue qui traverse par dedans l'hôtel de Bourgogne_. Elle fut ouverte, en

1543, par ordre de François Ier, sous le règne duquel il se fit de grands

changements dans ce quartier par la démolition de l'hôtel de Bourgogne.

C'est dans cette rue qu'étoit la principale porte de la salle des

confrères de la Passion, au-dessus de laquelle on voyoit encore, peu de

temps avant la révolution, une croix et quelques autres instruments de la

Passion.

_Rue Greneta._ Elle va de la rue Saint-Denis dans celle de Saint-Martin.

Tous les titres du treizième siècle nous apprennent que cette rue se

nommoit alors _Darnetal_ ou _d'Arnetal_. On la trouve cependant désignée,

dans un acte de 1236, sous le nom de _la Trinité_. Le nom d'_Arnetal_,

qu'elle portoit en 1262, 1265, etc., s'altéra insensiblement dans les

siècles suivants, et se changea en ceux de _Guernetat_, _Garnetat_, et

_Grenetat_, enfin, en supprimant la lettre finale, _Greneta_. Dans cette

rue étoit placée la principale entrée de l'hôpital de la Trinité[489].

[Note 489: Cette entrée et la cour de cet hôpital forment

maintenant un passage qui donne de la rue Greneta dans celle de

Saint-Denis, vis-à-vis l'ancien emplacement de Saint-Sauveur. Il

se nomme _passage de la Trinité_.

C'étoit à l'origine de la rue Grenata qu'étoit placée la porte

aux Peintres, bâtie du temps de Catherine de Médicis.]

_Rue Guérin-Boisseau._ Elle traverse de la rue Saint-Denis dans celle de

Saint-Martin, et doit son nom à un particulier. Cette rue étoit connue dès

le milieu du treizième siècle, et les actes de ce temps en font mention

sous le nom _vicus Guerini Bucelli_[490]; au commencement du siècle

suivant on disoit _rue Guerin-Boucel_, et dès 1345 rue _Guérin-Boisseau_.

[Note 490: Arch. de S. Martin des Champs.]

_Rue Hauteville._ Cette rue, qui fut ouverte dans le siècle dernier, donne

d'un bout dans la rue Basse-Saint-Denis, et, se prolongeant dans le

faubourg, va aboutir dans celle de Paradis. Nous ignorons l'étymologie de

ce nouveau nom. Dans l'origine elle portoit celui de la _Michodière_.

_Rue du Grand-Hurleur._ Elle aboutit d'un côté dans la rue Bourg-l'Abbé,

et de l'autre dans celle de Saint-Martin. Elle est nommée de _Heuleu_ et

_Huleu_ dans un bail à cens du mois de février 1253[491]; et ce nom se

retrouve dans un nombre infini de titres[492], ainsi que sur les anciens

plans. Jaillot dit avoir vu des manuscrits où elle est indiquée sous le

nom de _rue du Pet_; et en effet elle est ainsi désignée sur les plans de

Gomboust et de Bullet. Dans des actes de 1627 et 1643, on la nomme _rue

des Innocents_, autrement dite _du Grand-Heuleu_; elle porte le même nom

des _Innocents_ dans le procès-verbal du 24 avril 1636.

[Note 491: Arch. de l'archev.]

[Note 492: Cart. de S. Magl., fol. 75, 76, 369, etc.]

_Rue du Petit-Hurleur._ Elle commence rue Bourg-l'Abbé, et aboutit dans

celle de Saint-Denis. On l'appeloit, suivant Corrozet et Boisseau, _du

Petit-Heuleu_, de même que la précédente avoit le nom _du Grand-Heuleu_;

et _du Petit-Leu_, suivant Gomboust et Bullet. Elle est nommée sur

quelques plans _rue Palée_; ce nom venoit apparemment de Jean Palée, l'un

des fondateurs de l'hôpital de la Trinité, ou de quelqu'un de sa famille,

car dans une transaction du mois d'octobre 1265, elle est nommée _vicus

Johannis Palée_[493]; elle le portoit encore en 1540.

[Note 493: Arch. de l'archev.]

Piganiol remarque, d'après Adrien Le Valois, que le nom de ces rues est

altéré; qu'il faut dire _Hue-le_. Selon ces auteurs, l'étymologie de ce

mot vient de ce que, ces rues étant autrefois habitées par des filles

publiques, dès que le peuple y voyoit entrer un homme, il excitoit les

enfants à se moquer de lui, en disant _hüe-le_ (_raille-le, crie après

lui_). Jaillot combat cette étymologie, qui ne soutient pas l'examen d'une

saine critique. En effet, nous venons de voir qu'il n'y avoit que la rue

du Grand-Hurleur qui fut appelée _de Heuleu_ tout court; ainsi

l'étymologie de M. Le Valois n'auroit aucune application à la petite; en

outre, dans le nombre des rues désignées, par les ordres de saint Louis et

de ses successeurs, pour servir de retraite aux femmes publiques, qu'ils

se virent forcés de tolérer, on ne trouve point celle de _Heuleu_. Elle ne

devoit donc pas son nom aux huées que méritent les courtisanes et ceux qui

les fréquentent. Il y a plus, l'ordonnance de saint Louis n'est que de

1254; et, comme nous l'avons observé plus haut, la rue se nommoit de

_Heuleu_ dès 1253 et même auparavant. Jaillot pense qu'il est plus

vraisemblable de croire que cette rue doit son nom à un particulier. Il

est certain, ajoute-t-il, qu'anciennement on disoit _Heu_ pour _Hugues_ et

_Leu_ pour _Loup_. On trouve un amortissement fait par un chevalier nommé

_Hugo Lupus_, d'un don fait à l'église de Saint-Magloire au mois de mars

1231[494]; et enfin, dans les archives de l'abbaye d'Hières, il y avoit un

acte de concession d'un moulin faite à cette abbaye vers l'an 1150, par

lequel on voit que Clémence, abbesse d'Hières, étoit soeur de _Heu-Leu_,

_Hugonis Lupi_. Il conclut de tout ceci que l'ancienne orthographe usitée

du temps de saint Louis, où l'on écrivoit _hüe leu_, est la véritable.

L'abbé Lebeuf avoit avant lui adopté cette opinion[495].

[Note 494: _Cart. S.-Magl._, fol. 42.]

[Note 495: T. I, p. 298.]

_Rue Saint-Laurent._ Elle traverse du faubourg Saint-Lazare dans celui de

Saint-Laurent, et doit son nom à l'église Saint-Laurent, qui se trouve

auprès. On l'a quelquefois appelée _rue Neuve-Saint-Laurent_, pour la

distinguer de celle du faubourg, qu'on appeloit aussi _rue Saint-Laurent_.

_Rue du Faubourg-Saint-Lazare._ Ce n'est que la continuation du faubourg

Saint-Denis, à laquelle on a donné ce nom, et même celui de _rue

Saint-Lazare_, parce que l'église y étoit située[496].

[Note 496: On l'appelle aujourd'hui indistinctement _faubourg

Saint-Denis_. On comptoit dans cette rue trois casernes des

Gardes-Françoises.]

_Rue du Petit-Lion._ Elle fait la continuation de la rue Pavée, et aboutit

à celle de Saint-Denis. En 1360 elle s'appeloit rue _du Lion d'or outre la

porte Saint-Denis_[497]. Dans ce même siècle et dans le suivant, on la

nommoit simplement _rue au Lion_ ou _du Lion_; mais dans les quinzième et

seizième siècles on l'appeloit _rue du Grand-Lion_, de l'enseigne d'une

maison qui y étoit située; elle prit peu de temps après le nom _du

Petit-Lion_, qu'elle a toujours gardé depuis. Sauval[498] et quelques

autres ont dit que cette rue s'est quelquefois appelée _rue de l'Arbalète_

ou _des Arbalétriers_, qui, dit-il, y ont eu long-temps un lieu très-vaste

destiné à leurs exercices: toutefois elle n'est ainsi nommée dans aucun

titre; mais comme en 1421 les maisons de la _rue au Lion_ aboutissoient,

par-derrière, au jardin du maître des arbalétriers[499], on peut croire

qu'elle en avoit reçu la dénomination populaire de rue _de l'Arbalète_.

[Note 497: Reg. des Chartres.]

[Note 498: T. I, p. 147.]

[Note 499: Compt. des confisc. 1421, p. 36.]

_Rue de la Longue-Allée._ Ce n'est qu'un passage qui conduit de la rue

Saint-Denis dans celles du Ponceau, des Égouts et Neuve-Saint-Denis; elle

s'est appelée aussi _rue de la Houssaie_. On la nomme aujourd'hui _passage

Lemoine_.

_Rue de la Lune._ Elle va d'un bout dans la rue Poissonnière, et de

l'autre au boulevart, près la porte Saint-Denis. Elle étoit bâtie dès

1648, et l'on croit que son nom lui vient de quelque enseigne.

_Rue Martel._ Cette rue, percée depuis 1780, donne d'un bout dans celle

des Petites-Écuries, de l'autre dans la rue de Paradis.

_Rue Mauconseil._ Elle traverse de la rue Saint-Denis dans celle de

Montorgueil; il ne paroît pas que cette rue ait jamais porté d'autre nom;

dès 1250 elle est appelée _vicus Mali Consilii_; en 1269, 1300, etc., _rue

Mauconseil_. Sauval[500] pense que le nom de _Mauconseil_ vient du

seigneur du château de Mauconseil, situé en Picardie: cette étymologie

paroît assez vraisemblable.

[Note 500: T. I, p. 150.]

_Rue Montorgueil._ Elle fait la continuation de la rue Comtesse-d'Artois,

et aboutit à celle des Petits-Carreaux. On ignore l'étymologie du nom de

cette rue, qu'on désignoit, dès le treizième siècle, sous celui de _vicus

Montis Superbi_.

Il y a dans cette rue un cul-de-sac appelé _cul-de-sac de la Bouteille_,

qui règne le long des anciens murs de l'enceinte de Philippe-Auguste. Ce

cul-de-sac se nommoit, dans le dix-septième siècle, _cul-de-sac de la

Cueiller_[501], et devoit ce nom à une maison qui y étoit située en 1603.

Il fut nommé ensuite _rue Commune_, et prit enfin, d'une enseigne, le nom

de cul-de-sac de la _Bouteille_, qu'il porte aujourd'hui.

[Note 501: Arch. de l'archev.]

Vis-à-vis de ce cul-de-sac, et au milieu de la rue Montorgueil, on voyoit

encore, à la fin du quinzième siècle, une tour de l'ancienne enceinte;

mais comme elle gênoit le passage pour arriver aux halles, sur la requête

des habitants de cette rue et de Nicolas Janvier, marchand de poisson, la

ville en ordonna la démolition le 17 décembre 1498.

_Rue Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle._ Elle traverse de la rue Beauregard au

boulevart. Il paroît qu'elle a remplacé une ancienne rue qui étoit en cet

endroit avant la démolition de la Villeneuve, et qui s'appeloit _rue

Neuve-Saint-Louis et Sainte-Barbe_. Elle doit son nom à l'église de

Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle.

_Rue Notre-Dame-de-Recouvrance._ Elle va également de la rue Beauregard au

boulevart; en 1540 elle portoit déjà ce nom. Quand on la rebâtit, au

commencement du dix-septième siècle, on l'appela _Petite rue

Poissonnière_, probablement parce qu'elle est parallèle à la rue

Poissonnière; depuis elle a repris le nom qu'on lui avoit donné dans son

origine.

_Rue Neuve d'Orléans._ Elle traverse, le long du boulevart, du faubourg

Saint-Denis à celui de Saint-Martin, et n'offre qu'un rang de maisons qui

donnent sur cette promenade. Quelques-uns ont cru que la rue

Sainte-Apolline avoit anciennement ce nom. Si véritablement elle l'a

porté, on a voulu le conserver en le donnant à celle-ci, qui n'étoit dans

l'origine qu'un simple chemin, lequel ne fut couvert de maisons que

long-temps après l'autre. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle étoit

désignée ainsi il y a plus de cent cinquante ans, ce qui est prouvé par

des plans qui remontent à cette époque.

_Rue aux Ours (ou aux Oues)._ Elle donne d'un bout dans la rue

Saint-Denis, de l'autre dans celle de Saint-Martin. Nous avons déjà dit

que c'étoit par corruption que cette rue étoit appelée _aux Ours_, et

désignée ainsi sur les inscriptions qui sont à ses extrémités. Nos

ancêtres écrivoient et prononçoient _Oë_ ou _Ouë_ pour Oie; et comme il y

avoit, dès le treizième siècle, des rôtisseurs établis dans cette rue, la

grande quantité d'oies qu'ils faisoient cuire en avoit fait donner le nom

à la rue, _vicus ubi coquuntur anseres_[502], la rue où l'on cuit les

oies; _vicus Anserum_, la rue _as Oues_, _via ad Aucas_, _vicus ad

Ocas_[503].

[Note 502: Cart. de Saint-Martin-des-Champs.]

[Note 503: Au milieu de cette rue, et au coin qui la joint à la

_rue Salle-au-Comte_, étoit autrefois une statue de la Vierge,

enfermée dans une grille de fer, et connue vulgairement sous le

nom de _Notre-Dame de la Carole_. Il n'est aucun historien de

Paris qui ait omis de parler d'un attentat sacrilége commis sur

cette statue par un soldat, le 3 juillet 1418. On rapporte que

ce malheureux, sortant désespéré d'un cabaret où il avoit perdu

tout son argent, frappa cette figure de plusieurs coups de

couteau, _qui_, ajoute-t-on, _en firent sortir du sang_. Ayant

été pris et conduit devant le chancelier de Marle, son procès

lui fut fait, et il subit le dernier supplice. Toutes ces

circonstances étoient représentées dans un tableau qu'on voyoit

à Saint-Martin-des-Champs, dans la chapelle de la Vierge,

derrière le choeur. Les uns ajoutent qu'après cet attentat la

statue fut portée dans cette église, et qu'il est vraisemblable

que c'étoit elle qu'on voyoit posée dans la nef sur un autel, où

elle étoit révérée sous le nom de _Notre-Dame de Carole_, parce

que cet événement arriva, disent-ils, sous le règne de Charles

VI: d'autres prétendent qu'elle fut laissée à sa place, et que

c'étoit la même qu'on voyoit encore dans la rue au moment de la

révolution.

Quelques auteurs judicieux, entre autres Jaillot, ont manifesté

des doutes sur la réalité du fait qui a donné lieu à cette

dévotion et à tout ce qui s'est pratiqué depuis à ce sujet.

Voici les motifs sur lesquels ils se fondent pour ne pas adopter

légèrement cette histoire, d'après une tradition incertaine.

1º. Le journal de Charles VI, l'histoire de ce prince par Jean

Juvénal des Ursins, la continuation de celle de Le Laboureur,

par Jean Lefèvre, de même que nos meilleurs historiens, ne

parlent point de ce fait.

2º. En le supposant vrai, on ne peut pas dire que le coupable

ait été traduit devant le chancelier de Marle, puisque ce

magistrat, victime de la faction de Bourgogne, avoit été

massacré le 12 juin précédent.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 3/8) · 第 33 / 34 段