[Note 462: Nous donnons une vue de cette église telle qu'elle

étoit avant la construction du corps-de-logis qui fait la façade

du bâtiment. (_Voyez_ pl. 92.)]

[Note 463: Cet enclos, planté d'arbres, existe encore en entier.

Il est seulement bordé de maisons du côté du faubourg

Poissonnière. Il paroît qu'on y fera passer une branche du

canal de l'Ourcq.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-LAZARE.

TABLEAUX.

Dans la nef, un tableau représentant l'apothéose de saint

Vincent-de-Paul; par frère _André_.

Dans le choeur, huit autres tableaux, savoir:

1. Saint Vincent-de-Paule prêchant les pauvres de l'hôpital du

Saint-Nom-de-Jésus; par le même.

2. Le même saint faisant une mission dans les campagnes; par _de

Troy_.

3. Louis XIII au lit de la mort, assisté par ce saint prêtre,

comme il l'avoit désiré; par le même.

4. Saint Vincent présidant une conférence ecclésiastique, par le

même.

5. Le conseil de conscience établi par Anne d'Autriche, dans

lequel siégeoit saint Vincent; par le même.

6. Saint Vincent prêchant les galériens; par _Restout_.

7. Le même saint présentant à Dieu les prêtres de sa

congrégation; par _Baptiste_.

8. Le saint au milieu d'une assemblée de dames, qu'il exhorte à

faire des charités aux enfants trouvés; par _Galloche_.

Au fond du réfectoire, où le général de la congrégation mangeoit

toujours au milieu de deux pauvres, qui partageoient les mets

qu'on lui servoit, étoit un grand tableau représentant le déluge

universel. Ce réfectoire pouvoit contenir plus de deux cents

personnes.

TOMBEAUX ET INSCRIPTIONS.

Au milieu du choeur, près de l'aigle, étoit autrefois une tombe

plate, sur laquelle on lisoit:

_HIC JACET_

_Venerabilis vir_ Vincentius à Paulo, _præsbyter, fundator, seu

institutor et primus superior generalis congregationis missionis,

nec non puellarum charitatis. Obiit die 26 septembris anno 1660,

ætatis verò suæ 84_.

Vincent-de-Paul ayant été béatifié par le pape Innocent XIII, le

13 août 1729, le 29 septembre suivant son corps fut exhumé en

présence de l'archevêque de Paris, et déposé dans une châsse

d'argent, que l'on plaça sur l'autel de la chapelle de

Saint-Lazare.

Sur le premier pilier de l'église, en entrant dans le choeur, à

gauche, étoit une inscription latine où étoient gravées les

principales conditions auxquelles l'hôpital Saint-Lazare avoit

été donné à saint Vincent-de-Paul et à sa congrégation.

L'apothicairerie et la bibliothéque méritoient d'être vues, pour

le bel ordre qui y régnoit.

Lorsque nos rois vouloient faire leur entrée solennelle dans Paris, ils se

rendoient autrefois à Saint-Lazare, où ils recevoient le serment de

fidélité et d'obéissance de tous les ordres de la ville. Cette cérémonie

se faisoit dans un bâtiment nommé le _Logis du Roi_; puis la cavalcade

partoit de là pour entrer ensuite dans la ville par la porte

Saint-Denis[464]. L'usage étoit aussi de déposer dans cette maison les

corps des rois et des reines de France, lorsqu'on les conduisoit à

Saint-Denis pour être inhumés. L'archevêque de Paris et tous les prélats

du royaume se trouvoient entre les deux portes du prieuré, pour recevoir

le convoi, chantoient sur le cercueil le _De profundis_ et les autres

prières accoutumées, y donnoient l'eau bénite, et ensuite le corps étoit

porté à Saint-Denis par les _hannouars_, ou vingt-quatre porteurs de sel

jurés de la ville[465].

[Note 464: Vers la fin du dix-huitième siècle, ces entrées

commencèrent à se faire par la porte Saint-Antoine.]

[Note 465: Voici ce qu'on lit dans le récit de la pompe funèbre

de Charles VIII: «Marchoient les vingt-quatre porteurs de sel de

la ville, qu'on nomme _hannouars_; lesquels disoient que, par

privilége, ils devoient porter le corps dudit seigneur

roi[465-A], depuis Paris jusqu'à la Croix-Pendante, près de

Saint-Denis; mais il fut dit que les gentilshommes de la chambre

le porteroient, sans préjudice du privilége que disoient avoir

lesdits hannouars.»

«Sur quel motif, dit Saint-Foix, pouvoit être fondé ce

privilége? Voici ce que j'imagine: On avoit perdu l'art

d'embaumer les corps; on les coupoit par pièces, qu'on saloit

après les avoir fait bouillir dans de l'eau pour séparer les os

de la chair. Apparemment que les porteurs de sel étoient chargés

de ces grossières et barbares opérations, et qu'ils obtinrent

l'honneur de porter ces tristes restes, etc.[465-B]»]

[Note 465-A: Ils avoient porté les corps de Charles VI et de

Charles VII, et portèrent celui de Henri IV. (De Thou, liv. III,

chap. 25.)]

[Note 465-B: Henri V, roi d'Angleterre, étant mort à Vincennes

en 1422, «son corps fut mis par pièces et bouilli dans un

chaudron, tellement que la chair se sépara des os; l'eau fut

jetée dans un cimetière, et les os avec la chair furent mis dans

un coffre de plomb, avec plusieurs espèces d'épices et de choses

odoriférantes et sentant bon.»]

À l'extrémité de l'enclos de Saint-Lazare et sur la rue du faubourg étoit

une grande maison appelée _le Séminaire Saint-Charles_; c'étoit une

dépendance de celle des Prêtres de la Mission, destinée pour ses membres

convalescents et pour les retraites de quelques ecclésiastiques[466].

[Note 466: La maison de Saint-Lazare est actuellement destinée à

la réclusion des femmes condamnées par jugement du tribunal

criminel. Elles y sont occupées aux différents travaux

convenables à leur sexe.]

LES FILLES DE LA CHARITÉ.

La maison principale des Filles de la Charité, également instituée par

saint Vincent-de-Paul, étoit vis-à-vis celle de Saint-Lazare. Quoique cet

établissement ne soit pas fort ancien, les historiens de Paris ne

paroissent cependant pas d'accord sur l'époque de son institution. Cette

discordance vient sans doute des différentes manières dont chacun d'eux a

considéré cet établissement, comme projeté, naissant ou consolidé par

l'autorité civile et ecclésiastique. En effet, dom Félibien et l'abbé

Lebeuf placent l'institution des Filles de la Charité en 1642; Piganiol en

1633; La Caille et l'auteur des _Tablettes parisiennes_ en 1653. On en

pourroit faire remonter l'origine jusqu'à l'année 1617, dans laquelle ce

saint prêtre institua en province _l'Association de la Charité des

Servantes des Pauvres_.

Cette louable et pieuse institution avoit pour objet de rendre aux pauvres

malades les soins qu'exigeoit leur état. Elle se répandit dans les

provinces voisines, et fut même adoptée à Paris dans la paroisse de

Saint-Sauveur; mais une telle association n'étoit alors que ce que nous

appelons encore aujourd'hui _Assemblées de Dames de Charité_. Le zèle et

la prévoyance ne suffisoient pas: il falloit des forces et une certaine

activité qu'on ne peut guère trouver dans des personnes délicates et

élevées dans toutes les habitudes de l'aisance et de la mollesse. _Louise

de Marillac_, veuve de M. Legras, secrétaire des commandements de la reine

Marie de Médicis, se distinguoit alors par son ardente charité envers les

pauvres, au service desquels elle s'étoit particulièrement dévouée:

l'exercice des vertus chrétiennes augmentant de jour en jour l'ardeur de

son zèle, cette vertueuse dame désira de s'y consacrer encore d'une

manière plus spéciale, c'est-à-dire par un voeu solennel. Vincent-de-Paul,

sous la direction duquel elle s'étoit placée, l'ayant soumise aux épreuves

réitérées que la prudence exigeoit, lui permit enfin d'entreprendre

l'utile établissement qu'elle projetoit. Madame Legras commença, le 21

novembre 1633, à en faire l'essai dans la maison qu'elle occupoit près

Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Le succès passa ses espérances, et le nombre

de celles qui, entraînées par un si grand exemple, vinrent s'offrir pour

partager ses charitables travaux, devint en peu de temps assez

considérable pour l'engager à chercher une plus vaste demeure: en 1636

elle alla habiter une maison située à la Villette: dans ce nouvel asile la

communauté continua à s'accroître; mais elle étoit également éloignée des

secours de la maison de Saint-Lazare, sous l'administration et la

direction de laquelle elle avoit été mise, et des pauvres auxquels ses

services étoient consacrés. Ces inconvénients engagèrent, cinq ans après,

madame Legras à se rapprocher de Saint-Lazare, et à s'établir vis-à-vis de

cette maison. Ce fut dans ce dernier domicile que cette communauté,

chef-lieu de toutes les maisons des Soeurs de la Charité, demeura fixée

jusqu'au moment où la révolution, après avoir anéanti les premières

classes de la société, exerça ses fureurs jusque sur les servantes des

pauvres, qu'elle chassa de leur asile, qu'elle dispersa au nom de la

philosophie et de l'humanité[467].

[Note 467: Les Soeurs de la Charité ont été rétablies par les

révolutionnaires eux-mêmes, forcés ainsi de rendre à la religion

un hommage involontaire, et de reconnoître qu'il est des choses

qu'il n'appartient qu'à elle de commander et d'opérer. Le

chef-lieu de cette sainte et admirable institution est

maintenant rue du Bac, faubourg Saint-Germain.]

La communauté des Soeurs de la Charité avoit été érigée en confrérie par

M. de Gondi, coadjuteur de l'archevêque de Paris, le 20 novembre 1646: ce

prélat, plus connu sous le nom du cardinal de Retz, ayant succédé à M. de

Gondi son oncle, approuva, le 18 janvier 1655, les réglements que

Vincent-de-Paul avoit faits pour cette communauté. L'autorité royale ne

tarda pas à confirmer cet établissement par des lettres-patentes, qui

furent expédiées au mois de novembre 1658 et enregistrées le 16 décembre

suivant.

Par les règles et constitutions données aux Filles ou Soeurs de la

Charité, elles étoient mises sous la direction perpétuelle du général de

la Mission, et l'on renouveloit tous les trois ans l'élection de leur

supérieure. Il n'y eut que madame Legras, fondatrice de la communauté,

qui, à la prière de saint-Vincent-de-Paul, conserva cette dignité suprême

pendant le reste de sa vie. Elle mourut le 15 mars 1660, âgée de

soixante-huit ans.

Les Soeurs de la Charité n'étoient, dans le commencement de leur

institution, que des filles de la campagne ou d'une naissance commune,

propres par leurs habitudes et leur éducation à des travaux pénibles et

grossiers; mais la charité chrétienne qui rapproche tous les états, et la

piété qui consulte moins les forces que le courage, montrèrent bientôt

dans leurs rangs des filles de bonne famille et d'une naissance

distinguée, qui, suivant à la lettre les maximes de l'Évangile,

quittoient le monde pour Dieu, préféroient le vêtement le plus humble et

les occupations les plus dures, les plus rebutantes, au luxe et à la

vanité du siècle, souffroient avec patience et douceur les rebuts et les

vivacités de ceux qu'elles servoient, et, par cette vertu plus qu'humaine,

prouvoient qu'il est de ces âmes privilégiées qui réunissent tous les

caractères que saint Paul donne à la charité, et qui en remplissent tous

les devoirs. On les appeloit vulgairement _Soeurs Grises_, de la couleur

de leur habillement. Après cinq ans d'épreuves, elles faisoient des voeux

simples qu'elles renouveloient le 25 mars de chaque année. Leur emploi

étoit de prendre soin des pauvres et des malades dans les paroisses, les

hôpitaux, et d'instruire les jeunes filles auxquelles elles apprenoient à

lire et à écrire. L'utilité de ces établissements en avoit si heureusement

multiplié le nombre, qu'on en comptoit environ quatre cents dans le

royaume. Il y avoit quarante de ces filles aux Invalides, vingt aux

Incurables, et plus de quatre-vingts dans les principales paroisses de

Paris[468].

[Note 468: Le bâtiment de cette communauté a été détruit en

partie, et en partie changé en maisons particulières. Sur son

emplacement on a percé une rue nouvelle qui conduit à l'église

Saint-Laurent.]

LA FOIRE SAINT-LAURENT.

Nous avons déjà eu plus d'une fois l'occasion de rappeler que

Louis-le-Gros avoit accordé une foire aux lépreux de Saint-Lazare, et que

cette concession, confirmée par Louis-le-Jeune, avoit été rachetée, en

1181, par Philippe-Auguste, lorsqu'il fit établir les halles de Champeaux.

Cette acquisition avoit été faite moyennant la somme de 300 liv., que ce

même prince échangea ensuite avec la maison de Saint-Lazare, en lui

accordant la foire Saint-Laurent, laquelle n'étoit, dans l'origine, qu'un

rendez-vous momentané de marchands, tel qu'on en voit encore dans toutes

les parties de la France, à certains jours de fêtes patronales. Cette

foire, qui commençoit alors le matin de la Saint-Laurent, et finissoit le

soir de la même journée, fut successivement prolongée jusqu'à quinze

jours. Elle éprouva ensuite quelque interruption; et ce n'est que lorsque

les Prêtres de la Mission eurent été établis à Saint-Lazare, qu'il fut

question de faire revivre cet ancien privilége. Cependant, quoiqu'ils

eussent été substitués à tous les droits de cette maison, et que cette

foire leur eût même été spécialement accordée, ils furent obligés, dans

cette circonstance, de recourir à l'autorité du roi, qui, par ses

lettres-patentes du mois d'octobre 1661, enregistrées le 30 janvier 1665,

«approuva, ratifia et confirma le don qui avoit été fait précédemment de

la foire aux Prêtres de la Mission, avec tous les droits et priviléges qui

y étoient attachés.»

Cette foire s'étoit tenue jusque là dans le faubourg, sur une place

découverte que l'on appeloit le _Champ de Saint-Laurent_. Par ces mêmes

lettres, il fut permis aux Prêtres de la mission de la transférer dans un

lieu quelconque de leur domaine. Ils destinèrent à cet effet un champ de

cinq à six arpents, entouré de murs, dans lequel ils firent percer des

rues bordées d'arbres, et construire des boutiques qu'occupèrent des

traiteurs, des limonadiers et des marchands de toute espèce. La foire de

Saint-Laurent, qui n'a cessé d'être fréquentée qu'à la fin du dix-huitième

siècle, duroit alors trois mois, étant ouverte le 1er juillet et finissant

le 1er septembre. Ce lieu, jusque-là désert, s'animoit alors, devenoit le

rendez-vous de toutes les classes de la société, et offroit ce mélange

amusant et varié que présentent toutes les réunions publiques des grandes

villes, réunions que la gaieté françoise rendoit encore plus piquantes et

plus remarquables à Paris que partout ailleurs. Il s'y établit des

spectacles qui pendant long-temps firent les délices de la société oisive

et frivole de cette grande ville; et cette foire partagea avec celle de

Saint-Germain la gloire d'avoir été le berceau de l'opéra-comique[469].

[Note 469: L'enclos de la foire Saint-Laurent, presque

entièrement abandonné, n'est maintenant rempli que de masures,

dans lesquelles cependant on trouve encore quelque trace de

l'ancienne disposition des bâtiments.]

CHAPELLE SAINTE-ANNE.

Ce petit monument, qui n'existe plus depuis long-temps, avoit été élevé,

sous l'invocation de cette sainte, dans la rue qu'on nomme aujourd'hui rue

du Faubourg-Poissonnière, pour la commodité de quelques habitants trop

éloignés de l'église de Montmartre. Sur la permission qu'il en obtint de

l'abbesse de ce monastère, Roland de Buce, confiseur, destina à cet

établissement une maison dont il étoit propriétaire dans ce faubourg. Il

fit construire la chapelle et la maison du chapelain, puis céda le tout à

l'abbaye de Montmartre, par contrat du 23 octobre 1656. Toutefois cette

cession fut loin d'être désintéressée: car il ne la fit qu'à condition

d'être remboursé de la valeur de la terre et des frais de la construction.

Cette chapelle, qui étoit située un peu au-dessus de la rue de Paradis et

du côté opposé, fut bénite le 27 juillet 1657; et, le 11 août suivant,

l'archevêque de Paris permit d'y célébrer le service divin, toutefois sous

la condition expresse de reconnoître le curé de Montmartre comme pasteur.

HÔTELS.

_Hôtel de Bourgogne_ (détruit).

Cet hôtel avoit été originairement bâti pour les comtes d'Artois: il

paroît qu'il étoit situé dans la rue Pavée, non loin des murs de

l'enceinte de Philippe-Auguste, lesquels bornoient l'espace où il étoit

renfermé. Cette enceinte ayant été reculée de ce côté, l'hôtel

d'Artois s'étendit dans la rue Mauconseil jusque vis-à-vis

Saint-Jacques-de-l'Hôpital. Marguerite, comtesse d'Artois et de Flandre,

qui dès lors en étoit propriétaire, le porta en dot à Philippe-le-Hardi,

fils du roi Jean, lequel fut la tige de la nouvelle branche de

Bourgogne. Il devint ensuite l'habitation favorite de Jean-sans-Peur son

fils, qui le préféra à l'hôtel de Flandre, dont ce prince lui avoit

laissé le choix[470]. Les ducs de Bourgogne qui lui succédèrent en

firent également leur demeure, sans qu'il perdît totalement pour cela

son premier nom d'hôtel d'Artois, qu'on retrouve encore dans plusieurs

actes; cependant dès lors et depuis on l'appela plus communément l'hôtel

de Bourgogne.

[Note 470: Sauval rapporte que _Jean-sans-Peur_, assassin du duc

d'Orléans, y avoit fait construire une chambre toute en pierres

de taille, avec tous les accessoires nécessaires pour s'y

défendre, et que c'étoit là qu'il couchoit toutes les nuits. Ces

terreurs dont il étoit agité ont été, dans tous les temps, la

première punition des grands crimes, et jamais surnom ne convint

moins à un scélérat et à un tyran que celui de _sans Peur_ qu'on

lui avoit donné.]

Cet hôtel, ainsi que les autres biens de la maison de Bourgogne, ayant été

réuni à la couronne après la mort de Charles-le-Téméraire, tué au siége de

Nanci en 1477, fut successivement occupé par différents particuliers,

auxquels nos rois avoient accordé des logements dans les habitations

royales, ce qui dura jusqu'au temps de François Ier. Alors cet antique

édifice, apparemment mal entretenu, tomboit si fort en ruine qu'il devint

presque inhabitable, ce qui détermina ce monarque à ordonner, par son édit

du 20 septembre 1543, qu'il seroit démoli, et son emplacement divisé par

portions, que l'on vendroit à l'enchère. Peu de temps après, les confrères

de la Passion, qu'on venoit d'expulser de l'hôpital de la Trinité,

achetèrent de Jean Rouvet, acquéreur principal, une partie de ce terrain,

moyennant 16 livres de cens, et 225 livres de rente rachetable de 4500

livres, à la charge d'y faire construire une salle pour les

représentations de leur spectacle, et des loges dont une appartiendroit

audit Rouvet et aux siens leur vie durant. Le contrat d'acquisition est du

30 août 1548. Un arrêt du 17 novembre de la même année nous apprend que la

salle étoit déjà construite, puisqu'il permet d'y jouer des sujets

profanes et licites, et qu'il défend aux confrères d'y représenter le

mystère de la Passion, ni quelque autre mystère sacré que ce soit. Des

lettres d'amortissement pour cette acquisition furent expédiées par le roi

Charles IX au mois de janvier 1566, et enregistrées en la chambre des

comptes le 25 février 1567. Dès que les confrères eurent fait construire

leur salle, on ne donna plus d'autre nom à cet édifice que celui d'hôtel

de Bourgogne.

D'après la défense qui venoit de leur être faite, les confrères, ne

croyant pas qu'il fût de leur honneur de monter sur le théâtre pour y

représenter des pièces profanes, prirent le parti de louer leur hôtel[471]

et leur privilége à une troupe de comédiens qui venoit de se former, se

réservant toutefois deux loges pour eux et leurs amis, lesquelles furent

appelées loges des maîtres.

[Note 471: Ils avoient fait sculpter sur l'une des portes (celle

qui donnoit sur la rue Françoise), les instruments de la

Passion; mais c'est à tort que Piganiol a prétendu que ce fut

_pour marquer que leur théâtre étoit uniquement destiné à la

représentation des choses saintes_, puisque l'arrêt de 1548 le

leur défendoit expressément. Ils vouloient seulement indiquer,

par cet emblème, le droit de propriété qu'ils avoient sur cet

hôtel.]

Les confrères de la Passion demeurèrent propriétaires de l'hôtel de

Bourgogne jusqu'au mois de décembre 1676, époque à laquelle cette

association fut supprimée, et ses revenus furent attribués à l'hôpital

général, pour la nourriture et l'entretien des enfants trouvés. On voit

alors le théâtre de cet hôtel occupé par les comédiens italiens qui

s'étoient introduits en France sous le règne de Henri III. Un ordre du roi

ayant fait fermer ce théâtre en 1617, il servit ensuite de salle pour le

tirage des loteries jusqu'au 18 de mai de l'an 1716, que le duc d'Orléans,

régent, y rétablit les comédiens italiens.

Nous avons déjà raconté les révolutions, les alternatives de bonne et de

mauvaise fortune qu'éprouva cette troupe étrangère jusqu'au moment où,

réunie aux acteurs de l'Opéra-Comique, elle abandonna l'hôtel de Bourgogne

pour venir s'établir dans le nouveau théâtre qu'on lui avoit construit sur

l'emplacement de l'hôtel de Choiseul, événement qui n'arriva qu'en

1783[472].

[Note 472: _Voy._ p. 241.]

La salle fut ensuite abattue, et sur l'espace vide qu'elle occupoit on

transféra, en 1784, le marché aux Cuirs, situé auparavant dans le quartier

des Halles.

HÔTELS EXISTANTS EN 1789.

Parmi un assez grand nombre de maisons nouvellement construites à

l'extrémité du quartier Saint-Denis, et principalement dans le faubourg

Poissonnière, on remarque:

L'hôtel d'Espinchal, au coin de la rue des Petites-Écuries du roi.

---- de Jarnac, même rue.

---- de Tabari, même rue[473].

[Note 473: Depuis la révolution, le nombre des maisons élégantes

bâties dans cette partie de la ville s'est prodigieusement

augmenté.]

FONTAINES.

_Fontaine des Filles-Dieu._

Elle étoit située dans la rue Saint-Denis, à côté de la porte d'entrée de

ce couvent; établie d'abord en 1265, détruite dans les siècles suivants,

elle fut reconstruite au même endroit en 1605. Cette fontaine, qui n'a

rien de remarquable dans sa construction, existe encore et reçoit l'eau de

l'aquéduc des Prés-Saint-Gervais.

_Fontaine de la Croix de la Reine_ ou _de la Trinité_.

Cette ancienne fontaine subsiste encore au coin de la rue Greneta, et

présente dans sa forme actuelle une portion de cercle adossée à l'angle de

la rue. Son premier nom est le même que celui qu'avoit porté, dans

l'origine, l'hôpital de la Trinité, et dont nous avons fait connoître

l'étymologie[474].

[Note 474: _Voyez_ p. 206.]

_Fontaine du Ponceau._

Cette fontaine, réparée en 1605, donnoit alors de l'eau de l'aquéduc des

Prés-Saint-Gervais; elle est alimentée aujourd'hui par le canal de

l'Ourcq[475].

[Note 475: _Voyez_ l'article _Monuments Nouveaux_.]

_Fontaine Saint-Lazare._

Elle fut construite dans le treizième siècle, vis-à-vis de cette maison,

et réparée dans le dix-septième. L'eau qu'elle donne vient de l'aquéduc

des Prés-Saint-Gervais.

MARCHÉ AUX CUIRS.

_Voyez_ ci-dessus, p. 564.

BARRIÈRES.

Les limites de ce quartier terminent la ville du côté du septentrion, et

renferment trois barrières, savoir:

1. Barrière Sainte-Anne[476].

2. ---- Saint-Denis.

3. ---- des Vertus[477].

[Note 476: Depuis barrière Poissonnière, aujourd'hui du

Télégraphe.]

[Note 477: Cette barrière a été fermée.]

RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINT-DENIS.

_Rue Sainte-Apolline._ Elle traverse de la rue Saint-Denis dans la rue

Saint-Martin. C'est par erreur que sur les plans de Jouvin et de Bullet

elle est désignée sous le nom de _rue Neuve-d'Orléans_, la rue qui porte

ce nom en étant très-éloignée et séparée par le boulevart.

_Rue Sainte-Barbe._ Elle commence à la rue Beauregard, et se termine au

boulevart; cette rue étoit connue sous ce nom dès 1540, et le devoit à la

chapelle érigée sous l'invocation de saint Louis et de sainte Barbe, dont

nous avons parlé à l'article de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle.

_Rue Beauregard._ Elle aboutit aux rues de Cléry et Poissonnière; on la

connoissoit, dès le seizième siècle, sous ce nom, dont nous ignorons

d'ailleurs l'étymologie.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 3/8) · 第 32 / 34 段